Chapitre 7. La mathématisation des sciences du vivant
- Par Vincent Jullien
Pages 167 à 181
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Notes
- [1]Cité par Foucault, Les mots et les choses, op. cit., p. 149. Il donne comme exemple de problème biologique mathématisé à venir : trouver le point le plus sensible qui établit la ligne de séparation entre la famille des scabieuses et celle des chèvrefeuilles.
- [2]Jean Dhombres, « Quelques rencontres de Diderot avec les mathématiques », in A.-M. Chouillet (dir.), Denis Diderot, 1713-1784, Actes du colloque international Diderot, 4-11 juillet 1984, aux Amateurs de Livres, 1985, p. 272.
- [3]Jacques-André Naingeon, Mémoires historiques et philosophiques sur la vie et les ouvrages de Denis Diderot, Paris, 1821, Slatkine, 1970, p. 5.
- [4]Diderot, A Voltaire, le 19 février 1758, Œuvres complètes, vol. 10, p. 452.
- [5]Diderot, Pensées sur l’interprétation de la nature [1754], in Œuvres philosophiques, par Paul Vernière, Garnier, 1964, § IV, p. 180.
- [6]Voir sur les thèses de Diderot évoquées ici, Pépin, La philosophie expérimentale de Diderot et la chimie, op. cit.
- [7]Voir Michel Morange, « Mathématiques et biologie, les raisons d’une histoire tumultueuse », in Hugues Chabot & Sophie Roux (dir.), La mathématisation comme problème, Édition des Archives contemporaines, 2011 p. 147-158.
- [8]Philippe Huneman & Sébastien Dutreuil, « Considérations épistémologiques sur la modélisation mathématique en biologie », in Thierry Hoquet & Francesca Merlin (dir.), Précis de philosophie de la biologie, Vuibert, 2014.
- [9]Voir Jean Chaline, Quoi de neuf depuis Darwin, Ellipses, 2010.
- [10]René Thom, Paraboles et catastrophes, entretien sur les mathématiques, la science et la philosophie, Flammarion, 1983 ; Esquisse d’une sémiophysique, InterEditions, 1988.
- [11]Huneman & Dutreuil, op. cit., p.16.
- [12]Voir Chaline, Quoi de neuf depuis Darwin, op. cit., chap. 29, où il mentionne leur ouvrage commun (à lui et à Nottale), « L’arbre de la vie a-t-il une structure fractale ? », C.R. Ac. Sc. 328 (Iia), p. 717-726.
- [13]Chaline, Quoi de neuf depuis Darwin, op. cit., p. 379 et Stephen Jay Gould, La vie est belle, cité p. 399. Le recrutement de Gould dans cette entreprise est très discutable. Chaline pense avoir trouvé la clé de tout ceci (pourquoi y a-t-il des structures fractales là ?) dans la théorie de la relativité d’échelle de Laurent Nottale. C’est à moitié convaincant dans la mesure où cette théorie est elle-même très contestable et son application à la biologie encore plus délicate (entre autre en raison des étonnantes conséquences qu’on peut en tirer sur une sorte de finalisme de l’évolution).
- [14]Stephen Jay Gould, La vie est belle [1989], Seuil, 1998, p. 398.
- [15]On prêtera attention au sous-titre qui annonce clairement la théorie de l’évolution comme cadre général des sciences du vivant.
- [16]Champs, 2011, p. 29.
- [17]Ibid., p. 33.
- [18]Ibid., p. 32.
- [19]Marie-Neige Cordonnier, « Le prix Nobel de chimie met à l’honneur l’évolution dirigée », Pour la science, 3 octobre 2018.
- [20]Luciano Andreozzi, “The history of theoretical population ecology : which role for mathematical modeling ?, in Claudio Pellegrini, Paola Cerrai & Paolo Freguglia (eds.), The Application of Mathematics to the Sciences of Nature, Kluwer Academic, 1999, p. 191-205. Tout l’article et en général l’ouvrage d’où sont tirées ces citations est d’un grand intérêt.
- [21]Leland O. Howard, “A study of insect parasitism”, US department of Agriculture, Division of Entomology, Technical series n° 5, 1897, p. 5-55. D’autres références sont données dans l’article de Luciano Andreozzi qui vont dans le même sens.
- [22]Ernst Mayr, The Growth of Biological Thouth, Harvard Univertsity Press, 1982, p. 41-42.
- [23]Chaline Quoi de neuf depuis Darwin, op. cit., p. 347.
- [24]Ibid., p. 349.
- [25]Dawkins, Le gène égoïste, op. cit., p. 250-253.
- [26]L’auteur du Gène égoïste se montre plutôt satisfait de montrer que les stratégies les plus performantes sont plutôt des « gentilles ou assez altruistes », au détriment des « agressives et strictement égoïstes » (voir tout le début du chapitre XII).
- [27]David & Samadi, op.cit., p. 35.
- [28]Voir la section 5 du chapitre cité.
Sujet incontournable à plusieurs titres. D’abord parce que de fortes critiques contre le modèle épistémologique de la physique mathématique ont été élaborées précisément au XVIIIe siècle dans les temps où les sciences du vivant connaissaient un essor puissant et qui ne s’est depuis jamais affaibli. Les arguments de Diderot ou ceux de Buffon méritent d’être entendus. On y rencontre à la fois une contestation de la suprématie du modèle de la physique mathématisée et aussi une défense de la possibilité d’une science rationnelle faiblement mathématisée. Une autre raison d’examiner ce sujet est que cette faible mathématisation n’a pas vraiment perduré au-delà de la fin du XIXe siècle puisque les mathématiques, contrairement aux prophéties diderotiennes, ont conquis depuis, une place considérable dans les sciences du vivant. Une troisième raison apparaît dès lors que les immenses succès des sciences biologiques sont obtenus dans le cadre d’une association moins contraignante – ou moins intime – avec les mathématiques. Voici qui contribue à amoindrir la frontière épistémologique dressée au cours des XVIII et XIXe siècles entre les sciences physiques et les sciences biologiques. Nous pourrons nous convaincre de ceci : oui, il est exact que les mathématiques jouent un rôle différent dans les unes et dans les autres mais non, il n’est pas vrai que cette distinction soit un handicap pour les secondes. On peut même être plus précis : les grands concepts qui peuvent nous aider à comprendre « ce qui se passe quand l’activité scientifique est en cours » sont communs à ces deux familles de théories scientifiques et ce, bien que la présence des mathématiques n’y soit pas semblable…
Date de mise en ligne : 01/06/2022
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