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9. Variétés différentiables

Pages 211 à 283

Citer ce chapitre


  • Schwartz, L.
(1997). 9. Variétés différentiables. Analyse II : Calcul différentiel et équations différentielles (p. 211-283). Hermann. https://stm.cairn.info/analyse-2--9782705661625-page-211?lang=fr.

  • Schwartz, Laurent.
« 9. Variétés différentiables ». Analyse II Calcul différentiel et équations différentielles, Hermann, 1997. p.211-283. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/analyse-2--9782705661625-page-211?lang=fr.

  • SCHWARTZ, Laurent,
1997. 9. Variétés différentiables. In : Analyse II Calcul différentiel et équations différentielles. Paris : Hermann. Enseignement des sciences, p.211-283. URL : https://stm.cairn.info/analyse-2--9782705661625-page-211?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Une équation de la sphère de centre origine et de rayon R dans Rn, est
    \[\begin{equation} x_n= \pm \sqrt{R^2-x_1^2-x_2^2-\ldots x_{n-1}^2} \end{equation}\]
    A cause de ±, ce n’est pas une fonction (et même si on choisit +, ce n’est pas une fonction dérivable aux points où xn = 0.
  • [2]
    D’après la propriété supposée de la projection de \(\mathcal{V}\), (x1, x2, . . . , xn) est dans \(\mathcal{B}\), et Gk est définie dans \(\mathcal{B}\).
  • [3]
    Ce que nous venons de faire est l’astuce bien connue qu’on utilise, pour étudier une courbe y = f(x), en posant x = t, y = f(t).
  • [4]
    On ne peut pas faire de raisonnement directement sur \(\Phi_2^{-1} o \Phi_1\); car \(\Phi_2^{-1}\) est une application d’un ouvert de Σ, mais non d’un ouvert d’un espace affine, dans Kn, et cela n’a donc aucun sens de dire que \(\Phi_2^{-1}\) est de classe Cm. Cela aura un sens plus tard (définition 3.9.17).
  • [5]
    \(F_k^{\prime} \in \mathcal{L}(F, \mathbf{K})\)
  • [6]
    Rappelons que F′(a) ≠ 0 signifie, en prenant un référentiel de \(\mathcal{E}\), que les
    \[\begin{equation} \frac{\partial F}{\partial x_i}(a) \quad, \quad i=1,2, \ldots, N \end{equation}\]
    ne sont pas simultanément nulles.
  • [7]
    On devrait dire une variété sans bord, car il en sera autrement pour les variétés à bord que nous traiterons au chapitre VI. Pour les variétés à bord, pour les points du “bord”, R sera remplacé par \(\mathbf{R}_{+}^n\). Dans ce §, il ne sera question que de variétés sans bord.
  • [8]
    Lorsque nous nous trouvons en présence d’une sous-variété d’un espace affine normé, il est clair qu’une carte φ est donnée par l’application réciproque d’une représentation paramétrique vraie Φ. Il semble qu’il soit tout aussi naturel d’appeler carte, la représentation paramétrique vraie Φ. Il nous arrivera de faire.
  • [9]
    Les atlas usuels ont bien un nombre fini de cartes. L’atlas universel, pour la raison indiquée dans la note (*), serait encombrant et coûteux.
  • [10]
    Si on veut que cette topologie soit séparée, il faut exiger d’une part que tous les Ωi soient séparés, et d’autre part, s’il existe deux points distincts x et y non contenus tous deux dans aucun des ensembles Ui, alors il existe (i, j) tel que \(U_i \cap U_j=\emptyset\) et XUi, yUj.
  • [11]
    On pourra à titre d’exercice, vérifier que toutes les propriétés exigées d’une carte sont réalisées.
  • [12]
    Pour avoir une représentation paramétrique vraie, on devra par exemple se borner à l’ouvert 0 < ψ < 2π, 0 < θ < π, 0 < φ < 2π, qui ne donne pas l’ensemble des positions du gyroscope. La variété est d’ailleurs ici compacte, il faut un nombre fini (> 1) de cartes pour la représenter.
  • [13]
    voir la définition 3.3.6.
  • [14]
    Comme cas particulier, si ∧ est une surface de R3, d’équation paramétrique (u, v) ↦ M(U, v), le plan tangent en un point est engendré par les dérivées partielles \(\frac{\partial M}{\partial u}, \frac{\partial M}{\partial v}\) en ce point.
  • [15]
    Si on choisit une base orthonormale de \(\mathcal{E}\), on a :
    \[\begin{equation} \frac{\nabla F(a)}{\|\nabla F(a)\|}=\left(\frac{\frac{\partial F}{\partial x_1}(a)}{\sqrt{\sum_{i=1}^n\left(\frac{\partial F}{\partial x_i}(a)\right)^2}}, \frac{\frac{\partial F}{\partial x_2}(a)}{\sqrt{\sum_{i=1}^n\left(\frac{\partial F}{\partial x_i}(a)\right)^2}}, \ldots, \frac{\frac{\partial F}{\partial x_n}(a)}{\sqrt{\sum_{i=1}^n\left(\frac{\partial F}{\partial x_i}(a)\right)^2}}\right) \end{equation}\]
  • [16]
    On peut appeler ce nombre la dérivée de f suivant le vecteur tangent X au point a.
  • [17]
    On identifie le point (x1, . . . , xp) de Kp au point (x1, . . . , xp, 0, . . . , 0) de Kn.
  • [18]
    Le point double n’est obtenu que pour u = 0.
  • [19]
    Nous avons noté par π1 (resp. π2) la première (resp. seconde) projection de Kn × Kn sur Kn.
  • [20]
    On observera qu’on ne peut pas utiliser la formule (3.9.141) si φ n’est pas un difféomorphisme.

1 Nous abordons cette notion dans le cadre des sous-ensembles d’un espace affine normé de dimension N, ce qui nous amène à parler de sous-variété et nous définirons ensuite la notion de variété abstraite.

Définition d’une sous-variété par expression de certaines coordonnées comme fonctions des autres.

2 Nous avons vu, à la définition 3.3.5, que l’ensemble \(\mathcal{C}\) du produit d’espaces affines \(\mathcal{E}\) × \(\mathcal{F}\) défini par une équation y = f(x), s’appelle une sous-variété différentiable, si f est une fonction dérivable. Il s’appelle une sous-variété m fois différentiable si f est m fois dérivable, sous-variété continûment différentiable ou m fois continûment différentiable si f est continûment dérivable ou m fois continûment dérivable, sous-variété indéfiniment différentiable si f est indéfiniment dérivable; on dit aussi sous-variété de classe Cm au lieu de dire sous-variété m fois continûment différentiable et sous-variété de classe C au lieu de sous-variété indéfiniment différentiable. Ce sont ces sous-variétés de classe Cm et C qui sont utilisées.

3 Si m = 0, on a affaire à ce qu’on appelle sous-variété topologique, définie seulement par une équation y = f(x), où f est une fonction continue. Les sous-variétés topologiques ont aussi un rôle très important, mais nous nous bornerons uniquement à étudier les sous-variétés de classe Cm pour m ≥ 1. Il est bien évident que les exemples de sous-variétés ainsi donnés ne sont pas les plus généraux; ainsi il est normal de considérer que, dans un espace euclidien affine de dimension N, une sphère est sous-une variété indéfiniment différentiable de dimension N – 1; cependant cet espace affine n’est pas donné comme un produit, et, si on prend un système de coordonnées dans cet espace affine, on ne peut pas représenter la sphère toute entière en exprimant l’une des coordonnées comme fonction indéfiniment dérivable des autres [1]; on sera obligé de partager la sphère en régions suffisamment petites, et, dans chacune de ces régions, l’une des coordonnées, convenablement choisie, pourra s’exprimer comme fonction indéfiniment dérivable des autres. Ceci va nous mener au concept général des sous-variétés de classe Cm.

4 Définition 3.9.1. - Soit \(\mathcal{E}\) un espace affine sut le corps K des nombres réels ou des complexes, de dimension N; soit Σ un ensemble de \(\mathcal{E}\). On dit que Σ est une sous-variété de dimension n, de classe Cm, si, quel que soit le point a de V, il existe un référentiel de \(\mathcal{E}\), soit {o, e1, e2, . . . , eN}, un ouvert \(\mathcal{B}\) du sous-espace desn premiers axes de coordonnées, un système de Nn fonctions Gk, k = 1, 2, . . . , Nn, de classe Cm, définies sur \(\mathcal{B}\) à valeurs scalaires, et un ouvert \(\mathcal{V}\) de \(\mathcal{E}\) contenant a, dont la projection sur le sous-espace des n premiers axes de coordonnées soit \(\mathcal{B}\), tels que l’intersection Σ ∩ \(\mathcal{V}\) soit exactement l’ensemble des points x = (x1, x2, . . . , xn) de \(\mathcal{E}\) vérifiant les équations[2]

\[\begin{equation} x_{n+k}=G_k\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right) \quad, \quad k=1,2, \ldots, N-n \end{equation} \quad(3.9.1)\]

5 Ainsi, dans \(\mathcal{V}\), les Nn coordonnées xn+1, xn+2, . . . , xN, sur la sous-variété Σ, s’expriment comme fonctions de classe Cm des n premières coordonnées x1, x2, . . . , . . . xn, qu’on peut choisir arbitrairement dans \(\mathcal{B}\). (on pourrait s’étonner de ce rôle particulier joué par les n pemières coordonnées; il n’est pas étonnant, puisque pour le point a considéré de Σ, nous nous sommes permis de choisir un référentiel de ∈; si donc n des coordonnées jouent un rôle particulier, on peut toujours, par un changement d’ordre des vecteurs du référentiel, se ramener au cas commode où ce sont les n premières).

6 Nous verrons au corollaire 3.9.4, une définition équivalente, dans laquelle au contraire les n premières coordonnées ne jouent pas de rôle particulier, parce qu’on a choisi une fois pour toutes un même référentiel de \(\mathcal{E}\).

7 On peut encore dire que la séparation, dans le système des N coordonnées, d’un côté des n premières, de l’autre des Nn suivantes, identifie \(\mathcal{E}\) au produit Kn × KNn, et que, si l’on appelle, g l’application de l’ouvert \(\mathcal{B}\) de Kn dans KNn, définie par (3.9.1), alors g est de classe Cm et l’ensemble Σ ∩ \(\mathcal{V}\) est exactement l’ensemble des points x = (y, z) de \(\mathcal{E}\) = Kn × KNn, vérifiant l’équation z = g(y).

8 Nous retrouvons ainsi la situation particulière introduite dans la définition 3.3.5, mais, au voisinage du point a, nous nous sommes permis de choisir un référentiel particulier, amenant à cette situation particulière.

Définition d’une sous-variété par une représentation paramétrique.

9 Définition 3.9.2. - Soit Σ un ensemble d’un espace affine \(\mathcal{E}\) de dimension N. On appelle représentation paramétrique vraie de Σ de classe Cm, de dimension n, une application

\[\begin{equation} \Phi: u \mapsto \Phi(u) \end{equation}\]

10 d’un ouvert\(\mathcal{O}\) de Kn dans \(\mathcal{E}\) ayant les propriétés suivantes :

  • 1°/ Φ est un homéomorphisme de \(\mathcal{O}\) sur Σ
  • 1°/ est une application de classe Cm de \(\mathcal{O}\) dans \(\mathcal{E}\)
  • 3°/ En tout point α = (α1, α2, . . . , αn) de \(\mathcal{O}\), l’application dérivée Φ′(α) ∈ \(\mathcal{L}\)(Kn; E) est exactement de rang n ; autrement dit, l’image, par cette application, de l’espace vectoriel Kn, est un sous-espace vectoriel de dimension n de E; ou encore, les vecteurs dérivées partielles
\[\begin{equation} \frac{\partial \Phi}{\partial u_j}(\alpha), \quad j=1,2, \ldots, n \end{equation}\]

12 sont n vecteurs linéairement indépendants de E; ou encore, l’un au moins des déterminants d’ordre n de la matrice dérivée :

\[\begin{equation} \left(\frac{\partial \Phi_i}{\partial u_j}(\alpha)\right)_{1 \leq j \leq n}^{1 \leq i \leq N} \end{equation}\]

13 est non nul.

14 On se doute évidemment que les sous-variétés, de dimension n et de classe Cm de \(\mathcal{E}\), sont les seuls ensembles à pouvoir admettre de telles représentations paramétriques. Par contre, il est bien évident qu’une sous-variété n’admettra pas, en général, de telles représentations paramétriques; cela impliquerait en effet qu’elle soit homéomorphe à un ouvert de Kn, or l’exemple de la sphère, qui est compacte, montre qu’une sous-variété ne peut être, en général, homéomorphe à un ouvert de Kn; ce sont seulement, encore une fois, des régions suffisamment petites de la sous-variété, qui pourront admettre de telles représentations paramétriques.

15 Bien entendu, la donnée de Φ contient celle de l’ouvert \(\mathcal{O}\) de Kn et de son image Φ(\(\mathcal{O}\)) dans Φ; mais on l’indique souvent par : Φ : \(\mathcal{O}\) ↦ Φ(\(\mathcal{O}\)).

16 Théorème 3.9.3. - Pour qu’un ensemble Σ d’un espace affine normé ∈ de dimension N soit une variété de classe Cm, de dimension n, il faut et il suffit que, pour tout point a de Σ, il existe un voisinage ouvert \(\mathcal{V}\) dea dans \(\mathcal{E}\), tel que l’intersection \(\mathcal{V}\) ∩ Σ admette une représentation paramétrique vraie, de dimension n et de classe Cm.

17 Démonstration : 1°/ Supposons que Σ soit une variété de dimension n et de classe Cm. Soit a un point de Σ. Si alors on détermine les ouverts \(\mathcal{B}\) et \(\mathcal{V}\), comme il a été fait dans la définition 3.9.1, il suffit de prendre \(\mathcal{O}\) = \(\mathcal{B}\), et de définir l’application Φ : ux = Φ(u), à partir des fonctions Gk de (3.9.1), par

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} x_1=u_1, x_2=u_2, \ldots, x_n=u_n \\ x_{n+1}=G_{n+1}\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right), \ldots \\ x_N=G_{N-n}\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right) \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.2)\]

18 pour avoir une représentation paramétrique du type cherché; c’est ici le déterminant jacobien

\[\begin{equation} \frac{D\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right)}{D\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right)} \end{equation}\]

19 qui est sûrement non nul [3].

20 2° / Inversement, supposons que Σ soit un ensemble de \(\mathcal{E}\) vérifiant les propriétés de l’énoncé. Montrons que Σ est une variété de classe Cm. Soient a un point de Σ, Φ une représentation paramétrique vraie, homéomorphismed’ un ouvert \(\mathcal{O}\) de Kn sur un voisinage de a dans Σ. Choisissons arbitrairement un référentiel de \(\mathcal{E}\). Alors l’application Φ possède, au point α = Φ–1(a), une matrice dérivée, par rapport aux référentiels de Kn et de \(\mathcal{E}\); cette matrice dérivée, par hypothèse, est de rang n, et l’un au moins de ses déterminants à n lignes et n colonnes est non nul.

21 En changeant au besoin l’ordre des vecteurs de la base de E, nous pouvons supposer que c’est le déterminant jacobien

\[\begin{equation} \frac{D\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right)}{D\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right)} \end{equation}\]

22 Le référentiel ainsi formé dans \(\mathcal{E}\) l’identifie à et la distinction du système des n premières coordonnées et des Nn dernières l’identifie au produit Kn × KNn. C’est pourquoi nous représenterons tout point x de \(\mathcal{E}\) comme un couple (y, z), yKn, zKNn; soit a = (b, c). L’application Φ devient alors une application de l’ouvert \(\mathcal{O}\) dans le produit Kn × KNn et se décompose par suite en un système de deux applications X, Ψ, de \(\mathcal{O}\) dans Kn, et KNn respectivement, à savoir yX(u), z = Ψ(u). Mais alors le déterminant jacobien de l’application X de l’ouvert \(\mathcal{O}\)Kn dans Kn au point α est non nul. D’après le théorème 3.8.7, il existe donc un ouvert \(\mathcal{A}\) contenant α dans \(\mathcal{O}\), et un ouvert \(\mathcal{B}\) contenant b dans Kn, tel que X soit un homéomorphisme de \(\mathcal{A}\) sur \(\mathcal{B}\), continûment dérivable, ainsi que son homéomophisme réciproque; en outre, X est de classe Cm, et le corollaire 3.8.16 indique que son homéomorphisme réciproque est aussi de classe Cm. Désignons par X–1 cet homéomorphisme réciproque, de \(\mathcal{B}\) sur \(\mathcal{A}\). L’image de \(\mathcal{A}\) par Φ est alors un ouvert de Σ, puisque Φ est supposée être un homéomorphisme de \(\mathcal{O}\) sur son image, et que celle-ci est ouverte dans \(\mathcal{E}\). Il existe donc un voisinage ouvert \(\mathcal{V}\) du point a dans \(\mathcal{E}\), tel que Φ(\(\mathcal{A}\)) = \(\mathcal{V}\) ∩ Σ. Comme Φ(\(\mathcal{A}\)) se projette sur Kn suivant \(\mathcal{B}\), on peut supposer que \(\mathcal{V}\) aussi se projette suivant \(\mathcal{B}\) (sans quoi on le remplacerait par son intersection avec l’ouvert

\[\begin{equation} \left.\left\{x \in \mathbf{K}^N: \quad\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right) \in \mathcal{B}\right\} .\right) \end{equation}\]

23 Alors, pour qu’un point x = (y, z) appartienne à Σ ∩ \(\mathcal{V}\), il faut et il suffit qu’il soit l’image par Φ d’un point de \(\mathcal{A}\), c’est-à-dire que y\(\mathcal{B}\), et que z soit reliée à y par la formule

\[\begin{equation} z=\Psi\left(X^{-1}(y)\right) \end{equation}\]

24 Cette application composée g = Ψ o X–1 de deux applications de classe Cm est elle-même de classe Cm d’après le théorème 3.6.9; nous voyons bien que nous avons pu trouver un voisinage \(\mathcal{V}\) de a, et un référentiel de \(\mathcal{E}\), tels que l’intersection \(\mathcal{V}\) ∩ Σ puisse se représenter par une équation z = g(y), où g est une application de classe Cm de \(\mathcal{B}\) dans \(\mathcal{E}\). Ceci étant vrai pour tout a de Σ, Σ est bien une variété de dimension n et de classe Cm.

25 Nous avons en même temps démontré que, si l’on a choisi au préalable un référentiel quelconque de \(\mathcal{E}\), alors, pour tout a de Σ, pour obtenir un référentiel vérifiant les propriétés de la définition d’une variété, il suffit de changer convenablement l’ordre des vecteurs de base de \(\mathcal{E}\); ce changement dépendant évidemment de a.

26 On peut donc énoncer :

27 Corollaire 3.9.4. - Soit Σ un ensemble d’un espace affine \(\mathcal{E}\) de dimension N. Pour que Σ soit une sous-variété de dimension n et de classe Cm, il faut et il suffit que, un référentiel de \(\mathcal{E}\) étant choisi arbitrairement une fois pour toutes, alors, pour tout point a de Σ il existe une permutation σ de l’ensemble 1, 2, . . . , N, un ouvert \(\mathcal{B}\) du sous-espace engendré par l’origine et les vecteurs de base \(e_{\sigma_1}, e_{\sigma_2}, \ldots, e_{\sigma_n}\), et un ouvert \(\mathcal{V}\) de \(\mathcal{E}\), contenant a, dont la projection sur le sous-espace précédent soit \(\mathcal{B}\), enfìn un système de Nn fonctions scalaires Gk, k = 1, 2, . . . , Nn de classe Cm, définies sur \(\mathcal{B}\), de telle manière que l’intersection \(\mathcal{V}\) ∩ Σ soit définie par les équations :

\[\begin{equation} x_{\sigma_{n+k}}=G_k\left(\sigma_1, \sigma_2, \ldots, \sigma_n\right) \quad, \quad k=1,2, \ldots N-n \end{equation}\]

28 Corollaire 3.9.5. - Soient \(\mathcal{E}\), \(\mathcal{F}\), deux espaces affines de même dimension finie, H un difféomorphisme de classe Cm d’un ouvert U de \(\mathcal{E}\) sur un ouvert H(U) de \(\mathcal{F}\). Alors, si Σ est une sous-variété de dimension n et de classe Cm de U, son image H(Σ) est une sous-variété de dimension n et de classe Cm.

29 Ce corollaire exprime que les sous-variétés de classe Cm se conservent par difféomorphisme de classe Cm.

30 Démonstration : - Soit Φ : \(\mathcal{O}\) ↦ Φ(\(\mathcal{O}\)), une représentation paramétrique vraie d’un ouvert Φ(\(\mathcal{O}\)) de Φ. Alors H o Φ est un homéomorphisme de \(\mathcal{O}\) sur H(Φ(\(\mathcal{O}\))); c’est une application de classe Cm de \(\mathcal{O}\) dans \(\mathcal{F}\); si α\(\mathcal{O}\), (H o Φ)′(α) = H′(Φ(α) o Φ′(α) est de rang n, parce que Φ′(α) est de rang n et que H′(Φ(α)) est une bijection linéaire (corollaire 3.4.5 appliqué à H). Donc H o Φ est une représentation paramétrique vraie, de dimension n et de classe Cm. Il existe des représentations telles que Φ dont les images forment un recouvrement de Σ, donc les images des H o Φ forment un recouvrement de H(Σ), et le corollaire est démontré.

31 Corollaire 3.9.6. - Pour qu’un ensemble Σ d’une espace affine \(\mathcal{E}\) de dimension N soit une sous-variété de dimension n et de classe Cm, il fautât il suffit que, pour tout a de Σ il existe un Cm-difféomorphisme \(\tilde{\Phi}\) d’un ouvert \(\tilde{\mathcal{O}}\) de KN sur un voisinage \(\mathcal{V}\) de a dans \(\mathcal{E}\), tel que \(\mathcal{V}\) ∩ Σ soit l’image par \(\tilde{\Phi}\) de l’intersecton de \(\tilde{\mathcal{O}}\) et du sous-espace vectoriel KN engendré par les n premiers vecteurs de base de KN.

32 Ce corollaire exprime que, localement, on peut amener par un Cm difféomorphisme, une sous-variété de classe Cm et de dimension n de \(\mathcal{E}\) à devenir un sous-espace vectoriel de dimension n de KN.

33 Démonstration : 1°/ Supposons d’abord que Σ possède la propriété énoncée. En tout point a \(\alpha \in \tilde{\Phi}^{-1}(\Sigma)\), la dérivée \(\tilde{\Phi}^{\prime}(\alpha)\) est une bijection linéaire de sur E (corollaire 3.4.5); donc elle est injective, ainsi que sa restriction au sous-espace Kn considéré, qui est par conséquent de rang n. Alors la restriction Φ de \(\tilde{\Phi}\) à \(\mathcal{O}=\tilde{\mathcal{O}} \cap \mathbf{K}^n\) est une représentation paramétrique vraie de dimension n et de classe Cm, et comme chaque point de Σ a un voisinage ayant une telle représentation paramétrique, Σ est bien une variété de dimension n et de classe Cm.

34 2° / Réciproquement, soit Σ une sous-variété de dimension n et de classe Cm. d’après la définition, si a ∈ Σ, il existe un référentiel de \(\mathcal{E}\) et un voisinage \(\mathcal{V}\) de a dans \(\mathcal{E}\), dans lequel Σ peut se définir par (3.9.1). Appelons \(\mathcal{B}\)* l’ouvert de KN, formé des points dont les n premières coordonnées définissent un point de \(\mathcal{B}\) :

\[\begin{equation} \mathcal{B}^*=\left\{x \in \mathbf{K}^N: \quad\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right) \in \mathcal{B}\right\} \end{equation}\]

35 Alors les formules :

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} x_j=u_j \quad, \quad j=1,2, \ldots, n \\ x_{n+k}=u_{n+k}+G_k\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right) \quad, \quad k=1,2, \ldots, N-n \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.4)\]

36 définissent une application \(\tilde{\Phi}\) de \(\mathcal{B}\)* dans KN identifié à \(\mathcal{E}\); on a \(\tilde{\Phi}\left(\mathcal{B}^*\right)=\mathcal{B}^*\), et \(\tilde{\Phi}\) est une bijection, de bijection réciproque \(\tilde{\Phi}^{-1}\) définie par :

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} u_j=x_j \quad, \quad j=1,2, \ldots, n ; \\ u_{n+k}=x_{n+k}-G_k\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right) \quad ; \quad k=1,2, \ldots, N-n \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.5)\]

37 \(\tilde{\Phi}\) et \(\tilde{\Phi}^{-1}\) sont tous deux de classe Cm; donc \(\tilde{\Phi}\) est un homéomorphisme de classe Cm ainsi que son homéomorphisme réciproque. Si on appelle \(\tilde{\mathcal{O}}\) l’image réciproque de \(\tilde{\Phi}^{-1}(\mathcal{V})\), c’est un ouvert de KN, et \(\tilde{\Phi}\) restreinte à \(\tilde{\mathcal{O}}\), a les mêmes propriétés; mais alors Σ ∩ \(\mathcal{V}\) est défini par (3.9.1) et par suite est l’image par \(\tilde{\Phi}\) du sous-espace un+k = 0, k = 1, 2, . . . , Nn, ce qui démontre le corollaire.

38 Il résulte de la démonstration du théorème 3.9.3 que, si nous considérons l’appplication Θ : (y, z) ↦ X–1(y), c’est une application de \(\mathcal{V}\) dans \(\mathcal{A}\), dont la restriction à la variété \(\mathcal{V}\)∩Σ est aussi la restriction de l’homéomorphisme réciproque Φ–1 de Φ. On peut donc énoncer :

39 Théorème 3.9.7. - Si Φ : \(\mathcal{O}\) ↦ Φ(\(\mathcal{O}\)), est une représentation paramétrique vraie, de dimension n et de classe Cm, d’un ouvert d’une sous-variété Σ de \(\mathcal{E}\), et si Φ(α) = a, alors il existe un ouvert \(\mathcal{V}\) de \(\mathcal{E}\) contenant a, Σ ∩ \(\mathcal{V}\) = Σ(\(\mathcal{A}\)), et enfin une application Θ de classe Cm de \(\mathcal{V}\) dans \(\mathcal{A}\), dont la restriction à Σ ∩ \(\mathcal{V}\) coïncide avec la restriction de l’homéomorphisme réciproque de Φ, en particulier, on a dans \(\mathcal{A}\) : Θ o Φ = I.

40 Mais naturellement, on n’a pas Φ o Θ = I, puisque, si l’on part d’un point de \(\mathcal{V}\) qui n’appartient pas à Σ, son image par Θ est dans \(\mathcal{A}\), et par suite l’image par Φ est nécessairement dans Σ, donc distincte du point initial. On peut dire au contraire que l’application Φ o Θ, qui est l’application (y, z) ↦ (y, g(y)) de \(\mathcal{V}\) sur \(\mathcal{V}\) ∩ Σ, est une sorte de “projection de \(\mathcal{V}\) sur \(\mathcal{V}\) ∩ Σ”.

41 Corollaire 3.9.8. - Soient Φ1 et Φ2 deux représentations paramétriques vraies de classe Cm du même ouvert \(\mathcal{V}\) ∩ Σ d’une sous-variété Σ de \(\mathcal{E}\). Soient \(\mathcal{O}\)1 et \(\mathcal{O}\)2 les ouverts de définition de Φ1 et Φ2 de sorte que \(\Phi_1\left(\mathcal{O}_1\right)=\Phi_2\left(\mathcal{O}_2\right)\). Si on appelle \(\Phi_2^{-1}\) l’homéomorphisme réciproque de Φ2, application de \(\mathcal{V}\) ∩ Σ dans \(\mathcal{O}\)2, alors l’application \(\Phi_2^{-1} o \Phi_1\), de \(\mathcal{O}\)1 sur \(\mathcal{O}\)2, est un homéomorphisme de classe Cm, ainsi que son homéomorphisme réciproque \(\Phi_1^{-1} o \Phi_2\).

42 Démonstration : - Soit α1\(\mathcal{O}\)1, Φ11) = a. Considérons les applications Θ1 et Θ2 définies par le théorème 3.9.7, sur deux voisinages \(\mathcal{V}\)1 et \(\mathcal{V}\)2 de a dans \(\mathcal{E}\). Soit \(\mathcal{V}_0=\mathcal{V}_1 \cap \mathcal{V}_2\). Appelons d’autre part \(\mathcal{A}_1^{\prime}\) et \(\mathcal{A}_2^{\prime}\) les images de \(\mathcal{V}\)0 par Φ1 et Φ2. Alors, dans \(\mathcal{A}_1^{\prime}\), l’application \(\Phi_2^{-1} o \Phi_1\) coïncide avec l’appplication \(\Theta_2 o \Phi_1\), puisque pour \(u \in \mathcal{A}_1^{\prime}, \boldsymbol{\Phi}_1(u)\), Φ1(u) est dans Σ ∩ \(\mathcal{V}\)0, et que, sur \(\Sigma \cap \mathcal{V}_0 \subset \Sigma \cap \mathcal{V}_2, \Phi_2^{-1}\) coïncide avec Θ2; par conséquent, comme composée de deux applications de classe Cm, elle est de classe Cm d’après le théorème 3.6.9 [4]. Ainsi tout point α1 de \(\mathcal{O}\)1 possède un voisinage où \(\Phi_2^{-1} o \Phi_1\) est de classe Cm, donc elle est de classe Cm sur \(\mathcal{O}\)1.

43 Corollaire 3.9.9. - Si Σ est une sous-variété de dimension n, elle ne peut pas être une sous-variété de dimension n′n.

44 Démonstration : - Supposons en effet que, pour un point a de Σ, on ait une représentation paramétrique vraie de dimension n d’un premier voisinage ouvert de a, et une représentation paramétrique vraie de dimension n′ d’un deuxième voisinage ouvert; alors on a, de leur intersection, 2 représentations paramétriques vraies différentes, de dimensions respectives n et n′. Mais le raisonnement que nous venons de faire au corollaire précédent, avec deux représentations paramétriques vraies, ne suppose nullement que les dimensions n et n′ soient égales. Comme \(\Phi_2^{-1} o \Phi_1\) doit être un Cm-difféomorphisme de \(\mathcal{O}\)1 sur \(\mathcal{O}\)2, le corollaire 3.4.5 montre que nécessairement les dimensions sont égales.

45 Par contre, bien entendu, une sous-variété de classe Cm est a fortiori une sous-variété de classe Ck, pour tout km.

Définition d’une sous-variété par des équations implicites.

46 Théorème 3.9.10. - Pour qu’un ensemble Σ d’un espace affine \(\mathcal{E}\) de dimension N soit une sous-variété de dimension n et de classe Cm, il faut et il suffit que, pour tout a de Σ, il existe un voisinage \(\mathcal{V}\) ouvert de a dans \(\mathcal{E}\), et un système de Nn fonctions scalaires Fk, k = 1, 2, . . . , Nn, définies sur \(\mathcal{V}\), de classe Cm, avec les propriétés suivantes :

  • 1°/ Les dérivées Fk[5] sont Nn formes linéaires indépendantes sur E
  • 2°/ L’intersection \(\mathcal{V}\) ∩ Σ est exactement définie par les équations Fk(x) = 0, k = 1, 2, . . . , Nn :
\[\begin{equation} \mathcal{V} \cap \Sigma=\bigcap_{k=1}^{N-n} F_k^{-1}(0) \end{equation} \quad(3.9.6)\]

48 On dit qu’un tel système d’équations est un système normal de Nn équations de Σ au voisinage de a.

49 Remarquons qu’on peut prendre n = N, alors il n’y a pas d’équation, et Σ est un ouvert de \(\mathcal{E}\).

50 On peut aussi prendre n = 0; alors il y a N équations, et, au voisinage de a, il n’y a pas d’autre solution que a lui-même; a est un point isolé de Σ, Σ est un ensemble de points isolés de \(\mathcal{E}\), variété de dimension 0.

51 Démonstration : 1°) Supposons que Σ soit une sous-variété. Si alors nous utilisons la définition, nous voyons bien que cette variété est définie par les équations Fk(x) = 0, où Fk est définie par :

\[\begin{equation} F_k\left(x_1, x_2, \ldots, x_N\right)=x_{n+k}-G_k\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right) \end{equation} \quad(3.9.7)\]

52 Comme, au point a (ou en un point quelconque de \(\mathcal{V}\)), dFk contient dxn+k avec le coeficient 1, et aucun autre dxn+j, j = 1, 2, . . . , Nn, les dFk sont bien indépendantes.

53 2°) Supposons réciproquement que Σ soit un ensemble vérifiant les conditions de l’énoncé. Dire que le système des Fk(a) est indépendant, c’est dire si nous choisissons un système de coordonnées dans \(\mathcal{E}\), l’un au moins des mineurs de rang Nn de la matrice des dérivées partielles est ≠ 0. Supposons, pour fixer les idées (et on peut toujours s’y ramener par un changement éventuel de l’ordre des vecteurs de la base de \(\mathcal{E}\)) que ce soit le déterminant jacobien

\[\begin{equation} \frac{D\left(F_1, F_2, \ldots, F_{N-n}\right)}{D\left(x_{n+1}, x_{n+2}, \ldots, x_N\right)}(a) \neq 0 \end{equation} \quad(3.9.8)\]

54 Posons alors, comme précédemment

\[\begin{equation} y=\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right) \quad \text { et } \quad z=\left(x_{n+1}, x_{n+2}, \ldots, x_N\right) \end{equation}\]

55 de sorte qu’un point x de \(\mathcal{E}\) peut être identifié à un couple (y, z) de Kn × KNn. L’ensemble des fonctions Fk peut alors être considéré comme définissant une fonction f sur Kn × KNn à valeurs dans KNn, avec f(a) = f((b, c)) = 0. L’hypothèse relative au jacobien (3.9.8) revient exactement à dire que la dérivée partielle

\[\begin{equation} \left.\frac{\partial f}{\partial z}(a)=\frac{\partial f}{\partial z}(b, c)\right) \in \mathcal{L}\left(\mathbf{K}^{N-n}, \mathbf{K}^{N-n}\right) \end{equation}\]

56 de cette fonction est inversible. Le théorème des fonctions implicites (théorème 3.8.5) nous dit alors qu’il existe un voisinage \(\mathcal{B}\) de b dans Kn et un voisinage \(\mathcal{C}\) de c dans KNn tel que \(\mathcal{B}\) × \(\mathcal{C}\)\(\mathcal{V}\), et que l’équation f(y, z) = 0 admette une solution et une seule en z dans \(\mathcal{C}\), lorsque y est donné dans \(\mathcal{B}\). En outre, on définit ainsi une fonction implicite z = g(y), qui est une application continue de \(\mathcal{B}\) dans \(\mathcal{C}\). Le théorème 3.8.14 nous indique en outre que, f étant de classe Cm, g est aussi de classe Cm. Nous voyons bien que l’intersection de Σ avec \(\mathcal{B}\) × \(\mathcal{C}\) est exactement définie par l’équation z = g(y), et que, ceci étant valable pour tout a de Σ, Σ est bien une sous-variété de dimension n et de classe Cm.

57 Donnons une autre démonstration de ce 2°).- Appelons Ψ l’application de \(\mathcal{V}\) dans KN définie par (x1, x2, . . . , xN) ↦ (u1, u2, . . . , un) avec

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} u_1=x_1 \quad, \quad u_2=x_2 \quad, \quad u_n=x_n \\ u_{n+k}=F_k\left(x_1, x_2, \ldots, x_N\right) \quad, \quad k=1,2, \ldots, N-n \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.9)\]

58 en nous plaçant, comme dans la première démonstration, dans le cas où (3.9.8) est vérifiée.

59 Le déterminant jacobien de Ψ en a est non nul, parce qu’il est égal à celui de (3.9.8). Alors il existe un ouvert \(\mathcal{V}\)1\(\mathcal{V}\), contenant a tel que la restriction de Ψ à \(\mathcal{V}\)1 soit un homéomorphisme, de classe Cm ainsi que son homéomorphisme réciproque de Vi sur un ouvert \(\mathcal{A}\)1 contenant Ψ(a) = α (théorème 3.8.7 et corollaire 3.8.16). Mais alors Φ est un Cm-difféomorphisme de \(\mathcal{A}\)1 sur \(\mathcal{V}\)1, et Σ∩\(\mathcal{V}\)1 est l’image par Φ du sous-espace vectoriel Kn de KN : un+k = 0, k = 1, 2, . . . , Nn; le corollaire 3.9.6 montre alors que Σ est une sous-variété, de dimension n et de classe Cm.

60 Corollaire 3.9.11. - Pour qu’un ensemble Σ de \(\mathcal{E}\) soit une hypersurface (c’est-à-dire une sous-variété de dimension N – 1) de classe Cm de \(\mathcal{E}\), il faut et il suffit que, pour tout a de Σ, il existe un voisinage \(\mathcal{V}\) de a dans \(\mathcal{E}\), et une fonction scalaire définie dans \(\mathcal{V}\) et de classe Cm, dont la dérivée F′(a) soit ≠ 0 [6], tels que l’ensemble \(\mathcal{V}\) ∩ Σ soit exactement défini par l’équation F(x) = 0.

61 Il devient donc bien évident qu’une sphère d’un espace euclidien est une sous-variété, puisque la sphère de centre a et de rayon R est définie, dans \(\mathcal{E}\) tout entier, par l’équation < (xa)|(xa) >= R2.

62 Cet exemple nous montre d’ailleurs que, s’il est vrai qu’il était en général impossible de représenter une variété toute entière par des équations résolues correspondant à la définition, ou par une représentation paramétrique vraie, il est beaucoup plus possible de la définir toute entière par des équations implicites du type indiqué dans le théorème.

63 Naturellement la condition que les Fk(a) soient indépendantes ou, dans le cas d’une équation, que la dérivée F′(a) soit ≠ 0, est absolument essentielle. Par exemple, le cône du second degré défini dans l’espace R3 par l’équation x2 + y2z2 = 0 n’est pas une sous-variété; il ne satisfait à aucune des définitions, à cause d’un point singulier, l’origine.

64 Nous allons maintenant introduire la notion de variété abstraite qui généralise la notion de sous-variété. En effet on conçoit qu’il soit possible de définir cette notion sans qu’elle soit nécessairement contenue dans un espace affine. Par exemple, l’ensemble des pages d’un atlas de géographie donne une description parfaite de la Terre, sans qu’il soit nécessaire d’imaginer que cette Terre, variété à deux dimensions, est contenue dans un espace affine à trois dimensions.

Variété abstraite.

65 Définition 3.9.12. - On appelle variété abstraite (ou simplement variété) de dimension n, un espace topologique V dont tout point[7] possède un voisinage ouvert homéomorphe à un ouvert de Rn.

66 On appelle carte de V, la donnée d’un ouvert U de V, d’un homéomorphisme ip de U sur un ouvert Ω = φ(U) de Rn. Nous dirons indifféremment que le triplet (U, φ, Ω) ou que le couple (U, φ) ou simplement φ est une carte de V. [8]

67 L’ouvert U de V s’appelle le domaine de la carte. Pour un point aV, nous dirons que (U, φ) est une carte locale en a si le domaine de la carte contient le point a. Alors tout point x U a pour image le point φ(x) qui a pour coordonnées dans Rn (x1 = φ1(x), x2 = φ2(x), . . . , xn = φn(x)) qu’on appelle système de coordonnées locales de x associé à la carte (U, φ) (on écrit (\(\left.\left(x_i=p_i \circ \varphi\right)_{i=1}^n\right)\).

68 On appelle atlas de V toute famile (Uj, φj, Ωj)iI de cartes de V telle que les Ui forment un recouvrement de V.

69 Soient (Ui, φi, Ωi) et (Uj, φj, Ωj) deux cartes de V telles que \(U i \cap U_j \neq \emptyset\). On appelle applications de changement de cartes les applications φi,j et φj,i définie respectivement dans φj(UiUj) et φi(UiUj) à valeurs respectivement dans φj(UiUj) et φi(UiUj), définies par :

\[\begin{equation} \varphi_{j, i}: \varphi_i\left(U_i \cap U_j\right) \mapsto \varphi_j\left(U_i \cap U_j\right) \quad, \quad \varphi_{j, i}=\varphi_j \circ \varphi_i^{-1} \end{equation} \quad(3.9.10)\]
\[\begin{equation} \varphi_{i, j}: \varphi_j\left(U_i \cap U_j\right) \mapsto \varphi_i\left(U_i \cap U_j\right) \quad, \quad \varphi_{i, j}=\varphi_i o \varphi_j^{-1} \end{equation} \quad(3.9.11)\]
Description de l'image par IA : Deux ensembles irréguliers U_i et U_j avec intersection, et transformations géométriques des sous-ensembles Ω_i et Ω_j.

70 Remarque 0 - La définition 3.9.2 privilégie le triplet (Ω, ψ = φ–1, ψ(Ω)) ou Ω est un ouvert de Kn et ψ(Ω) est un ouvert de la sous-variété. C’est pour cela qu’il nous arrivera de dire tout aussi bien que ce triplet est une carte de V.

71 Définition 3.9.13. - Soit V une variété de dimension n munie d’un atlas \(\mathcal{A}\) = (Ui, φi, Ωi)iI. On dit que c’est un atlas de classe Cm si toutes les applications de changements de cartes de cet atlas sont de classe Cm (Cela a un sens puisque toute application changement de cartes est une application d’un ouvert de Rn dans un ouvert de Rn)

72 Soit V une variété de dimension n, \(\mathcal{A}\) un atlas sur V de classe Cm. Soit (U, φ, Ω) une carte de V. On dit que cette carte est admissible ou compatible si pour toute carte de l’atlas (Ui, φi, Ωi), les applications changement de carte \(\varphi \circ \varphi_i^{-1}\) et \(\varphi_i o \varphi^{-1}\) sont de classe Cm. Il revient au même de dire que la réunion des cartes de l’atlas \(\mathcal{A}\) et de la carte (U, φ, Ω) est encore un atlas de classe Cm.

73 Deux atlas de classe Cm sur une variété V de dimension n sont équivalents si toute carte de l’un est admissible pour l’autre, ou encore que la réunion de toutes les cartes appartenant à ces deux atlas est encore un atlas de classe Cm.

74 Etant donnée une variété V de dimension n et \(\mathcal{A}\) un atlas sur V de classe Cm, alors l’ensemble de toutes les cartes de V compatibles avec \(\mathcal{A}\) est un atlas \(\tilde{\mathcal{A}}\) de V de classe Cm. Il est appelé atlas maximal ou atlas saturé ou encore atlas universel de V.

75 On dit qu’une variété V est munie d’une structure différentiable de classe Cm (ou simplement une variété de classe Cm) si V est muni d’un atlas maximal de classe Cm.

76 Ces mots de carte et d’atlas sont évidement tirés des représentations de la Terre. La surface de la Terre est sensiblement une sphère et on peut la considérer comme une variété de dimension 2. Il n’existe pas de représentation paramétrique globale de cette variété compacte à partir d’un ouvert de R2; mais il existe un recouvrement de cette Terre Σ par un système d’ouverts, tels que chacun d’eux soit exactement le domaine d’une carte.

77 Naturellement, comme Σ est compacte, il existe un atlas fini de Σ, c’est-à-dire comprenant un nombre fini de cartes [9]. Chaque “page” d’un atlas est un rectangle, que nous considérons comme un rectangle ouvert de R2; en face des différents points de ce rectangle on a marque le nom d’un lieu de la Terre, c’est-à-dire d’un point particulier de Σ. L’image d’une carte parfaite du point de vue mathématique devrait comporté, en présence de tout point du rectangle, le point correspondant, dans le domaine de la carte, de la Terre, c’est-à-dire exactement avoir défini une application φ d’un ouvert de la variété Σ sur le rectangle ouvert.

78 Du fait que les domaines des cartes sont des ensembles ouverts, il résulte inévitablement que certains points de Σ sont recouverts par plusieurs cartes de l’atlas (nous exigeons en effet que chaque ville du monde soit au moins représentée par un point intérieur à l’un des rectangles-cartes); si en effet chaque point n’était recouvert qu’ une fois, Σ serait réunion d’un nombre fini (> 1) d’ouverts disjoints, donc ne serait pas connexe, or la Terre, comme toute sphère, est connexe, qu’on le regrette ou non.

79 Remarque 1 - Les structures de variété abstraite de classe Cm sont très souvent construites à partir d’un ensemble non muni d’une topologie (comme nous le verrons avec l’exemple important de l’ensemble des vecteurs tangents à une variété et aussi sur d’autres exemples) contrairement aux exemples de sous-variétés dans l’espace affine normé \(\mathcal{E}\) que nous avons rencontrées tout d’abord. Dans ce cas, il est facile de remanier très légèrement la définition d’un atlas de classe Cm pour retrouver du même coup une topologie sur la variété avec toutes les propriétés que nous avons données. Une famille (Ui, φi, Ωi)iI est appelée un atlas de classe Cm d’un ensemble V quelconque si :

  1. La famille (Ui)iI est un recouvrement de V, pour tout iI, Ωi est une sous-variété de classe Cm d’un espace affine normé de dimension finie.
  2. Pour tout i, φi est une bijection sur Ωi. et pour tout (i, j), φi(UiUj) est un ouvert de Ωi.
  3. Pour tout (i, j) l’application changement de cartes \(\varphi_{i, j}=\varphi_i o \varphi_j^{-1}\) est un difféomorphisme de classe Cm de φj(UiUj) sur φi(UiUj).

81 Nous introduisons une topologie [10] sur V en décrétant qu’une partie A de V est ouverte si et seulement si, pour toute carte (Ui, φi), φi(AUi) est une partie ouverte de Kn. Il est facile de vérifier qu’on a bien défini une topologie sur V et qu’avec cette topologie, (Ui, φi, Ωi)iI est bien un atlas de classe Cm sur V, variété de classe Cm et de dimension n avec les définitions 3.9.12 et 3.9.13.

82 Proposition 3.9.16. - Toute variété V de classe Cm et de dimension n est un espace topologique localement compact et localement connexe.

83 Démonstration : - Soit aV et (U, φ) une carte autour de a. Alors φ(U) est un ouvert de Rn contenant le point b = φ(a). Il existe alors un voisinage compact K de b contenu dans φ(U). Comme φ est un homéomorphisme, φ–1(K) est alors un voisinage compact de a dans V. Soit \(\tilde{U}\) un voisinage ouvert de a, alors \(O=\tilde{U} \cap U\) est encore un voisinage ouvert de a. Son image est un voisinage ouvert de b dans Rn. Comme celui-ci est localement connexe, il existe un voisinage connexe W de b contenu dans φ(O). Alors φ–1(W) est un voisinage connexe de a contenu dans \(\tilde{U}\).

Morphismes de classe Ck de variétés.

84 La structure de classe Cm d’une variété V permet de définir les fonctions de classe Cm sur V.

85 Définition 3.9.17. - Soient ∧ et Σ des variétés de classe Cm de dimensions respectives p et q, sur le même corps K, et soit H une application continue dedans Σ. On dit que H est de classe Ck, km, si, quels que soient le point a de ∧, H(a) = b, quel que soit la carte (U, φ) autour de a dans ∧, et la carte (\(\mathcal{O}\), ψ) autour de b = H(a) dans Σ, l’application composée ψ o H o φ–1 définie sur φ(UH–1(\(\mathcal{O}\))), ouvert de Kp, à valeurs dans Kq est de classe Ck au sens habituel. On dit aussi que H est un Ck-morphisme dedans Σ.

86 On appelle Cm-difféomorphisme desur Σ un homéomorphisme de classe Ck ainsi que son homéomorphisme réciproque.

87 On voit que, si les variétés sont de classe Cm, on ne peut pas définir d’applications de classe Cm pour m′ > m. On voit aussi qu’une application de classe Ck est toujours de classe Ck pour k′ ≤ k. On peut toujours se borner au cas k = m, parce que, si ∧ et Σ sont de classe Cm, mk, elles sont a fortiori de classe Ck.

88 On note par Cm(∧, Σ) (resp. Cm(∧)) l’ensemble des fonctions définies dans ∧ à valeurs dans Σ (resp. K (K est muni de la structure naturelle de variété de classe C)) de classe Cm. Si W est un ouvert de ∧, on désigne par Cm(W) l’ensemble des fonctions définies dans W à valeurs dans K de classe Cm, étant entendu que W est la variété munie de la structure induite (exemple 5). Il est clair que la somme de deux fonctions de classe Cm ainsi que leur produit est encore une fonction de classe Cm, de même que le produit d’une fonction par un scalaire réel. En d’autres termes Cm(W) est une algèbre sur K.

89 Remarque 2 - Cm(∧) ne dépend que de la structure de classe Cm de ∧. En effet, soit \(\mathcal{B}\) = (Uj, φj, Ωj)jJ un Cm-atlas équivalent à \(\mathcal{A}\). Supposons que pour tout iI, \(f \circ \varphi_i^{-1}\) soit de classe Cm, alors pour tout jJ, \(f \circ \varphi_i^{-1}\) est de classe Cm car

\[\begin{equation} f \circ \varphi_j^{-1}=f \circ \varphi_i^{-1} \circ\left(\varphi_i \circ \varphi_j^{-1}\right) \end{equation}\]

90\(\varphi_i o \varphi_j^{-1}\) est l’application changement de cartes donc de classe Cm puisque les atlas sont équivalents.

91 Remarque 3 - Soit ∧ une variété de classe Cm et (U, φ, Ω) une carte de V. Nous avons défini le système de coordonnées locales xφk(x) = xk, xU, k = 1, 2, . . . , m. Ce sont des fonctions de classe Cm.

92 Théorème 3.9.18. - Soient ∧, M, Σ trois variétés de classe Cm, G une application de classe Cm dedans M, H une application de classe Cm de M dans Σ. Alors l’application H o G est une application de classe Cm dedans Σ.

93 S’il existe un Cm-difféomorphisme entre deux variétés de classe Cm, elles ont même dimension.

94 Démonstration : - Soit (U, φ) une carte autour de a et (\(\mathcal{O}\), ψ) une carte autour c = H o G(a). Nous voulons montrer que l’application Ψ o H o G o φ–1 est de classe Cm dans \(\varphi\left(U \cap G^{-1}\left(H^{-1}(\mathcal{O})\right)\right.\). Comme la propriété d’être de classe Cm est une propriété locale, il suffit de montrer que cette fonction est de classe Cm au voisinage de tout point \(u \in \varphi\left(U \cap G^{-1}\left(H^{-1}(\mathcal{O})\right)\right.\). Pour ne pas alourdir les notations, on peut supposer que u = φ(a) (dans le cas général, on peut se contenter de choisir des ouverts U1 et O1 contenus respectivement dans U et \(\mathcal{O}\)). Soit (V, θ) une carte autour de b = G(a). Posons

\[\begin{equation} V_1=V \cap H^{-1}(\mathcal{\mathcal { O }}) \quad, \quad U_1=U \cap G^{-1}\left(V_1\right) \end{equation}\]

95 Ce sont des ouverts contenant b et a respectivement, donc voisinages respectifs de ces points. En particulier, φ(U1) est un voisinage de u contenu dans φ(UG–1(H–1(\(\mathcal{O}\))). Comme θ o G o φ–1(φ(U1) = θ(G(U1)) ⊂ θ(V1) = θ(vH–1(\(\mathcal{O}\))), alors ψ o H o θ–1 est de classe Cm dans θ(V1) et comme φ(U1) ⊂ φ(UG–1(H–1(\(\mathcal{O}\))), l’application θ o G o φ–1 est de classe Cm dans φ(U1). Donc la composée

\[\begin{equation} \left(\psi \circ H o \theta^{-1}\right) o\left(\theta \circ G \circ \varphi^{-1}\right)=\psi \circ H o G \circ \varphi^{-1} \end{equation}\]

96 est de classe Cm d’après le théorème 3.9.9, ce qui démontre le premier point. Notre dernière assertion découle alors du corollaire 3.4.5.

97 Théorème 3.9.19. - Soientet Σ des variétés de ciasse Cm, H une application dedans Σ. Pour que H soit de classe Cm, il faut et il suffit que, pour tout a de ∧, il existe au moins une carte particulière (U, φ) autour de a dans ∧, et au moins une carte particulière (O, ψ) autour de b = H(a) dans Σ, telles que ψ o H o φ–1 soit de classe Cm dans φ(UH–1(O)).

98 Démonstration : La condition est trivialement nécessaire, nous devons montrer qu’elle est suffisante. Pour cela nous devons montrer que, si (U1, φ1 et (O1, ψ1)sont des cartes quelconques autour de a et 6 dans ∧ et Σ respectivement, \(\psi_1 \circ H \circ \varphi_1^{-1}\) est encore de classe Cm dans φ1(U1H–1(O1)). Comme dans le théorème 3.9.18, nous allons montrer que cette application est dec lasse Cm dans un voisinage de chacun des points de l’ouvert φ(U1H–1(O1)). Soit v un point de cet ouvert et soit \(a=\varphi_1^{-1}(v)\). Alors aU1 et H(a) ∈ O1. Par hypothèse, il il existe au moins une carte particulière (U, φ) autour de a dans ∧, et au moins une carte particulière (\(\mathcal{O}\), ψ) autour de b = H(a) dans Σ, telles que ψ o H o φ–1 soit de classe Cm dans φ(UH–1(O)). Comme OO1 est un ouvert contenant H(a) et H est continue, UU1H–1(O1O) est un ouvert de ∧ contenant a. s1 étant un homéomorphisme, s1(UU1H–1(O1O)) est un ouvert contenant v. Nous allons montrer que \(\psi_1 \circ H \circ \varphi_1^{-1}\) est de classe Cm dans cet ouvert. Ecrivons formellement

\[\begin{equation} \psi_1 \circ H \circ \varphi_1^{-1}=\psi_1 \circ \psi^{-1} \circ \psi \circ H \circ \varphi^{-1} \circ \varphi \circ \varphi_1^{-1} . \end{equation}\]

99 Le deuxième membre de cette égalité est la composée de 3 applications. La première est \(\varphi \circ \varphi_1^{-1}\), elle est de classe Cm dans φ1(UU1) et prend ses valeurs dans φ(UU1). A fortiori elle est de classe Cm dans φ1(UU1H–1(O1O)) et prend ses valeurs dans φ(UU1H–1(O1O)). On peut donc composer avec la deuxième application qui est ψ o H o φ–1 qui est de classe Cm dans φ(UH–1(O) et à valeurs dans ψ(OO1). Or la troisième application ψ1 o ψ–1 est de classe Cm dans ψ(OO1). Donc ces trois applications se composent bien et leur produit est une application de classe Cm et le théorème est démontré.

100 Ce théorème a de nombreuses conséquences, donnons seulement les plus marquantes.

101 Corollaire 3.9.20. - Si ∧ et Σ sont des ouverts d’espaces affines \(\mathcal{E}\) et \(\mathcal{F}\), l’application H dedans Σ est de classe Cm, si et seulement si elle est de classe Cm au sens antérieur (Définition 3.6.5)

102 Démonstration : En effet prenons de ∧ et de Σ une carte particulière, la carte formée par l’injection canonique; alors ψ o H o φ–1 se réduit à H.

103 Corollaire 3.9.21. - Soitune sous-variété de classe Cm d’un espace affine \(\mathcal{E}\). Alors l’injection canonique i dedans Σ = \(\mathcal{E}\) est de classe Cm.

104 Démonstration : Il suffit de prendre une carte de ∧, (U, Θ) où Θ est donnée par le théorème 3.9.7 et pour Σ = \(\mathcal{E}\), la carte définie par l’application identique; alors ψ o H o φ–1 = φ puisque Θ o φ = I et on sait que φ la représentation paramétrique est de classe Cm.

105 Corollaire 3.9.22. - Siest contenu dans un espace affine \(\mathcal{E}\), toute application H dedans Σ, restriction à ∧ d’une application \(\tilde{H}\) de classe Cm d’un ouvert Ω de \(\mathcal{E}\), dans Σ, est de classe Cm dedans Σ.

106 Démonstration : En effet, H est la composée de \(\tilde{H}\) o J, où J est l’injection canonique de ∧ dans Ω, de classe Cm d’après le corollaire 3.9.21.

107 Corollaire 3.9.23. - Soitune variété de dimension n, de classe Cm, (U, φ) une carte de ∧. Alors φ–1 est un Cm-difféomorphisme de φ(U) sur U.

108 Démonstration : Il suffit en effet, pour φ(U) de prendre la carte définie par l’application identique, et pour U de prendre la carte φ alors, pour ψ o H o φ–1 est simplement l’application identique de φ(U), elle est bien de classe Cm.

109 A partir du corollaire 3.9.23, le corollaire 3.9.8 est maintenant évident; mais nous avons dû déjà l’utiliser plusieurs fois pour obtenir les présents résultats.

Exemples de variétés.

110 Exemple 1 - Tout sous-espace affine de dimension n est une variété indéfiniment différentiable; elle comprend en effet un atlas à une seule carte, obtenue en choisissant un référentiel de cette variété, référentiel qui définit une bijection Φ linéaire de Kn sur la variété, ayant toutes les propriétés voulues. En particulier l’espace \(\mathcal{E}\) lui-même est une variété.

111 Exemple 2 - Nous avons implicitement supposé n ≥ 1. En fait on est amené à considérer comme sous-variété de dimension 0 de \(\mathcal{E}\) tout ensemble Σ de points isolés. Une carte d’un voisinage de a ∈ Σ est alors l’application Oa de K0 = {O} dans {a}.

112 On est amené à considérer que l’ensemble \(\emptyset\) est une variété avec la seule carte \(\emptyset \mapsto \emptyset\), de dimension -1.

113 Une sous-variété de dimension 1 s’appelle une courbe, une variété de dimension 2, une surface, une sous-variété de dimension N 1, une hypersurface. Toutefois ces mots ommont été et sont encore employés dans tellement de sens différents qu’il faut être prudents dans leur usage. Il est habituel de considérer la lemniscate de Bernouilli comme une “courbe”, mais ce n’est pas une sous-varié té à cause de son point singulier; en disant “courbe de classe Cm”, on précisera bien qu’on veut dire “variété de dimension 1, de classe Cm”, et la lemniscate sera exclue.

114 Exemple 3 - Une variété Σ de dimension N d’un espace affine \(\mathcal{E}\) de dimension N, est simplement un ouvert de \(\mathcal{E}\) (en effet, ici Nn = 0; si l’on revient à la définition, il n’y a pas d’équations (3.9.1), et \(\mathcal{V}\) ∩ Σ = \(\mathcal{V}\) = \(\mathcal{B}\), ouvert de \(\mathcal{E}\) contenant a; donc la définition exprime simplement que tout a de Σ a un voisinage \(\mathcal{V}\) dans \(\mathcal{E}\) qui est contenu dans Σ, donc Σ est ouverte). Un tel ouvert est alors une sous-variété de classe C, et il admet un atlas à une seule carte, définie par l’application identique de Σ ⊂ \(\mathcal{E}\), identifié à KN par un référentiel, dans Σ.

115 Toute partie d’une sous-variété Σ de \(\mathcal{E}\), qui est ouverte dans E est une variété de même classe et de même dimension.

116 Inversement, si Σ et ∧ sont deux sous-variétés de \(\mathcal{E}\), de même dimension n, Σ ⊂ ∧ alors Σ est simplement un ouvert de ∧. Soit en effet a ∈ Σ. D’après le corollaire 3.9.6, il existe un Cm-difféomorphisme \(\widetilde \Phi\) d’un ouvert \(\widetilde O\) de KN sur un ouvert de \(\mathcal{E}\) contenant a, tel que \({\widetilde \Phi ^{ - 1}}\left( \Lambda \right)\) soit l’intersection \(\widetilde O\) avec un sous-espace vectoriel Kn de KN. Mais le corollaire 3.9.5 montre que \({\widetilde \Phi ^{ - 1}}\left( \sum \right)\) est aussi une variété de dimension n de KN, nécessairement contenue dans Kn; ce que nous venons de voir au début de ce 3°/ montre que c’est un ouvert de Kn, et alors \({\widetilde \Phi ^{ - 1}}\left( \sum \right)\) est un voisinage de \({\widetilde \Phi ^{ - 1}}\left( a \right)\) dans \({\widetilde \Phi ^{ - 1}}\left( \Lambda \right)\); donc Σ est un voisinage de a dans ∧; ceci étant vrai pour tout a de Σ, Σ est bien un ouvert de ∧.

117 Exemple 4 - Montrons que, dans un espace affine euclidien de dimension N sur R, une sphère est une sous-variété indéfiniment différentiable de dimension N – 1. Pour simplifier, prenons un référentiel et pour S = SN–1 la sphère unité de centre origine. Appelons \(\mathcal{V}\)j,+ l’ouvert de \(\mathcal{E}\) défini par l’inégalité xj > 0. Appelons \(\mathcal{B}\)j l’ouvert de KN–1 défini par

\[\begin{equation} x_1^2+x_2^2+\ldots x_{j-1}^2+x_{j+1}^2+\ldots+x_N^2<1 \end{equation} \quad(3.9.14)\]

118 Alors, dans \(\mathcal{V}\)j,+, la sphère S est définie par l’équation :

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} \left(x_1, x_2, \ldots, x_{j-1}, x_{j+1}, \ldots, x_N\right) \in \mathcal{B}_j \\ x_j=\sqrt{1-x_1^2-x_2^2-\ldots x_{j-1}^2-x_{j+1}^2-\ldots-x_N^2} \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.15)\]

119 On opérera de même dans l’ouvert \(\mathcal{V}\)j,– défini par xj < 0, et comme ceci peut se faire pour j = 1, 2, . . . , N, on voit que notre affirmation est démontrée, et qu’on a recouvert S par un atlas de 2N cartes de classe C et de dimension N – 1.

120 Considérons la représentation paramétrique classique de la sphère à deux dimensions dans R3 par les formules

\[\begin{equation} \begin{cases}x=\sin \theta & \cos \varphi \\ y=\sin \theta & \sin \varphi \\ z=\cos \theta & \end{cases} \end{equation} \quad(3.9.16)\]

121 Ici \(\mathcal{O}\) sera, par exemple, l’ouvert 0 < φ < 2π, 0 < θ < π, de R2, et l’application (3.9.8) done une carte de l’ouvert de la sphère défini par les inégalités : y ≠ 0 ou y = 0, x < 0 (complémentaire du demi-méridien fermé φ = 0, 0 ≤ θπ). On se sert habituellement de la représentation précédente pour toute la sphère en admettant les valeurs 0 ≤ φ ≤ 2π, 0 ≤ θπ, mais alors ce n’est pas une représentation paramétrique vraie. Autrement dit, cette carte à elle seule ne peut pas, comme il a déjà été vu, constituer un atlas de toute la sphère.

122 Par contre, à l’aide de la projection stéréographique; il est facile de montrer qu’il existe un atlas de la sphère constituée par deux cartes seulement. Considérons en effet l’application réciproque de la projection stéréographique, c’est à l’application de RN–1 dans la sphère, définie par les formules

\[\begin{equation} \begin{aligned} & u=\left(u_1, u_2, \ldots, u_{N-1}\right) \mapsto x=\left(x_1, x_2, \ldots, x_N\right) \\ & \left\{\begin{array}{l} x_i=\frac{2 u_i}{\sum_{j=1}^{N-1} u_j^2+1} ; \quad i=1,2, \ldots, N-1 \\ x_N=\epsilon \frac{\sum_{j=1}^{N-1} u_j^2-1}{\sum_{j=1}^{N-1} u_j^2+1} \end{array}\right. \end{aligned} \end{equation} \quad(3.9.17)\]

123 On définit bien là, pour ϵ = + 1 (resp. -1), une carte de classe C, dont l’image est l’ouvert de la sphère, complémentaire du pôle Nord (resp. Sud) (c’est-à-dire du point (0, 0, . . . , ϵ)) [11].

124 Nous avons donc bien un atlas de la sphère formé de deux cartes. Si nous appelons (φ+, S \ {N}) et (φ, S \ {S}) ces deux cartes, alors l’intersection des images de ces deux cartes est égale à RN–1\{0}. Les deux applications changement de cartes sont données par la même transformation de cet ouvert à savoir l’inversion de pôle l’origine et de puissance 1, c’est-à-dire la transformation qui associe à tout point m ≠ 0 le point m′ situé sur la demi-doite Om tel que \(\overline {Om} .\overline {Om’} = 1\). Cette transformation est une involution c’est-à-dire égale à sa fonction réciproque.

125 Dans le cas particulier où N = 3, il est commode d’utiliser la notation complexe pour les points du plan. Alors au point de coordonnées (x, y, u) sur la sphère correspond par φ+ (resp. φ) le point z (resp. z′) donné par :

\[\begin{equation} z=\frac{x+i y}{1-u} \quad z^{\prime}=\frac{x+i y}{1+u} \end{equation} \quad(3.9.18)\]

126 Comme (1 – u)(1 + u) = 1 – u2 = x2 + y2 = (x + iy)(xiy), on voit que :

\[\begin{equation} z^{\prime}=\frac{1}{\bar{z}} \end{equation} \quad(3.9.19)\]

127 Exemple 5 : la ceinture de Möbius - On obtient une ceinture habituelle en partant d’un rectangle A B B′ A′, et en unissant les deux côtés extrêmes A B et A′ B′, A venant sur A′ et B venant sur B′.

128 La ceinture de Möbius est tordue; elle s’obtient bien en unissant les deux bords extrêmes comme précédemment, mais après avoir tordu la ceinture, c’est-à-dire en unissant A à B′ et B à A′, M venant sur M′ si AM = BM′. On peut définir une telle ceinture comme une sous-variété de classe C de dimension 2 de l’espace R3.

Description de l'image par IA : Carré avec des points et des lettres, transformé en anneau avec intersections.

129 On prendra pour cercle moyen de la ceinture, le cercle Γ défini par les équations x2 + y2 = a2, z = 0, et d’équations paramétriques x = a cos φ, y = a sin φ, z = 0.

130 En appelant m(φ) le point correspondant au paramètre φ de ce cercle, on définira sur la ceinture une fibré, segment ouvert de longueur l < a, perpendiculaire au cercle moyen, par la formule

\[\begin{equation} M(\varphi, \rho)=m(\varphi)-\rho \sin \frac{\varphi}{2} u+\rho \cos \frac{\varphi}{2} e_3 \quad, \quad-l<\rho<l \end{equation} \quad(3.9.20)\]

131 e3 étant le vecteur unitaire de l’axe des z et u le vecteur unitaire de l’axe Om; Om = a u. Pour φ = 0, ce segment est vertical; quand φ augmente, il “tourne autour de la tangente au cercle moyen”, de l’angle \(\frac{\varphi }{2}\) exactement; quand m revient à sa position initiale, avec φ = 2π, le segment est aussi revenu à sa position initiale, mais s’est “retourné”.

Description de l'image par IA : Cercle avec deux vecteurs et angles. Point O, M, φ, ψ/2, m. Lignes pleines et pointillées.

132 Ceci donne la représentation paramétrique de la ceinture de Möbius par les formules :

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} x=\left(a-\rho \sin \frac{\varphi}{2}\right) \cos \varphi \\ y=\left(a-\rho \sin \frac{\varphi}{2}\right) \sin \varphi \\ z=\rho \cos \frac{\varphi}{2} ; \varphi \in \mathrm{R} \quad, \quad-l<\rho<l, \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.21)\]

133a, l, sont donnés, 0 < l < a. On remarque bien que, si l’on change φ en φ+2π, et ρ en –ρ, on retombe sur le même point de la ceinture. La représentation précédente est donc une “représentation paramétrique impropre” ; mais, localement, c’est une représentation paramétrique vraie. En effet, si l’on se borne à faire varier (φ, ρ) dans un rectangle ouvert \({\Theta _{{\varphi _0}}} = U\) de R2, défini par φ0π < π < π0 + π, –l < ρ < +l, les formules (3.9.21) définissent un homéomorphisme Φ, de classe C, de U sur un ouvert de la ceinture. Il nous suffit de démontrer que l’application dérivée de Φ en n’importe quel point de U est de rang 2, pour avoir prouvé que la représentation paramétrique Φ est vraie.

134 Or la dérivation de la formule (3.9.18) par rapport à ρ nous donne :

\[\begin{equation} \frac{\partial M}{\partial \rho}=-\sin \frac{\varphi}{2} u+\cos \frac{\varphi}{2} e_3 \end{equation} \quad(3.9.22)\]

135 elle nous montre, comme il était évident, que le vecteur \(\frac{\partial M}{\partial \rho}\) est non nul (ses composantes sur 2 axes rectangulaires sont \(-\sin \frac{\varphi}{2} \text { et } \cos \frac{\varphi}{2}\), jamais simultanément nulles), et dirigé suivant le segment mobile. La dérivation par rapport à φ donne

\[\begin{equation} \frac{\partial M}{\partial \varphi}=\left(a-\rho \sin \frac{\varphi}{2}\right) \frac{d u}{d \varphi}-\frac{\rho}{2} \cos \frac{\varphi}{2} u-\frac{\rho}{2} \sin \frac{\varphi}{2} e_3 \end{equation} \quad(3.9.23)\]

136 On vérifie bien, comme on pouvait le voir géométriquement, que le vecteur obtenu \(\frac{\partial M}{\partial \varphi}\) est perpendiculaire au précédent (c’est immédiat en utilisant le fait que \(\frac{d u}{d \varphi}\), u, et e3 sont 2 à 2 orthogonaux), et, d’autre part, qu’il est non nul, puisque ses composantes sur u et e3 ne sont jamais simultanément nulles si ρ ≠ 0 et si ρ = 0 c’est la composante sur \(\frac{d u}{d \varphi}\) qui est non nulle.

137 Ainsi les vecteurs \(\frac{\partial M}{\partial \rho}\) et \(\frac{\partial M}{\partial \varphi}\), sont bien indépendants, et la representation paramétrique Φ est vraie; la ceinture de Möbius est bien une sous-variété de dimension 2 et de classe C de R3.

138 Exemple 6 : l’espace projectif Pn(R) - L’espace projectif de dimension n, noté Pn(R), est l’ensemble des droites vectorielles de Rn+1. Nous allons montrer qu’on peut le munir d’une structure de variété de dimension n sur R, de classe C. On peut toujours repérer une droite vectorielle par un vecteur directeur (x0, x1, . . . , xn) non nul mais il est clair que (λx0, λx1, . . . , λxn) définit la même droite. Pour ne pas confondre le vecteur (x0, x1, . . . , xn) non nul avec la droite d qu’il dirige, nous notons d = (x0 : x1 : . . . : xn).

139 Soit 0 ≤ in et Ui l’ensemble des droites telles que xi ≠ 0 :

\[\begin{equation} U_i=\left\{d=\left(x_0: x_1: \ldots: x_n\right): \quad x_i \neq 0\right\} \end{equation} \quad(3.9.24)\]

140 On lui associe l’application φi définie dans Ui à valeurs dans Rn :

\[\begin{equation} \varphi: d \mapsto y=\left(y_1, y_2, \ldots, y_n\right) \end{equation}\]

141 de façon que, pour, 1 ≤ kn

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} y_k=\frac{x_{k-1}}{x_i} \quad \text { si } k \leq i \\ \frac{x_k}{x_i} \quad \text { si } k>i \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.25)\]

142 On observera que cette application est bien définie car si on remplace (x0 : x1 : . . . : xn) par (λx0 : λx1 : . . . : λ xn) l’image reste la même et qu’il est clair que φi réalise une bijection de Ui sur l’espace Rn tout entier.

143 Par exemple, dans le plan projectif P2(R), on a trois applications :

  • U0 est défini par x0 ≠ 0,
    \[\begin{equation} \varphi_0:\left(x_0: x_1: x_2\right) \mapsto\left(y_1=\frac{x_1}{x_0}, y_2=\frac{x_2}{x_0}\right) \end{equation}\]
  • U1 est défini par x1 ≠ 0,
    \[\begin{equation} \varphi_1:\left(x_0: x_1: x_2\right) \mapsto\left(y_1=\frac{x_0}{x_1}, y_2=\frac{x_2}{x_1}\right) \end{equation}\]
  • Enfin U2 est défini par x2 ≠ 0,
    \[\begin{equation} \varphi_2:\left(x_0: x_1: x_2\right) \mapsto\left(y_1=\frac{x_0}{x_2}, y_2=\frac{x_1}{x_2}\right) \end{equation}\]

145 Restons d’abord dans ce cas, examinons l’application changement de cartes, par exemple, pour φ0 et φ2. On voit U0U2 est formé des droites d = (x0 : x1 : x2) telles que x0 ≠ 0 et x2 ≠ 0. Alors l’image par φ2 est formée des points du plan (y1, y2) avec \(y_2=\frac{x_2}{x_0} \neq 0\) alors que l’image de φ2 est formée des points du plan (z1, z2) avec \(z_1=\frac{x_0}{x_2} \neq 0\). Ce sont bien des ouverts du plan et l’application de changement de cartes φ0,2 est donnée par :

\[\begin{equation} \left(y_1, y_2\right) \mapsto\left(z_1=\frac{1}{y_2}, z_2=\frac{y_1}{y_2}\right) \end{equation} \quad(3.9.26)\]

146 et on voit que c’est une application C dans son domaine de définition. U0 est appelé la partie finie du plan projectif P2(R).

147 Dans le cas général, on a les formules analogues pour les applications de cartes. Prenons par exemple i < j, alors UiUj est constitué des droites (x0 : x1 : . . . : xi . . . xj : . . . : xn) avec xi ≠ 0 et xj ≠ 0. Alors l’image par φi est formée des points \(\left(y_k\right)_{k=1}^n \in \mathbf{R}^n\) tel que yj ≠ 0 tandis que l’image par φj est formée des points \(\left(z_k\right)_{k=1}^n \in \mathbf{R}^n\) tel que zi+1 ≠ 0. Ce sont bien des ouverts de Rn. L’application de changement de cartes est donnée par

\[\begin{equation} \left(y_k\right)_{i=1}^n \mapsto\left(z_k\right)_{k=1}^n \end{equation}\]

148 où, pour 1 ≤ kn, on a :

\[\begin{equation} z_k=\left\{\begin{array}{l} \frac{y_k}{y_j} \text { si } k \leq i \quad \text { ou } \quad k>j \\ \frac{1}{y_j} \text { si } k=i+1 \\ \frac{y_{k-1}}{y_j} \text { si } i+1<k \leq j \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.27)\]

149 On voit là aussi que les applications changements de cartes sont de classe C sur leur domaine. Ainsi les \(\left(U_i, \varphi_i\right)_{i=0}^{n+1}\) forment bien un atlas pour une structure de variété C, de dimension n sur Pn(R), d’après la remarque 1.

150 Pn(R) est une variété compacte, pour le voir il suffit de remarquer que l’application de la sphère S2 dans P2(R):

\[\begin{equation} \left(x_0, x_1, x_2\right) \mapsto\left(x_0: x_1: x_2\right) \end{equation}\]

151 est continue et surjective (mais non injective). Or S2 est compacte et l’image d’un compact par une application continue est compacte.

152 Exemple 7 - L’étude des variétés abstraites est évidemment très importante en Mathématiques, et même dans beaucoup de parties de la Physique. Considérons un système mécanique ayant “un nombre fini de degrés de liberté”, par exemple un gyroscope dont un point de l’axe de révolution est fixe. La position de ce système peut “être définie par les valeurs d’un certain nombre de paramètres réels q1, q2, . . . , qn”; en réalité ce système de paramètres est très arbitraire, il est bien rare qu’on puisse, sans singularité, représenter effectivement toutes les positions d’un système mécanique par les valeurs d’un nombre fini de paramétres. C’est ainsi que, si on fixe la position d’un gyroscope par les angles d’Euler ψ, θ, φ, on ne définit pas là une représentation paramétrique vraie de l’ensemble des positions du gyroscope.

153 En réalité l’ensemble des positions du système mécanique admet une bonne définition comme variété abstraite, qui, dans le cas du gyroscope, est une variété Σ de classe C à trois dimensions; mais cette variété est abstraite et n’est pas naturellement plongée dans un espace affine.

154 Dire qu’on prend les trois angles d’Euler pour représenter la position du gyroscope, c’est dire qu’on considère une carte particulière, représentant seulement un ouvert de la variété qu’est l’ensemble des positions du gyroscope [12].

155 On peut construire des variétés de classe Cm à partir d’autres variétés de classe Cm.

156 Exemple 8 : Variété induite - Soit V une variété de dimension n de classe Cm et W un ouvert de V. Soit (Ui, φi)iI un atlas de V de classe Cm. Alors il est facile de vérifier que les (UiW, ψi)iI ou ψi est la restriction de φi à UiW, est un atlas Cm pour la variété W de dimension n. Nous dirons que c’est la structure de variété induite sur l’ouvert W par V. W sera toujours muni de cette structure. Nous dirons aussi que W est une variété ouverte.

157 Exemple 9 : Produit de deux variétés - Soient V1 et V2 deux variétés de dimension n1 et n2 et toutes deux de classe Cm. Alors l’ensemble V1 × V2 peut être muni d’une structure de variété de classe Cm de dimension n = n1 + n2. En effet, soit (U1, φ1, Ω1) une carte de V1 et (U2, φ2, Ω2) une carte de V2, alors on définit une carte de V1 × V2 par le triplet (U1 × U2,, φ1 × φ2,, Ω1 × Ω1) où

\[\begin{equation} \forall\left(x_1, x_2\right) \in U_1 \times U_2 \quad, \quad \varphi_1 \times \varphi_2\left(x_1, x_2\right)=\left(\varphi_1\left(x_1\right), \varphi_2\left(x_2\right)\right) \end{equation} \quad(3.9.28)\]

158 Les applications changements de cartes données par

\[\begin{equation} \left(\psi_1 \times \psi_2\right) o\left(\varphi_1 \times \varphi_2\right)^{-1}=\psi_1 o \varphi_1^{-1} \times \psi_2 o \varphi_2^{-1} \end{equation} \quad(3.9.29)\]

159 sont de classe Cm. En particulier on appelle Tore à n dimensions la variété produit de n exemplaires de S1, notée Tn. Lorsque n = 2, on considère le tore comme la sous-variété de R3 engendrée par la rotation autour de l’axe Oz d’un cercle méridien de rayon b > 0 dont le plan passe par Oz et dont le centre décrit un cercle de rayon a > b de centre l’origine dans le plan xOy. Cette description conduit alors à la paramétrisation classique de T2 par les formules :

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} x=(a+b \cos \theta) \cos \varphi \\ y=(a+b \sin \theta) \cos \varphi \\ z=b \sin \theta \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.30)\]

160 Cette représentation sert habituellement pour le tore entier en prenant les valeurs 0 ≤ s ≤ 2π, 0 ≤ θ ≤ 2π bien que ce ne soit pas une représentation paramétrique vraie. On peut lui associer une carte en se restreignant à l’ouvert 0 < φ < 2π, 0 < θ < 2π mais cette carte ne constitue pas elle seule un atlas.

161 Proposition 3.9.25. - Soient V1 et V2 deux variétés de dimension n1 et n2 et toutes deux de classe Cm, V1 × V2 la variété produit. La projection p (resp. q) de V1 × V2 sur V1 (resp. V2) est une application de classe Cm.

162 Démonstration : - C’est une simple vérification.

163 Exemple 10 - Soit \(\mathcal{R}\)(m, n, k) l’ensemble des matrices à m colonnes, n lignes, de rang k, à coefficients dans K. Montrons qu’on peut le munir d’une structure de variété de classe C, de dimension k(m + nk).

164 En effet, soit X0\(\mathcal{R}\)(m, n, k). On sait qu’à l’aide de permutations de lignes et de colonnes de la matrice, ce qui revient à multiplier X0 à gauche et à droite par des matrices carrées inversibles P et Q, on peut écrire

\[\begin{equation} P X_0 Q=\left(\begin{array}{ll} A_0 & B_0 \\ C_0 & D_0 \end{array}\right) \end{equation} \quad(3.9.31)\]

165A est une matrice carrée d’ordre k inversible. Or

\[\begin{equation} \left(\begin{array}{cc} I_k & 0 \\ -C_0 A_0^{-1} & I_{m-k} \end{array}\right)\left(\begin{array}{ll} A_0 & B_0 \\ C_0 & D_0 \end{array}\right)=\left(\begin{array}{cc} A_0 & B_0 \\ 0 & D_0-C_0 A_0^{-1} B_0 \end{array}\right) \end{equation} \quad(3.9.32)\]

166 La matrice de gauche du premier membre est une matrice inversible donc le rang du produit du premier membre est k; la matrice du second membre est de rang k si et seulement si on a la relation : \(D_0=C_0 A_0^{-1} B_0\).

167 Nous allons identifier les matrices carrées d’ordre k, comme A0, à des éléments de \(\mathbf{K}^{k^2}\), les matrices à mk colonnes et k lignes, comme B0, à des éléments de Kk(mk) les matrices à k colonnes et nk lignes, comme C0, à des éléments de Kk(nk) de sorte que nous dirons que la matrice

\[\begin{equation} \left(\begin{array}{ll} A & B \\ C & 0 \end{array}\right) \end{equation}\]

168 est un élément de avec KN avec N = k2 + k(mk) + k(nk) = k(m + nk). Comme A0 est inversible et que les matrices inversibles d’ordre ifc forment un ouvert dans l’ensemble des matrices carrées d’ordre k, on peut trouver un ouvert Ωk contenant A0, dans \(\mathbf{K}^{k^2}\) . Soit U le sous-ensemble de \(\mathcal{R}\)(m, n, k) donné par

\[\begin{equation} U=\left\{X=P^{-1}\left(\begin{array}{cc} A & B \\ C & C A^{-1} B \end{array}\right) Q^{-1}\right\} \end{equation} \quad(3.9.33)\]

169A ∈ Ωk, B, C sont des matrices quelconques d’ordre (mk) × k et k × (nk) respectivement. On observera que X0U et par conséquent les ensembles de cette forme recouvrent \(\mathcal{R}\)(m, n, k). Alors les matrices

\[\begin{equation} \left(\begin{array}{ll} A & B \\ C & 0 \end{array}\right) \end{equation}\]

170 parcourent un ouvert Ω de Kk(m+nk) et l’application Φ définie sur U par

\[\begin{equation} \Phi: X=P^{-1}\left(\begin{array}{cc} A & B \\ C & C A^{-1} B \end{array}\right) Q^{-1} \mapsto\left(\begin{array}{ll} A & B \\ C & 0 \end{array}\right) \end{equation} \quad(3.9.34)\]

171 est une bijection de U sur l’ouvert Ω. On munit \(\mathcal{R}\)(m, n, k) de l’atlas ainsi formé par les triplets (U, Φ, Ω). Cherchons l’expression des applications changement de cartes (U, Φ) et (U′, Φ′). Par construction, voit que

\[\begin{equation} \Phi o \Phi^{\prime-1}\left(\left(\begin{array}{ll} A & B \\ C & 0 \end{array}\right)\right)=\Phi\left(P^{-1}\left(\begin{array}{cc} A & B \\ C & C A^{-1} B \end{array}\right) Q^{-1}\right)=\left(\begin{array}{cc} A^{\prime} & B^{\prime} \\ C^{\prime} & 0 \end{array}\right) \end{equation} \quad(3.9.35)\]

172 si et seulement si

\[\begin{equation} P^{-1}\left(\begin{array}{cc} A & B \\ C & C A^{-1} B \end{array}\right) Q^{-1}=P^{\prime-1}\left(\begin{array}{cc} A^{\prime} & B^{\prime} \\ C^{\prime} & C^{\prime} A^{\prime-1} B^{\prime} \end{array}\right) Q^{\prime-1} \end{equation} \quad(3.9.36)\]

173 ou encore

\[\begin{equation} \left(\begin{array}{cc} A^{\prime} & B^{\prime} \\ C^{\prime} & C^{\prime} A^{\prime-1} B^{\prime} \end{array}\right)=P^{\prime} P^{-1}\left(\begin{array}{cc} A & B \\ C & C A^{-1} B \end{array}\right) Q^{-1} Q^{\prime} \end{equation} \quad(3.9.37)\]

174 On obtient ainsi l’expression de A′, B′, C′ en fonction de A, B, C par des fonctions C.

175 Lorsque k = m, nous pouvons identifier \(\mathcal{R}\)(m, n, m) à l’ensemble des systèmes de m vecteurs linéairement indépendants de Kn . En effet, un tel système définit de façon unique une matrice appartenant à R(m, n, m) en associant à ce système les coordonnées, dans la base canonique de Kn, des vecteurs qui le composent; c’est aussi la matrice de l’application linéaire de Km dans Kn qui fait correspondre à la base canonique de Km ce système des m vecteurs. On note habituellement l’ensemble des systèmes de m vecteurs linéairement indépendants par V(m, n) (c’est aussi l’ensemble des m-référentiels dans un espace de dimension n). La variété V(m, n) de classe C et de dimension mn est appelée la variété de Stiefel.

176 Exemple 11 : La grassmanienne Gr(E; p) d’un espace vectoriel - Soit E un espace vectoriel de dimension N (sur R ou C) et p un entier, 1 ≤ pN. La grassmannienne Gr(E; p) est l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension p de E. C’est la généralisation de l’espace projectif que nous venons de voir. Soit E un espace vectoriel de dimension finie n sur K. Nous allons montrer que Gr(E; p) peut être munie d’une structure de variété de dimension p(np), de classe C.

177 Si E est muni d’une structure euclidienne, la correspondance FF est une bijection de Gr(E; p) sur Gr(E; Np).

178 L’idée pour la construction d’une carte vient de la possibilité que nous avons rencontrée à l’exemple 3.1.3 que certains sous-ensembles de Gr(E; p) sont susceptibles d’être munis d’une structure affine. En effet nous avons introduit à l’exemple 3.1.3 l’ensemble GrG(E; p) des sous-espaces vectoriels supplémentaires de GG est un sous-espace vectoriel de dimension Np et l’ensemble \(\mathcal{R e l}(E / G, E)\) des relèvements linéaires, c’est-à-dire ρ\(\mathcal{R e l}(E / G, E)\) si et seulementsi ρ\(\mathcal{L}\)(E/G, E) et πρ = IE/G ou t désigne la surjection canonique de E sur l’espace vectoriel quotient E/G.

179 Nous avons montré que si ρ\(\mathcal{R e l}(E / G, E)\), il définit FρGrG(E; p) et que ρπ est le projecteur de E d’image Fρ, de noyau G; IEρπ est le projecteur de E d’image G, de noyau Fρ.

180 Inversement, si FGrG(E; p), il existe ρF unique tel que F = ImρF. Nous avions donc établi que FρF, ρFρ, définit une bijection entre GrG(E; p) et \(\mathcal{R e l}(E / G, E)\).

181 Or \(\mathcal{R e l}(E / G, E)\) est un sous-espace affine de \(\mathcal{L}\)(E/G; E), l’espace vectoriel associé étant \(\mathcal{L}\)(E/G; G) : si ρ0\(\mathcal{L}\)(E/G; E), on a la bijection

\[\begin{equation} \rho \mapsto \sigma=\rho-\rho_0, \quad\left(\rho=\rho_0+\sigma\right) \end{equation} \quad(3.9.38)\]

182 entre \(\mathcal{L}\)(E/G; GE) et \(\mathcal{R e l}(E / G, E)\). \(\mathcal{L}\)(E/G; GE) est aussi l’espace vectoriel des σ\(\mathcal{L}\)(E/G; E) tels que πσ = 0. Toutes ces assertions ont été prouvées dans l’exemple 3.1.3.

183 Gr(E; p) est la reunion des ensembles GrG(E; p) lorsque G parcourt les sous-espaces vectoriels de E de dimension Np. La topologie de Gr(E; p) est définie en prenant comme base d’ouverts les intersections finies d’espaces GrG{E; p). C’est une topologie séparée. En effet, si F1 et F2 sont deux éléments de Gr(E; p), alors on peut trouver un sous-espace vectoriel G de E de dimension Np tel que E = F1G = F2G autrement dit F1 et F2 appartiennent à un même GrG(E; p). Comme celui-ci est séparé, notre assertion en découle. GrG(E; p) est donc un ouvert de Gr(E; p), et on y met la structure C dite “définie par G”, définie par la carte

\[\begin{equation} \mathbf{G r}_G(E ; p) \mapsto \mathcal{L}(E / G, G) \quad, \quad F \mapsto \sigma_F \quad, \quad \sigma_F=\rho_F-\rho_{F_0} \end{equation} \quad(3.9.39)\]

184 F0 arbitraire dans GrG(E; p), carte indépendante de F0 (par translation). On a E = GF0, Fρ = Im ρ. Nous utilisons le lemme suivant pour montrer que les applications changement de cartes de cet atlas sont C.

185 Lemme 3.9.26. Soit {γ1, γ2, . . . , γp} une base fixée dans E/G. Alors

\[\begin{equation} F \mapsto\left(\rho_F\left(\gamma_1\right), \rho_F\left(\gamma_2\right), \ldots, \rho_F\left(\gamma_p\right)\right) \end{equation} \quad(3.9.40)\]

186 est une application C de GrG(E; p) dans Ep.

187 Réciproquement soit (g1, g2, . . . , gp) ∈ Ind Er ensemble des systèmes de p vecteurs linéairement indépendants, et Vect (g1, g2, . . . , gp) le sous-espace engendré par ces vecteurs. Alors l’application, notée Vect,

\[\begin{equation} \text { Vect }:\left(g_1, g_2, \ldots, g_p\right) \mapsto \operatorname{Vect}\left(g_1, g_2, \ldots, g_p\right) \end{equation} \quad(3.9.41)\]

188 est une application C de Ind Ep ( même sur les systèmes Inde Ep de vecteurs linéairement indépendants modulo G) à valeurs dans GrG(E; p).

189 Démonstration : - Par définition de la carte de GrG(E; p), on est amené à prouver que l’application

\[\begin{equation} \rho \in \mathcal{L}(E / G ; G) \mapsto \rho\left(\left(\gamma_1\right), \rho\left(\gamma_2\right), \ldots, \rho\left(\gamma_p\right)\right) \end{equation} \quad(3.9.42)\]

190 est C. Or cette application est linéaire donc C. Réciproquement, choisissons une base {γ1, γ2, . . . , γp} dans l’espace vectoriel quotient E/G et déterminons τF pour F = Vect(g1, g2, . . . , gp). Nous avons vu que ρπ est alors le projecteur sur F, donc on doit avoir ρπgk = gk, k = 1, 2, . . . , p. Mais {g1, g2, . . . , gp} étant libre modulo G, {πg1, πg2, . . . , πgp} est libre dans E/G. Soit N la matrice inversible telle

\[\begin{equation} \pi g_k=\sum_i N_{k, i} \gamma_i \quad, \quad \gamma_j=\sum_j\left(N^{-1}\right)_{j, k} \pi g_k \end{equation} \quad(3.9.43)\]

191 N et N–1 sont des applications C des γi et des gk respectivement, donc (g1, g2, . . . , gp) ↦ ρ(Vect (g1, g2, . . . , gp)) est bien C.

192 Proposition 3.9.27. Soient G et G′ deux sous-espaces de E de dimensions Np. Les structures C de GrG(E; p) et GrG(E; p), coïncident sur leur intersection.

193 Donc l’ensemble des cartes définit sur Gr(E; p) une structure C de dimension p(Np) où les GrG(E; p) sont ouverts.

194 L’application de Ind Ep dans Gr(E; p) et

\[\begin{equation} \left(g_1, g_2, \ldots, g_p\right) \mapsto \operatorname{Vect}\left(g_1, g_2, \ldots, g_p\right) \end{equation} \quad(3.9.44)\]

195 est C.

196 Démonstration : - On doit d’abord voir, pour l’identité des topologies, que GrG(E; p) ∩ GrG(E; p) est ouvert dans GrG(F; p). Or c’est l’ensemble des ρ\(\mathcal{L}\)(E/G, E), πρ = IE/G telles que {ργ1, . . . , ργ2} soient indépendants modulo G′ ou {π2ργ1, . . . , π2ργ2} soient indépendants dans E/G′, qui est évidemment un ensemble ouvert.

197 Il faut ensuite montrer que \(F \in \mathbf{G r}_G(E ; p) \cap \mathbf{G r}_{G^{\prime}}(E ; p) \mapsto F \in \mathbf{G r}_{G^r}(E ; p)\) est C. Or \(F \mapsto \operatorname{Vect}\left(\rho_F \gamma_1, \ldots, \rho_F \gamma_2\right)\) est C et on applique le lemme 3.9.26.

198 Corollaire 3.9.28. - Gr(E; p) est un compact métrisable.

199 En particulier (Fi)iI, une famille d’éléments de Gr(E; p), tend vers FGr(E; p) si et seulement s’il existe j tel que pour ij, tous les Fi sont dans un même GrG(E; p), et si il existe une base de Fi qui converge vers vers une base de F dans Ep.

200 Démonstration : - Gr(E ; p) est métrisable puisque c’est un espace à base dénombrable d’ouverts. Soit (Fi) un ultrafiltre. Pour i assez grand, les Fi, sont dans un même GrG(E; p); fixons une base de E/G. Alors \(\left(g_{i, k}\right)_{k=1}^p\) est un filtre sur Ep, donc gi,k converge vers et converge vers F = [g1, g2, . . . , gk] ( pas forcément dans GrG(E; p).

201 Remarque 4 - Nous avons montré dans la remarque 3.1.1 qu’il existe une application bijective de L(F0; G) sur GrG(E; p) qui associe à l’application linéaire v de F0 dans G son graphe dans F0 × GF0G. Appelons \(\varphi_{F_0, G}\) la bijection réciproque donc de GrG(E; p) sur \(\mathcal{L}\)(F0; G). Nous constituons un atlas avec l’ensemble des triplets \(\mathbf{G r}_G(E ; p), \varphi_{F_0, G}, \mathcal{L}\left(F_0 ; G\right)\).

202 Examinons les applications changements de cartes de cet atlas. Soient G et G′ deux sous-espaces de codimension p tels que \(\mathbf{G r}_G(E ; p) \cap \mathbf{G r}_{G^{\prime}}(E ; p) \neq \emptyset\). Alors en choisissant F0 dans cette intersection, on se ramène à exprimer \(\varphi_{F_0, G} \circ \varphi_{F_0, G^{\prime}}^{-1}\) qui est la bijection qui associe à toute application linéaire \(v^{\prime} \in \mathcal{L}\left(F_0, G^{\prime}\right)\) l’application linéaire v′ ∈ \(\mathcal{L}\)(F0, G) telle que graph v = graph v′. Introduisons les notations suivantes pour tout yG (resp. yG′) :

\[\begin{equation} y=p^{\prime}(y)+q^{\prime}(y) \quad p^{\prime}(y) \in F_0, q^{\prime}(y) \in G^{\prime} \end{equation} \quad(3.9.45)\]
\[\begin{equation} \left(\text { resp. } y=p(y)+q(y) \quad p(y) \in F_0, q(y) \in G\right) \end{equation} \quad(3.9.46)\]

203 Alors, on a

\[\begin{equation} \left(I_{F_0}+p v^{\prime}\right)\left(I_{F_0}+p^{\prime} v\right)=I_{F_0} \end{equation} \quad(3.9.47)\]

204 En effet, puisque graph v = graph v′, pour tout yF0, il existe xF0 tel que y + v(y) = x + v′(x). En introduisant p, q, p′, q′, on obtient les relations :

\[\begin{equation} \begin{aligned} & x+p\left(v^{\prime}(x)\right)-y=v(y)-q\left(v^{\prime}(x)\right) \\ & y+p^{\prime}(v(y))-x=v^{\prime}(x)-q^{\prime}(v(y)) \end{aligned} \end{equation}\]

205 La premier membre est un élément de F0 et le second est dans un supplémentaire de F0, donc

\[\begin{equation} x=y+p^{\prime}(v(y)) \quad, \quad y=x+p\left(v^{\prime}(x)\right) \end{equation}\]

206 Ceci démontre la relation (3.9.47) et la même méthode permet de démontrer la formule

\[\begin{equation} \left(I_{F_0}+p, v\right)\left(I_{F_0}+p v^{\prime}\right)=I_{F_0} \end{equation} \quad(3.9.48)\]

207 donc \(I_{F_0}+p^{\prime} v\) est inversible et d’inverse \(I_{F_0}+p v^{\prime}\). Par suite

\[\begin{equation} v^{\prime}=q^{\prime} v\left(I_{F_0}+p^{\prime} v\right)^{-1} \end{equation}\]

208 ce qui prouve bien que les applications changements de cartes sont C. Ainsi Gr(E; p) est bien munie d’une structure de variété de dimension p(np), de classe C.

209 Soit E* le dual de E. Si G est un sous-espace de E de supplémentaire F, G est supplémentaire de F dans E*.

210 Proposition 3.9.29. - L’application FF est un C difféomorphisme de Gr(E; p) sur Gr(E*, Np).

211 Démonstration : Il suffit de raisonner dans GrG(E; p). Nous allons introduire une décomposition de cette application de la façon suivante.

\[\begin{equation} \begin{aligned} & F \mapsto \rho_F, \quad \rho_F \mapsto \quad{ }^t \rho_F, \quad{ }^t \rho_F \mapsto \quad{ }^t \pi{ }^t \rho_F, \\ &{ }^t \pi{ }^t \rho_F \mapsto \operatorname{Im}\left(I_{E^*}-{ }^t \pi^t \rho_F\right)=\operatorname{Im} \rho_{F^* \pi^*}, \\ & \operatorname{Im} \rho_{F^*}^* \pi^* \mapsto \rho_{F \perp}^* \quad, \quad \rho_{F \perp}^* \mapsto F^{\perp} \end{aligned} \end{equation}\]

212 Nous pouvons toujours identifier le dual de E/G à G, et tπ est alors l’injection de G dans E*, tπ tρF est alors le projecteur de E*, d’image F, de noyau G. Les notations ρ* et π* sont celles relatives à E* et à Gr(E*, Np).

213 Corollaire 3.9.30. - Soit E euclidien, alorrs FF est un difféomorphisme C de Gr(E; p) sur Gr(E; Np).

214 Remarque 5 : Variétés réelles et variétés complexes - Jusqu’à présent, le corps K pouvait être indifféremment le corps des réels ou le corps des nombres complexes. Suivant qu’il s’agisse du premier ou du deuxième, on dit que Σ est une variété réelle ou variété complexe. Comme tout espace affine sur le corps des complexes est a fortiori un espace affine sur le corps des réels, mais avec une dimension double, et comme de même Cn peut être identifié, en tant qu’espace vectoriel sur le corps des réels, à R2n, comme d’autre part toute application dérivable par rapport au corps des complexes est a fortiori dérivable par rapport au corps des réels, nous voyons que toute variété Σ, de dimension n et de classe Cm par rapport au corps des complexes, peut être considérée comme une variété de dimension 2n et de même classe Cm par rapport au corps des réels. Quand rien de spécial n’est indiqué, la dimension d’une variété est toujours sa dimension par rapport au corps des réels.

Partition de l’unité.

215 Nous avons vu qu’une variété est un espace localement compact. Le théorème de la partition de l’unité est donc valable ici. Cependant nous voulons une partition de l’unité composée de fonctions de classe Cm. Or pour démontrer le théorème général de la partition de l’unité, nous nous sommes appuyés sur le théorème d’Urysohn. Il nous faut le remplacer si nous voulons une partition de l’unité faite de fonctions de classe Cm.

216 Théorème 3.9.31. - Soient Ω un ouvert d’une variété V de classe Cm (m fini ou = +∞), a un point de Ω. Il existe une fonction γ de classe Cm vérifiant 0 ≤ γ ≤ 1, de support compact contenu dans Ω, et telle que γ(a) > 0.

217 Démonstration : - Soit φ une carte de V, d’image contenant a; φ est un homéomorphisme de classe Cm d’un ouvert Θ1 de Rn sur φ1) ⊂ V; soit Ω1 = φ–1(Ω), a1 = φ–1(a).

218 Supposons le théorème démontré dans Rn, avec une fonction de classe Cm sur Rn, à support compact K1 contenu dans Ω1, vérifiant 0 ≤ γ1 ≤ 1, γ1(a1) > 0. Alors la proposition est aussi démontrée dans V. Définissons en effet γ sur V comme suite :

\[\begin{equation} \gamma=\gamma_1 \circ \varphi^{-1} \quad \text { dans } \varphi\left(\Omega_1\right) \subset \Omega \quad, \quad \gamma=0 \quad \text { ailleurs; } \end{equation} \quad(3.9.49)\]

219 φ–1 est la bijection réciproque de φ, application de φ1) sur Θ1. La fonction γ est bien de classe Cm. En effet soit bV ou bien bφ1) , mais alors γ = γ1 o φ–1, et comme φ est une carte de classe Cm et γ1 une fonction de classe Cm sur Θ1, γ est bien de classe Cm au voisinage de b (théorème 3.9.7); ou bien bφi), mais alors b est dans l’ouvert U1 de V : complémentaire du compact φ(K1) et γ est nulle dans cet ouvert, donc encore de classe au voisinage de b. Nous venons de voir que γ est nulle dans le complémentaire du compact φ(K1), donc son support est dans le compact φ(K1) ⊂ φ1) ⊂ Ω. Elle vérifie bien 0 ≤ γ ≤ 1, et γ(a) = γ1 > 0.

Description de l'image par IA : Courbe décroissante avec y = G(s) sur l'axe des y et s = η₁² sur l'axe des x.

220 Reste donc à résoudre le problème, avec γ1 de classe Cm, sur Rn; comme m peut être quelconque, nous devons trouver γ1 de classe C. Prenons sur Rn la métrique euclidienne habituelle; alors la fonction x1r = d(a1, x) est continue, et non dérivable au point a1, mais son carré r2, polynôme du 2ème degré par rapport aux coordonnées, est de classe C. Soit η1 > 0 tel que la boule compacte B(a1, η1) soit dans Ω1. Si on considère la fonction G sur R+, définie par :

Description de l'image par IA :

221 on voit que 0 ≤ G ≤ 1, que G(0) > 0, que G(s) est nulle pour \(s \geq \eta_1^2\), que G est continue, car

\[\begin{equation} \lim _{s \rightarrow \eta_1} e^{-\frac{1}{\eta_1^2-s}}=e^{-\infty}=0 \end{equation} \quad(3.9.51)\]

222 Mais il y a plus : G est de classe C. En effet, toute dérivée de G, pour \(s<\eta_1^2\), est, comme on le voit de proche en proche, de la forme

\[\begin{equation} G^{(k)}(s)=P_k\left(\frac{1}{\eta_1^2-s}\right) \quad e^{-\frac{1}{\eta_1^2-s}} \end{equation} \quad(3.9.52)\]

223Pk est un polynôme à une variable. Lorsque s tend vers \(\eta_1^2\), G(k)(s) se présente sous la forme ∞ × e–∞ mais il tend vers 0, l’exponentielle l’emportant sur le polynôme. Pour \(s>\eta_1^2\), G(k)(s) tend vers 0 quand s tend vers \(\eta_1^2\) par valeurs quelconques différentes de \(\eta_1^2\), et le théorème, appliqué de proche en proche aux dérivées successives, montre bien que G est indéfiniment dérivable, avec toutes ses dérivées nulles pour s = \(\eta_1^2\).

224 Alors la fonction γ1(x1) = G((d(a1, x1))2) = G(r2), est de classe C, comme composées des 2 fonctions G et r2, de classe C, on a bien γ1(a1) = G(0) > 0; on a 0 ≤ γ1 ≤ 1 puisque 0 ≤ G ≤ 1; enfin γ1 est nulle pour d(a1, x1) ≥ η1, puisque G(s) est nulle pour s\(\eta_1^2\), et le théorème est démontré.

225 Remarque 6 - Bien entendu, si on cherche le développement de Taylor d’ordre m de G au voisinage de s = \(\eta_1^2\), il se réduit à son terme complémentaire. La série de Taylor de G, suivant les puissances de (s\(\eta_1^2\)), est convergente, puisque tous ses termes sont nuls, mais elle ne représente pas la fonction pour s \(\eta_1^2\).

226 Proposition 3.9.32. Soient V une variété de classe Cm (m fini ou = +∞), (Ωi)iI ( I fini ou non) un recouvrement ouvert de V et K un compact de V. Il existe un système de fonctions de ciasse Cm βi ≥ 0, dépendant du même ensemble d’indices I, toutes nulles sauf un nombre fini, telles que βi ait un support compact contenu dans Ωi, et que la somme

\[\begin{equation} \sum_{i \in I} \beta_i \end{equation}\]

227 soit > 0 sur K.

228 Démonstration : En utilisant à la place du théorème d’Urysohn le théorème 3.9.31 on peut choisir la fonction fξ de classe Cm. Alors si βi est la fonction donnée par

\[\begin{equation} \beta_i=\sum_{i(\xi)=i} f_{\xi} \end{equation}\]

229 c’est encore une fonction de classe Cm.

230 Théorème 3.9.33. Soient V une variété de classe Cm (m fini ou = +∞, de dimension n sur le corps R des réels, à base dénombrable eti)iI un recouvrement (fini ou non) de V par des ouverts. Il existe un système de fonctions réelles de classe Cm (αi), dépendant du même ensemble d’indices I, tel que 0 ≤ αi ≤ 1, que αi ait son support dans Ωi, que tout point de V ait un voisinage sur lequel un nombre fini seulement des fonctions αi ne soient pas identiquement nulles (on dit que ce système est localement fini), et que la somme

\[\begin{equation} \sum_{i \in I} \alpha_i \end{equation}\]

231 soit identique à 1 sur V.

232 Démonstration : - Il suffit de reprendre la démonstration du théorème 2.8.10 et remplacer continue par de classe C compte tenu du théorème 3.9.31 et de la proposition 3.9.32.

233 Corollaire 3.9.34. - Soient V une variété de classe Cm (m fini ou = +∞), de dimension n sur le corps R des réels, à base dénombrable, F un fermé de V, Ω un ouvert contenant F. Il existe une fonction réelle a sur V, de classe Cm, de support contenu dans Si, vérifiant 0 ≤ α ≤ 1, et égale à 1 sur un voisinage de F.

234 Démonstration : identique à celle du corollaire 2.8.11, remplaçant continue par de classe Cm grâce au théorème précédent.

235 Corollaire 3.9.35. - Soient V une variété de classe Cm (m fini ou = +∞), de dimension n sur le corps R des réels, à base dénombrable, A et B deux parties fermées de E d’intersection vide. Alors il existe une fonction réelle de classe Cm, α, égale à 1 sur tout un voisinage de A et à 0 sur tout un voisinage de B.

236 Démonstration : identique à celle du corollaire 2.8.12, compte tenu du corollaire précédent.

237 Corollaire 3.9.36. - Soient V une variété de classe Cm (m fini ou = +∞), de dimension n sur le corps R des réels, à base dénombrable, \(\left(F_i\right)_{i=1}^n\) des ensembles fermés de V, deux à deux sans points communs. Soit F un espace de Banach et e1, e2, . . . , en des vecteurs de F. Alors il existe une fonction de classe Cm, f sur E à valeurs dans l’espace de Banach F, et qui, sur chacun des ensembles fermés Fi prenne la valeur constante ei. On peut en outre faire en sorte que l’on ait l’égalité:

\[\begin{equation} \|f\|_{\infty}=\max _{i=1,2, \ldots, n}\left\|e_i\right\| \end{equation} \quad(3.9.53)\]

238 Corollaire 3.9.37. Soient V une variété de classe Cm (m fini ou = +∞), de dimension n sur le corps R des réels, à base dénombrable, F une partie fermée de E. Soit g une fonction définie sur F, continue à valeurs dans un espace de Banach Y, de classe Cm dans F (définition 3.7.14 et théorème 3.7.15) Alors la fonction g, définie sur F, est prolongeable à V en une fonction de classe Cm G à valeurs dans Y.

239 Remarque 7 - Ce corollaire contient tous les cas précédents comme cas particuliers. Si par exemple nous considérons le corollaire 3.9.36, on voit qu’on a pas fait autre chose que prolonger à E la fonction g définie sur la réunion des Fi égaie à la constante ei sur chaque Fi.

240 Démonstration : - G est définie de la même façon que dans le corollaire 2.8.14. Par définition, pour tout aF, il existe un voisinage ouvert Ua dans V, une fonction Ga de classe Cm dans Ua à valeurs dans F dont la restriction à FUa coïncide avec g. Alors si {(αa)aF, α0} est une partition de l’unité subordonnée au recouvrement {(Ua)aF, Fc} de V, il suffit de poser

\[\begin{equation} G=\sum_{a \in F} \alpha_a G_a . \end{equation}\]

241 On vérifie facilement que αaGa est de classe Cm dans V, ainsi que G car la somme est bien définie puisque localement finie.

Espace vectoriel tangent en un point d’une sous-variété d’un espace affine \(\mathcal{E}\) de dimension N.

242 Théorème 3.9.38. -Soitune variété de dimension n, de classe C1 dans un espace affine \(\mathcal{E}\). En tout point a de ∧, le contingent vectoriel (resp. aíñne)[13], est un sous-espace vectoriel de E (resp. afñne de \(\mathcal{E}\)), de dimension n. Ce sous-espace est appelé espace vectoriel tangent (resp. espace affine tangent ) au point a à la variété A; il est noté T(a, ∧) (resp. \(\mathcal{T}\)(a, ∧)).

243 Si n = N, l’espace vectoriel (resp. affine) tangent est E (resp. \(\mathcal{E}\)) lui-même. Si n = 0 , c’est { 0 } (resp. { a } ).

244 Démonstration : - Il suffit de se reporter à la définition même de la variété. Il est possible, grâce au choix d’un système de coordonnées dans ∈, d’identifier celui-ci à un produit Kn × KNn, et de définir, au voisinage de a, la variété par une équation z = g(y). On est alors ramené au théorème 3.3.7, et on voit en outre, d’après la formule (3.3.26), que le sous-espace vectoriel tangent en a = (b, c), est défini, dans le système de coordonnées choisi, par l’équation

\[\begin{equation} Z=g^{\prime}(b) \cdot Y \end{equation} \quad(3.9.54)\]

245 ou que l’espace affine tangent en a, a dans le même système l’équation

\[\begin{equation} z-c=g^{\prime}(b) \cdot y-b \end{equation} \quad(3.9.55)\]

246 Notre assertion est bien prouvée.

247 Corollaire 3.9.39. - Soitune variété de dimension n, de classe C1 dans un espace affine \(\mathcal{E}\); soit Φ une carte, application d’un ouvert \(\mathcal{O}\) de Kn sur un ouvert de ∧, et soit a un point de \(\mathcal{O}\) et a = Φ(α); l’application dérivée Φ′(α) est une bijection linéaire de Kn sur l’espace vectoriel tangent au point a à la variété ∧.

248 Démonstration : - Supposons d’abord que Φ soit simplement une application C1 de \(\mathcal{O}\) sur ∧, sans être nécessairement une représentation paramétrique vraie (Φ′(α) n’est pas nécessairement de rang n). Soit X un vecteur de Kn. Considérons la suite des points xn = Φ(α + tnX), où les tn forment une suite de nombres réels > 0, tendant vers 0 pour n tendant vers l’infini. Alors les points xn appartiennent à ∧, tendent vers a, et d’autre part les vecteurs \(\frac{1}{n}\left(x_n-a\right)\) qui peuvent encore peuvent s’écrire :

\[\begin{equation} \frac{\Phi\left(\alpha+t_n\right)-\Phi(\alpha)}{n} \end{equation}\]

249 convergent vers la dérivée de Φ suivant X au point α, c’est à dire Φ′(α).X. Ainsi ce vecteur appartient nécessairement à l’espace vectoriel tangent au point a; il en resulte que l’image par Φ′(α) de Kn est contenue dans l’espace vectoriel tangent, si maintenant nous tenons compte de l’hypothèse faite sur Φ′(α), à savoir qu’elle est de rang n, c’est nécessairement l’espace vectoriel tangent en a tout entier; et l’application Φ′(α) est bien une bijection linéaire de Kn sur cet espace vectoriel tangent.

250 Il en résulte que les vecteurs \(\frac{\partial \Phi}{\partial u_j}(\alpha)\) forment une base de l’espace vectoriel tangent en a à A, et que la variété linéaire tangente en a à ∧ est représentée par l’équation paramétrique [14]

\[\begin{equation} x=a+\sum_{j=1}^n t_j \frac{\partial \Phi}{\partial u_j}(\alpha) \quad, \quad t_j \in \mathbf{K} \end{equation} \quad(3.9.56)\]

251 et le corollaire est démontré.

252 Corollaire 3.9.40. - Soient ∧, Σ, deux sous-variétés de classe C1 de deux espaces affines \(\mathcal{E}\), \(\mathcal{F}\). Soit H une application de classe C1 de \(\mathcal{E}\) dans \(\mathcal{F}\), telle que H(∧) ⊂ Σ. Alors, pour tout a de ∧, si b = H(a) ∈ Σ, l’image par H′(a) ∈ \(\mathcal{L}\)(E; F) de l’espace vectoriel tangent T(a; ∧) est contenue dans l’espace vectoriel tangent T(b; Σ)

\[\begin{equation} H^{\prime}(a)(T(a ; \Lambda)) \subset T(b ; \Sigma) \end{equation} \quad(3.9.57)\]

253 Démonstration : - Soit Φ une carte (\(\mathcal{O}\)Kn) ↦ Φ(\(\mathcal{O}\)) d’un voisinage Φ(\(\mathcal{O}\)) de a dans ∧, Φ(α) = a. Alors H o Φ est une application C1 de \(\mathcal{O}\) dans Σ ⊂ \(\mathcal{F}\); le début de démonstration du corollaire précédent montre que

\[\begin{equation} (H o \Phi)^{\prime}(\alpha)\left(\mathbf{K}^n\right) \subset T(b ; \Sigma) . \end{equation} \quad(3.9.58)\]

254 Mais

\[\begin{equation} (H o \Phi)^{\prime}(\alpha)=H^{\prime}(a) o \Phi^{\prime}(\alpha) \end{equation} \quad(3.9.59)\]

255 d’après le théorème des fonctions composées, et Φ′(α)(Kn)= T(a; ∧) d’où le résultat.

256 Corollaire 3.9.41. - Si on se piace dans les conditions du corollaire 3.9.33 et si \(\mathcal{O}\) est un ouvert de Kn contenant a tel que la restriction de Φ à \(\mathcal{O}\) admette une application réciproque à gauche Θ dans les conditions du théorème 3.9.8, alors la bijection linéaire Φ′(α) de Kn sur T(a; ∧) admet pour bijection réciproque la restriction à T(a; ∧) de l’application dérivée Θ′(a).

257 Démonstration : De l’identité Θ o Φ = I, on déduit

\[\begin{equation} \Theta^{\prime}(a) o \Phi^{\prime}(\alpha)=I \end{equation}\]

258 (théorème des fonctions composées), qui prouve bien que la restriction de Θ′(α) à l’image par Φ′(a) de Kn, c’est-à-dire T(a; ∧), est la bijection réciproque de Φ′(α).

259 Corollaire 3.9.42. - Soient Φ1 et Φ2 des applications d’ouverts \(\mathcal{O}\)1 et \(\mathcal{O}\)2 de Kn dans ∧, formant des cartes de même image dans la variétéplongée dans \(\mathcal{E}\); soit X un vecteur tangent en a à ∧, a = Φ1(α1) = Φ2(α2); si ξ1 et ξ2 sont les vecteurs de Kn dont il est l’image par les applications \(\Phi_1^{\prime}\left(\alpha_1\right)\) et \(\Phi_2^{\prime}\left(\alpha_2\right)\), alors ξ2 est l’image de ξ1 par la dérivée au point ͍1, de l’application de classe \(C^1 \Phi_2^{-1} o \Phi_1\)

260 Démonstration : Il suffit en effet de remarquer que l’on peut écrire

\[\begin{equation} \xi_2=\left(\left(\Phi_2^{\prime}\left(\alpha_2\right)\right)^{-1} o \Phi_1^{\prime}\left(\alpha_1\right)\right) \cdot \xi_1 \end{equation} \quad(3.9.60)\]

261 Mais précisément, d’après le corollaire précédent, nous avons vu que l’application réciproque \(\Phi_2^{\prime}\left(\alpha_2\right)\) est aussi la restriction, au sous-espace vectoriel tangent en a, de \(\Theta_2^{\prime}(a)\); on peut donc aussi écrire que ξ2 est relié à ξ1 par

\[\begin{equation} \xi_2=\left(\Theta_2^{\prime}(a) o \Phi_1^{\prime}\left(\alpha_1\right)\right) \cdot \xi_1 \end{equation} \quad(3.9.61)\]

262 Mais alors Φ1 et Θ2 sont cette fois-ci des applications d’un ouvert d’un espace affine dans un espace affine.

263 Nous pouvons donc appliquer le théorème des fonctions composées (théorème 3.4.1), et remplacer l’égalité précédente par

\[\begin{equation} \xi_2=\left(\left(\Theta_2 o \Phi_1\right)^{\prime}\left(\alpha_1\right)\right) \cdot \xi_1 \end{equation} \quad(3.9.62)\]

264 Mais enfin, d’après les propriétés de Θ2, on voit bien que Θ2 coïncide avec \(\Phi_2^{-1} \circ \Phi_1\) (c’est précisément comme cela que nous vu au corollaire 3.9.9 que \(\Phi_2^{-1} \circ \Phi_1\) était de classe C1), on peut donc écrire

\[\begin{equation} \xi_2=\left(\left(\Phi_2^{-1} o \Phi_1\right)^{\prime}\left(\alpha_1\right)\right) \cdot \xi_1 \end{equation} \quad(3.9.63)\]

265 Ceci démontre le corollaire.

266 Corollaire 3.9.43. - Softune variété, de dimension n, de classe C1, dans un espace affine \(\mathcal{E}\). Soit a un point de ∧, et soit Fk(x) = 0, = 1, 2, . . . , Nn, un système normal d’équations dedans un voisinage de a dans \(\mathcal{E}\). Alors le sous-espace vectoriel tangent en a à ∧ est défini dans E par les équations :

\[\begin{equation} F_k^{\prime}(a) \cdot X=0 \quad, \quad k=1,2, \ldots, N-n \end{equation} \quad(3.9.64)\]

267 et l’espace affine tangent en a à ∧ est défini dans \(\mathcal{E}\) par les équations

\[\begin{equation} F_k^{\prime}(a) \cdot(x-a)=0 \quad, \quad k=1,2, \ldots, N-n \end{equation} \quad(3.9.65)\]

268 Démonstration : - Soit xn une suite de points de ∧ tendant vers a, et λn une suite de scalaires réels > 0 telle que la suite de vecteurs λn(xna) tendent vers le vecteur X de E, pour n tendant vers l’infini. Comme alors on a à la fois Fk(xn) = 0 et Fk(a) = 0, la définition même de la dérivée (formule 3.3.14) donne

\[\begin{equation} F^{\prime}(a) \cdot x_n-a+\alpha_n\left\|x_n-a\right\|=0 \end{equation} \quad(3.9.66)\]

269 ||αn|| tendant vers 0 , pour n infini; d’où par multiplication par λn :

\[\begin{equation} F^{\prime}(a) \cdot \lambda_n\left(x_n-a\right)+\alpha_n \lambda_n\left\|x_n-a\right\|=0 \end{equation} \quad(3.9.50)\]

270 Comme λn (xna) converge vers X, et comme \(F_k^{\prime}(a)\) est une forme linéaire continue, on voit que nécessairement chaque vecteur tangent X en a à ∧ vérifie les Nn équations linéaires (3.9.65).

271 Mais, comme ces Nn équations linéaires sont supposées indépendantes elles définissent précisément un sous-espace vectoriel de dimension n de E; c’est donc exactement l’espace vectoriel tangent en a à ∧ lui-même.

272 Le résultat relatif à l’espace affine tangent s’en déduit immédiatement.

273 Corollaire 3.9.44. - Si \(\mathcal{E}\) est un espace affine euclidien de dimension N sur le corps des réels et siest une hypersurface définie par une équation F(x) = 0, où F est une fonction réelle de classe C1 dont le gradient au point a est ≠ 0, ce gradient est normal en a à ∧, et le vecteur :

\[\begin{equation} \frac{\nabla F(a)}{\|\nabla F(a)\|} \end{equation} \quad(3.9.68)\]

274 est un vecteur unitaire de la normale en a à ∧ [15]

275 Corollaire 3.9.45. - Softune variété de dimension n et de ciasse C1 d’un espace affine \(\mathcal{E}\), soit Φ une carte appliquant un ouvert \(\mathcal{O}\) de Kn sur un ouvert de ∧. Alors l’application (u, U) ↦ (Φ(u), Φ′(u).U), qui fait correspondre à tout couple d’un point u et d’un vecteur U le couple du point image Φ(u), point de ∧, et du vecteur Φ′(u).U tangent en ce point à ∧, est un homéomorphisme de \(\mathcal{O}\) × Kn sur son image.

276 Démonstration : - C’est une application continue (théorème 3.3.16) et bijective. Pour démontrer que c’est un homéomorphisme, il suffit donc de savoir que son application réciproque est continue. Comme, par ailleurs, la continuité est une propriété locale, on peut se borner à restreindre l’application réciproque à l’ensemble des couples (x, X), pour lesquels x parcourt un voisinage de a dans ∧. Utilisant alors le théorème 3.9.8, on voit (corollaire 3.9.25) que l’application réciproque n’est autre que la restriction de l’application

\[\begin{equation} (x, X) \mapsto\left(\Theta(x), \Theta^{\prime}(x) \cdot X\right) \end{equation} \quad(3.9.69)\]

277 de \(\mathcal{V}\) × E dans Kn × Kn. Cette application est continue, encore en vertu du théorème 3.3.16.

Espace vectoriel tangent en un point d’une variété abstraite.

278 Proposition 3.9.46. - Soit V une sous-variété de dimension n (n ≥ 1) d’un espace affine normé de dimension N, aV, et γ un chemin de classe C1 tracé sur V et passant par a, c’est-à-dire que γ est défini dans l’intervalle ] –ϵ, +ϵ[ tel que γ(0) = a et γ(t) ∈ V pour tout t ∈] –ϵ, +ϵ[. Soit X = γ′(0). Alors :

  1. X est un vecteur tangent à V en a.
  2. si σ est un autre chemin de classe C1 tracé sur V et passant par a alors γ′(0) = σ′(0) si et seulement si pour toute fonction fC1(V), on a
\[\begin{equation} \frac{d}{d t}(f o \gamma)_{\left.\right|_{t=0}}=\frac{d}{d t}(f o \sigma)_{\mathrm{l}_{t=0}} \end{equation} \quad(3.9.70)\]

280 Démonstration : - Supposons V donné par des équations implicites Fk(x) = 0, k = 1, 2, . . . , Nn. Alors pour prouver le point 1), il suffit d’après le corollaire 3.9.43 de montrer que l’on a \(F_k^{\prime}(a)(X)=0\) pour k = 1, 2, . . . , Nn. Or puisque γ est tracée sur la variété V, on a pour tout t ∈]–ϵ, ϵ[, et pour tout k = 1, 2, . . . , Nn Fk(γ(t)) = 0. Mais alors la fonction tFk{γ(t)) étant de classe C1, sa dérivée est identiquement nulle donc

\[\begin{equation} F_k^{\prime}\left(\gamma(t)\left(\gamma^{\prime}(t)\right)=0\right. \end{equation} \quad(3.9.71)\]

281 Comme γ(0) = a et que γ′(0) = X, le point 1 résulte de cette formule en prenant t = 0.

282 Supposons γ′(0) = σ′(0). Alors si fC1(V), on a

\[\begin{equation} \frac{d}{d t}(f o \gamma)_{t=0}=f^{\prime}(a)\left(\gamma^{\prime}(0)\right)=f^{\prime}(a)\left(\sigma^{\prime}(0)\right)==\frac{d}{d t}(f o \sigma)_{\mid t=0} . \end{equation}\]

283 Réciproquement, en prenant les restrictions des fonctions coordonnées, x1, x2, . . . , xn, on voit que pour tout i = 1, 2, . . . , n, on a

\[\begin{equation} \frac{d}{d t}\left(x_i \circ \gamma\right)_{\mid=0}=\gamma_i^{\prime}(0)=\frac{d}{d t}\left(x_i \circ \sigma\right)_{\mid=0}=\sigma_i^{\prime}(0) \end{equation} \quad(3.9.72)\]

284 et le second point est ainsi prouvé.

285 Soit V une variété de dimension n et de classe Cm, a un point de V. Désignons par \(\Gamma_a^1(V)\) l’ensemble des chemins de classe C1 tracés sur V passant par a. On convient que a est l’image de 0 pour tous les chemins. Nous dirons que deux de ces chemins γ et a sont équivalents s’il existe une carte locale autour de a, (U, φ) telle que :

\[\begin{equation} (\varphi \circ \gamma)^{\prime}(0)=(\varphi \circ \sigma)^{\prime}(0) \end{equation} \quad(3.9.73)\]

286 Soit (V, ψ) une autre carte au voisinage de a, alors si χ désigne l’application de changement de cartes ψ o φ–1, on a

\[\begin{equation} \begin{aligned} (\psi \circ \gamma)^{\prime}(0) & =(\chi \circ \varphi \circ \gamma)^{\prime}(0) \\ & =\chi^{\prime}(\varphi(a))\left((\varphi \circ \gamma)^{\prime}(0)\right) \\ & =\chi^{\prime}(\varphi(a))\left((\varphi \circ \sigma)^{\prime}(0)=(\psi \circ \sigma)^{\prime}(0)\right. \end{aligned} \end{equation} \quad(3.9.74)\]

287 La proposition est prouvée.

288 Il est facile de voir que la relation (3.9.70) est une relation d’équivalence, et cela nous amène à la première façon d’introduire la notion de vecteur tangent.

289 Définition 3.9.47. (première définition d’un vecteur tangent) Soient V une variété abstraite de classe C1, de dimension n, et a un point de V. On appelle vecteur tangent en a à la variété V une classe d’équivalence de chemins de classe C1 tracés sur V, passant par a, suivant la relation d’équivalence donnée par (3.9.73).

290 Cette première définition a le mérite d’être assez intuitive puisqu’elle traduit presque parfaitement l’idée que nous nous faisons d’un vecteur tangent à une courbe ou à une surface. Elle a l’inconvénient de ne pas être très liée à la structure de classe Cm de la variété et c’est pour cela nous allons considérer un second point de vue (qui nous conduira à une deuxième définition).

291 Soit V une variété de clase Cm, et aV. Désignons par \(\mathcal{M}\) l’ensemble des couples (U, f) où U est un ouvert de V contenant a et f une fonction définie dans U à valeurs dans K de classe Cm.

292 Définition 3.9.48. - Nous dirons que deux éléments (U1, f1) et (U2, f2) sont équivalents s’il existe un voisinage ouvert U de a contenu dans U1U2 tel que la restriction de f1 à U est égale à la restriction de f2 à U. Il est clair qu’on a là une relation d’équivalence. On appelle germe de fonction de classe Cm en a, une classe d’équivalence.

293 Nous désignons comme d’habitude une classe par l’un de ses représentants. Observons que si (U, f) est un germe de fonction de classe Cm en a, la valeur f(a) ne dépend que de la classe et non du représentant. De la même façon, si (O, φ) est une carte locale au voisinage de a, la dérivée (f o φ–1)′(φ(a)) ne dépend que de la classe et non d’un représentant. Nous notons par \(\mathcal{C}_a^m(V)\) l’ensemble des germes de fonction de classe Cm en a.

294 Définition 3.9.49. Soient (U, f) un germe de fonction de classe Cm en a, (\(\mathcal{O}\), φ) une carte au voisinage de a. On dit que (U, f) est un germe de fonction de classe Cm stationnaire en a si la dérivée (f o φ–1)′(φ(a)) est nulle. On note par \(\mathcal{S}_a^m(V)\) l’ensemble des germes de fonction de classe Cm stationnaires en a.

295 Il est facile de vérifier pour toute carte \((\tilde{O}, \psi)\) au voisinage de a, f o ψ–1 a aussi une dérivée nulle au point ψ(a). car l’application changement de cartes est un difféomorphisme.

296 Notation - Soit V une variété de classe Cm, aV, (U, φ) une carte locale au voisinage de a, \(\left(x_j=p_j \circ \varphi\right)_{j=1}^n\) le système de coordonnées locales associé à cette carte.

297 Soit f une fonction définie au voisinage de a à valeurs dans K. On pose pour j = 1, 2 . . . n :

\[\begin{equation} \left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f=\frac{\partial\left(f o \varphi^{-1}\right)}{\partial x_j}(\varphi(a)) \end{equation} \quad(3.9.75)\]

298 Comme le calcul de la dérivée au point a ne fait intervenir que les valeurs de f au voisinage de a, la quantité introduite en (3.9.75) ne dépend que du germe de fonction de classe Cm en a. Avant d’introduire la seconde approche d’un vecteur tangent, nous avons le théorème suivant.

299 Théorème 3.9.50. 1 - Les applications de \(C_a^m(V)\) dans K :

\[\begin{equation} f \mapsto\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f \end{equation} \quad(3.9.76)\]

300 sont des formes linéaires sur l’espace des germes de fonctions de classe Cm en a, qui s’annulent sur les germes stationnaires en a.

301 2 - Toute forme linéaire L sur \(C_a^m(V)\) qui s’annule sur \(S_a^m(V)\) s’écrit de façon unique :

\[\begin{equation} L(f)=\sum_{j=1}^n a_j\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f \end{equation} \quad(3.9.77)\]

302 Autrement dit les

\[\begin{equation} \left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a, \quad j=1,2, \ldots, n \end{equation} \quad(3.9.78)\]

303 forment une base de l’espace vectoriel des formes linéaires sur \(C_a^m(V)\) qui s’annullent sur \(S_a^m(V)\).

304 Démonstration : - Le premier point est évident puisque

\[\begin{equation} \left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f=\left(f \circ \varphi^{-1}\right)^{\prime}(\varphi(a))\left(e_j\right) \end{equation} \quad(3.9.79)\]

305 si {e1, e2, . . . , en} est la base choisie avec le système de coordonnées locales.

306 Passons donc au second point en associant à f la fonction g définie au voisinage de a par :

\[\begin{equation} g(x)=f(x)-f(a)-\sum_{j=1}^n\left(p_j o \varphi\right)(x)\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f \end{equation}. \quad(3.9.80)\]

307 Alors g est stationnaire en a. En effet :

\[\begin{equation} \left.\left(g \circ \varphi^{-1}\right)(\varphi(x))=\left(f \circ \varphi^{-1}\right)(\varphi(x))\right)-f(a)-\sum_{j=1}^n x_j\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f \end{equation} \quad(3.9.81)\]

308 et par suite, le calcul de la l’ème dérivée partielle donne :

\[\begin{equation} \frac{\partial\left(g \circ \varphi^{-1}\right)}{\partial x_i}(\varphi(a))=\frac{\partial\left(f \circ \varphi^{-1}\right)}{\partial x_i}(\varphi(a))-\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f=0 \end{equation} \quad(3.9.82)\]

309 et cela pour tout indice i = 1, 2, . . . , n. Puisque L est une forme linéaire qui s’annulle sur les germes stationnaire en a, elle s’annulle sur g, ce qui donne :

\[\begin{equation} L(f)=\sum_{j=1}^n L\left(p_j \circ \varphi\right)\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f \end{equation} \quad(3.9.83)\]

310 et ainsi se trouve une partie de notre seconde assertion. Il reste à prouver que les \(\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f\) forment une famille libre. Supposons qu’on ait une relation :

\[\begin{equation} \sum_{j=1}^n \alpha_j\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a=0 \end{equation}. \quad(3.9.84)\]

311 Alors, en appliquant cette relation aux fonctions coordonnées locales xi = pi o φ pour i = 1, 2, . . . , n, on obtient :

\[\begin{equation} 0=\sum_{j=1}^n \alpha_j\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a x_i=\alpha_i \end{equation}. \quad(3.9.85)\]

312 donc ces formes linéaires sont bien indépendantes et le théorème est démontré.

313 Proposition 3.9.51. - Soit V une variété de classe Cm de dimension n, a un point de V, X un vecteur tangent de V en a, défini par la classe d’un chemin γ de classe C1 tracé sur V et passant par a. L’application

\[\begin{equation} f \mapsto L_X(f)=\left.\frac{d}{d t}(f \circ \gamma)\right|_{t=0} \end{equation} \quad(3.9.86)\]

314 est une forme linéaire sur \(C_a^m(V)\) qui s’annule sur tout germe de classe Cm stationnaire en a.

315 L’application XLx est une bijection de l’ensemble des vecteurs tangents en a de V sur l’ensemble des formes linéaires sur les germes de fonctions de classe Cm en a qui s’annulent sur les germes stationnaires en a.

316 Nous écrirons dorénavant X(f) au lieu de Lx(f) [16]

317 Démonstration : - La définition ne fait intervenir que les valeurs de f au voisinage de a et par conséquent ne dépend que du germe de fonction en a.

318 On a :

\[\begin{equation} X(f)=(f \circ \gamma)^{\prime}(0) \end{equation} \quad(3.9.87)\]

319 Soit (U, φ) un carte locale au voisinage de a et posons ψ(t) = φ(γ(t)). Alors

\[\begin{equation} X(f)=\frac{d}{d t}\left(( f \circ \varphi ^ { - 1 } ) \left(\varphi(\gamma(t))=\left(\left(f \circ \varphi^{-1}\right)^{\prime}\left(\psi^{\prime}(0)\right)=0\right.\right.\right. \end{equation} \quad(3.9.88)\]

320 si f est un germe stationnaire.

321 Réciproquement, soit L une forme linéaire sur les germes de fonctions de classe Cm en a qui s’annule sur les germes stationnaires. Nous savons que si (U, φ) est une carte locale au voisinage de a, on a (théorème 3.9.48) :

\[\begin{equation} L(f)=\sum\limits_{j=1}^n \alpha_j\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f \end{equation} \quad(3.9.89)\]

322 Définissons le chemin γ sur V qui passe par a en posant :

\[\begin{equation} \gamma(t)=\varphi^{-1}\left(\varphi(a)+t\left(\alpha_1, \alpha_2, \ldots, \alpha_n\right)\right) \end{equation} \quad(3.9.90)\]

323 Alors

\[\begin{equation} f(\gamma(t))=\left(f o \varphi^{-1}\right)\left(\varphi(a)+t\left(\alpha_1, \alpha_2, \ldots, \alpha_n\right)\right) \end{equation} \quad(3.9.91)\]

324 et par conséquent, le calcul de la dérivée en 0 donne :

\[\begin{equation} \frac{d}{d t} f(\gamma(t))_{|t=0}=\left(f \circ \varphi^{-1}\right)^{\prime}(\varphi(a))\left(\alpha_1, \ldots, \alpha_n\right) \end{equation}. \quad(3.9.92)\]

325 On peut encore écrire cette égalité sous la forme :

\[\begin{equation} \frac{d}{d t} f(\gamma(t))_{|t=0}=\sum\limits_{j=1}^n \alpha_j \frac{\partial\left(f o \varphi^{-1}\right)}{\partial x_j}(\varphi(a))=L(f) \end{equation} \quad(3.9.93)\]

326 La démonstration est ainsi achevée.

327 En identifiant X avec la forme linéaire LX, nous pouvons donc introduire la seconde définition d’un vecteur tangent.

328 Définition 3.9.52. (Deuxième définition d’un vecteur tangent) - Soit V une variété de classe Cm, a un point de V. On appelle vecteur tangent en a àV la donnée d’une forme linéaire X : fX(f) sur l’espace vectoriel formé par les germes de fonctions de classe en a, qui s’annule sur les germes stationnaires en a.

329 On note T(a; V) l’espace vectoriel formé par l’ensemble des vecteurs tangents en a à V et on l’appelle l’espace vectoriel tangent (ce qui permet de conserver la notation introduite dans le théorème 3.9.38).

330 Corollaire 3.9.53. - Soit V une variété de classe Cm, de dimension n. L’espace vectoriel tangent T(a; V) en tout point aV est un espace vectoriel de dimension n. Pour toute carte locale (U, φ) au voisinage de a, et pour tout système de coordonnées locales \(\left(x_j=p_j o \varphi\right)_{j=1}^n\), les n vecteurs tangents :

\[\begin{equation} \left\{\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a: \quad j=1,2, \ldots, n\right\} \end{equation} \quad(3.9.94)\]

331 forment une base de T(a; V).

332 Démonstration : - C’est une autre manière de formuler les résultats du théorème 3.9.48 au vu de la seconde définition 3.9.50 d’un vecteur tangent.

333 Remarque 8 - En fait, l’introduction d’un vecteur tangent à une variété abstraite en un point peut être présentée sous des formes diverses (mais équivalentes). Le choix est fait en fonction du but poursuivi. Comme dans ce §, nous ne faisons qu’une esquisse de la théorie, notre définition voulait être assez intuitive. Nous aurions pu aussi nous inspirer du corollaire 3.9.26 pour une autre approche. En effet soit φ : \(\mathcal{O}\)φ(\(\mathcal{O}\)) une carte d’un ouvert φ(\(\mathcal{O}\)) de V contenant a, et soit aKn tel que φ(a) = a. Il est intuitif que, si ξ est un vecteur quelconque de Kn, on doit pouvoir, par φ lui faire correspondre un vecteur tangent X au point a à la variété V. Mais alors soient φ1 : \(\mathcal{O}\)1φ(\(\mathcal{O}\)1) et φ2 : \(\mathcal{O}\)2φ{\(\mathcal{O}\)2) deux cartes d’ouverts de la variété V contenant a. Soient ξ1 et ξ2 deux vecteurs de Kn. Quand dira-t-on qu’il leur correspond, par φ1 et φ2 le même vecteur tangent X en a à V ? Soit Ω l’intersection de φ1(\(\mathcal{O}\)1) ∩ φ2(\(\mathcal{O}\)2), et soient \(\Omega_1=\varphi_1^{-1}\left(\mathcal{O}_1\right)\) et \(\Omega_2=\varphi_2^{-1}\left(\mathcal{O}_2\right)\). Alors on sait que \(\varphi_2^{-1} \circ \varphi\) est un Cm-difféomorphisme de Ω1 sur Ω2. Il admet donc au point α1 ∈ Ω1 une application dérivée \(\varphi_2^{-1} \circ \varphi\)′(α1). Nous conviendrons que ξ1 et ξ2 représentent, par φ1 et φ2, le même vecteur X tangent en a à la variété V si l’on a la relation

\[\begin{equation} \xi_2=\left(\left(\varphi_2^{-1} \circ \varphi_1\right)^{\prime}\left(\alpha_1\right)\right) \cdot \xi_1 \end{equation} \quad(3.9.95)\]

334 Remarque 9 - Il est bon de noter que, si a et b sont deux points distincts de V les espaces vectoriels tangents T(a; V) et T(b; V) n’ont aucun rapport simple l’un avec l’autre. Ils ne sont pas, comme dans le cas d’une sous-variété d’un espace affine, sous-espaces vectoriels d’un même espace vectoriel donné à l’avance.

335 Remarque 8 - Nous venons de définir un vecteur tangent en a à V comme une forme linéaire sur l’espace vectoriel des germes de fonction de classe Cm, qui s’annule sur les germes de fonctions stationnaires en a. Or les germes de fonctions stationnaires en a forment un sous-espace vectoriel et par suite, il est clair qu’un vecteur tangent définit une forme linéaire sur l’espace vectoriel quotient de l’ensemble des germes de fonctions de classe Cm en a par le sous-espace des germes de fonctions stationnaires en a.

336 La réciproque est vraie en ce sens que si L est une forme linéaire sur cet espace quotient, on peut lui associer, en la composant avec la surjection canonique, une forme linéaire sur \(C_a^m(V)\) qui s’annule sur les germes de fonctions stationnaires (la classe 0). Ainsi l’espace vectoriel tangent en a à V est le dual (algébrique) de l’espace vectoriel quotient :

\[\begin{equation} C_a^m(V) / S_a^m(V) \end{equation} \quad(3.9.96)\]

337 Comme nous avons montré que cet espace dual est de dimension finie, cela nous permet d’introduire la définition suivante :

338 Définition 3.9.54. - Soient V une variété de dimension n et de classe Cm, aV. On appelle espace cotangent en a à V, espace vectoriel noté T*(a; V) l’espace vectoriel quotient de l’espace vectoriel formé par les germes de fonctions de classe Cm en a par le sous-espace des germes de fonctions stationnaires en a :

\[\begin{equation} T^*(a ; V)=\left(C_a^m(V) / S_a^m(V)\right. \end{equation} \quad(3.9.97)\]

339 Pour toute fonction fC1(V), on appelle différentielle de f en a, la classe de f, noté (df)a, dans T*(a; V).

340 On note T(V) (resp. T*(V)) la somme des ensembles (définition 1.3.17) T(a; V) (resp. T*(a; V)) lorsque a parcourt V.

\[\begin{equation} T(V)=\sum_{a \in V} T(a ; V), \quad T^* V=\sum_{a \in V} T^*(a ; V) \end{equation} \quad(3.9.98)\]

341 Il existe une application naturelle de T(V) (resp. T*(V)) sur V, notée p (resp. p*) et appelée projection de T(V) (resp. T*(V)) sur la base V. Cette application associe à tout XT(V) (resp. LT*(V)), le point aV, si et seulement si XT(a; V) (resp. LT*(a; V)). On a donc pour tout aV :

\[\begin{equation} p^{-1}(a)=T(a ; V), \quad p^{*-1}(a)=T^*(a ; V) \end{equation} \quad(3.9.99)\]

342 Le triplet (T(V), V,p) (resp. (T*(V), V, p*)) est appelé le fibré tangent (resp. fibré cotangent ) de la variété V.

343 Remarque 11 - Par définition, T(a; V) est l’espace dual de T*(a; V) et comme il est de dimension finie, T*(a; V) est le dual de T(a; V). Le crochet de dualité est donné compte tenu des formules (3.9.87) et (3.9.86) pour tout vecteur tangent

\[\begin{equation} X=\sum_{j=1}^n \alpha_j\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a \end{equation} \quad(3.9.100)\]

344 par

\[\begin{equation} <(d f)_a, X>=\sum_{j=1}^n \alpha_j\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a f \end{equation} \quad(3.9.101)\]

345 Remarque 12 - Soit (U, φ) une carte locale au voisinage de a, et \(\left(x_j=p_j \circ \varphi\right)_{j=1}^n\) un système de coordonnées locales. Chacune des n fonctions coordonnées a une différentielle en a que nous notons (dxj)a. La proposition suivante montre que ces n formes différentielles constituent une base de l’espace cotangent en a. Observons qu’on pourrait aussi bien appeler cet espace, l’espace des différentielles de V en a.

346 Proposition 3.9.55. - Soient V une variété de dimension n et de classe Cm, aV, (U, φ) une carte de V au voisinage de a, et \(\left(x_j\right)_{j=1}^n\) un système de coordonnées locales associé à cette carte.

347 L’espace vectoriel cotangent en a à V admet pour base les (dxj)a. De façon plus précise, on a :

\[\begin{equation} (d f)_a=\sum_{i=1}^n\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_a f \quad\left(d x_i\right)_a \end{equation} \quad(3.9.102)\]

348 et {(dxi)a : i = 1, 2, . . . , n} est la base duale de la base

\[\begin{equation} \left\{\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a: j=1,2, \ldots, n\right\} \end{equation}\]

349 Démonstration : - On vérifie aisément que :

\[\begin{equation} <\left(d x_i\right)_a,\left(\frac{\partial}{\partial x_j}\right)_a>=\delta_i^j \end{equation} \quad(3.9.103)\]

350 Donc les deux espaces T(a; V) et \(T_a^*(V)\) étant de dimension n, il s’agit bien de bases duales. Soit \(f \in C_a^m(V)\), nous avons montré que la fonction g donnée par :

\[\begin{equation} g(x)=f(x)-f(a)-\sum_{i=1}^n x_i\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_a f \end{equation}\]

351 est stationnaire en a, donc f et

\[\begin{equation} f(a)+\sum_{i=1}^n x_i\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_a f \end{equation}\]

352 ont même différentielle en a, et la formule (3.9.102) résulte de l’expression de la différentielle de cette dernière fonction.

Application linéaire tangente ou dérivée.

353 Soient V et W deux variétés de classe C1, de dimensions respectives p et q. Soit H une application de classe C1 de V dans W, b = H(a). Soit X un vecteur tangent à V en a et g un germe de fonction sur W de classe C1 en b. Alors il est clair que l’application

\[\begin{equation} Y: g \mapsto X(g \circ H) \end{equation} \quad(3.9.104)\]

354 est une forme linéaire sur \(C_b^1(W)\). D’autre part, si g est un germe de fonction stationnaire en b, g o H est un germe de fonction sur V, stationnaire en a grâce à la formule :

\[\begin{equation} \left(g \circ H o \varphi^{-1}\right)^{\prime}(\varphi(a))=\left(g \circ \psi^{-1}\right)^{\prime}(\psi(b))\left(\psi \circ H o \varphi^{-1}\right)^{\prime}(\varphi(a)) \end{equation}\]

355 On a donc défini un vecteur tangent à W en b. Ce vecteur tangent est noté H′(a).X. Il est évident que l’application XY est linéaire.

356 Définition 3.9.56. - Soient V et W deux variétés de classe C1, de dimensions respectives p et q. Soit H une application de classe C1 de V dans W, b = H(a). On appelle application dérivée (ou application linéaire tangente) de H en a, l’application linéaire de T(a; V) dans T(b; W), notée H′(a) et définie sur tout vecteur tangent X de T(a; V) par la formule

\[\begin{equation} H^{\prime}(a) \cdot X(g)=X(g \circ H) \quad, \quad g \in C_b^1(W) \end{equation} \quad(3.9.105)\]

357 Proposition 3.9.57. Soient V, W, Z trois variétés de classe C1, de dimensions respectives p, q et r. Soit G (resp. H) une application de classe C1 de V(resp. W) dans W (resp. Z). Soit aV, b = G(a), c = H(b). Alors la dérivée de H o G en a est la composée de la dérivée de G en a par la dérivée de H en b.

\[\begin{equation} (H o G)^{\prime}(a)=H^{\prime}(b) o G^{\prime}(a) \end{equation} \quad(3.9.106)\]

358 En particulier si G est un difféomorphisme de V sur W, G′(a) est un isomorphisme de T(a; V) sur T(b; W).

359 Démonstration : - Le premier point est évident. Pour prouver le second point, il suffit d’appliquer la formule (3.9.106) avec H = G–1 sachant que l’application linéaire tangente en a de l’application identique de V dans V est l’application identique de T(a; V).

360 Remarque 13 - Soit (U, φ) et (O, ψ) des cartes locales autour de a et b de V et W respectivement. Soit \(\mathcal{H}\) l’application H lue dans ces cartes i.e \(\mathcal{H}\) = ψ o H o φ–1. Soit X un vecteur tangent en a. On a :

\[\begin{equation} X=\sum_{i=1}^n \alpha_i\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_a \quad, \quad H^{\prime}(a) X=\sum_{i=1}^q \beta_i\left(\frac{\partial}{\partial z_i}\right)_b \end{equation}\]

361 où, pour tout 1 ≤ kq

\[\begin{equation} \beta_k=\sum_{i=1}^p \alpha_i \frac{\partial \mathcal{H}_k}{\partial x_i} \end{equation} \quad(3.9.107)\]

362 Cette formule montre que l’application dérivée est la généralisation de celles que nous avions vues jusqu’à présent pour une application de classe C1 d’un espace affine dans un autre. En effet, si V et W sont des ouverts des espaces Kp et Kq, on peut prendre pour (φ et ψ l’application identique; l’espace vectoriel tangent en a à V est alors identifié à Kp et l’espace vectoriel tangent en b à W est identifié à Kq avec ξ = X et η = Y; l’application dérivée que nous venons de définir n’est autre que l’application H′(a) de Kp dans Kq.

363 Remarque 14 - Soit V une variété contenue dans un espace affine \(\mathcal{E}\). On peut prendre pour H l’injection de V dans \(\mathcal{E}\); l’application dérivée H′(a) définit alors une application linéaire de T(a, V) dans T(a, \(\mathcal{E}\)) = E; on vérifie que cette application linéaire est une injection; elle permet donc d’identifier T(a, V) à son image, c’est-à-dire à un sous-espace de E, et ce sous-espace n’est autre que celui que nous avions trouvé antérieurement comme étant le sous-espace vectoriel tangent en a à la variété V contenue dans l’espace affine \(\mathcal{E}\).

364 Remarque 15 - Soit ϵ > 0 et I =] –ϵ, +ϵ[ considéré comme une variété de dimension 1. On peut identifier l’espace tangent en 0 à I à R par l’intermédiaire de la correspondance

\[\begin{equation} \alpha\left(\frac{d}{d t}\right)_0 \mapsto \alpha \end{equation}\]

365 Soient V une variété de classe Cm, de dimension n et γ un chemin de classe C1 tracé sur V passant par aV. Alors on peut considérer l’application dérivée de γ en 0 et en particulier l’image de 1 par cette application est un vecteur tangent à V en a. On note ce vecteur γ′(0). On a donc :

\[\begin{equation} \gamma^{\prime}(0) \equiv \gamma^{\prime}(0) .1 \end{equation} \quad(3.9.108)\]

366 Dans la proposition 3.9.43, nous avons établi qu’un vecteur tangent X en a à V était défini par la forme linéaire :

\[\begin{equation} X(f)=(f o \gamma)^{\prime}(0) \quad f \in C_a^m(V) \end{equation}\]

367γ est un représentant d’une classe d’équivalence de chemins de classe Cm. D’après ce qui précède, on peut associer à chaque représentant un vecteur tangent en a à V. En fait, tous ces vecteurs tangents (des chemins d’une même classe) n’en font qu’un. En effet, si γ et a sont équivalents, cela signifie que pour tout \(f \in C_a^m(V)\), on a :

\[\begin{equation} (f \circ \gamma)^{\prime}(0)=(f \circ \sigma)^{\prime}(0) \end{equation}\]

368 Or par définition de γ′(0), on a,

\[\begin{equation} \gamma^{\prime}(0)(f)=\left(\frac{d}{d t}\right)_0(f \circ \gamma) \end{equation}\]

369 et en prenant pour carte l’application identique, on voit que

\[\begin{equation} \gamma^{\prime}(0)=(f o \gamma)^{\prime}(0)=X(f) \quad, \quad f \in C_a^m(V) \end{equation}\]

370 Nous retrouvons ainsi le fait que l’espace vectoriel tangent en a à V est égal à l’ensemble des vecteurs tangents en 0 aux chemins γ de classe C1 tracés sur V et qui passent par a = γ(0) ∈ V.

371 Théorème 3.9.57. (d’inversion locale) Soient V et Vdeux variétés de classe Cm et de même dimension n, f une application de V dans V de classe Cm. On suppose que la dérivée de f en a, f′(a), est un isomorphisme de T(a; V) sur T(f(a); V′). Alors il existe un voisinage ouvert U(a) de a dans V et un voisinage ouvert U′(f(a)) de f(a) dans V tel que la restriction de f à U(a) soit un difféomorphisme de U(a) sur U′(f(a)).

372 Démonstration : - C’est une propriété locale, on peut donc se ramener au cas où V et V′ sont des ouverts de Kn. Le résultat est alors donné par le théorème 3.8.10.

Immersion, plongement, sous-variétés.

373 Définition 3.9.57. Soient V et V′ deux variétés de classe Cm, f une application de V dans V′ de classe Cm. On dit que

374 f est une immersion (resp. submersion) en aV, si l’application linéaire tangente en a, f′(a), est injective (resp. surjective);

375 f est une immersion (resp. submersion) sur une partie MV si f est immersion (resp. submersion) en tout aM;

376 f est un plongement si f est à la fois une immersion, une application injective et un homéomorphisme de V sur f(V);

377 f est un plongement propre si f est un plongement et une application propre.

378 Proposition 3.9.58. - Soient V1 et V2 deux variétés de classe Cm, de dimension n1 et n2 respectivement, f une immersion de V1 dans V2. Si, en outre f est injective et propre, c’est un plongement propre.

379 Démonstration : - Puisque f est injective, c’est une bijection de V1 sur f(V1), soit g la bijection réciproque. Puisque V1 et V2 sont en particulier des espaces localement compacts, et que f est une application continue propre, il résulte du théorème 2.8.7 que l’image par f d’une partie fermée de V1 est une partie fermée de V2. Ceci revient à dire que l’image réciproque par g de toute fermée de V1 est une partie fermée de V2 autrement dit g est continue et par conséquent f est un homéomorphisme de V1 sur f(V1), donc un plongement. C’est bien le résultat annoncé.

380 Corollaire 3.9.59. - Soient V1 et V2 deux variétés de classe Cm, de dimension n1 et n2 respectivement, f une immersion de V1 dans V2. Si, en outre f est injective et V1 compact, f est alors un plongement.

381 Démonstration : - Puisque V1 est compacte et f continue, f est une application propre.

382 Définition 3.9.60. - Soient V et V′ deux variétés de classe Cm, de dimension n et m respectivement, f une application de V dans V de classe Ck. On appelle rang de f en un point aV, le rang de la dérivée de f en a.

383 Remarque 16 - Soit (U, φ) une carte autour de a et (U′,φ′) une carte autour de f(a). Alors le rang de f en a est aussi le rang de l’application φ′ o f o φ–1 définie dans φ(f–1(U′) ∩ Kn à valeurs dans Km, au point φ(a). En effet les applications linéaires tangentes de φ–1 et de φ′ sont des isomorphismes et par conséquent elles conservent le rang par composition.

384 Théorème 3.9.61. (semi-continuité inférieure du rang) - Soient V et V′ deux variétés de classe Cm, de dimension n et m respectivement, f une application de V dans V de classe Cm. On suppose que le rang de f en un point aV est égal à r. Il existe un ouvert U contenant a tel que pour tout xU, le rang de f en x est supérieur à r.

385 Démonstration : - La propriété est locale donc elle résulte immédiatement du théorème 3.8.20.

386 Corollaire 3.9.62. - Soient V et V′ deux variétés de classe Cm, de dimension n et m respectivement, f une application de V dans V′ de classe Cm. On suppose que f est une immersion (resp. une submersion) en un point aV. Alors f est une immersion (resp. une subsmersion) dans voisinage de a.

387 Démonstration : - C’est une conséquence du corollaire 3.8.21 puisqu’il s’agit d’une propriété locale.

388 Définition 3.9.63. Soient V et W deux variétés de classe Cm, de dimension N et n respectivement. On suppose que WV et on note par i l’injection canonique de W dans V. On dit que W est :

389 une sous-variété immergée si i est une immersion.

390 une sous-variété plongée ou tout simplement une sous-variété si i est un plongement.

391 une sous-variété fermée si i est un plongement propre.

392 Remarque 17 - Si W n’est pas contenue dans V, et si f est une application injective de W dans V, on peut transporter la structure de W sur son image f(W). Dans ces conditions, suivant que f est une immersion, un plongement ou un plongement propre, f(W) est une sous-variété immergée, une sous-variété ou une sous-variété fermée de V.

393 Remarque 18 - Soit V une variété de classe Cm et de dimension n, W une sous-variété immergée de V. Puisque i l’injection canonique de W dans V immersion, ceci permet d’identifier l’espace tangent T(x; W) à un sous-espace de T(x; V) pour tout xW.

394 Proposition 3.9.64. - Soient V une variété de classe Cm de dimension N, W une sous-variété immergée de V de classe Cm et de dimension n. Pour tout aW, il existe une carte (U, φ) de W autour de a et une carte (Ω, ψ) de V autour de a tel que l’application

\[\begin{equation} \psi \text { oiou }^{-1}:\left(x_1, x_2, \ldots, x_n\right) \mapsto\left(x_1, \ldots, x_n, 0,0, \ldots, 9\right) \end{equation}\]

395 dans φ(U). En particulier, si (U1, φ1) est une carte autour de a dans W, φ1(x) = (y1, y2, . . . , yn), il existe une carte (U2, φ2), φ2(x) = u1, u2, . . . , uN), alors i o uj = yj dans un voisinage de aW.

396 Démonstration:

397 Proposition 3.9.65. - Soit W une partie fermée d’une variété V de classe Cm de dimension N. On suppose que, pour tout aW, il existe une carte (U,φ) autour de a tel que :

\[\begin{equation} W \cap U=\left\{x \in U: x^{n+1}=\ldots=x^N=0\right\} \end{equation} \quad(3.9.)\]

398 Alors W peut être muni d’une structure de variété de classe Cm qui en fait une sous-variété immergée de V.

399 Démonstration:

400 Corollaire 3.9.66. - Soit V une variété de classe Cm et de dimension N, F1, F2, . . . , Fl, (1 ≤ lN), des fonctions de classe Ck sur V. On pose :

\[\begin{equation} W=\left\{x \in V: F_1(x)=F_2(x)=\ldots=F_1(x)=0\right. \end{equation} \quad(3.9.)\]

401 On suppose que les différentielles {(dFi)a : 1 ≤ il} est un système libre pour tout aW. Alors W est une sous-variété immergée de V de dimension N – 1.

402 Démonstration:

403 Théorème 3.9.67. Soient V une variété de classe Cm et de dimension n et W un sous-ensemble de V. W est une sous-variété de V de dimension p, si et seulement si pour tout aW, il existe une carte locale (U, φ) de V autour de a telle que[17] :

\[\begin{equation} \varphi(U \cap W)=\varphi(U) \cap \mathbf{K}^p \end{equation} \quad(3.9.110)\]

404 Démonstration : -

405 Corollaire 3.9.68. - Soient V une variété de classe Cm et de dimension n et W une sous-variété de V. Alors si (Ui, φi)i esr un atlas de V, la famille \(\left(U_i \cap W,\left.\varphi_i\right|_{U_i \cap W}\right)_{i \in I}\) est un atlas sur W pour une structure de variété de classe Cm et de dimension p.

406 Démonstration : : Il s’agit d’une simple vérification.

407 Définition 3.9.69. Soient X et Y deux espaces localement compacts. On dit qu’une application f de X dans Y est localement propre si, pour tout yf(X), il existe un voisinage compact V de y dans Y tel que l’image réciproque f–1(V) soit compact.

408 Proposition 3.9.70. Soient X et Y deux espaces localement compacts, f une application de X dans Y est localement propre. Alors f est une application propre si et seulement si f(X) est fermé dans Y.

409 Démonstration : - Si f est une application continue propre, l’image de toute partie fermée est fermée d’après le théorème 2.8.7, donc en particulier f(X) est fermé. Réciproquement, soit K un compact de Y, alors H = Kf(X) est encore compact puisque f(X) est fermé. Pour tout yH, il existe un voisinage compact Vy de y dont l’image réciproque est un compact de X. Puisque H est compact, on peut le recouvrir à l’aide d’un nombre fini de tels voisinages, soit V1, V2, . . . VN. Alors

\[\begin{equation} f^{-1}(K)=f^{-1}(H)=\bigcup_{i=1}^N f^{-1}\left(V_i\right) \end{equation} \quad(3.9.)\]

410 est une partie compacte comme réunion d’un nombre fini de compacts, ce qui prouve notre assertion.

411 Proposition 3.9.71. - Soit V une variété de classe Cm, W une sous-variété immergée de V. Alors W est une sous-variété si et seulement l’injection canonique est localement propre.

412 Démonstration : - Supposons i localement propre et soit aW. Il existe un voisinage compact K(a) dans V tel que WK(a) soit un voisinage compact de a dans W. La restriction de i à voisinage de a est une bijection continue sur le compact WK(a) (topologie induite par V). C’est donc une application bicontinue. Comme la propriété de continuité est locale, cela prouve que » est bicontinue de W sur i(W).

413 Réciproquement, soit H(a) un voisinage compact de a dans W (W est localement compact comme toute variété). Puisque t est un homéomorphisme, H(a) est aussi un voisinage compact de a pour la topologie induite par V. Il existe donc un ouvert U(a) de V tel que U(a) ∩ WH(a). Mais V étant aussi localement compact, il existe un voisinage compact K(a) de V tel que K(a) ⊂ U(a). Mais alors K(a) ∩ WH(a). Comme K(a) ∩ W est fermé dans W, et que H(a) est compact, donc K(a) ∩ W est un compact de W. Donc l’injection i est bien localement propre et la proposition est démontrée.

414 Théorème 3.9.72. Soient V une variété de classe Cm et de dimension n et W un sous-ensemble de V. W est une sous-variété fermée de V de dimension p, si et seulement si pour tout aW, il existe un recouvrement (Ui) de V tel que pour tout i, on ait :

\[\begin{equation} a \in W \cap U_i \Longleftrightarrow x_i^1(a)=x_i^2(a)=\ldots=x_i^p(a)=0 \end{equation} \quad(3.9.)\]

415 Démonstration:

416 Exemple 12 - Toutes les sous-variétés que nous introduites dans l’espace affine \(\mathcal{E}\) sont des sous-variétés au sens de la définition 3.9.63 grâce au théorème 3.9.3.

417 Si W est une partie ouverte, nous avons vu que W est une variété pour la structure induite. En fait, W est une sous-variété et la structure de variété induite coïncide avec la structure introduite dans la proposition 3.9.23.

418 Théorème 3.9.73. - Soient V1 et V2 deux variétés de classe Cm, de dimension n et N respectivement, f une application de classe Cm de V1 dans V2. On suppose que f est de rang constant l dans V1. Dans ces conditions

  • Pour tout αV1, il existe un voisinage ouvert U de α dans V1 tel que f(U) soit une sous-variété de V1 de dimension nl. Pour tout βf–1(U), le sous-espace vectoriel tangent à f(U) au point β est égal à l’image de l’application linéaire tangente f′(α) où f(a) = β
    \[\begin{equation} \forall \beta=f(\alpha) \in f(U) \quad, \quad T(\beta ; f(U))=\operatorname{Im} f^{\prime}(\alpha) \end{equation} \quad(3.9.112)\]
  • Pour tout βf(V1), l’image réciproque f–1({β}) est une sous-variété fermée de V1 de dimension nl. Pour tout af–1({β}), le sous-espace vectoriel tangent à f–1({β}) au point α est égal au noyau de l’application linéaire tangente f′(α) :
    \[\begin{equation} \forall \alpha \in f^{-1}(\{\beta\}) \quad, \quad T\left(\alpha ; f^{-1}(\{\beta\})\right)=\operatorname{Ker} f^{\prime}(\alpha) \end{equation} \quad(3.9.113)\]

420 Démonstration : -

421 Corollaire 3.9.74. - Soit V et W deux variétés de classe Cm, f un plongement de V dans W. Alors f(V) est une sous-variété de W et f un difféomorphisme de V sur f(W).

422 Proposition 3.9.75. - Soit V une variété compacte de classe Cm, f une immersion injective de V dans une variété W. Alors f est un plongement, en particulier f(V) est une sous-variété de W.

423 Démonstration : -

424 Proposition 3.9.76. - Soient V1 et V2 deux variétés de classe Cm, f une application de classe Cm de V1 dans V2. On suppose que f est une immersion en un point aV1. Alors il existe un voisinage ouvert U de a dans V1 tel que la restriction de f à U soit un plongement de U dans V2; f(U) est une sous-variété et f est un difféomorphisme de classe Cm de U sur f(U).

425 Démonstration : -

426 Remarque 19 - Même si l’application Φ est une bijection, et même si l = n, on aurait tort de croire que l’image par Φ de l’ouvert \(\mathcal{O}\) tout entier soit une variété de \(\mathcal{E}\). Considérons par exemple une lemniscate de Bernoulli dans le plan R2. Prenons, sur cette lemniscate, le sens de parcours 1, 2, 3, 4 indiqué par les flèches. On peut trouver une bijection de classe C, Φ : u ↦ Φ(u) de la droite réelle R dans le plan R2, telle que Φ(R) soit exactement la lemniscate, et de manière que, lorsque u tend vers –∞ (resp. +∞), Φ(u) tende vers le point double sur la branche 1 (resp. 4).

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} x=\frac{u\left(1+u^2\right)}{1+u^4} \\ y=\frac{u\left(1-u^2\right)}{1+u^4} \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.114)\]
Description de l'image par IA : Cercle avec flèches, axes x et y, numéroté 1 à 4.

427 La dérivée Φ′(a) est de rang 1 en tout point α de R, autrement dit x′(u) et y′(u) ne sont jamais simultanément nuls; en outre Φ est une bijection [18]. Cependant Φ n’est pas un homéomorphisme, car on peut trouver des points de la lemniscate convergeant vers le point double, et pour lesquels u, au lieu de converger vers 0, converge vers + ∞ ou –∞; d’ailleurs la lemniscate est compacte et R ne l’est pas. L’image Φ(R) n’est pas une variété, à cause de son point singulier à l’origine; cependant, si l’on considère α = 0, il est possible de trouver un voisinage de ce point, par exemple l’intervalle ] – A, +A[, où A est un nombre > 0 quelconque, tel que l’image de cet intervalle par Φ soit une variété.

428 Remarque 20 - Supposons que nN et l = N. L’hypothèse que Φ′(α) est de rang l = N, pour tout α de \(\mathcal{O}\), signifie simplement que c’est une surjection de Kn sur E. Alors Φ(\(\mathcal{A}\)), variété de dimension N d’un espace affine de dimension N, est simplement un ouvert. Donc si Ω est un ouvert de \(\mathcal{O}\), Φ(Ω) est un voisinage de chacun de ses points, donc un ouvert, et nous retrouvons le fait que Φ est une application ouverte (théorème 3.8.13). La première partie du théorème en résulte aussi; si on sait seulement que Φ′(α0) est de rang N, pour un point α0 particulier, il y a au moins un mineur de rang N de la matrice dérivée (pour un référentiel quelconque de \(\mathcal{E}\)) qui est ≠ 0 en α0, mais ce mineur étant continu, il est différent de 0 en tous les points α d’un ouvert \(\mathcal{O}\)1\(\mathcal{O}\) contenant α0, et Φ est une application ouverte de \(\mathcal{A}\)1 dans \(\mathcal{E}\), et par suite l’image par Φ de tout voisinage de α0 est un voisinage de α0 = Φ(α0) dans \(\mathcal{E}\).

429 Remarque 21 - Dans le cas où l > N, l’application Φ n’est naturellement pas injective, et chacun des points de la variété ∧ = Φ(\(\mathcal{A}\)) est l’image d’une infinité de points de \(\mathcal{A}\). Si en effet x0 = (y0, z0) est un point de λ, on pourra encore choisir w arbitrairement dans \(\mathcal{A}\)″, calculer alors v = Λ(y0, w), et le point x0 considéré sera l’image du point u = (v, w) = (Λ(y0, w), w). Ainsi, lorsqu’on restreint Φ à \(\mathcal{A}\), l’image réciproque de x0 est l’ensemble des points (v, w) de \(\mathcal{A}\) pour lesquels on a w\(\mathcal{A}\)′, v = Λ(y0, w) ; c’est donc une variété de Kn, de dimension nl, et de classe Cm, définie par la relation explicite précédente. Au contraire, Φ est injective (pour \(\mathcal{A}\) assez petit) si l = n.

430 Remarque 22 - Naturellement le présent théorème redonne aussi le théorème 3.9.3 Si en effet pour tout a de Σ, il existe une représentation paramétrique vraie Φ : \(\mathcal{O}\) ↦ Φ(\(\mathcal{O}\)), Φ(α) = a, Φ partout de rang l = n, alors le théorème dit qu’il existe un voisinage ouvert \(\mathcal{A}\) de α dans \(\mathcal{O}\) tel que Φ(\(\mathcal{A}\)) = ∧ soit une variété. Mais Φ est en outre supposé être un homéomorphisme de \(\mathcal{O}\) sur un ouvert de Σ, donc il existe un voisinage ouvert \(\mathcal{V}\)i de a dans \(\mathcal{E}\) tel que ∧ = Σ ∩ \(\mathcal{V}\)1; mais alors, si tout point a de Σ a un voisinage ouvert Vi dans \(\mathcal{E}\) tel que Σ ∩ \(\mathcal{V}\)1 soit une variété, on en déduit aussitôt que Σ elle-même est une variété.

431 Remarque 23 - Lorsque le rang de l’application Φ n’est pas constant, il n’existe plus aucun théorème permettant d’affirmer que l’image d’un voisinage de α par Φ ait une structure simple. Considérons, par exemple, l’application Φ de R2 dans R3 définie par les formules (r, φ) ↦ (x, y, z) avec :

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} x=r \cos \varphi \\ y=r \sin \varphi \\ z=r \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.115)\]

432 En un point α = (0, φ0), le rang de l’application dérivée de Φ est égal à 1, parce que \(\frac{\partial \Phi}{\partial \varphi}\) est nulle, mais aux points voisins, le rang est égal à 1 ou à 2 . L’image par Φ de R2 n’est autre que le cône de R3 d’équation x2 + y2z2 = 0, dont Φ est une représentation paramétrique non vraie. L’image par Φ de tout voisinage du point a précédent est un voisinage du sommet du cône, qui n’est pas une variété à cause du point singulier au sommet.

433 Proposition 3.9.77. - Soient V1, V2, des variétés de classe Cm, W une sous-variété de V1, f une application de V1 dans W. Alors f est de classe Ck si et seulement si i o f est de classe Cm de V1 dans V2.

434 Démonstration:

435 Théorème 3.9.78. Soient V une variété de classe Cm et de dimension n et W un sous-variété immergée de V. Pour tout aW, il existe un voisinage ouvert U de a dans W tel que pour toute fonction f définie dans U de classe Cm, il existe une fonction g définie dans un ouvert Ω de V de classe Cm tel que U ⊂ Ω et la restriction de g à U est égale à f.

436 Démonstration : -

437 Théorème 3.9.79. - Soit V une variété de classe Cm, W une sous-variété de V. Un germe de fonction continue ga en aW est de classe Cm si et seulement si il existe un germe Gb de fonction de classe Cm en b = i(a) tel que Gb = i o ga.

438 Réciproquement si i est une injection continue de W dans V possédant cette propriété, W est une sous-variété immergée de V.

439 Démonstration:

440 Théorème 3.9.80. - Soit V une variété de classe Cm, à base dénombrable, W une sous-variété fermée. Alors pour tout fCk(W), il existe FCm(V) telle que f = F o i.

441 Démonstration:

442 Théorème 3.9.81. Soient V une variété de classe Cm (m ≥ 1, de dimension N sur le corps R des réels, à base dénombrable, et W une sous-variété fermée de classe Cm de dimension n. Soit g une fonction définie sur W, à valeurs dans un espace de Banach E, et de classe Cm. Elle est prolongeable à V, en une fonction G de classe Cm à valeurs dans E.

443 Démonstration : Il suffit de nous ramener aux conditions du corollaire 3.9.37. Or, si nous considérons un point a de V, on peut trouver un voisinage ouvert Ua de a dans V, et une carte φa, Cm-difféomorphisme d’un ouvert Θa de RN sur Ua. On peut en outre supposer, si l’on écrit RN sous forme d’un produit Rn × RNn et qu’on représente chacun de ses points x comme un couple (y, z) avec yRn et zRNn, que l’application φa amène l’intersection ΘaRn sur UaV. Le problème de prolongement de g de VUa à Ua est alors ramené au problème de prolongement de la fonction h = f o φa, définie sur ΘaRn, à l’ouvert Ua ou tout au moins à un voisinage de \(\alpha=\varphi_a^{-1}\) dans cet ouvert. Or un tel prolongement est évident dans RN : il est défini par la fonction (y, z) ↦ h(y).

Fonctions dépendantes et fonctions indépendantes.

444 Soit φ1, φ2, . . . , φN, N fonctions scalaires de classe C1 de n variables u1, u2, . . . , un. Elles définissent une application Φ : ux = Φ(u), de classe C1, d’un ouvert \(\mathcal{O}\) de Kn dans KN.

445 Quand dira-t-on que ces fonctions son dépendantes ou indépendantes, au voisinage d’un point α de \(\mathcal{O}\) ?

446 Soit a = Φ(α).

447 1er Cas - Indépendance

448 Supposons que le rang de Φ′(α) soit N, le nombre de fonctions. Autrement dit, l’un des mineurs de rang N de la matrice dérivée, matrice des \(\frac{\partial \varphi_i}{\partial u_j}(\alpha)\), i = 1, 2, . . . , N, j = 1, 2, . . . , n, est ≠ 0; cela exige naturellement nN, le nombre des variables doit être au moins égal au nombre des fonctions. Alors le théorème 3.8.13 nous dit que l’image par Φ de tout voisinage ouvert de α est un voisinage de a. Alors φ1(u), φ2(u), . . . , φN(u), peuvent prendre des valeurs arbitraires, pourvu qu’elles soient assez voisines de a1, a2, . . . , aN. Si donc il existe entre les φi une relation de la forme

\[\begin{equation} R\left(\varphi_1\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right), \varphi_2\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right), \ldots \varphi_N\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right)\right) \equiv 0 \end{equation}\]

449R est une fonction de N variables, R doit être identiquement nulle au voisinage de (a1, a1, . . . , aN), et nous n’avons pas une “vraie relation”.

450 Il sera naturel de dire que les N fonctions φi sont indépendantes au voisinage de α.

451 2ème cas - Dépendance

452 Supposons au contraire que Φ′(α) soit, pour tout α de même rang l < N. Alors le théorème 3.9.68 nous dit qu’il existe un voisinage de α, dont l’image par Φ est une variété ∧, de dimension f et de classe C1, de KN. En changeant au besoin l’ordre des fonctions φi données, on peut se ramener au cas où cette variété a des équations de la forme

\[\begin{equation} x_{l+k}=G_k\left(x_1, x_2, \ldots, x_l\right) \quad, \quad k=1,2, \ldots, N-l \end{equation} \quad(3.9.116)\]

453 Alors, au voisinage de α, les fonctions φi satisfont aux Nl relations non triviales

\[\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} \varphi_{l+k}\left(u_1, u_2, \ldots, u_n\right) \equiv \\ G_k\left(\varphi_1\left(u_1, \ldots, u_n\right), \varphi_2\left(u_1, \ldots, u_n\right), \ldots \varphi_l\left(u_1, \ldots, u_n\right)\right) \\ \quad k=1,2, \ldots, N-l \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.117)\]

454 Ces relations sont bien cette fois des vraies relations, puisque, quand les valeurs de φ1, φ2, . . . , φl sont connues elles déterminent celles des φl+k. Ce sont Nl relations indépendantes, en ce sens que les fonctions

\[\begin{equation} x \mapsto x_{l+k}-G_k\left(x_1, x_2, \ldots, x_l\right) \end{equation}\]

455 sont indépendantes au sens du 1er cas.

456 En effet, leurs diiférentielles sont les dxl+kdGk, la k-ième est seule à contenir dxl+k avec un coefficient ≠ 0, donc il n’y a pas, pour x fixé, de relation linéaire à coefficients constants entre elles, le rang du système de ces Nl différentielles est Nl, pour tout x voisin de a.

457 Il sera donc naturel de dire, dans ce cas, que les fonctions φ1, φ2, . . . , φN, sont dépendantes, et satisfont Nl relations indépendantes.

458 Il existe naturellement d’autres cas que nous n’avons pas traités : les cas où le rang de la dérivée n’est pas constant au voisinage du point α. Dans ce cas les conclusions sont bien plus compliquées que celles que nous venons d’écrire; c’est pourquoi, lorsqu’on dit, d’une façon assez courante, que N fonctions φ1, φ2, . . . , φN, de n variables u1, u2, . . . , un à dérivées partielles du premier ordre continues sont indépendantes si et seulement si la matrice dérivée des φi est de rang N, et sont dépendantes, si et seulement si cette matrice dérivée est de rang < N, on exprime quelque chose d’assez vague et qui finalement n’est pas vrai.

459 Considérons par exemple la représentation paramétrique (3.9.115) du cône. Les 3 fonctions écrites F, G, H des 2 variables r, φ, satisfont bien à une relation non triviale, à savoir la relation F2 + G2H2 = 0 mais, au voisinage d’un point tel que 0, φ0, représentant l’origine x = y = z = 0, ce n’est pas une relation dans laquelle une de ces 3 fonctions puisse être calculée comme une fonction continûment dérivable des deux autres, comme cela s’est produit dans le 2ème cas.

460 On peut aboutir à des figures bien plus compliquées qu’un cône, et telles qu’on ne puisse plus donner aucun sens “utilisable” à la notion de dépendance ou d’indépendance.

461 Il est sage de se borner aux deux cas précis que nous venons d’étudier.

Variétés singulières paramétriques.

462 La nouvelle notion introduite ici généralise celle des chemins, vus à la définition 2.9.6.

463 Définition 3.9.82. - On appelle variété singulière paramétrique, de dimension n et de classe Cm, dans un espace affine \(\mathcal{E}\) de dimension N, une application Φ de classe Cm, d’une variété(abstraite ou plongée dans un espace affine) de dimension n, et de classe Cm. L’image Φ(∧) = Σ s’appelle l’image de la variété paramétrique.

464 Si, au lieu de ∧, on prend un segment fermé [a, b] de R, une application Φ de classe Cm de [a, b] dans \(\mathcal{E}\), s’appelle un arc de courbe de classe Cm de \(\mathcal{E}\), d’origine Φ(a) et d’extrémité Φ(b). Si Φ(a) = Φ(), on dit que c’est un arc de courbe fermé (bien que cela n’ait aucun rapport avec la notion topologique d’ensemble fermé).

465 On dit que deux sous-variétés paramétriques Φ1 : ∧1\(\mathcal{E}\), Φ2 : ∧2\(\mathcal{E}\), sont Cm-équivalentes, s’il existe un Cm-difféomorphisme H de1 sur2, tel que Φ1 = Φ2 o H (alors Φ2 = H–1 o Φ1)

466 L’image de la variété paramétrique ne doit pas être confondue avec la variété paramétrique elle-même, de ∧ dans Σ. Par exemple, si Φ est constante , Φ(∧) = {a}, a\(\mathcal{E}\), l’image est un point, mais la variété paramétrique est l’application constante Φ.

467 Si deux sous-variétés paramétriques sont équivalentes, leurs images sont les mêmes. Cette notion correspond à ce qu’on considérait comme un changement de représentation paramétrique d’une courbe ou d’une surface.

Fig. 1
Description de l'image par IA : L'image montre deux boucles sur une ligne avec des flèches indiquant des directions opposées. Les boucles sont étiquetées 1, 2, 3 et 4.
Fig. 2
Description de l'image par IA : L'image montre deux boucles entrecroisées avec des flèches indiquant des directions opposées, numérotées de 1 à 4.

468 La lemniscate de Bernoulli dans R2 n’est pas une variété. Mais elle est l’image d’une variété paramétrique, où ∧ = R (voir formule (3.9.33)); dans ce cas, Φ est injective; elle est aussi l’image d’une variété paramétrique où ∧ est une circonférence, de telle manière que, ∧ est parcouru dans un sens déterminé, la lemniscate soit parcourue dans le sens 1, 2, 3, 4 de la figure 1; elle est encore l’image d’une variété paramétrique, avec toujours pour A une circonférence, mais de manière cette fois que, quand ∧ est parcouru dans un sens déterminé, elle soit parcourue dans le sens 1, 2, 3, 4 de la figure 2; enfin elle est l’image d’une variété paramétrique où ∧ est un système de 2 circonférences séparées, dont les images par Φ sont les deux boucles de la lemniscate; autant de sous-variétés paramétriques différentes ayant même image et cependant elles ne sont pas équivalentes.

Théorème de plongement de Whitney.

469 Définition 3.9.83. - Soient V1, V2 deux variétés de classe Cm, de dimension n1 et n2 respectivement, f une application de V1 dans V2 de classe Ck. On dit qu’un point aV1 est un point critique de f si la rang de f en a est strictement inférieur à n2 et un point bV2 est une valeur critique si b = f(a) où aV1 est un point critique. Un point aV1 où la rang de f est égal à n2 (ce qui signifie qu’en ce point f est une submersion) est appelé un point régulier. Un élément bV2 est appelée une valeur régulière de f si b n’est pas l’image d’un point critique (donc en particulier tout élément bf(V1) est une valeur régulière).

470 La démonstration des théorèmes d’immersion et de plongement d’une variété quelconque dans un espace RN s’appuie sur une conséquence du théorème de Sard qui sera démontré au chapitre V (Calcul intégral). Enonçons la conséquence de ce théorème qui sera utile ici.

471 Théorème 3.9.84. - Soient V1, V2 deux variétés à base dénombrable de classe Cm, de dimension n1 et n2 respectivement, f une application de V1 dans V2 de classe C1. Le complémentaire dans V2 de l’ensemble des valeurs critiques de f est partout dense dans V2.

472 Remarque 24 - Il n’en est pas de même de l’ensemble des points critiques eux-mêmes dont le complémentaire dans V1 peut être l’ensemble vide comme par exemple lorsque f est une fonction constante ou lorsque n1 < n2 et f quelconque.

473 Soit V variété de classe Cm, de dimension n, à base dénombrable. On désigne par Cm(V1, RN) l’ensemble des fonctions définies dans V à valeurs dans RN de classe Cm. Soit (U, φ) une carte de V. Pour toute fonction fCm(U, RN) et tout multi-indice αNn, |α| ≤ m, on pose

\[\begin{equation} D^\alpha f(x)=\left(\frac{\partial}{\partial x_1}\right)_x^{\alpha_1} \cdots\left(\frac{\partial}{\partial x_n}\right)_x^{\alpha_n} f \end{equation} \quad(3.9.118)\]

474\(\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_x\) est le champ de vecteurs défini par la carte locale (U, φ). Nous nous donnons un atlas \(\mathcal{A}=\left(U_i, \varphi_i\right)_{i=1}^{\infty}\) possédant les propriétés suivantes :

  1. Pour tout i, Ui est un ouvert relativement compact
  2. Le recouvrement (Ui)i=1|∞ est localement fini c’est-à-dire que tout point xV possède un voisinage qui ne rencontre qu’un nombre fini des Ui.

476 Soit (Hk) une suite de compacts dont la réunion recouvre V et \(H_0=\emptyset\) et telle que pour tout k, HkUk, (χk) une suite de fonctions de V dans K, de classe Cm, telle que pour tout k, χk prend la valeur 1 dans un voisinage de Hk+1. et à support dans Uk+1. On se donne ensuite une suite de nombres réels strictement positifs, \(\tilde{\epsilon}=\left(\epsilon_i\right)_{i=1}^{\infty}\), et une suite de nombres entiers positifs, \(\tilde{m}=\left(m_i\right)_{i=1}^{\infty}\), tel que pour tout i; mim.

477 On définit le voisinage d’une fonction \(f \in C^m\left(V, \mathbf{R}^N\right), \mathcal{V}(\mathcal{A}, \chi, \tilde{\epsilon}, \tilde{m} ; f)\) égal à l’ensemble

\[\begin{equation} \left\{g \in C^m\left(V, \mathbf{R}^N\right):(\forall i)\left(\forall \alpha,|\alpha| \leq m_i\right)\left(\forall x \in H_i\right)\left\|D^\alpha(f-g)(x)\right\| \leq \epsilon_i\right. \end{equation} \quad(3.9.119)\]

478 Proposition 3.9.85. - L’ensemble des immersions de Cm(V, RN) est un ensemble ouvert.

479 Démonstration : - Soit f une immersion et aV. Cela implique qu’un certain déterminant Δa(f)(a) d’ordre n extrait de la matrice jacobienne de f est non nul en a et par suite sur un voisinage Ua de a. On peut donc affirmer que |Δa(f)(x)| > αa dans Ua. Soit K compact de V, On peut le recouvrir par un nombre fini de tels voisinages U1, U2, . . . , Us, auxquels sont associés les déterminants Δ1, Δ2, . . . , Δs, les nombres α1, α2, . . . , αs. Il est clair qu’on peut déterminer ϵk de façon que l’inégalité ||Dα(fg)(x)|| ≤ ϵk pour tout a de longueur 1 et tout xK, implique |Δi(g)(z)| > 0 pour tout xK, pour t = 1, 2, . . . , s, et par suite g est une immersion sur K. Notre assertion en résulte immédiatement.

480 Théorème 3.9.86. Soft Ω un ouvert borné de Rn, f une application de classe Cm de Ω dans Rp, p ≥ 2n, km. Pour tout ϵ > 0, il existe g : Ω ↦ Rp, de classe Ck qui est une immersion et telle que

\[\begin{equation} \left\|D^\alpha(f-g)\right\|<\epsilon \end{equation}\]

481 Démonstration : - On va construire g de proche en proche. De façon précise, supposons que fCk(V, Rp) avec k ≥ 2 et p ≥ 2n et que le système des q vecteurs

\[\begin{equation} \left\{\frac{\partial f}{\partial x_1}(x), \frac{\partial f}{\partial x_2}(x), \ldots \frac{\partial f}{\partial x_q}(x) \quad, 0 \leq q<n\right. \end{equation}\]

482 soit un système libre pour tout x ∈ Ω, alors il existe gCk(V, RP) telle que ||fg||k,∞ϵ et le système des q + 1 vecteurs

\[\begin{equation} \left\{\frac{\partial g}{\partial x_1}(x), \frac{\partial g}{\partial x_2}(x), \ldots \frac{\partial g}{\partial x_{q+1}}(x)\right. \end{equation}\]

483 est encore un système libre pour tout x ∈ Ω. Il est alors clair que notre problème est résolu puisqu’il suffit de réitérer ce processus jusqu’à ce que q + 1 = n. Pour résoudre le problème posé, nous introduisons la fonction Φ de Rq × Ω dans Rp définie par

\[\begin{equation} \Phi:\left(t_1, t_2, \ldots, t_q, x\right) \mapsto \sum_{i=1}^q t_i \frac{\partial f}{\partial x_i}(x)-\frac{\partial f}{\partial x_{q+1}}(x) \end{equation} \quad(3.9.120)\]

484 Comme est de classe au moins C2, Φ est de classe C1. Comme d’autre la dimension de Rq × Ω est q + n < 2np, tous les points de Rq × Ω sont des points critiques, donc le complémentaire de Φ(Rq × Ω) est partout dense dans Rp. En particulier, pour δ arbitraire et strictement positif, la boule de centre 0 et de rayon δ rencontre ce complémtaire. Autrement dit, il existe aRp, ||a|| < δ, a ∉ Φ(Rq × Ω). Cela signifie que :

\[\begin{equation} \forall\left(t_1, t_2, \ldots, t_q, x\right) \in \mathbf{R}^q \times \Omega \quad \sum_{i=1}^q t_i \frac{\partial f}{\partial x_i}(x)-\frac{\partial f}{\partial x_{q+1}}(x)-a \neq 0 . \end{equation} \quad(3.9.121)\]

485 Définissons alors la fonction g dans Ω par :

\[\begin{equation} g(x)=f(x)-x_{q+1} a \end{equation} \quad(3.9.122)\]

486 Alors g est de classe Ck, et les dérivées partielles de g sont :

\[\begin{equation} \begin{array}{ll} \frac{\partial g}{\partial x_1}(x)=\frac{\partial f}{\partial x_1}(x) &, \quad \frac{\partial g}{\partial x_2}(x)=\frac{\partial f}{\partial x_2}(x) \\ \frac{\partial g}{\partial x_q}(x)=\frac{\partial f}{\partial x_q}(x) &, \quad \frac{\partial g}{\partial x_{q+1}}(x)=\frac{\partial f}{\partial x_{q+1}}(x)-a \end{array} \end{equation}\]

487 Si le système formé par les q + 1 dérivées partielles n’était pas libre pour tout x dans Ω, cela signifierait qu’il existe (t1, t2, . . . , tq, tq+1, x) ∈ Rq × Ω tel que

\[\begin{equation} \sum_{i=1}^q t_i \frac{\partial f}{\partial x_i}(x)+t_{q+1}\left(\frac{\partial f}{\partial x_{q+1}}(x)-a\right)=0 \end{equation}\]

488 Or dans cette relation tq+1 est certainement non nul sinon l’hypothèse que les q vecteurs forment un système libre pour tout x ∈ Ω serait contredite. Alors en divisant par tq+1 on se trouverait en contradiction avec la relation (3.9.121). Donc notre système est bien libre. Comme Ω est borné, son diamètre δ(Ω) est fini. Il il suffit de choisir δ de telle sorte que δδ(Ω) < ϵ pour achever la démonstration du lemme.

489 Théorème 3.9.87. - Soft V une variété de classe Cm de dimension n. Alors pour tout N ≥ 2n, l’ensemble des immersions de classe Cm de V dans RN) est un ouvert dense dans Cm(V, RN)

490 Démonstration: . Soit \(\left(U_k, \varphi_k\right)_{k=0}^{\infty}\) un atlas de V possédant les propriétés suivantes : le recouvrement (Uk) est localement fini, pour tout k, Uk est relativement compact et φk(Uk) = Ωk) est un ouvert borné de Rn.

491 Soit (Hk) une suite de compacts dont la réunion recouvre V et telle que \(H_0=\emptyset\), et pour tout k ≥ 1, HkUk. Donnons-nous une suite (χk) de fonctions de V dans K, de classe Cm, telle que pour tout k, χk prend la valeur 1 dans un voisinage de Hk+1. Nous nous donnons une suite d’entiers positifs m = (mk), tous inférieurs à m, et une suite de nombres réels strictement positifs ϵ = (ϵk). Soit fCm(V, Rp), nous allons obtenir la fonction g comme limite d’une suite (fk) que nous allons construire par récurence avec les propriétés suivantes :

  1. \(\sup _{x \in H_i, \mid \alpha \leq m_i}\left\|D^\alpha f_q(x)-D^\alpha f(x)\right\| \leq \epsilon_i\)
  2. fq est une immersion sur la réunion des Hi pour i = 0, 1, . . . q.
  3. Le support de fl+1fl est contenu dans Ul1+, l = 0, 1, . . . , q – 1.

493 Posons f0 = f et supposons f1, f2, . . . , fq construites avec les propriétés exigées. Alors d’après le théorème 3.9.85, pour tout δ > 0, et km, on peut trouver une application hq : Uq+1Rp qui soit une immersion et telle que

\[\begin{equation} \left\|D^\alpha h_q(x)-D^\alpha f_q(x)\right\| \leq \delta \end{equation}\]

494 Définissons la fonction fq+1 par

\[\begin{equation} f_{q+1}=\left\{\begin{array}{l} f_q+\chi_q\left(h_q-f_q\right) \quad \text { dans } U_{m+1} \\ f_q \quad \text { dans } V \backslash U_{m+1} \end{array}\right. \end{equation} \quad(3.9.123)\]

495 Alors fq+1Cm(V, W), le support de fq+1fq est bien dans Uq+1, et comme fq+1 = hq sur Kq+1, c’est une immersion sur ce compact. Mais

\[\begin{equation} \left\|D^\alpha f_{q+1}(x)-D^\alpha f_q(x)\right\|=\| D^\alpha\left(\chi _ { q } ( x ) \left(h_q(x)-f_q(x) \|\right.\right. \end{equation}\]

496 peut être rendu aussi petit avec un bon choix de δ. Donc puisque hq est une immersion sur sur la réunion des Hi pour i = 0, 1, q, il en sera de même que fq+1 pour δ assez petit. Finalement fq+1 est une immersion sur la réunion des Hi pour i = 0, 1, q, q + 1. On voit ainsi que fq+1 satisfait toutes les conditions exigées, donc le processus peut se poursuivre et on obtient ainsi la suite (fk). Appelons g la limite de la suite (fn). C’est bien un élément de Cm(V, Rp), c’est une immersion et on a la majoration cherchée par passage à la limite.

497 Théorème 3.9.88. - Soit V une variété à base dénombrabJe de ciasse Cm de dimension n. Alors pour tout N ≥ 2n + 1, l’ensemble des immersions injectives de classe Cm de V dans RN) est dense dans Cm(V, RN)

498 Démonstration: . Il s’agit d’approcher une fonction fCm(V, RN) par une immersion injective. D’après le théorème 3.9.87, on peut supposer que f est déjà une immersion. D’autre part d’après le théorème 3.9.76, pour tout aV, il existe un voisinage ouvert U(a) dans V tel que la restriction f à U(a) est une immersion injective. On peut donc supposer qu’il existe un atlas \(\left(U_k, \varphi_k\right)_{k=1}^{\infty}\) tel que la restriction de f à chaque Uk est une immersion injective. Nous exigeons en outre comme dans le théorème 3.9.87 que Le recouvrement (Uk) est localement fini et que pour tout k, Uk est relativement compact. Nous reprenons alors les mêmes notations : \(\left(H_k\right)_{k=0}^{\infty}\) une suite de compacts dont la réunion recouvre V et telle que \(H_0=\emptyset\) et pour tout k ≥ 1, HkUk, (χk) une suite de fonctions de V dans K, de classe Cm, telle que pour tout k, χk prend la valeur 1 dans un voisinage de Hk+1, m = (mk), une suite d’entiers positifs tous inférieurs à m, et enfin ϵ = (ϵk) une suite de nombres réels strictement positifs. Nous allons obtenir la fonction g comme limite d’une suite (fk) que nous allons construire par récurence avecles propriétés suivantes :

  1. ||Dαfk(x) – Dαf(x)|| ≤ ϵk pour tout xHk, |αmk.
  2. La restriction fk à Uv pour tout v = 1, 2, . . . est injective
  3. La restriction de fk à la réunion des Hl pour f = 0, 1, . . . k est injective.
  4. Le support de fk+1fk est contenu dans Uk+1

500 Posons f0 = f, il est clair que les conditions (1) . . . (4) sont satisfaites pour k = 0; supposons f1, f2, . . . , fq vérifiant toutes avec propriétés exigées. Posons

\[\begin{equation} \Omega_k=\left\{(x, y) \in V \times V: \chi(x)-\chi_k(y) \neq 0 \quad\right\} \end{equation}\]

501 C’est un ouvert de la variété produit V × V donc une variété de classe Cm de dimension 2n. Considérons alors la fonction Φ définie dans Ωk, à valeurs dans RN

\[\begin{equation} \Phi(x, y)=\frac{f_k(y)-f_k(x)}{\chi_k(x)-\chi_k(y)} \end{equation} \quad(3.9.124)\]

502 C’est bien une application de classe Cm. Comme N ≥ 2n + 1, le complémentaire de l’image Φ(Ωk) est dense dans RN). Par suite pour tout δ > 0, il existe bRN), ||b|| ≤ δ tel que Φ(x, y) ≠ b pour tout (x, yk Alors nous définissons fq+1 par

\[\begin{equation} f_{q+1}=f_q+b \chi_k \end{equation} \quad(3.9.125)\]

503 On voit tout de suite que les propriétés (1) (dès que δ est assez petit) et (4) sont vérifiées. Voyons l’injectivité dans la réunion des Hl pour l allant de 0 à q + 1. Soit (x, y) tel que fq+1(x) = fq+1(y). Cela donne fq(y) – fq(x) = b(χ(x) – χ(y)). D’après le choix de b, χ(x) – χ(y) est nécessairement nul par suite fq(x) – fq(y) est aussi nul. Nous allons distinguer deux cas, tout d’abord x et y appartiennent tous deux à la réunion des Hl pour l allant de 0 à q, dans ce cas fq étant injective, cela donne x = y; dans l’autre cas xHq+1, y dans la réunion des Hl pour f allant de 0 à q + 1. Alors χq(x) = 1 donc aussi χq(y) = 1 mais cela implique que yUq+1 comme d’ailleurs x, or l’hypothèse de récurence dit que la restriction de fq à Uv est injective pour tout u, donc x = y et fq+1 est bien injective dans la réunion des Hl pour f allant de 0 à q + 1. De la même façon, on voit aussi que fq+1 est injective sur tout Uv pour tout v. Donc la suite (fk) peut être construite. Il est facile de voir que la limite g de cette suite est une fonction injective de classe Cm vérifiant l’inégalité

\[\begin{equation} \left\|D^\alpha g(x)-D^\alpha f(x)\right\| \leq \epsilon_k \quad \text { pour tout } x \in H_k, \mid \alpha \leq m_k \end{equation}\]

504 donc dans un voisinage de f. Or f est une immersion, donc d’après 1’théorème 3.9.87, ce voisinage peut être choisi de sorte que tous ses éléments soient des immersions, donc g est une immersion injective et le théorème est démontré.

505 Théorème 3.9.89. (de plongement de Whitney) V une variété de classe Cm de dimension n. Alors il existe un plongement propre de classe Cm de V dans R2n+1.

506 Démonstration : - Soit fCm(V, R2n+1) (par exemple un fonction constante). D’après le théorème 3.9.88, on peut l’approcher dans Cm(V, R2n+1) par une immersion injective g. Cette immersion g est un plongement si c’est une application propre d’aprèsla proposition 3.9.58. Or si f est elle-même une application propre, son approximation l’est aussi. En effet, si ||f(x) – g(x)|| ≤ 1 pour tout xV, par exemple, alors

\[\begin{equation} \{x \in V:\|g(x)\| \leq M\} \subset\{x \in V:\|f(x)\| \leq M+1\} \end{equation}\]

507 Il faut montrer qu’il existe une fonction fCm(V, R2n+1) qui soit une application propre. Comme il existe des fonctions C de R dans R2n+1 à support compact (donc des applications propres), il suffit de montrer l’existence d’une fonction de classe Cm de V dans R qui est propre. Reprenons les notations des théorèmes précédents : On se donne un recouvrement (Uk) localement fini de V tel que pour tout k, Ut est relativement compact; \(\left(H_k\right)_{k=0}^{\infty}\) une suite de compacts dont la réunion recouvre V et telle que \(H_0=\emptyset\) et pour tout k ≥ 1, HkUk, (χk) une suite de fonctions de V dans K, de classe Cm, telle que pour tout k, χk prend la valeur 1 dans un voisinage de Hk+1, 0 ≤ χk(x) ≤ 1 partout dans V. Définissons la fonction f de V dans R par :

\[\begin{equation} f(x)=\sum_{k=1}^{\infty} k \chi_k(x) \end{equation} \quad(3.9.126)\]

508 f est défini car le recouvrement est localement fini et c’est bien une fonction de classe Cm. C’est une fonction propre car si f(x) ≤ q, x appartient à la réunion des Hl pour lq, réunion qui est compacte. Le théorème est bien démontré.

509 Exemple Plongement de la la grassmannienne Gr(E; p) d’un espace vectoriel hermitien E - L’application Gr(E; p) ↦ \(\mathcal{L}\)(E, E), FprF fait de Gr(E; p) une sous-variété C fermée( compacte) de \(\mathcal{L}\)(E, E). En effet l’espace des projecteurs est une sous-variété, parce que défini par p = p* et p2 = p, dont on vérifie sûrement immédiatement qu’il est de rang constant.

Fibré tangent et cotangent - Fibreé tautologique.

510 Définition 3.9.89. - Soient X, Y deux espaces topologiques, p une application de X sur Y, continue. On dit que le triplet ξ = (X, p, Y) est un K-fibré vectoriel de rang r sur Y si les deux conditions suivantes sont satisfaites :

  1. Pour tout yY, p–1(y) = Xy est muni d’une structure d’espace vectoriel sur K de dimension r.
  2. Pour tout yY, il existe un ouvert U de Y contenant y, et un homéomorphisme ΦU de p–1(U) sur U × Kr tel que
    \[\begin{equation} p r_1 \circ \Phi_U=p \operatorname{sur} p^{-1}(U) \end{equation}\]
    où pr1 est la première projection sur U de U × Kr et tel que la restriction de Φ à Xa est un isomorphisme de Xa sur {a} × Kr pour tout aU.
    Xa = p–1(a) est appelée la fibré de ξ au dessus du point a.
    On dit que le fìbré vectoriel ξ est de un fibré vectoriel de classe Cm (m ≥ 1) si en outre
  3. X et Y sont des variétés de classe Cm, p est une application de classe Cm.
  4. Les applications ΦU sont des difféomorphismes de classe Cm.

512 Exemple 14: Le fibré trivial - On se donne un espace topologique Y, un entier r. Alors on prend Y = X × × Kr et on prend pour p la projection sur Y. On dit que le fibré (X, p, Y) est un fibré trivial.

513 Exemple 15: Le fibré iautologique Taut Gr(E; p) - Taut GrG(E; p) est l’ensemble des couples (F, f) d’un point FGr(E; p) et d’un point fF (F sous-espace de E). Il a une projection P sur Gr(F; p) : (F, f) ↦ F; l’image réciproque de {F} est l’ensemble des couples (F, f), fF, c’est donc le sous-espace vectoriel de dimension p, F. Donc le fibré tautologique Taut Gr(F; p) est un fibré de base Gr(F; p), dont les fibrés sont des espaces vectoriels de dimension p.

514 Les cartes canoniques de Gr(F; p) trivialisent le fibré, c’est-à-dire le représentent par un produit de la base par un espace vectoriel fixe de dimension p. En effet, pour G choisi, p est une bijection linéaire de E/G sur F = p(E/G); alors on a une bijection de \(\operatorname{Rel}(E / G ; E)\) × E/G (produit, donc fibré trivial au dessus de \(\operatorname{Rel}(E / G ; E)\) de fibré fixe E/G) sur \(\text { Taut }_{\mathbf{G r}_G(E ; p)} \mathbf{G r}(E ; p)\) par

\[\begin{equation} \begin{aligned} & (\rho, \eta) \mapsto(\operatorname{Im} \rho, \rho(\eta)) \rho \in \operatorname{Rel}(E / G ; E), \eta \in E / G \\ & \operatorname{Im} \rho=F \in \mathbf{G r}(E ; p), \rho(\eta) \in F=\operatorname{Im} \rho \end{aligned} \end{equation}\]

515 pour tout p\(\rho \in \operatorname{Rel}(E / G ; E), \eta \mapsto \rho(\eta)\) est une bijection linéaire de la fibré fixe E/G dans la fibré F au dessus de Im ρGr(E; p).

516 Pour montrer que c’est un fibré C, il faut encore faire les changements de cartes avec G1 et G2.

517 L’exemple le plus important est celui du fibré tangent et du fibré cotangent que nous allons introduire en mettant une structure de variété sur T(V) et T*(V).

518 Soit V une variété de dimension n et de classe Cm. Nous avons l’ensemble T(V) des vecteurs tangents à V et nous disposons en outre d’une application p de T(V) sur V. Nous ne pouvons évidemment pas dire que p est continue ou encore de classe Ck puisque T(V) n’est ni un espace topologique ni une variété de classe Ck. Or nous allons bientôt rencontrer d’autres applications de V dans T(V) (en l’occurence les champs de vecteurs) et il nous sera utile de parler de propriétés comme celle d’être continue ou de classe Ck. En fait nous allons montrer que T(V) (resp. T*(V)) peut être muni d’une structure de variété de dimension 2n et de classe Cm–1.

519 Théorème 3.9.74. - Soit V une variété de ciasse Cm et de dimension n. Alors l’espace des vecteurs tangents T(V) peut être muni canoniquement d’une structure de variété de classe Cm–1 et de dimension 2n. Cette structure est uniquement déterminée par la propriété suivante :

520 - Pour tout aV, il existe un voisinage U dea dans V et un difféomorphisme Ψ de p–1(U) sur U × Kn tel que \(p r_1 o \Psi=p \text { et } p r_2 o \Psi_{\left.\right|_{T(\mathrm{a} ; V)}}\) est un isomorphisme d’espace vectoriel sur Kn.

521 Pour cette structure, la projection p est une application de classe Cm–1 de T(V) sur V.

522 De la même façon l’espace des vecteurs cotangents T*(V) peut être muni canoniquement d’une structure de variété de classe Cm–1 et de dimension 2n. Cette structure est uniquement déterminée par la propriété suivante :

523 - Pour tout aV, il existe un voisinage U de a dans V et un difféomorphisme Ψ* de p*–1(U) sur U × Kn tel que \(p r_1 o \Psi^*=p^*\) et \(p{r_2}\,o\,\psi _{|T\left( {a;\,V} \right)}^*\) est un isomorphisme d’espace vectoriel sur Kn.

524 Démonstration : - Soit (Ui, φi)iI un atlas de V. Nous allons lui associer un atlas de T(V) pour une structure de variété de classe Cm–1 et de dimension 2n de la façon suivante. Pour tout iI, il existe une application ψi qui est une bijection de p–1(Ui) sur Ui × Kn. En effet, soit X un vecteur tangent et p(X) = aUi. Il s’écrit donc si \(\left(p_k \circ \varphi_i=x_k\right)_{k=1}^n\) est le système de coordonnées locales associé à la carte (Ui, φi) :

\[\begin{equation} X=\sum_{k=1}^n \xi_k\left(\frac{\partial}{\partial x_k}\right)_a \end{equation} \quad(3.9.127)\]

525 et comme T(a; V) est de dimension n avec la base formée par les \(\left(\frac{\partial}{\partial x_k}\right)_a\), on voit que l’application

\[\begin{equation} X \mapsto \xi=\left(\xi_1, \xi_2, \ldots, \xi_n\right) \end{equation} \quad(3.9.128)\]

526 est une bijection de T(a; V) sur Kn. Alors ψi est l’application

\[\begin{equation} \psi_i: X \mapsto(a, \xi) \end{equation} \quad(3.9.129)\]

527 et il est alors immédiat que ψi est une bijection de p–1(Ui) sur Ui × Kn. On munit alors T(V) de la topologie suivante. Une partie M de T(V) est ouverte si et seulement elle est une réunion d’images réciproques d’ouverts de Ui × Kn par ψi lorsque i parcourt I. Autrement T(V) est muni de la topologie la moins fine qui rend toutes les applications ψi des homéomorphismes. Alors la carte associée à (Ui, φi) est le couple (p–1 (Ui, Ψi) où pour tout vecteur tangent XT(a; V) avec aUi, on pose

\[\begin{equation} \Psi_i(X)=\left(\varphi_i(a), \xi\right) \end{equation} \quad(3.9.130)\]

528 (rappelons que ψi(X) = (a, ξ)). Il est clair que Ψi est un homéomorphisme de l’ouvert p–1(Ui) sur l’ouvert φi(Ui) × Kn de K2n.

529 Supposons que \(p^{-1}\left(U_i\right) \cap p^{-1}\left(U_j\right) \neq \emptyset\), alors cette intersection est égale à \(p^{-1}\left(U_i \cap U_j\right)\) donc \(U_i \cap U_j \neq \emptyset\). Soit a un point de cette intersection. Soit \(\left(p_k o \varphi_j=y_k\right)_{k=1}^n\) le système de coordonnées associé à la carte φj. On a donc :

\[\begin{equation} X=\sum_{k=1}^n \xi_k\left(\frac{\partial}{\partial x_k}\right)_a=\sum_{k=1}^n \eta_k\left(\frac{\partial}{\partial y_k}\right)_a \end{equation} \quad(3.9.131)\]

530 Soit f un germe de fonction de classe Cm en a. Par définition, on a :

\[\begin{equation} \begin{aligned} X(f) & =\sum_{k=1}^n \xi_k \frac{\partial\left(f o \varphi_i^{-1}\right)}{\partial x_k}\left(\varphi_i(a)\right) \\ & =\sum_{k=1}^n \eta_k \frac{\partial\left(f o \varphi_j^{-1}\right)}{\partial y_k}\left(\varphi_j(a)\right) \end{aligned} \end{equation} \quad(3.9.131)\]

531 Ecrivons :

\[\begin{equation} f o \varphi_i^{-1}=f o \varphi_j^{-1} o \varphi_j o \varphi_i^{-1} \end{equation} \quad(3.9.133)\]

532 Comme i et j sont fixés ici, introduisons les notations suivantes :

\[\begin{equation} f o \varphi_i^{-1}=g \quad, \quad f o \varphi_j^{-1}=h \quad \varphi_j o \varphi_i^{-1}=\chi \end{equation} \quad(3.9.134)\]

533 Alors on a la relation :

\[\begin{equation} g^{\prime}\left(\varphi_i(a)\right)=h^{\prime}\left(\varphi_j(a)\right) \circ \chi^{\prime}\left(\varphi_i(a)\right) \end{equation} \quad(3.9.135)\]

534 les matrices jacobiennes de ces applications sont des matrices à n colonnes et une ligne pour g et h et une matrice carrée à n et n colonnes pour χ. La relation (3.9.133) donne les relations suivantes pour les coefficients de ces matrices jacobiennes :

\[\begin{equation} \frac{\partial g}{\partial x_k}\left(\varphi_i(a)\right)=\sum_{l=1}^n \frac{\partial h}{\partial y_l}\left(\varphi_j(a)\right) \frac{\partial \chi_l}{\partial x_k}\left(\varphi_i(a)\right) \end{equation} \quad(3.9.136)\]

535 La relation (3.9.131) devient

\[\begin{equation} \begin{aligned} & \sum_{k=1}^n \eta_k \frac{\partial\left(f o \varphi_j^{-1}\right)}{\partial y_k}\left(\varphi_j(a)\right) \\ & =\sum_{k=1}^n \xi_k\left(\sum_{l=1}^n \frac{\partial h}{\partial y_l}\left(\varphi_j(a)\right) \frac{\partial \chi_l}{\partial x_k}\left(\varphi_i(a)\right)\right) \end{aligned} \end{equation} \quad(3.9.137)\]

536 d’où :

\[\begin{equation} \eta_l=\sum_{k=1}^n \xi_k \frac{\partial \chi_l}{\partial x_k}\left(\varphi_i(a)\right) \end{equation} \quad(3.9.138)\]

537 En notant ξ′ = (b1, b2, . . . , bn), nous venons de montrer que

\[\begin{equation} \xi^{\prime}=\left(\varphi_j \circ \varphi_i^{-1}\right)^{\prime}(\varphi(a))(\xi) \end{equation} \quad(3.9.139)\]

538 Alors, en revenant aux cartes Ψi et Ψj, on a donc si X est dans l’ouvert p-1(Ui) ∩ p–1(Uj) et XT(a; V) avec aUiUj, l’application changement de carte \(\Psi_j \circ \Psi_i^{-1}\) est donnée par (u = φ(a))

\[\begin{equation} (u, \xi) \mapsto\left(\varphi_j \circ \varphi_i^{-1}(u),\left(\varphi_j \circ \varphi_i^{-1}\right)^{\prime}(u)(\xi)\right) \end{equation} \quad(3.9.140)\]

539 C’est manifestement un difféomorphisme de classe Cm–1 puisque \(\varphi_j \circ \varphi_i^{-1}\) est de classe Cm. Nous avons donc bien prouvé que l’atlas \(\left(p^{-1}\left(U_i\right), \Psi_i\right)_{i \in I}\) est bien un atlas de classe Cm–1 sur T(V). Par construction, les homéomorphismes ψi de p–1(Ui) sur Ui × Kn deviennent des difféomorphismes de classe Cm–1 et comme par construction, la projection p vérifie sur p–1(Ui) la relation p = π1 o ψi[19] pour tout i, on voit ainsi que p est de classe Cm–1. Observons que nous avons aussi montré que la composée de π2 et de la restriction de φi à T(a; V) est un isomorphisme d’espace vectoriel de T(a; V) sur Kn. La démonstration du théorème s’achève ainsi.

Champ de vecteurs sur une variété.

540 Définition 3.9.75. - Soient V une variété de classe Cm et de dimension n, p la projection du fibré tangent T(V) sur sa base V. On appelle champ de vecteurs de classe Cm–1 sur V une section du fibré, de classe Cm–1, c’est-à-dire une application A de V dans T(V) de classe Cm–1 telle que p o A = IV.

541 En d’autres termes, un champ de vecteurs de classe Cm–1 sur V associe à tout xV un vecteur tangent à V en x, A(x) ∈ T(x; V), l’application A : xA(x) étant de classe Cm–1.

542 Proposition 3.9.76. - Soient V une variété de classe Cm et de dimension n, A un champ de vecteurs de classe Cm–1 sur V. Soit (U, φ) une carte de V. Alors on a pour tout xU :

\[\begin{equation} A(x)=\sum_{i=1}^n a_i(x)\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_x \end{equation} \quad(3.9.141)\]

543 où les fonctions xai(x) sont des fonctions de classe Cm–1 sur U.

544 Les champs de vecteurs de classe Cm–1 sur V forment un espace vectoriel et pour tout f de classe Cm sur V et tout champ de vecteurs A de classe Cm–1, on définit le champ de vecteurs fA, qui au point x vaut f(x)A(x).

545 Démonstration : - La formule (3.9.141) découle de ce qui a été dit au corollaire 3.9.47 et le reste est facile à vérifier.

546 Définition 3.9.77. - Soient V, W deux variétés de classe Cm, A un champ de vecteurs de classe Cm–1 sur V. Soit φ un diïïéomorphisme[20] de V sur W. On appelle image du champ de vecteurs A par φ le champ de vecteur sur W, noté φ*(A), défini, grâce à l’application linéaire tangente de ip, par

\[\begin{equation} \varphi_*(A)(b)=\varphi^{\prime}(a)(A(a)) \quad, \quad \varphi(a)=b \end{equation} \quad(3.9.142)\]

547 Remarque 25 - Soient A un champ de vecteurs sur une variété V de classe Cm et (U, φ) une carte de V. On peut donc transporter le champ A sur l’ouvert φ(U) de Kn puisque φ est un difféomorphisme de U sur φ(U). D’après le corollaire 3.9.76, on peut écrire

\[\begin{equation} A(x)=\sum_{i=1}^n \xi_i(x)\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_x \end{equation}\]

548 si (x1, x2, . . . , xn) est le système de coordonnées locales associé à cette carte. Montrons que l’image de A est le champ de vecteurs \(\left(a_i\right)_{i=1}^n \operatorname{sur} \varphi(U)\). Soit g un germe de fonctions stationnaires en b = φ(a). Alors si Y(b) est l’image de A(a) par φ, on doit avoir :

\[\begin{equation} Y(b)(g)=A(a)(g \circ \varphi)=\sum_{i=1}^n \xi_i \frac{\partial g \circ \varphi^{-1} o \varphi}{\partial x_i}(b)=\sum_{i=1}^n \xi_i \frac{\partial g}{\partial x_i}(b) \end{equation}\]

549 et cela prouve bien ce que nous affirmions.

550 Proposition 3.9.78. - Soient V, W et Z trois variétés de classe Cm, A un champ de vecteurs de classe Cm–1 sur V. Soit φ et ψ des difféomorphismes de V sur W et de W sur Z respectivement. Alors, on a :

\[\begin{equation} (\psi \circ \varphi)_*(A)=\psi_*\left(\varphi_*(A)\right) \end{equation} \quad(3.9.143)\]

551 Démonstration : - Elle est identique à celle de la proposition 3.8.28.

552 Définition 3.9.79. - Soit V une variété de classe C et de dimension n. On appelle dérivation sur V une application linéaire L de C(V) dans lui-même qui vérifie en outre la relation :

\[\begin{equation} \forall f, g \in C^{\infty}(V) \quad, \quad L(f g)=L(f) g+f L(g) \end{equation} \quad(3.9.144)\]

553 Théorème 3.9.80. - Soient V une variété de classe C et de dimension n. Soit A un champ de vecteurs sur V, notons par Ax le vacteur tangent s’il définit en x. Alors la formule

\[\begin{equation} L(f)(x)=A_x(f) \end{equation} \quad(3.9.145)\]

554 définit une dérivation sur C(V) et réciproquement toute dérivation sur C(V) est engendrée de cette façon par un champ de vecteur unique.

555 Démonstration : - Pour toute fonction fC(V) exprimons, à l’aide de la formule (3.9.70) par exemple, Xx(f) par

\[\begin{equation} A_x(f)=\left(f \circ \gamma_x\right)^{\prime}(0) \end{equation} \quad(3.9.146)\]

556γr est un chemin de classe C1 vérifiant γx(0) = x. Soit g une autre fonction scalaire, on a :

\[\begin{equation} A(f g)=A(f) g(a)+f(a) A(g) \end{equation} \quad(3.9.147)\]

557 puisque :

\[\begin{equation} \begin{aligned} & \frac{d}{d t}\left(f g \circ \gamma_x\right)_{\left.\right|_{t=0}}=\frac{d}{d t}\left(f \circ \gamma_x \cdot g \circ \gamma_x\right)_{\left.\right|_{t=0}} \\ = & \left(f \circ \gamma_x\right)(0) \frac{d}{d t}\left(g \circ \gamma_x\right)_{\left.\right|_{t=0}}+\frac{d}{d t}\left(f \circ \gamma_x\right)_{\left.\right|_{t=0}}\left(g \circ \gamma_x\right)(0) \end{aligned} \end{equation}\]

558 Donc A engendre bien une dérivation sur C par l’intermédiaire de la formule (3.9.145).

559 Réciproquement soit L une dérivation sur C(V). Montrons que la valeur L(f)(a) ne dépend que du germe de fonction de classe C en a. Pour cela considérons deux fonctions f et g égales dans un voisinage ouvert U de a. Par le théorème 3.9.31, nous pouvons trouver une fonction φ de classe C égale àl en a, à support compact contenu dans U. Alors = dans V. On a

\[\begin{equation} L(f \varphi)(a)=L(\varphi)(a) f(a)+L(f)=L(g \varphi)(a)=L(\varphi)(a) g(a)+L(g) \end{equation}\]

560 puisque φ(a) = 1. Comme f(a) = g(a), on déduit de l’égalité qui précède qu’on a bien L(f)(a) = L(g)(a). Soient aV et (U, φ) une carte autour de a, (xi = \(\left.\varphi_i(x)\right)_{i=1}^n\) les coordonnées locales liées à cette carte. On peut alors en utilisant la formule (3.6.42) écrire, pour tout xU :

\[\begin{equation} f(x)=f(a)+\sum_{i=1}^n\left(x_i-a_i\right) f_i(x) \end{equation} \quad(3.9.148)\]

561 où les fonction fi sont des fonctions C. Alors, comme L(f)(a) ne dépend que du germe de fonctions en a, on en déduit :

\[\begin{equation} L(f)(a)=\sum_{i=1}^n L\left(x_i\right) f_i(a) \end{equation} \quad(3.9.149)\]

562 D’après la première partie, pour tout k = 1, 2, . . . , n, \(\left(\frac{\partial}{\partial x_k}\right)_x\) est aussi une derivation, donc on a aussi :

\[\begin{equation} \left(\frac{\partial}{\partial x_k}\right)_a f=f_k(a) \end{equation}\]

563 ce qui permet d’écrire finalement :

\[\begin{equation} L(f)(a)=\sum_{i=1}^n \alpha_i(a)\left(\frac{\partial}{\partial x_k}\right)_a f \end{equation} \quad(3.9.150)\]

564 donc

\[\begin{equation} L(f)=X_x(f) \quad X_x=\sum_{i=1}^n \alpha_i(x)\left(\frac{\partial}{\partial x_k}\right)_x \end{equation}\]

565αi(a) désigne la valeur de L en a sur la i-ème fonction coordonnée locale en a. La démonstration est ainsi achevée.

566 Proposition 3.9.81. - Soient V une variété de classe C et de dimension n, A et B deux champs de vecteurs sur V de classe C. L’application

\[\begin{equation} f \mapsto A(B(f))-B(A(f)) \end{equation} \quad(3.9.151)\]

567 est une dérivation sur C(V)

568 Il existe donc un champ de vecteurs unique sur V, noté [A, B], tel que

\[\begin{equation} [A, B](f)=A(B(f))-B(A(f)) \end{equation} \quad(3.9.152)\]

569 pour tout fC(V).

570 Démonstration : - On peut vérifier très facilement que la formule (3.9.151) définit une dérivation. Il suffit alors d’appliquer le théorème 3.9.80 pour trouver le champ de vecteur [A, B] qui engendre cette dérivation et la proposition est prouvée.

571 Définition 3.9.82. - Soient V une variété de classe C et de dimension n, A et B deux champs de vecteurs sur V de classe C. On appelle crochet de Lie de A et B le champ de vecteurs défini sur C(V) par (3.9.152).

572 Proposition 3.9.83. - Soient V une variété de classe C et de dimension n, A, B, C des champs de vecteurs sur V de classe C. On a les propriétés suivantes :

  1. L’application (A, B) ↦; [A, B] est bilinéaire et
    \[\begin{equation} [A, B]=-[B, A] \end{equation} \quad(3.9.153)\]
  2. On a l’identité de Jacobi :
    \[\begin{equation} [A,[B, C]]+[B,[C, A]]+[C,[A, B]]=0 \end{equation} \quad(3.9.154)\]
  3. Soit (U, φ) une carte de V et
\[\begin{equation} A(x)=\sum_{i=1}^n a_i(x)\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_x \quad, \quad B(x)=\sum_{i=1}^n b_i(x)\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_x \end{equation}\]

574 l’expression des deux champs de vecteurs en coordonnées locales, alors

\[\begin{equation} [A, B](x)=\sum_{i=1}^n c_i(x)\left(\frac{\partial}{\partial x_i}\right)_x \quad, \quad c_i(x)=\sum_{j=1}^n a_j(x) \frac{\partial b_i}{\partial x_j}-b_j(x) \frac{\partial a_i}{\partial x_j} \end{equation} \quad(3.9.155)\]

575 Démonstration : - La bilinéarité découle immédiatement de la formule (3.9.152) ainsi que l’identité de Jacobi. Pour cette dernière, il n’y a rien à changer à la démonstration de la proposition 3.6.13. Par carte locale, on se ramène à un ouvert de Kn et on démontre alors (3.9.155) comme dans la proposition 3.6.13.

576 Définition 3.9.84. - Soient V une variété de classe C et de dimension n. On appelle algèbre de Lie des champs de vecteurs C sur une variété V de classe C∞, l’espace vectoriel formé par ces champs de vecteurs, muni de l’application bilinéaire qui associe au couple (A, B) leur crochet de Lie [A, B].


Date de mise en ligne : 31/10/2024