Chapitre 2. Que peut-on entendre par théorie scientifique ?
- Par Vincent Jullien
Pages 43 à 54
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- JULLIEN, Vincent,
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- Jullien, V.
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Notes
- [1]Robert Nadeau, « La nature des théories scientifiques », dans Encyclopédie philosophique universelle, t. I, PUF 1989, p. 557-566.
- [2]On relira avec profit les thèses d’Aristote concernant les principes et la nature de la démonstration dans les sciences, mathématiques ou logiques d’une part, naturelles de l’autre. Seconds analytiques, mais aussi Physique III.
- [3]Émile Meyerson, De l’explication dans les sciences [1921], Fayard, 1995, p. 144.
- [4]Lakatos doit bien l’admettre : « La révolution copernicienne n’est pleinement devenue une révolution scientifique qu’en 1616… » (Histoire et méthodologie des sciences, PUF, 1994, p. 171).
- [5]Voici, chez Lakatos, la définition d’un programme de recherche : « Il consiste en une série de théories qui se développent et présentent en outre une structure. Il y a un noyau dur résistant… ; il y a aussi une heuristique qui comprend un ensemble de résolution des problèmes (ex. les mathématiques de Newton). Enfin un programme de recherche contient une large couche d’hypothèses auxiliaires à partir desquelles on établit les conditions initiales. Le glacis protecteur… » (Histoire et méthodologie des sciences, op. cit. p. 164). Quel méli-mélo ! Cette définition pourrait convenir à celle d’une escadre autour d’un porte-avions. Au moins, pourra-t-on dire, Lakatos essaie de définir la chose, comme il le fait pour une théorie scientifique (p. 51), définition qui ressemble assez à celle du programme de recherche.
- [6]Rudolph Carnap, « La tâche de la logique de la science » [1re éd. all. 1934], in S. Laugier & P. Wagner (dir.), Philosophie des sciences, t. 1, Vrin, 2004, p. 194-225. Les citations du présent paragraphe en sont tirées.
- [7]Anouk Barberousse, Max Kistler, Pascal Ludwig, La philosophie des sciences au XXe siècle, Flammarion, 2000, p. 7
- [8]Ibid.
- [9]Voir Vincent Jullien, « Feyerabend, l’anarchisme épistémologique à relire », Journées Méthode de l’Observatoire de Paris, 31/10/2013, en ligne sur le site du Centre atlantique de philosophie (CAPHI).
- [10]Lakatos, Histoire et méthodologie des sciences, op. cit., p. 2.
- [11]Ibid.
- [12]Un sondage montre ceci : Carnap, dans le texte important « La tâche de la logique scientifique » : 0 théorie présentée, 1 théorie juste nommée (la théorie de la relativité) et 2 allusions à la gravitation et à l’électromagnétisme. Reichenbach, dans « Les trois tâches de l’épistémologie » : 0 théorie présentée, deux allusions à la définition de la simultanéité et de la congruence de l’espace. Lakatos, dans Histoire et méthodologie des sciences : 6 théories largement exposées et discutées (théorie copernicienne, théorie quantique de Bohr, Kramers & Slaters, théorie chimique de Prout, théorie newtonienne de l’action à distance, théorie de Bohr, théorie optique de Huygens). Popper dans La connaissance objective : 16 théories exposées, discutées ou parfois évoquées (Galilée, Newton, évolution, sélection naturelle, Einstein, Lavoisier, les marées, Bohr, Heisenberg, Dirac, immunologie, Lesage, Lamarck, Planck). Kuhn, dans La structure des révolutions : plus de 30 théories présentées et discutées (Copernic, Newton, Lavoisier, Einstein, la physique d’Aristote, l’Almageste de Ptolémée, l’optique corpusculaire, ondulatoire, théorie de Franklin, de l’électricité, de la matière cartésienne, du calorique, de l’électromagnétisme, du phlogistique, des affinités, de l’éther de Fresnel, de Stokes, Aristarque, de la combustion par absorption atmosphérique, des quanta de Heisenberg, des radiations de Kelvin, Crookes, Roentgen, conservation de l’énergie, de Broglie, de la sélection naturelle). Duhem (je ne parle pas évidemment de son Système du monde) dans La théorie physique : environ 35 théories, presque toutes physiques (théories acoustiques, de la lumière, magnétiques, Newton, Arago, Descartes, Fresnel, théorie des planètes de la Grèce ancienne, Archimède, Fourier, Rankine, Thomson, de l’élasticité, Navier, Poisson, électrodynamique, Maxwell, Helmholtz, dispersion de la lumière, magnétisme, les marées, aberration des étoiles, émission lumineuse, attraction de Roberval). Bachelard, dans Le nouvel esprit scientifique : des dizaines de théories sont évoquées, utilisées, voire détaillées, surtout de physique et aussi de chimie, ancienne et contemporaines. Je ne présente pas les cas de Meyerson tant les théories examinées y sont nombreuses.
- [13]Concept poppérien qui désigne la différence entre le contenu de vérité d’une théorie et son contenu de fausseté (Lakatos, Histoire et méthodologie des sciences, op. cit., p. 35, n. 1). Longue explication du terme dans ibid., p. 145, n. 1.
- [14]Voir à la fin du chapitre 1 de cette étude.
- [15]Car telle est bien l’exigence qu’ils se sont donnée à eux-mêmes.
- [16]Je dis pour l’essentiel, en songeant à Tycho qu’on ne peut sans difficulté ranger parmi les néocoperniciens.
- [17]D’importants arguments sont difficiles à qualifier de discursifs et même de rationnels : on songera à Kepler et son analogie (Père, Fils, Saint-Esprit) et (Cosmos, Cieux, Soleil), à l’insistance galiléenne en faveur des trajectoires circulaires, à la dérivation cartésienne du principe d’inertie, à partir de l’immutabilité divine.
Dans ces conflits, quels sont les protagonistes ? Des théories scientifiques, répondent en chœur les historiens et philosophes des sciences, dont je suis. Mais que doit-on entendre par là ? Il me semble inévitable de faire retour sur cette notion essentielle, la théorie scientifique, en essayant, sinon de la définir, d’en repérer des caractéristiques incontournables. Robert Nadeau, dans un intéressant article écrit en 1989, en propose une définition, ce qui est plutôt rare. Enregistrant les résultats des discussions menées par les épistémologues depuis mettons cent ans, il écrit qu’il s’agit d’un « ensemble systématiquement organisé d’énoncés concernant certaines entités qui en constituent le domaine ou concernant certains phénomènes récurrents qui en constituent la portée. Plus précisément, on dit qu’une théorie est un ensemble d’énoncés fermé sous l’opération de déduction ». Il ajoute que « plusieurs pensent maintenant qu’il est préférable d’adopter le langage de la théorie des ensembles pour procéder à des reconstructions (des théories passées) ». Enfin il insiste sur l’idée que la théorie scientifique « supposerait une structure logico-mathématique ».
Voici qui a le mérite d’être clair, sinon convaincant. Des systèmes rigoureusement organisés par des relations, des opérations, des éléments et des sous-ensembles, nous en connaissons, dans les sciences mathématiques : l’ensemble Z ou celui des fonctions de E dans F par exemple. Un problème très sérieux vient de ce que la théorie des ensembles me semble n’être d’aucun secours pour comprendre la nature et les possibilités des théories scientifiques qui n’ont pas grand-chose à voir ave…
Date de mise en ligne : 01/06/2022
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