E
- Par Richard Taillet,
- Loïc Villain
- et Pascal Febvre
Pages 238 à 291
Citer ce chapitre
- TAILLET, Richard,
- VILLAIN, Loïc
- et FEBVRE, Pascal,
- Taillet, Richard.,
- et al.
- Taillet, R.,
- Villain, L.
- et Febvre, P.
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- Taillet, R.,
- Villain, L.
- et Febvre, P.
- Taillet, Richard.,
- et al.
- TAILLET, Richard,
- VILLAIN, Loïc
- et FEBVRE, Pascal,
1 e ▶ 1. Notation usuelle de l’excentricité. ▶ 2. Constante mathématique, parfois nommée constante de Néper ou constante d’Euler, dont le logarithme naturel, ou népérien, est égal à 1. Elle vaut numériquement e ≈ 2,718 281 83 et permet d’exprimer la fonction exponentielle avec un exposant,
- ▷ The Number e, U. G. Mitchell & Mary Strain, Osiris 1 (1936) p. 476
3 E ▶ 1. Symbole de l’eötvös, unité de gradient d’accélération de la pesanteur. ▶ 2. Symbole du préfixe exa- (1018). ▶ 3. Symbole de l’euler, nom proposé pour l’unité de moment cinétique. ▶ 4. Symbole de l’einstein, unité de nombre de photons. ▶ 5. Symbole du nombre d’Eckert.
4 Earnshaw (théorème d’) (angl. Earnshaw theorem) Théorème établi en 1842 par Samuel Earnshaw (1805–1888), selon lequel une charge électrique placée dans un champ purement électrostatique n’a pas de position d’équilibre stable. En effet, si une telle position P existait, le champ électrique entourant P devrait ramener la charge vers l’équilibre si elle s’en déplace et devrait donc pointer vers P ou diverger depuis P. Une telle configuration violerait la loi selon laquelle la divergence du champ électrostatique est nulle dans le vide. Il en existe aussi une version magnétique, selon laquelle on ne peut pas faire léviter un aimant de façon stable en utilisant uniquement une disposition statique d’aimants permanents. Il découle directement du fait que le champ magnétique a une divergence nulle (▷ théorème de Gauss). Le théorème d’Earnshaw ne concerne pas les corps diamagnétiques, ni les situations non statiques, et la lévitation magnétique reste possible en contournant ces limitations (▷ lévitation magnétique).
- ▷ Who Was Earnshaw ?, William T. Scott, American Journal of Physics 27 (1959) p. 418
- ▷ [Notes and Discussions] On a fallacious proof of Earnshaw’s theorem, Robert Weinstock, American Journal of Physics 44 (1976) p. 392
- ▷ Earnshaw’s theorem and the stability of matter, W. Jones, European Journal of Physics 1 (1980) p. 85
- ▷ [Letters to the Editor] Earnshaw’s theorem, H. Aspden, American Journal of Physics 55 (1987) p. 199
6 eau (angl. water) État liquide du corps formé de molécules H2O (deux atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène). L’eau possède plusieurs propriétés physiques exceptionnelles. Sous la pression ordinaire, sa masse volumique est minimale à la température de 4 °C, et l’état liquide est plus dense que l’état solide à 0 °C. Ces propriétés sont liées au fait que la molécule d’eau est polaire et à l’importance des liaisons hydrogène entre ces molécules.
- ▷ [Questions and Answers] #59. The peculiar properties of water, Amelia R. Katy, American Journal of Physics 65 (1997) p. 269
- ▷ Supercooled and Glassy Water, Pablo G. Debenedetti & H. Eugene Stanley, Physics Today 56 (2003) p. 40
- ▷ [Bac to basics] L’eau, Cécile Michaut, La Recherche 372 (2004) p. 81
- ▷ Water in the Solar System, Thérèse Encrenaz, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 46 (2008) p. 57
- ▷ Water in the atmosphere, Bjorn Stevens & Sandrine Bony, Physics Today 66 (2013) p. 29
- ▷ Des océans tombés du ciel, David Jewitt & Edward Young, Pour la Science 454 (2015) p. 26
Quelques propriétés physiques de l’eau.
| caractéristique | valeur |
|---|---|
| masse volumique à 4 °C | 1000 kg · m−3 |
| conductivité thermique | 0,6 W · K−1 · m−1 |
| résistivité électrique | 1,82 × 105 Ω · m |
| viscosité cinématique | 10−6 m2 · s−1 |
| viscosité dynamique | 10−4 kg · s−1 · m−1 |
| chaleur latente de fusion | 337,7 kJ · kg−1 |
| chaleur latente de vaporisation | 2259 kJ · kg−1 |
| capacité calorifique massique | 4,186 kJ · kg−1 |
| indice de réfraction | 1,33 |
Quelques propriétés physiques de l’eau.
8 eau lourde (angl. heavy water) Eau dont une fraction importante est constituée de molécules D2O, dans lesquelles l’atome de deutérium D remplace les atomes d’hydrogène présents dans la molécule d’eau ordinaire. L’eau lourde est utilisée dans les réacteurs nucléaires pour ralentir les neutrons (▷ modérateur). L’eau lourde est aussi nommée hémioxyde de deutérium, les molécules HDO formant quant à elles l’eau semi-lourde.
9 ébullition (angl. boiling) Vaporisation d’une partie d’un liquide par formation de bulles. Ce phénomène se produit généralement au point d’ébullition, mais il peut avoir lieu à des températures plus élevées dans certaines circonstances (▷ retard à l’ébullition). L’ébullition se produit en volume et ne doit pas être confondue avec l’évaporation, un phénomène de surface.
- ▷ Homogeneous Nucleation of Vapor Condensation. I. Thermodynamic Aspects, James E. McDonald, American Journal of Physics 30 (1962) p. 870
11 ébullition (courbe d’) (angl. bubble-point curve) Dans le diagramme binaire d’un mélange gaz–liquide, courbe séparant les états gazeux des mélanges gazliquide.
12 ébullition (point d’) (angl. boiling point) Température à laquelle un liquide subit une transition de phase vers l’état gazeux. Le point d’ébullition dépend de la pression à laquelle s’effectue la transformation. Par exemple, le point d’ébullition de l’eau est plus faible en altitude, où la pression est moindre. C’est pourquoi il est plus difficile de faire cuire des pâtes en haute montagne : la température de l’eau bouillante y est plus faible.
13 écart-type (angl. standard deviation) Quantité statistique aussi nommée déviation standard et souvent notée σ, caractérisant la dispersion d’un ensemble de valeurs ou d’une distribution statistique autour de la valeur moyenne. Elle est définie comme la racine carrée de la variance, et possède donc la même unité physique que les éléments de la distribution.
- ▷ The standard deviation is not an adequate measure of quantum uncertainty, Jan Hilgevoord, American Journal of Physics 70 (2002) p. 983
15 écart-type expérimental Racine carrée de la varience expérimentale. C’est une grandeur statistique notée s et associée à un ensemble de n valeurs xi (1 ≤ i ≤ n), généralement des résultats de mesurage, définie comme
16 où \(\bar{x}\) désigne la valeur moyenne des xi. C’est un estimateur non biaisé de l’écart-type de la loi de probabilité qui régit la distribution des mesures : la grandeur analogue dans laquelle on remplace le n−1 par n au dénominateur fournit une estimation trop faible de l’écart-type.
17 échangeur (angl. heat exchanger) Dispositif permettant d’échanger rapidement de la chaleur entre deux systèmes. On l’appelle aussi échangeur de chaleur. Ces dispositifs sont utilisés dans les thermostats, les systèmes réfrigérants et les systèmes chauffants.
18 échantillonnage (angl. sampling) Action de relever la valeur d’un signal en un ensemble discret d’instants successifs. L’échantillon ainsi obtenu fournit une assez bonne description du signal initial lorsque ce dernier varie peu entre les différents instants. Pour un signal périodique de fréquence f, cette condition impose que la fréquence d’échantillonnage soit supérieure à 2f (▷ théorème de Shannon).
19 échelle (loi d’) (angl. scaling law) Dépendance d’une grandeur physique G par rapport à un paramètre x selon une loi de puissance, c’est-à-dire de la forme
20 où α est une constante. Le nom suggère que le paramètre x décrit une échelle associée au problème, auquel cas la loi indique comment la quantité G évolue avec l’échelle x. Ce type de loi permet par exemple d’utiliser des résultats expérimentaux obtenus en soufflerie avec des maquettes pour prédire le comportement d’avions de taille beaucoup plus grande. Le terme « loi d’échelle » s’emploie également dans un sens beaucoup plus général, même lorsque la variable x n’est pas associée de façon évidente à une échelle physique. Les lois d’échelle interviennent dans de nombreux domaines, par exemple en physique statistique dans l’étude des transitions de phase au voisinage du point critique. Dans certains cas, l’analyse dimensionnelle permet de déterminer l’exposant α (▷ analyse dimensionnelle).
- ▷ Scaling in model aircraft, Chris Waltham, American Journal of Physics 65 (1997) p. 1082
- ▷ Exposing Life’s Limits with Dimensionless Numbers, Steven Vogel, Physics Today 51 (1998) p. 22
- ▷ [Resource Letter] ScL-1 : Scaling laws, Kurt Wiesenfeld, American Journal of Physics 69 (2001) p. 938
- ▷ Galactic Winds, Sylvain Veilleux, Gerald Cecil et al., Annual Review of Astronomy and Astrophysics 43 (2005) p. 769
22 échelle de Brinell (angl. Brinell scale ; Brinell hardness) Échelle de dureté des métaux, reposant sur la mesure de leur déformation lorsque l’on comprime une bille en acier sur leur surface.
23 échelle des distances cosmologiques (angl. cosmic distance scale) Nom donné à l’ensemble des méthodes expérimentales qui permettent de déterminer des distances en astronomie. Ces méthodes ont des domaines d’application qui se recouvrent : les déterminations de distances sur une échelle donnée dépendent d’une calibration reposant sur les mesures à des échelles plus petites. Dans notre galaxie, on utilise la parallaxe pour les objets les plus proches. Une fois la distance des étoiles proches connues, ceci permet notamment de déterminer leur luminosité absolue en fonction de leur couleur et de construire des diagrammes de Hertzsprung-Russell. Ces diagrammes peuvent alors être utilisés pour déterminer les distances des étoiles plus lointaines, en mesurant leur luminosité apparente et leur couleur. Cette procédure se répète à l’échelle des galaxies : la distance des galaxies proches peut être déterminée grâce aux chandelles standard qu’elles contiennent, en particulier leurs Céphéides pour les galaxies proches. On peut ainsi en déduire la luminosité absolue des galaxies ; cette connaissance donne accès aux distances des galaxies plus lointaines. Certaines supernovae peuvent être utilisées comme chandelles standard particulièrement brillantes pour déterminer directement les distances des galaxies très lointaines.
- ▷ The HR Diagram and the Galactic Distance Scale After Hipparcos, I. Neill Reid, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 37 (1999) p. 191
- ▷ La distance des étoiles au dix-huitième siècle : l’échelle des magnitudes de John Michell, Hélène Vignolles, Archive for history of exact sciences 55 (2000) p. 77
- ▷ La mesure des distances en astronomie, Jean-Luc Colas, Bulletin de l’Union des Physiciens 830 (2001) p. 33
- ▷ The first three rungs of the cosmological distance ladder, Kevin Krisciunas, Erika DeBenedictis et al., American Journal of Physics 80 (2012) p. 429
- ▷ Measuring cosmic distances with standard sirens, Daniel E. Holz, Scott A. Hughes et al., Physics Today 71 (2018) p. 34
26 échelle d’injection (angl. injection scale) Dans un écoulement turbulent, désigne l’échelle spatiale correspondant à la taille des objets qui créent les structures turbulentes. C’est l’échelle spatiale la plus grande sur laquelle l’écoulement est turbulent (▷ turbulence).
27 échelle internationale de température (angl. international temperature scale) Échelle de température (aussi notée EIT-90) entrée en vigueur en 1990, pour remplacer l’Échelle internationale pratique de température (EIPT-68). Parmi les modifications apportées par cette nouvelle échelle, on peut mentionner
- — l’utilisation du point triple de l’eau au lieu de son point de congélation ;
- — le fait qu’elle s’étend plus bas en température (0,65 K au lieu de 13,8 K).
- ▷ New Measurements Standards for 1990, Barry N. Taylor, Physics Today 42 (1989) p. 23
- ▷ Temperature Scales Below 1 Kelvin, Robert J. Soulen, Jr & William E. Fogle, Physics Today 50 (1997) p. 36
30 échelle internationale pratique de température (angl. International Practical Temperature Scale) Ensemble de prescriptions pratiques permettant de mesurer les températures de façon précise, proposées en 1968 par le Bureau International des Poids et Mesures. Ces prescriptions distinguent quatre gammes :
- — de 13,81 K à 273,15 K ;
- — de 0 °C à 630,74 °C ;
- — de 630,74 °C à 1064,43 °C ;
- — au-dessus de 1064,43 °C.
32 Dans chacune de ces gammes, le BIPM définit les techniques permettant de mesurer les températures, en utilisant plusieurs points fixes dans les trois premières gammes, et le rayonnement du corps noir dans la dernière. L’Échelle Internationale Pratique de Température (aussi notée EIPT-68) a été remplacée par l’Échelle Internationale de Température (EIT-90) en 1990.
33 échelle de Kolmogorov (angl. Kolmogorov scale) Échelle spatiale sur laquelle l’énergie associée à des mouvements turbulents est dissipée dans le milieu. On l’appelle aussi échelle de dissipation. C’est l’échelle spatiale la plus petite sur laquelle le milieu est turbulent (▷ turbulence).
34 échelle logarithmique (angl. logarithmic scale) Échelle reposant sur le logarithme de la valeur d’une grandeur physique (▷ décibel, magnitude). Sur un graphe, l’adoption d’une échelle logarithmique conduit dans certains cas à des courbes plus simples qu’avec l’échelle linéaire. En particulier, une loi exponentielle est représentée par une droite si l’on utilise une échelle logarithmique en ordonnée. Une loi de puissance f(x) = Kxα est quant à elle associée à une droite si l’on emploie une échelle logarithmique à la fois en abscisse et en ordonnée, ln f = ln K+α ln x. La pente de cette droite donne alors l’exposant α de la loi de puissance.
35 échelle de Newton (angl. Newton scale) Échelle de température introduite en 1701 par Sir Isaac Newton (1643–1727), définie par une série de points fixes, entre lesquels l’échelle est divisée en 12. Le point zéro est défini comme celui de la congélation de l’eau, le point 12 la température du corps humain, le point 24 la fusion de la cire, le point 48 la fusion d’un alliage d’étain et de bismuth, le point 96 la fusion du plomb et le point 192, le maximum de l’échelle, comme la température d’une barre de fer chauffée au rouge. Sur cette échelle, l’eau bouillante correspond environ au point 34. Le degré Newton est donc de l’ordre de 100/34 degrés Celsius. Cette échelle a aujourd’hui été complètement abandonnée, voire oubliée.
36 échelle de perroquet Ondoscope constitué de barreaux horizontaux dont les centres sont fixés le long d’un fil de torsion vertical. La mise en mouvement d’un des barreaux provoque la naissance d’une onde de torsion qui se propage le long de l’échelle et dont la visualisation constitue le but du dispositif. On l’appelle aussi machine de Shive.
- ▷ Une " échelle de perroquet " électrique : la ligne à retard, Pierre Provost, Bulletin de l’Union des Physiciens 74 (1979) p. 27
- ▷ Échelle de perroquet. Ondoscope, André Durupthy, Michèle Clemente et al., Bulletin de l’Union des Physiciens 75 (1980) p. 179
- ▷ Gravitational dispersion in a torsional wave machine, Rafael de la Madrid, Alejandro Gonzalez et al., American Journal of Physics 82 (2014) p. 1134
38 échelle de Richter (angl. Richter magnitude scale) Échelle autrefois utilisée pour exprimer la magnitude d’un tremblement de terre. Le terme est encore utilisé de manière impropre, pour désigner une magnitude de moment sismique (▷ magnitude).
39 échelle de Rømer (angl. Rømer scale) Échelle de température introduite en 1702 par l’astronome danois Ole Roëmer (1644–1710). Elle est définie par une division en 60 (comme pour les heures et les minutes) entre deux points fixes, l’ébullition de l’eau au point 60 et la glace fondante au point 7,5. Ce dernier choix s’explique par le fait que Roëmer divisa son échelle de 60 en 8 parties, et voulait réserver la partie la plus basse (en-dessous de 60/8 = 7,5) aux températures inférieures à celles de la glace fondante, pour ne pas faire apparaître de températures négatives. Dans cette échelle le corps humain correspond au point 22,5. L’échelle de Roëmer ne fut que très peu utilisée, mais elle fut reprise et adaptée par Daniel Fahrenheit (1686–1736) (▷ échelle Fahrenheit).
40 échelle de température (angl. temperature scale) Choix conventionnel permettant d’attribuer un nombre à un système physique ayant une température bien définie. Le choix d’une échelle de température nécessite de définir
42 Jusqu’en 1954 l’échelle Celsius était définie à partir des points de solidification et de vaporisation de l’eau sous la pression atmosphérique, la division en 100 degrés pouvant être mesurée par l’expansion d’un gaz considéré comme parfait. Par exemple : ▷ degré Celsius, degré Fahrenheit, échelle internationale de température, échelle internationale pratique de température.
- ▷ Roemer and Fahrenheit, I. Bernard Cohen, ISIS 39 (1948) p. 56
- ▷ The Royal Society’s Standard Thermometer, 1663-1709, Louise Diehl Patterson, ISIS 44 (1953) p. 51
- ▷ Spirit, air, and quicksilver : The search for the "real" scale of temperature, Hasok Chang, Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 31 (2001) p. 249
44 écho (angl. echo) Signal réfléchi par un obstacle. Du fait de la vitesse finie de propagation des signaux physiques, l’écho parvient à un observateur avec un retard, dont la mesure permet de déterminer la distance de l’obstacle. L’écho radar et l’écho sonar sont notamment utilisés pour localiser les objets qui réfléchissent les ondes électromagnétiques ou sonores, respectivement. Cette technique est appelée écholocalisation.
- ▷ Echolocation in Dolphins and Bats, Whitlow W. L. Au & James A. Simmons, Physics Today 60 (2007) p. 40
- ▷ [Histoire de science] Les origines de l’écho, Marie-Christine de la Souchère, La Recherche 474 (2013) p. 92
- ▷ [Idées de physique] L’escalier chantant de Maoshan, Jean-Michel Courty & Édouard Kierlik, Pour la Science 456 (2015) p. 113
46 ECHO ▶ 1. Nom du premier satellite artificiel destiné à réfléchir passivement les ondes radio émises depuis un point de la Terre vers un autre. Lancé en 1960, ce ballon de mylar aluminisé de 31 mètres de diamètre fut placé à une altitude de 1600 km. Cette expérience montra la faisabilité et l’intérêt de satellites artificiels pour les télécommunications, mais cette approche fut rapidement abandonnée au profit de satellites-relais actifs. ▶ 2. Acronyme de « Electron Capture 163Holmium Experiment », nom d’une expérience destinée à étudier le phénomène de capture électronique.
47 Eckert (nombre d’) (angl. Eckert number) Nombre sans dimension permettant d’évaluer la contribution de la viscosité à l’échauffement d’un fluide en écoulement. Il est défini par
48 où v désigne la vitesse typique de l’écoulement, cp la capacité calorifique massique et ∆T une différence de température typique du problème considéré. Lorsque E ≳ 1, la dissipation d’énergie par les forces visqueuses participe au chauffage du fluide de manière non négligeable. Le nombre d’Eckert rend hommage à l’ingénieur allemand Ernst R.G. Eckert (1904–2004).
49 éclair (angl. lightning) Émission de lumière par un plasma créé par une décharge électrique dans un gaz. La décharge ionise les atomes de gaz le long d’un chemin qui devient conducteur et permet le passage d’un courant important. Ce dernier conduit à un fort échauffement du gaz, la température pouvant atteindre 20 000 K. Le rayonnement thermique associé constitue la majeure partie de la lumière de l’éclair. Les éclairs se produisent naturellement dans l’atmosphère, en particulier lors d’orages, mais on sait également en générer de manière contrôlée pour obtenir des sources de lumière donnant lieu à des flashes courts et intenses (▷ tubes à éclairs).
- ▷ Benjamin Franklin and Jonathan Edwards on Lightning and Earthquakes, Alfred Owen Aldridge, ISIS 41 (1950) p. 162
- ▷ Runaway Breakdown and the Mysteries of Lightning, Alexander V. Gurevich & Kirill P. Zybin, Physics Today 58 (2004) p. 37
- ▷ Les éclairs radiographiés, Joseph Dwyer, Pour la Science 332 (2005) p. 80
- ▷ Benjamin Franklin and Lightning Rods, E. Philip Krider, Physics Today 59 (2006) p. 42
- ▷ Locating lightning, Martin Murphy, Physics Today 71 (2018) p. 32
51 éclairement (angl. irradiance) En radiométrie et en photométrie, flux qui atteint ou traverse une surface soumise à un rayonnement, rapporté à l’unité de surface. On le note souvent E. Cette quantité correspond bien à un éclairement au sens usuel du terme, la surface étant d’autant plus éclairée que E est important. On en distingue plusieurs définitions. ▶ 1. En radiométrie, l’éclairement énergétique désigne la puissance reçue par unité de surface par un corps soumis à un rayonnement. Il est noté Ee et s’exprime en W · m−2 dans le Système International d’unités. Pour une onde plane monochromatique, l’éclairement électromagnétique est donné par la valeur absolue du produit scalaire du vecteur de Poynting avec le vecteur unitaire orthogonal à la surface. ▶ 2. En photométrie, l’éclairement lumineux, ou éclairement photométrique, désigne le flux lumineux par unité de surface. On le note souvent Ev et, pour un rayonnement de flux lumineux local dϕv, il vérifie Ev = dϕv/dS, où dS est l’élément de surface qui intercepte orthogonalement le flux. Dans le Système International d’unités, l’éclairement lumineux s’exprime en lux (lx), avec la correspondance 1 lx = 1 lm · m−2, où lm est le symbole de la lumen.
Quelques valeurs d’éclairement lumineux Eℓ et d’éclairement énergétique Ee, au niveau de la surface terrestre (sauf pour la première entrée).
| source | Eℓ (lx) | Ee (W· m−2) |
|---|---|---|
| Soleil hors atmosphère | 1,3 × 105 | 1400 |
| Soleil niveau du sol | 105 | 900 |
| pleine Lune | 0,2 | 3 × 10−3 |
| étoile Sirius | 10−5 | 10−7 |
Quelques valeurs d’éclairement lumineux Eℓ et d’éclairement énergétique Ee, au niveau de la surface terrestre (sauf pour la première entrée).
52 éclateur (angl. spark gap) Dispositif constitué de deux électrodes entre lesquelles une surtension peut donner naissance à des arcs électriques. On emploie un éclateur pour créer ces arcs (on en trouve dans les machines électrostatiques, comme la machine de Wimshurst), ou pour limiter la surtension. Par exemple, les éclateurs de secours sont des éléments de sécurité utilisés pour ne créer une étincelle que lorsqu’un circuit est soumis à une surtension trop grande. Cette étincelle est alors produite à l’extérieur du circuit pour le protéger.
53 éclipse (angl. eclipse) Disparition apparente d’un corps céleste causée par l’interposition d’un objet opaque entre ce corps et l’observateur, ou entre ce corps et la source lumineuse qui l’éclaire. En particulier, on appelle éclipse de Soleil le passage de la Lune entre le Soleil et la Terre (le Soleil est alors masqué par la Lune), et éclipse de Lune le passage de la Terre entre la Lune et le Soleil (on voit alors l’ombre de la Terre sur la Lune). Une éclipse est qualifiée de totale ou de partielle, selon que l’objet brillant est totalement ou partiellement masqué par l’objet opaque. On réserve généralement le terme « éclipse » au cas où les deux objets ont des tailles angulaires similaires : le passage d’un petit objet devant un grand (Mercure devant le Soleil) est plutôt appelé un transit et le passage d’un grand objet devant un petit (la Lune devant une étoile) est plutôt appelé une occultation. De manière surprenante, l’alignement de deux objets peut parfois conduire à une augmentation de la luminosité totale (▷ microlentille gravitationnelle).
- ▷ Relativity and Eclipses : The British Eclipse Expeditions of 1919 and Their Predecessors, John Earman & Clark Glymour, Historical Studies in the Physical Sciences 11 (1980) p. 49
- ▷ [Présence de l’histoire] La prévision des éclipses, Denis Savoie, Pour la Science 237 (1997) p. 16
- ▷ Les éclipses de Soleil, Jean-Pierre Caussil & Philippe Simonnet, Bulletin de l’Union des Physiciens 813 (1999) p. 535
- ▷ Some Uses of Eclipses in Early Modern Chronology, Anthony Grafton, Journal of History of Ideas 64 (2003) p. 213
- ▷ The North American eclipse of 1869, Deborah Kent, Physics Today 72 (2019) p. 46
- Concorde 001 et l’ombre de la Lune, Pierre Léna, (Le Pommier, 2014)
- American Eclipse – A Nation’s Epic Race to Catch the Shadow of the Moon and win the Glory of the World, David Baron, (Liveright Publishing Corporation, 2017)
- No Shadow of a Doubt – The 1919 Eclipse That Confirmed Einstein’s Theory of Relativity, Daniel Kennefick, (Princeton University Press, 2019)
- Proving Einstein Right – The daring expeditions that changed how we look at the Universe, S. James Gates, Jr & Cathie Pelletier, (PublicAffairs, 2019)
56 écliptique (angl. ecliptic) Plan contenant l’orbite de la Terre autour du Soleil. On nomme également ainsi le cercle, tracé sur la sphère céleste, le long duquel le Soleil semble se déplacer au cours d’une année. Ce cercle est l’intersection du plan de l’écliptique avec la sphère céleste. L’angle entre le plan de l’écliptique et le plan de l’équateur terrestre est de 23°26′, correspondant à la valeur absolue de la déclinaison du Soleil aux solstices. Les orbites des autres planètes du Système solaire étant situées dans des plans proches de celui contenant l’orbite de la Terre, leur mouvement apparent dans le ciel a aussi lieu au voisinage de l’écliptique.
- ▷ Ptolemy’s Determination of the Obliquity of the Ecliptic, John P. Britton, Centaurus 14 (1969) p. 29
- ▷ Eratosthenes’ Ratio for the Obliquity of the Ecliptic, David H. Fowler & Dennis Rawlins, ISIS 74 (1983) p. 556
- ▷ Le mouvement apparent du Soleil parmi les constellations, J.-P. Rosenstiehl, Bulletin de l’Union des Physiciens 759 (1993) p. 1543
- ▷ Eratosthenes, Hipparchus, and the obliquity of the ecliptic, Alexander Jones, Journal for the History of Astronomy 33 (2002) p. 15
Écliptique
Écliptique
Représentation du mouvement de la Terre dans le plan de l’écliptique et de ses quatre points remarquables.58 ECOC (angl. CSCO ; Complete Set of Commuting Observables) Abréviation pour « ensemble complet d’observables qui commutent ».
59 écoulement (angl. flow) Mouvement d’un fluide, généralement accompagné d’une déformation, les différentes parties du fluide ne se déplaçant pas nécessairement dans la même direction ni à la même vitesse que les parties voisines. Selon la valeur du nombre de Reynolds, on distingue plusieurs régimes d’écoulement (▷ écoulement laminaire, écoulement turbulent).
- ▷ On oscillatory flows, Richard Sacksteder, The Mathematical Intelligencer 1 (1978) p. 45
- ▷ L’ordre caché des écoulements chaotiques, Thomas Peacock & George Haller, Pour la Science 434 (2013) p. 28
- ▷ La physique du sable humide, Pour la Science 499 (2019) p. 56
61 écoulement de Couette (angl. Couette flow) Écoulement d’un fluide visqueux entre deux surfaces animées d’un mouvement relatif latéral (la distance entre ces surfaces ne varie pas au cours du temps). Il peut s’agir par exemple de deux plans (on parle alors simplement d’écoulement de Couette) ou de deux cylindres concentriques en rotation (on parle alors d’écoulement de Taylor-Couette). Quand la vitesse relative des surfaces est faible, l’écoulement est laminaire. L’expérience de Couette permet de mettre en évidence la réversibilité d’un tel écoulement. À grande vitesse, des instabilités peuvent se développer (▷ instabilité de Taylor-Couette).
- ▷ Taylor-Couette Flow : The Early Days, Russell J. Donnelly, Physics Today 44 (1991) p. 32
- ▷ [Présence de l’histoire] Écoulement de Couette-Taylor : 300 ans d’histoire, Pour la Science 172 (1992) p. 14
63 écoulement laminaire (angl. laminar flow) Écoulement régulier d’un fluide selon diverses couches qui ne s’interpénètrent pas et évoluent en restant parallèles, peu d’interactions ayant lieu entre leurs constituants. Son nombre de Reynolds est faible (Re ≲ 2000), ce qui correspond à des faibles vitesses ou à une viscosité importante. On le nomme aussi écoulement visqueux ou écoulement fluvial, par opposition aux écoulements intermédiaires ou turbulents. Pour un écoulement laminaire, on peut définir et visualiser des lignes de courant. Un comportement laminaire correspond à une solution stable des équations de Navier-Stokes, au sens où après une perturbation, le fluide revient à sa configuration de départ.
65 écoulement plastique (angl. plastic flow) Régime de déformation d’un matériau qui correspond à des contraintes dépassant la limite d’élasticité. Dans ce régime, le matériau ne change plus de forme quand la contrainte qui l’a déformé est supprimée. En particulier, il ne revient pas à sa forme initiale.
66 écoulement de Poiseuille (angl. Poiseuille flow) Écoulement stationnaire d’un fluide visqueux et incompressible dans le régime des faibles nombres de Reynolds (viscosité importante ou faible vitesse). Il s’agit d’un exemple d’écoulement laminaire qui a la particularité d’obéir à la loi de Poiseuille. Pour un écoulement dans un conduit cylindrique ou entre deux plans parallèles, le profil de vitesse est parabolique, nul sur les bords et maximal au centre du conduit.
- ▷ Gravity discharge vessel revisited : An explicit Lambert W function solution, Rafael M. Digilov, American Journal of Physics 85 (2017) p. 510
68 écoulement turbulent (angl. turbulent flow) Écoulement d’un fluide dans des conditions où le nombre de Reynolds est élevé (Re ≳ 10 000), c’est-à-dire lorsque la vitesse est grande ou la viscosité faible. On le nomme aussi écoulement de Venturi ou écoulement torrentiel. La description d’un écoulement turbulent est complexe et repose en général sur des méthodes statistiques (▷ turbulence).
- ▷ Nodes, Modes and Flow Codes, George Em Karniadakis & Steven A. Orszag, Physics Today 46 (1993) p. 34
- ▷ Régimes d’écoulement des fluides incompressibles, Alain Bujard, Bulletin de l’Union des Physiciens 775 (1995) p. 1099
- ▷ [Idées de physique] Fluvial ou torrentiel ?, Jean-Michel Courty & Édouard Kierlik, Pour la Science 333 (2005) p. 96
70 écoulement visqueux ▷ écoulement laminaire.
71 écran (angl. screen) ▶ 1. Dispositif opaque destiné à arrêter le passage de la lumière. Un écran d’observation est utilisé pour visualiser la distribution de lumière sur sa surface, en particulier pour y observer une image produite par un système optique placé en amont. ▶ 2. Un écran magnétique est un dispositif permettant de diminuer la sensibilité d’une région de l’espace donnée aux champs magnétiques externes. Il est constitué d’une enceinte formée par un milieu ayant une perméabilité magnétique élevée, voire un supraconducteur. ▶ 3. Un écran électrostatique est un dispositif permettant d’isoler une région de l’espace des perturbations électriques extérieures. Il peut être constitué d’un très bon conducteur (▷ cage de Faraday). ▶ 4. Nom couramment donné à des systèmes d’affichage numérique (▷ affichage).
- ▷ [Idées de physique] Boucliers magnétiques, Jean-Michel Courty & Édouard Kierlik, Pour la Science 317 (2004) p. 98
- ▷ Analyse du blindage électromagnétique par les courants de Foucault dans le cas d’une feuille d’aluminium, André Deiber, Bulletin de l’Union des Physiciens 877 (2005) p. 947
73 écrantage (angl. screening effect) Phénomène de diminution de la portée de l’interaction électromagnétique dans un milieu contenant des charges libres. Dans un tel milieu, l’introduction d’une charge ponctuelle attire des charges de signe opposé, et le champ dû à ces charges se superpose à celui de la charge de départ, avec un sens opposé. Le champ total est donc diminué et décroît plus rapidement avec la distance que pour une charge ponctuelle isolée (▷ longueur de Debye). Ce phénomène est aussi nommé effet d’écran.
- ▷ Niveaux d’énergie dans les atomes. Défaut quantique - Effet d’écran, André Gilles, Bulletin de l’Union des Physiciens 78 (1983) p. 229
- ▷ Electrical interactions in the cell : Asymmetric screening in a watery "antiverse", T. P. Doerr & Yi-Kuo Yu, American Journal of Physics 82 (2014) p. 460
75 écrouissage (angl. skinning) Modification de la structure microscopique d’un métal ou d’un alliage, par déformation plastique à froid. Des déformations répétées créent des dislocations dans la structure cristalline, qui deviennent de moins en moins mobiles au fur et à mesure qu’elles se multiplient. Ceci conduit généralement à un durcissement du cristal. L’écrouissage est un traitement couramment utilisé pour durcir les métaux et les alliages.
76 Eddington (Arthur) (1882–1944) Astrophysicien britannique, Sir Arthur Eddington est aujourd’hui surtout connu du grand public pour avoir rendu mondialement célèbre le nom d’Albert Einstein (1879–1955), grâce à l’expédition qui confirma sa théorie de la relativité générale (▷ expérience d’Eddington). Eddington fut toutefois lui-même un brillant scientifique, à l’origine de diverses découvertes (▷ limite d’Eddington), et qui eut par exemple l’idée des réactions nucléaires comme source d’énergie des étoiles. Il reste également dans les mémoires comme un vaillant opposant à l’idée de l’existence des trous noirs, critiquant assez vivement la limite trouvée par Subrahmanyan Chandrasekhar (1910–1995). Ironiquement, il fut lui-même l’un des premiers à prouver, sans s’en rendre compte, que la métrique de Schwarzschild est régulière sur l’horizon, démontant ainsi l’un des arguments contre leur existence (▷ coordonnées d’Eddington-Finkelstein).
- ▷ Sir-Arthur Eddington (1882-1944), G. J. Whitrow, Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society 24 (1983) p. 258
- ▷ A Most Rare Vision - Eddington’s Thinking on the Relation Between Science and Religion, A. H. Batten, Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society 35 (1994) p. 249
- ▷ Eddington and Uncertainty, Ian T. Durham, Physics in Perspective 5 (2003) p. 398
- ▷ What Eddington Did Not Say, Alan H. Batten, ISIS 94 (2003) p. 656
- Eddington – The Most Distinguished Astrophysicist of his Time, S. Chandrasekhar, (Cambridge University Press, 1983)
- Masters of the Universe – Conversations with Cosmologists of the Past, Helge Kragh, (OUP Oxford, 2014)
79 Eddington (expérience d’) (angl. Eddington experiment) Mise en évidence de la déviation des rayons lumineux par le champ gravitationnel du Soleil (▷ déviation gravitationnelle de la lumière), réalisée en 1919 par Arthur Eddington (1882–1944). Il observa l’éclipse de Soleil du 29 mai 1919 depuis l’île de Principe (au large du Gabon), et photographia la position des étoiles proches du Soleil dans le ciel. La comparaison avec des photographies prises en l’absence du Soleil lui permit de constater un décalage de la position apparente d’environ 1,7 seconde d’arc, en accord avec la prédiction de la théorie d’Einstein. Cette mesure, dont la validité a été mise en doute du fait des grandes incertitudes expérimentales, a depuis été reprise sous plusieurs formes et l’accord avec la relativité générale a été confirmé avec une précision de l’ordre de 10−4.
- ▷ Relativity and Eclipses : The British Eclipse Expeditions of 1919 and Their Predecessors, John Earman & Clark Glymour, Historical Studies in the Physical Sciences 11 (1980) p. 49
- ▷ William Wallace Campbell and the "Einstein Problem" : An Observational Astronomer Confronts the Theory of Relativity, Jeffrey Crelinsten, Historical Studies in the Physical Sciences 14 (1983) p. 1
- ▷ Erwin Finlay Freundlich and testing Einstein’s theory of relativity, Klaus Hentschel, Archive for history of exact sciences 47 (1994) p. 143
- ▷ Novelty and the 1919 Eclipse Experiments, Robert G. Hudson, Studies in History and Philosophy of Science Part B 34 (2003) p. 107
- ▷ “An Expedition to Heal the Wounds of War” : The 1919 Eclipse and Eddington as Quaker Adventurer, Matthew Stanley, ISIS 94 (2003) p. 57
- ▷ Trust in expert testimony : Eddington’s 1919 eclipse expedition and the British response to general relativity, Ben Almassi, Studies in History and Philosophy of Science Part B 40 (2009) p. 57
- ▷ Testing relativity from the 1919 eclipse - a question of bias, Daniel Kennefick, Physics Today 62 (2009) p. 37
81 Eddington (nombre d’) (angl. Eddington number) Nombre introduit en 1939 par Arthur Eddington (1882–1944), exactement égal à 136 × 2256, et dont Eddington pensait qu’il représentait le nombre total d’électrons ou de protons dans l’Univers. Cette prédiction découlait en partie de l’hypothèse selon laquelle la constante de structure fine valait exactement 1/136, dont on sait depuis qu’elle est fausse. Le nombre d’Eddington ne constitue plus aujourd’hui qu’une curiosité historique.
82 Eddington-Finkelstein (coordonnées d’) (angl. Eddington-Finkelstein coordinates) Nom donné à deux systèmes de coordonnées dans lesquels la métrique de Schwarzschild est régulière au niveau de l’horizon qu’elle contient. Ces coordonnées sont obtenues à partir de celles de Schwarzschild, r et t, par les transformations
83 pour les coordonnées entrantes et
84 pour les coordonnées sortantes, où Rs désigne le rayon de Schwarzschild. Dans le premier cas, la métrique s’écrit alors
85 où GN désigne la constante de Newton et M la masse de la source du champ gravitationnel. Par l’étude des géodésiques du genre lumière, on montre que la métrique obtenue à l’aide des coordonnées entrantes décrit un trou noir, alors que celle qui est associée aux coordonnées sortantes correspond à un trou blanc. Ce sont donc deux extensions différentes (mais pas maximales) de la solution de Schwarzschild (▷ extension, coordonnées de Kruskal-Szekeres). Ces coordonnées furent introduites en 1923 par Arthur Eddington (1882–1944) puis redécouvertes en 1958 par David Ritz Finkelstein (1929–2016).
Eddington-Finkelstein (coordonnées d’)
Eddington-Finkelstein (coordonnées d’)
Lignes d’Univers associées aux rayons lumineux dans les coordonnées d’Eddington-Finkelstein. Les cônes de lumière deviennent de plus en plus penchés à l’approche du rayon de Schwarzschild Rs, qui définit l’horizon qui ne peut être traversé que dans un sens (vers l’intérieur à gauche dans le cas d’un trou noir, vers l’extérieur à droite dans le cas d’un trou blanc).86 EDELWEISS Acronyme de « Expérience pour DétEcter Les Wimps En SIte Souterrain ». Expérience de recherche de matière noire sous forme de particules, située au Laboratoire Souterrain de Modane. Elle consiste à détecter, dans un monocristal de germanium très pur, l’énergie déposée par le passage d’une particule énergétique sous forme de chaleur (ou de phonons) d’une part et sous forme d’ionisation d’autre part. L’importance relative de ces deux types de signaux devrait permettre de différencier les particules ordinaires (issues de la radioactivité et des rayons cosmiques) des particules exotiques dont pourrait être composée la matière noire. Cette expérience est en amélioration constante depuis son démarrage en 2000, avec une masse de germanium de plus en plus importante. Elle n’a à ce jour pas détecté de matière noire mais a permis d’exclure une partie des particules candidates.
87 effet couronne (angl. corona effect) Ionisation se produisant à proximité d’un fil porté à haute tension, quand le champ électrique devient supérieur à la tension de claquage. Ceci peut être dû à l’effet de pointe, lorsque des poussières, des gouttes d’eau ou des flocons de neige viennent se poser sur le fil. Cet effet est responsable du bruit de grésillement que l’on entend à proximité des lignes à haute tension.
88 effet fontaine (angl. thermomechanical effect ; fountain effect) Effet observé en 1938 par John F. Allen (1908–2001) et Harry Jones, consistant en l’apparition d’un jet d’hélium lorsque l’on chauffe l’une des branches d’un tube en U rempli d’hélium superfluide, les deux branches étant séparées par un bouchon poreux. Cette expérience suscita de nombreuses réflexions sur la nature de la superfluidité. À l’aide du modèle à deux fluides de Landau, on peut l’expliquer par le fait que le fluide contenu dans la branche chauffée passe dans l’état normal et devient visqueux. Il ne peut pas traverser le bouchon poreux, alors que la composante superfluide contenue dans l’autre branche le peut, ce qui conduit à un phénomène similaire à l’osmose. L’augmentation de pression dans la branche chauffée peut ainsi suffire pour produire une fontaine.
89 effet gyroscopique (angl. gyroscope effect) Apparition d’un couple \(\vec{C}_2\) lorsqu’un solide en rotation autour d’un axe ∆ est soumis à un couple \(\vec{C}_1\). Le couple \(\vec{C}_2\) est dirigé dans une direction orthogonale à ∆ et \(\vec{C}_1\). On peut décrire cet effet de manière moins rigoureuse, en disant que lorsqu’on essaie de faire basculer l’axe de rotation d’un solide dans une direction donnée, cet axe bascule dans la direction orthogonale à la direction voulue (et à l’axe de rotation). Il permet d’expliquer les propriétés des gyroscopes et des toupies, par exemple. Cet effet, qui découle de la conservation du moment cinétique, fut découvert en 1817 par Johann von Bohnenberger (1765–1831).
- ▷ [Idées de physique] Batailles de toupies, Jean-Michel Courty & Édouard Kierlik, Pour la Science 446 (2014) p. 86
- ▷ [Idées de physique] L’œuf dur et la toupie-bascule, Jean-Michel Courty & Édouard Kierlik, Pour la Science 447 (2015)
91 effet laser (angl. laser effect) Lors de la traversée d’un milieu actif par une onde lumineuse, amplification cohérente de celle-ci survenant en raison du phénomène d’émission stimulée. Le mot laser est un acronyme pour « Light Amplification by Stimulated Emission Radiation » (« amplification de lumière par émission stimulée de rayonnement »). Si l’on fait en sorte que la proportion de constituants (atomes, molécules) qui sont excités audessus du niveau fondamental est supérieure à la valeur à l’équilibre thermodynamique, l’émission stimulée peut devenir dominante (▷ inversion de population). L’onde s’enrichit alors en photons ayant tous des propriétés identiques : même fréquence, même direction, même polarisation et même phase. Il en résulte une lumière présentant une excellente cohérence temporelle. Cet effet fut mis en évidence de façon expérimentale en 1960 par Théodore Maiman (1927–2007), dans un laser à cristal de rubis, puis dans de très nombreux autres systèmes physiques (▷ laser). Il existe un effet analogue dans le domaine des micro-ondes (▷ effet maser).
92 effet lotus (angl. lotus effect) Non mouillage des gouttes d’eau sur une surface du fait de la présence sur cette dernière de petits picots hydrophobes. Cet effet, que l’on peut observer sur les feuilles de lotus, est mis en œuvre dans des revêtements artificiels pour imperméabiliser des surfaces.
- ▷ L’effet lotus, Mathilde Reyssat & David Quéré, Pour la Science 347 (2006) p. 34
94 effet magnétocalorique (angl. magnetocaloric effect) Variation de la température de certains milieux sous l’action d’un champ magnétique. Cet effet a été découvert en 1881 par Emil Warburg (1846–1931), dans le fer. ▷ désaimantation adiabatique.
- ▷ Theoretical aspects of the magnetocaloric effect, N.A. de Oliveira, Physics Reports 489 (2010) p. 89
- ▷ Who discovered the magnetocaloric effect ?, Anders Smith, European Journal of Physics H 38 (2013) p. 507
96 effet magnéto-optique (angl. magnetico-optical effect) Nom générique donné à l’apparition de modifications des propriétés optiques de certains milieux sous l’action d’un champ magnétique (▷ effet Faraday, effet Kerr magnéto-optique).
- ▷ On the Varieties of Nineteenth-Century Magneto-Optical Discovery, J. Brookes Spencer, ISIS 61 (1970) p. 34
98 effet papillon (angl. butterfly effect) Nom donné à une conséquence du comportement chaotique de certains systèmes dynamiques. Du fait de la grande sensibilité de l’évolution aux conditions initiales (▷ chaos), une perturbation infime d’un état initial donné peut conduire à un changement radical de l’évolution ultérieure. En 1972, Edward Lorenz (1917–2008) illustra cette constatation par un exemple atmosphérique. L’évolution de l’état de l’atmosphère étant chaotique, la perturbation engendrée par le battement d’ailes d’un papillon au Brésil pourrait se traduire par l’apparition d’une tornade au Texas. Avant cette date, Lorenz s’appuyait plutôt sur l’exemple du battement d’aile d’une mouette. Dès 1898, la sensibilité aux conditions initiales avait été illustrée par l’exemple du vol d’une sauterelle. Toutefois, les expressions « effet mouette » ou « effet sauterelle » n’ont pas connu le succès de l’effet papillon.
- ▷ L’effet papillon bat de l’aile ?, Nicolas Witkowski, La Recherche Hors-Série 9 (2002) p. 36
- ▷ Sea gulls, butterflies, and grasshoppers : A brief history of the butterfly effect in nonlinear dynamics, Robert C. Hilborn, American Journal of Physics 72 (2004) p. 425
- ▷ L’effet papillon n’existe plus !, Raoul Robert, Dossier Pour la Science 52 (2006) p. 30
100 effet photoconducteur (angl. photoconductive effect) Augmentation de la conductivité électrique d’un semiconducteur en présence d’un rayonnement lumineux. Cet effet est dû au fait que le rayonnement peut augmenter le nombre de porteurs de charge (et donc la conductivité) en faisant passer des électrons de la bande de valence à la bande de conduction, c’est-à-dire en créant des paires électron-trou.
101 effet photoélectrique (angl. photoelectric effect) Éjection d’électrons par une surface métallique soumise à un rayonnement électromagnétique. Si cette surface est utilisée comme cathode dans un tube à vide (on l’appelle alors photocathode), il apparaît un courant électrique (photocourant) que l’on peut mesurer. Cet effet est mis en œuvre dans certains photodétecteurs (tubes photomultiplicateurs ou cellules photo-sensibles) et dans les panneaux solaires, par exemple. Il fut découvert en 1887 par Heinrich Hertz (1857–1894) et joua ensuite un rôle crucial dans l’avènement de la physique quantique. En effet, l’électromagnétisme classique ne parvenait pas à expliquer les caractéristiques de ce phénomène :
- — l’énergie cinétique des électrons émis est indépendante de l’intensité lumineuse ;
- — l’énergie cinétique maximale des électrons croît linéairement avec la fréquence f du rayonnement utilisé;
- — les électrons commencent à être émis au bout de quelques nanosecondes, indépendamment de l’intensité lumineuse ;
- — il existe un seuil en fréquence en deçà duquel l’effet disparaît ;
- — le nombre d’électrons émis par unité de temps (le courant électrique) est proportionnel à l’intensité lumineuse.
103 Plusieurs de ces particularités furent découvertes par Philipp Lenard (1862–1947). Albert Einstein (1879–1955) en proposa une explication en 1905, fondée sur l’hypothèse selon laquelle la lumière serait constituée de quanta d’énergie E = hf, où h désigne la constante de Planck. L’énergie cinétique maximale des électrons émis (ceux-ci peuvent perdre une partie de leur énergie dans le matériau avant d’être arrachés) s’écrit donc
104 où ϕ est une grandeur caractéristique du métal, homogène à une énergie et appelée travail d’extraction. L’hypothèse de l’existence de quanta d’énergie lumineuse fut largement acceptée après 1916, grâce à la minutieuse vérification expérimentale faite par Robert Millikan (1868–1953). Trois prix Nobel furent décernés en rapport avec cet effet (Lenard, Einstein et Millikan).
- ▷ [Notes and Discussions] Concerning a widespread error in the description of the photoelectric effect, J. Rudnick & D. S. Tannhauser, American Journal of Physics 44 (1976) p. 496
- ▷ Philipp Lenard and the Photoelectric Effect, 1889-1911, Bruce R. Wheaton, Historical Studies in the Physical Sciences 9 (1978) p. 299
- ▷ Photoelectric effect : Back to basics, R. A. Powell, American Journal of Physics 46 (1978) p. 1046
- ▷ [Questions and Answers] #45. What (if anything) does the photoelectric effect teach us ?, Robert Q. Stanley, American Journal of Physics 64 (1996) p. 839
- ▷ What was measured in Millikan’s study of the photoelectric effect ?, David R. Lloyd, American Journal of Physics 83 (2015) p. 765
106 effet photovoltaïque (angl. photovoltaic effect) Apparition d’une tension électrique aux bornes de certains matériaux lorsqu’ils sont soumis à un rayonnement électromagnétique. Les photons incidents apportent l’énergie suffisante pour faire passer des électrons de la bande de valence à la bande de conduction. Cet effet est mis en œuvre dans les cellules photovoltaïques, avec des matériaux constitués de jonctions pn entre des semiconducteurs dopés différemment. Il fut découvert en 1839 par Alexandre-Edmond Becquerel (1820–1891).
- ▷ Photovoltaics : Lighting the Way to a Brighter Future, Sarah Kurtz & Daniel Friedman, Optics and Photonics News 16 (2005) p. 30
- ▷ Solar Concentrators : Using Optics to Boost Photovoltaics, Valerie C. Coffey, Optics and Photonics News 22 (2011) p. 22
- ▷ Photovoltaïque : le silicium bientôt éclipsé ?, Varun Sivaram, Samuel Stranks et al., Pour la Science 458 (2015) p. 60
108 effet théière (angl. Coanda effect) Effet de dynamique des fluides, selon lequel l’écoulement d’un fluide tend à épouser la forme d’un obstacle convexe lorsqu’il entre en contact avec cet obstacle. On observe cet effet en faisant couler un liquide par un bec verseur. On l’appelle aussi effet Coandā, du nom de l’ingénieur roumain Henri Coandǎ (1886–1972) qui l’étudia dans le cadre de l’aéronautique. Lorsque la vitesse d’écoulement devient assez importante ou lorsque l’obstacle est trop courbé, l’écoulement se décroche.
- ▷ [Idées de physique] L’énigme de la théière qui coule, Jean-Michel Courty & Édouard Kierlik, Pour la Science 392 (2010) p. 98
110 effet tunnel (angl. tunnel effect ; quantum tunnelling) Effet quantique par lequel un système peut subir une transition entre deux états séparés par une barrière de potentiel dont la physique classique nous dirait qu’elle est infranchissable. La probabilité de ces transitions est d’autant plus faible que la barrière est haute ou large. Cet effet fut découvert en 1928, de façon indépendante par George Gamow (1904–1968) d’une part, qui montra qu’il permet de modéliser le phénomène de radioactivité alpha comme l’échappement par effet tunnel d’une particule alpha préexistante et piégée dans le puits de potentiel nucléaire, et par Ronald Gurney (1898–1953) et Edward Condon (1902–1974) d’autre part. Le temps de traversée d’une barrière par effet tunnel peut poser des problèmes d’interprétation subtils (▷ effet Hartman).
- ▷ Tunneling-how it all started, E. U. Condon, American Journal of Physics 46 (1978) p. 319
- ▷ L’effet tunnel : quelques applications, Chérif-F. Matta, Bulletin de l’Union des Physiciens 734 (1991) p. 737
- ▷ Effet tunnel : plus vite que la lumière ?, Aephraim M. Steinberg, La Recherche 281 (1995) p. 46
- ▷ The Early History of Quantum Tunneling, Eugen Merzbacher, Physics Today 55 (2002) p. 44
- ▷ Tunneling through one-dimensional piecewise-constant potential barriers, Siddhant Das, American Journal of Physics 83 (2015) p. 590
112 efficacité ▶ 1. Pour une machine thermique recevant du travail (▷ réfrigérateur, pompe à chaleur), l’efficacité e est définie comme le rapport entre la chaleur transférée par la machine et le travail reçu au cours d’un cycle. Pour un réfrigérateur et pour une pompe à chaleur reposant sur des cycles dithermes, elle est définie par
113 respectivement, où Qf et Qc désignent les quantités de chaleur reçues depuis la source froide et la source chaude, et W le travail reçu depuis l’extérieur. L’efficacité vérifie
114 où Tc et Tf désignent respectivement la température de la source chaude et celle de la source froide, et où l’égalité n’est valable que lorsque les cycles sont décrits de manière réversible. Pour des moteurs, on utilise plutôt la notion de rendement. ▶ 2. Pour un transducteur, transformant une forme d’énergie en une autre, rapport entre la puissance fournie par le dispositif et la puissance reçue. Dans ce sens, l’efficacité ne peut pas être supérieure à 1, par conservation de l’énergie.
Effet tunnel
- ▷ Efficiency of some heat engines at maximum-power conditions, Alexis De Vos, American Journal of Physics 53 (1985) p. 570
- ▷ Thermal efficiency at maximum work output : New results for old heat engines, Harvey S. Leff, American Journal of Physics 55 (1987) p. 602
116 efficacité lumineuse (angl. luminous efficiency) Rapport entre un flux lumineux et une puissance, le premier traduisant la luminosité perçue par un œil humain (▷ photométrie), et la seconde étant une grandeur énergétique. Le terme efficacité lumineuse désigne plusieurs quantités légèrement distinctes qui s’expriment en lumen par watt (lm · W−1) dans le Système international. ▶ 1. Pour une source d’éclairage, l’efficacité lumineuse peut être définie comme le rapport entre le flux lumineux ϕv et la puissance, par exemple électrique, fournie pour générer cette lumière. Elle décrit la capacité de la source à émettre du rayonnement dans la partie visible du spectre électromagnétique, et l’on s’intéresse notamment à cette grandeur pour comparer différents types d’ampoules. ▶ 2. L’efficacité peut également caractériser un rayonnement, plutôt qu’une source, et elle est alors définie à partir de la puissance totale de ce dernier, ϕe, sans se restreindre au visible (▷ radiométrie). Dans cette acception, l’efficacité K = ϕv/ϕe quantifie l’ampleur relative du stimulus qui peut être provoqué dans un œil humain conventionnel. Pour un rayonnement de corps noir, elle est maximale (environ 95 lm · W−1) pour une température de l’ordre de 7000K, soit un peu plus que la température de surface du Soleil (environ 5800K), à laquelle correspond une efficacité légèrement inférieure valant 93 lm · W−1. ▶ 3. Afin de comparer plus finement l’efficacité de rayonnements composites, on définit l’efficacité lumineuse spectrale K(λ) comme l’efficacité d’un rayonnement monochromatique de longueur d’onde λ. Le flux lumineux ϕv du corps noir, qui intervient dans le calcul de l’efficacité lumineuse mentionnée dans le sens précédent, s’obtient par exemple en intégrant, sur toutes les longueurs d’onde, le produit de K(λ) et de la densité spectrale de flux énergétique déterminée à l’aide de la loi de Planck. L’efficacité spectrale K(λ), nulle en dehors du visible, peut être représentée par une « courbe en cloche », dont les propriétés précises dépendent du type de vision considéré. Quand l’intensité lumineuse est faible (vision scotopique dite nocturne), l’œil utilise principalement les bâtonnets, et elle a un maximum proche de 1700 lm · W−1 pour une longueur d’onde de 507 nm; quand l’intensité est plus élevée (vision photopique dite diurne), le maximum vaut environ 683 lm · W−1 pour une longueur d’onde de 555 nm (proche du vert). Par convention, le Système International d’unités considère depuis 2019 que cette valeur, notée Kcd, est précisément atteinte pour une fréquence de 540 × 1012 Hz, et elle est à la base de la définition moderne de la candela, unité d’intensité lumineuse.
117 efficacité quantique (angl. quantum efficiency) Pour un dispositif opto-électronique (par exemple pour une photodiode ou un CCD), désigne le nombre de paires électron-trou créées en moyenne dans le milieu semiconducteur, par photon incident. C’est un nombre compris entre 0 et 1. Pour un matériau donné, l’efficacité quantique dépend de façon importante de la longueur d’onde du rayonnement incident.
118 efflorescence (angl. efflorescence) ▶ 1. Couche oxydée se formant à la surface de certains métaux. ▶ 2. Dépôt cristallin de sels solubles dans l’eau pouvant apparaître à la surface de roches poreuses, suite à une déshydratation due au contact avec l’air, par exemple.
119 effondrement gravitationnel (angl. gravitational collapse) Effondrement d’un objet massif, ou de l’ensemble formé de plusieurs d’entre eux, sous l’effet du champ gravitationnel collectif ou d’un puits de potentiel gravitationnel préexistant. Cet effet est à l’origine de la formation des grandes structures cosmiques (amas de galaxies, galaxies), des amas globulaires, des étoiles et des planètes (▷ longueur de Jeans, contraction de Kelvin-Helmholtz), et il intervient également à la fin de la vie des étoiles massives, pouvant alors mener à une supernova gravitationnelle. Cet effondrement cesse quand d’autres forces deviennent dominantes (la pression pour les étoiles notamment) ou quand la vitesse quadratique moyenne des masses individuelles devient suffisante (▷ virialisation). Si rien ne l’arrête, il peut conduire à la formation d’un trou noir.
- ▷ L’effondrement gravitationnel, Kip Thorne, Dossier Pour la Science 16 (1997) p. 30
- ▷ Critical phenomena in gravitational collapse, Carsten Gundlach, Physics Reports 376 (2003) p. 339
- ▷ Critical Phenomena in Gravitational Collapse, Carsten Gundlach & José M. Martín-García, Living Reviews in Relativity 10 (2007) p. 1
- ▷ Remembering an era : Roger penrose’s paper on “gravitational collapse : the role of general relativity”, R. Penrose, The Mathematical Intelligencer 30 (2008) p. 27
121 effort (angl. stress) Nom générique désignant l’ensemble des forces et des couples qui s’exercent sur un matériau (efforts externes) ou à l’intérieur de ce matériau (efforts internes).
122 effusion (angl. effusion) Passage d’un gaz vers une région de pression plus basse (éventuellement vide), à travers un matériau poreux, un capillaire ou une petite ouverture. La vitesse d’effusion d’un gaz est proportionnelle à la racine carrée de sa masse molaire. Cette propriété est notamment utilisée pour séparer les isotopes 235U et 238U de l’uranium.
123 Ehrenfest (classification d’) (angl. Ehrenfest classification) Classification des transitions de phase introduite en 1933 par Paul Ehrenfest (1880–1933) et reposant sur les propriétés de l’enthalpie libre G et de ses dérivées. Inspiré par la découverte du point lambda dans la transition de phase de l’hélium 4, Ehrenfest proposa de classer les transitions en fonction des discontinuités des dérivées de l’enthalpie libre. Ainsi,
- — les transitions du premier ordre selon Ehrenfest sont celles dans lesquelles la dérivée première de l’enthalpie libre par rapport à une variable thermodynamique est discontinue. C’est le cas par exemple pour la fusion de la glace, la vaporisation de l’eau, et toutes les autres transitions d’un corps pur usuel loin d’un point critique. Dans la très grande majorité des cas, il y a discontinuité de l’entropie (S = −∂G/∂T) et ces transitions sont alors accompagnées d’une chaleur latente de changement d’état (ou enthalpie de transition de phase pour utiliser le terme moderne). C’est pour cela que l’on définit en général une transition de phase du premier ordre comme étant une transition associée à une chaleur latente ;
- — les transitions du deuxième ordre sont celles dans lesquelles les dérivées premières de l’enthalpie libre sont continues, mais au moins une dérivée seconde, comme la capacité calorifique, est discontinue. C’est par exemple le cas pour la transition d’un état métal normal vers l’état métal supraconducteur ;
- — les transitions d’ordre n sont celles dans lesquelles une dérivée n-ième est discontinue, alors que les dérivées d’ordres inférieurs sont continues. La condensation de Bose-Einstein d’un gaz parfait bosonique est ainsi un exemple de transition du troisième ordre au sens d’Ehrenfest. Un cas extrême est la transition de Kosterlitz-Thouless qui est d’ordre infini.
125 Cette classification est à l’origine de la classification moderne (▷ transition de phase), mais elle a été abandonnée en particulier car elle ne permettait pas de prendre en compte l’existence de divergences (et non simplement discontinuités), pourtant rencontrées dans certaines situations (▷ point lambda).
- ▷ The Ehrenfest Classification of Phase Transitions : Introduction and Evolution, Gregg Jaeger, Archive for history of exact sciences 53 (1998) p. 51
127 Ehrenfest (formules d’) Expressions analogues à la relation de Clapeyron pour les transitions de phase du second ordre. Elles s’écrivent
128 où α désigne le coefficient de dilatation isobare, χT le coefficient de compressibilité isotherme, T la température, v le volume molaire et cp la capacité calorifique molaire à pression constante, pour les deux phases i et j. L’indice « sat » indique que la dérivée est à prendre le long de la courbe de saturation.
129 Ehrenfest (Paul) (1880–1933) Physicien et mathématicien autrichien, réputé pour la clarté de ses articles et de son enseignement. Il s’occupa principalement de tenter d’éclaircir des points fondamentaux de la physique moderne de son époque et contribua à faire de Leyde un lieu mondialement connu de la physique en y organisant une série de séminaires restée célèbre. On lui doit diverses contributions à la physique statistique (il s’intéressa particulièrement aux transitions de phase, ▷ formules d’Ehrenfest, classification d’Ehrenfest), mais laissa aussi son nom à un théorème reliant la physique quantique à la mécanique classique, ainsi qu’à un fameux paradoxe concernant le problème du disque rigide en rotation dans le cadre de la relativité restreinte, paradoxe qui est toujours régulièrement sujet à débats. Ehrenfest est également à l’origine de deux termes restés d’usage courant : la catastrophe ultraviolette et le point lambda.
- ▷ [Figures du passé] Paul Ehrenfest, le Socrate des quanta, Étienne Klein, La Recherche 338 (2001) p. 61
- ▷ Paul Ehrenfest’s Rough Road to Leiden : A Physicist’s Search for a Position, 1904–1912, Pim Huijnen & A. J. Kox, Physics in Perspective 9 (2007) p. 186
- ▷ Paul Ehrenfest, Niels Bohr, and Albert Einstein : Colleagues and Friends, Martin J. Klein, Physics in Perspective 12 (2010) p. 307
- ▷ Paul Ehrenfest and the Dilemmas of Modernity, Frans H. van Lunteren & Marijn J. Hollestelle, ISIS 104 (2013) p. 504
- ▷ Paul Ehrenfest’s final years, Dirk van Delft, Physics Today 67 (2014) p. 41
131 Ehrenfest (théorème d’) (angl. Ehrenfest theorem) Pour une particule quantique dont la dynamique est décrite par l’équation de Schrödinger avec potentiel, les valeurs moyennes des opérateurs quantiques de position et de quantité de mouvement obéissent à des équations identiques à celles de la physique classique,
132 où m désigne la masse du système, \(\hat{\vec{r}}\) l’opérateur position, \(\hat{\vec{p}}\) l’opérateur quantité de mouvement et ⟨⟩ la valeur moyenne. Ces égalités, aussi nommées relations d’Ehrenfest, découlent d’un résultat plus général et qui porte également le nom de théorème d’Ehrenfest : la valeur moyenne d’une observable quantique \(\hat{O}\) vérifie l’équation
133 où \(\hat{H}\) est l’opérateur hamiltonien et [] le commutateur. Cette égalité peut être considérée comme un analogue quantique du théorème de Liouville.
- ▷ Ehrenfest’s theorem and the particle-in-a-box, D. S. Rokhsar, American Journal of Physics 64 (1996) p. 1416
135 eidophore Projecteur optique inventé en 1939 par Fritz Fischer. Il utilise la charge électrostatique pour déformer localement un miroir constitué d’un film d’huile, afin de faire converger la lumière en un point donné que l’on contrôle. Ce dispositif a été employé dans certains projecteurs de cinéma et son principe a inspiré Horace Babcock (1912–2003) pour l’optique adaptative.
136 eikonale (fonction) Orthographe parfois utilisée pour le mot « iconale ». ▷ fonction iconale.
137 Einstein (Albert) (1879–1955) Physicien allemand, prix Nobel en 1921 pour « ses services rendus à la physique théorique, en particulier la découverte de la loi régissant l’effet photo-électrique », Albert Einstein marqua l’histoire de la physique de la première moitié du xxe siècle. En 1905, alors inconnu, il publia coup sur coup quatre articles qui apportèrent tous des contributions importantes à différents domaines. Par ordre chronologique de publication, on trouve :
- — une explication de l’effet photoélectrique grâce à l’hypothèse des quanta de lumière ;
- — une démonstration du fait que le mouvement brownien s’explique très bien si l’on suppose l’existence des atomes qui restaient alors encore hypothétiques ;
- — la présentation des bases de la relativité restreinte et du besoin de renoncer aux notions d’espace et de temps absolus ;
- — l’équivalence masse-énergie qui en résulte.
139 On l’accuse parfois injustement de ne pas être l’inventeur de la relativité restreinte, ce qu’on justifie par le fait qu’il utilisa des résultats déjà obtenus par Hendrik Lorentz (1853–1928) et Henri Poincaré (1854–1912). Il est indéniable cependant que lui seul porta un regard neuf au problème de l’éther. Il fonda ainsi une théorie à part entière, tout comme il le fit avec la théorie de la relativité générale, qu’il publia en 1915 et dans laquelle il révolutionna encore plus nos conceptions de l’espace et du temps, donnant au passage naissance à la cosmologie théorique. Enfin, Einstein joua aussi un rôle majeur dans le développement de la physique quantique et de son interprétation (▷ paradoxe EPR), même s’il n’accepta jamais vraiment son aspect probabiliste. De façon plus anecdotique, il est aussi le père de divers modèles de réfrigérateur (▷ réfrigérateur d’Einstein et Szilard).
- ▷ Albert Einstein as a Philosopher of Science, Don A. Howard, Physics Today 58 (2005) p. 34
- ▷ Einstein : the classical physicist, J. S. Rowlinson, Notes & Records, the Royal Society Journal of the History of Science 59 (2005) p. 255
- ▷ Einstein’s impact on the physics of the twentieth century, Domenico Giulini & Norbert Straumann, Studies in History and Philosophy of Science Part B 37 (2006) p. 115
- ▷ Einstein as Engineer :The Case of the Little Machine, Ad Maas, Physics in Perspective 9 (2007) p. 305
- ▷ [Essay Review] How Relativity Got Accepted and How Einstein Came to be Regarded as its Author, Robert Deltete, Annals of Science 68 (2011) p. 261
- ▷ Pourquoi Einstein compte encore, Brian Greene, Pour la Science 457 (2015) p. 26
- Si Einstein m’était conté, Thibault Damour, (Flammarion, 2016)
- Einstein, les vies d’Albert, Vincenzo Barone, (De Boeck, 2017)
142 einstein (angl. einstein) Unité dans laquelle on peut exprimer le nombre de photons. Elle est définie par 1 E = 1 mol. Elle est notamment utilisée en radiométrie, l’éclairement photonique étant couramment exprimé en micro-einstein par mètre carré et par seconde (µE · m−2 · s−1).
143 Einstein (effet) (angl. Einstein effect) Nom donné au décalage vers le rouge de la fréquence d’un rayonnement émis dans un champ gravitationnel plus intense que celui du lieu où il est observé. Dans la limite des champs faibles ce décalage s’écrit
144 où f désigne la fréquence de l’onde, ∆Φ la différence de potentiel gravitationnel entre les deux lieux, et c la vitesse de la lumière. Cet effet découle directement du principe d’équivalence, sur lequel repose la relativité générale, et ne doit pas être confondu avec l’effet Doppler (▷ décalage vers le rouge). Son observation en astronomie pour des ondes électromagnétiques permet de mesurer indirectement le champ gravitationnel à la surface des étoiles. Il fut proposé en 1907 par Albert Einstein (1879–1955) et observé pour la première fois en 1925 par Walter Adams (1876–1956), qui mesura un décalage des raies spectrales dans la lumière reçue de l’étoile Sirius B (une naine blanche). Il fut ensuite mis en évidence par une expérience terrestre en 1959 (▷ expérience de Pound et Rebka).
- ▷ On the redshift of Sirius B, J. L. Greenstein, J. B. Oke et al., Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society 26 (1985) p. 279
- ▷ The gravitational red shift in a uniform field, Edward A. Desloge, American Journal of Physics 58 (1990) p. 856
- ▷ Measurements of gravitational redshift between 1959 and 1971, Klaus Hentschel, Annals of Science 53 (1996) p. 269
- ▷ On the interpretation of the redshift in a static gravitational field, L. B. Okun, K. G. Selivanov et al., American Journal of Physics 68 (2000) p. 115
146 Einstein (équations d’) (angl. Einstein field equations) Équation tensorielle qui relie le tenseur de Ricci Rµν, la courbure scalaire R et le tenseur énergieimpulsion Tµν, selon
147 où GN désigne la constante de Newton, c la vitesse de la lumière, gµν le tenseur métrique et Λ l’éventuelle constante cosmologique (▷ constante cosmologique). Cette équation constitue le cœur de la relativité générale et détermine la façon dont les densités et les flux d’énergie et de quantité de mouvement (le terme Tµν) courbent l’espace-temps (les termes R et Rµν). Dans le vide (Tµν = 0) et en l’absence de constante cosmologique, elle prend la forme simplifiée Rµν = 0. Elle fut écrite en 1915 par Albert Einstein (1879–1955), David Hilbert (1862–1943) la redémontrant peu après à partir d’un principe variationnel (▷ lagrangien d’Einstein-Hilbert). Les autres théories métriques (▷ théorie de Brans-Dicke) reposent sur des équations différentes. Attention : en raison de l’existence de diverses conventions pour définir les tenseurs géométriques apparaissant ici ainsi que pour le signe de la métrique, on la trouve également sans le signe −.
- ▷ Understanding the solutions of Einstein’s equations, M. A. H. MacCallum, Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society 26 (1985) p. 127
- ▷ The meaning of Einstein’s equation, John C. Baez & Emory F. Bunn, American Journal of Physics 73 (2005) p. 644
- ▷ Using worksheets to solve the Einstein equation, Thomas A. Moore, American Journal of Physics 84 (2016) p. 360
149 Einstein (modèle d’) (angl. Einstein model) Modélisation de la vibration des solides par les excitations d’un ensemble d’oscillateurs de même fréquence f0. Ce modèle permet de calculer de façon approchée la capacité calorifique des solides,
150 où R désigne la constante des gaz parfaits et où la température d’Einstein est définie par TE = hf0/kB, h désignant la constante de Planck et kB la constante de Boltzmann. Première application de la mécanique quantique à la physique des solides, ce modèle, proposé en 1907 par Albert Einstein (1879–1955), prédit une décroissance trop rapide de Cv avec la température. Il est raffiné dans l’approche de Debye (▷ modèle de Debye).
- ▷ [Notes and Discussions] Exact, Einstein, and Debye heat capacities of a one-dimensional crystal, J. M. Ramsey & E. A. Vogler, American Journal of Physics 45 (1977) p. 583
- ▷ “En attendant Debye…” (’Until Debye’ : the specific heat of solids), M. Hulin, European Journal of Physics 1 (1980) p. 222
152 Einstein–de Haas (effet) (angl. Einstein - de Haas effect) Mise en rotation d’un corps ferromagnétique qui se produit lorsqu’on le soumet à un champ magnétique externe. La rotation s’effectue autour d’un axe parallèle à la direction du champ magnétique appliqué qui a tendance à aligner les moments magnétiques du milieu. Ceux-ci étant associés à un moment cinétique microscopique, la loi de conservation du moment cinétique total impose que la variation de moment cinétique d’origine magnétique soit contrebalancée par la variation du moment cinétique purement mécanique (macroscopique), c’est-à-dire la rotation du matériau. Cet effet permet de mesurer le rapport gyromagnétique de l’électron. Il fut observé expérimentalement en 1915 par Albert Einstein (1879–1955) et Johannes de Haas (1878–1960). On le nomme aussi souvent effet de Haas, voire parfois effet Richardson comme il avait été auparavant prédit par Owens Richardson (1879–1959). L’effet inverse est nommé effet Barnett.
153 Einstein–de Sitter (effet) (angl. geodetic precession) Précession d’origine relativiste de l’axe de rotation d’un corps en orbite autour d’un objet massif. Lorsque l’orbite est circulaire de rayon r, la vitesse angulaire de précession est donnée à l’ordre le plus bas par
154 où GN désigne la constante de Newton, M la masse du corps attracteur, Rs son rayon de Schwarzschild et c la vitesse de la lumière. Cet effet, aussi nommé précession géodésique ou précession géodétique, est très semblable à la précession de Thomas. Lorsque l’objet massif attracteur est lui-même en rotation, une précession supplémentaire s’ajoute à l’effet Einstein-de Sitter (▷ effet Lense-Thirring). La précession géodésique fut prédite en 1916 par Willem de Sitter (1872–1934), et vérifiée expérimentalement en 1988 avec une précision de l’ordre du pourcent, grâce à la mesure par télémétrie laser de l’évolution de l’axe de rotation du système Terre-Lune autour du Soleil (l’effet est d’environ 2 secondes d’arc par siècle). L’expérience Gravity Probe B l’a également mesurée sur des gyroscopes mis en orbite autour de la Terre (environ 6,6 secondes d’arc par an). Elle prévoyait d’atteindre une précision relative de 10−4, mais n’a finalement pu obtenir qu’une précision de l’ordre de 1 %.
- ▷ Gyroscope precession and general relativity, Barry R. Holstein, American Journal of Physics 69 (2001) p. 1248
156 einsteinium (angl. Einsteinium) Élément de numéro atomique Z = 99, découvert en 1952 par Albert Ghiorso (1915–2010). Il est représenté par le symbole Es. Structure atomique : [Rn]7s26d05f11.
157 éjection de masse coronale (angl. coronal mass ejection) Éjection d’une bulle de plasma de haute énergie par la couronne d’une étoile, notamment le Soleil. Elle a pour origine des phénomènes magnétiques encore imparfaitement compris. Les éjections de masse coronale solaires se produisent avec des fréquences d’environ une tous les cinq jours lors des minima d’activité, et de trois par jour lors des maxima (▷ cycle solaire). Phénomènes de grande ampleur et de haute énergie, elles peuvent s’étaler sur des distances égales à plusieurs fois le rayon du Soleil et contenir des particules de vitesse bien supérieure à celle du vent solaire moyen. Elles sont par conséquent à l’origine d’orages magnétiques intenses (▷ événement Carrington), et l’on considère qu’elles pourraient provoquer, pour l’étoile où elles se produisent, des pertes importantes de masse et de moment cinétique. Leur étude pour d’autres étoiles que le Soleil reste toutefois très incomplète en raison d’un faible nombre d’observations.
- ▷ Coronal Mass Ejections, William J. Wagner, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 22 (1984) p. 267
- ▷ Solar Flares and Coronal Mass Ejections, S. W. Kahler, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 30 (1992) p. 113
- ▷ Éjections coronales et tempêtes spatiales, James Burch, Pour la Science 284 (2001) p. 46
- ▷ The Hydromagnetic Nature of Solar Coronal Mass Ejections, Mei Zhang & Boon Chye Low, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 43 (2005) p. 103
- ▷ Coronal Mass Ejections : Observations, David F. Webb & Timothy A. Howard, Living Reviews in Solar Physics 9 (2012)
159 Ekman (nombre d’) (angl. Ekman number) Nombre sans dimension caractérisant l’importance relative des forces de viscosité et de la force de Coriolis pour un fluide en rotation. Il est défini par
160 où ν désigne la viscosité cinématique, Ω la vitesse de rotation, L une longueur caractéristique de l’écoulement, Ro le nombre de Rossby et Re celui de Reynolds.
161 élargissement collisionnel (angl. collisional broadening) Élargissement d’une raie spectrale d’émission en raison des collisions entre les atomes qui composent le gaz émetteur. Ces collisions ayant pour conséquence de diminuer le temps caractéristique du processus d’émission, et donc la durée des trains d’onde formant la raie, cet effet réduit le temps de cohérence et augmente la largeur spectrale. On montre que le profil spectral de la raie suit une distribution lorentzienne. L’importance de ce phénomène augmente avec la fréquence des collisions, c’est-à-dire avec la densité numérique et avec la pression du gaz.
162 élargissement Doppler (angl. Doppler broadening) Élargissement de raies spectrales dû à l’effet Doppler qui résulte de la vitesse des atomes émetteurs dans le milieu. Pour un gaz à la température T, cet effet donne un profil de raie gaussien dont la déviation standard en fréquence ∆f vaut
163 où f désigne la fréquence centrale de la raie, m la masse des atomes, kB la constante de Boltzmann et c la vitesse de la lumière. Pour un gaz atomique à température ambiante, cet élargissement est de l’ordre de ∆f/f ∼ 10−6. Cet effet n’est sensible ni à la pression ni à la densité du gaz.
164 élargisseur de faisceau (angl. beam expander) Dispositif optique afocal permettant d’élargir la section d’un faisceau parallèle. Il peut être constitué, par exemple, de deux lentilles convergentes de focales \(f^{\prime}{ }_1 \text { et } f^{\prime}{ }_2\), disposées de sorte que le foyer objet de la seconde coïncide avec le foyer image de la première. La dimension latérale du faisceau est alors élargie par un facteur \(f^{\prime}{ }_2 / f^{\prime}{ }_1\). Les élargisseurs de faisceau sont notamment utilisés pour obtenir un faisceau large à partir de la lumière issue d’un laser. Ils sont parfois munis d’un filtre spatial qui permet de ne sélectionner qu’un mode de propagation (▷ épurateur).
165 élasticité (angl. elasticity) Propriété des corps qui se déforment sous l’action d’une contrainte (force ou couple) et qui reviennent à leur forme initiale lorsque la contrainte est supprimée. Ce retour à la forme initiale n’est pas instantané, il est précédé d’une phase de relaxation au cours de laquelle le système peut se mettre à osciller (▷ ressort).
- ▷ Leonhard Euler’s Elastic Curves, W. A. Oldfather, C. A. Ellis et al., ISIS 20 (1933) p. 72
- ▷ La mécanique théorique des corps flexibles (1638-1788) et les premières tentatives de « spéculations fonctionnelles » au XVIIIè siècle, Georges Bouligand, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 17 (1964) p. 13
- ▷ Mathematical Technique and Physical Conception in Euler’s Investigation of the Elastica, Craig G. Fraser, Centaurus 34 (1991) p. 211
- ▷ Kirchhoff’s theory of rods, Ellis Harold Dill, Archive for history of exact sciences 44 (1992) p. 1
- ▷ Nonlinear Mesoscopic Elasticity : Evidence for a New Class of Materials, Robert A. Guyer & Paul A. Johnson, Physics Today 52 (1999) p. 30
- ▷ From classical to Voigt’s molecular models in elasticity, Danilo Capecchi, Giuseppe Ruta et al., Archive for history of exact sciences 64 (2010) p. 525
167 élastique ▶ 1. Qualifie un corps qui, après avoir été déformé par l’action d’une contrainte externe, revient à sa forme initiale lorsque la contrainte est relâchée. Les déformations élastiques sont réversibles. Il existe généralement une limite, appelée limite d’élasticité, au-delà de laquelle (pour des contraintes trop importantes) le comportement du corps cesse d’être élastique (▷ écoulement plastique). ▶ 2. Qualifie une collision au cours de laquelle l’énergie cinétique totale des corps est conservée.
- ▷ La septième règle du choc élastique de Christian Huygens, Pierre Costabel, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 10 (1957) p. 120
- ▷ The young Huygens solves the problem of elastic collisions, Herman Erlichson, American Journal of Physics 65 (1997) p. 149
169 Eldrige (expérience d’) Expérience permettant de mesurer la distribution des vitesses dans un gaz, à l’aide de deux disques en rotation percés de fentes. Le premier disque permet de sélectionner la position initiale des particules, alors que le second ne laisse passer que celles qui ont une vitesse donnée.
170 électret (angl. electret) Corps possédant une polarisation diélectrique permanente suite à sa solidification en présence d’un champ électrique externe. Il s’agit alors d’un état métastable. Par exemple, de nombreuses cires possèdent cette propriété, les substances ferroélectriques pouvant aussi être utilisées pour former des électrets. Les électrets sont employés dans certains types de microphones, ainsi que dans des photocopieuses, où ils captent les gouttes d’encre préalablement chargées.
- ▷ Transducteur électrostatique, Lucien Sellier, Bulletin de l’Union des Physiciens 77 (1982) p. 67
172 électricité (angl. electricity) ▶ 1. Nom générique donné aux phénomènes faisant intervenir le transport de charges électriques. L’électricité est utilisée pour transporter l’énergie domestique et pour alimenter de nombreux dispositifs, appelés appareils électriques. Les charges électriques transportées sont généralement des électrons, mais il peut aussi s’agir de trous (▷ semiconducteurs) ou d’ions (▷ pile). ▶ 2. Domaine de la physique qui s’intéresse aux courants électriques et à leurs relations avec la tension électrique, dans les circuits électriques et les composants (▷ résistance, condensateur, inductance, générateur, etc.). On réserve le terme « électronique » aux systèmes faisant intervenir des dispositifs semiconducteurs (▷ électronique). ▶ 3. Nom donné au domaine de la physique qui s’intéresse aux champs électriques. On utilise aussi les termes « électrostatique » et « électromagnétisme », plus précis.
- ▷ Eighteenth-Century Identifications of Electricity with Phlogiston, William M. Sudduth, Ambix 25 (1978) p. 131
- ▷ Aperçus sur l’histoire de l’électricité et du magnétisme, Jean Rosmorduc, Bulletin de l’Union des Physiciens 696 (1987) p. 815
- ▷ Un accès aux sources imprimées de l’histoire de l’électricité et du magnétisme : Le conservatoire numérique du Conservatoire national des arts et métiers, André Guillerme, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 54 (2001) p. 115
- ▷ [Bac to basics] L’électricité, Eric Bringuier, La Recherche 358 (2002) p. 91
- ▷ A collection of homework problems about the application of electricity and magnetism to medicine and biology, Bradley J. Roth & Russell K. Hobbie, American Journal of Physics 82 (2014) p. 422
- Histoire de l’électricité – De l’ambre à l’électron, Gérard Borvon, (Vuibert, 2009)
175 électricité statique Nom donné aux phénomènes électrostatiques, en particulier quand ils sont dûs à la triboélectricité. Il s’agit par exemple de l’arc électrique que l’on peut voir dans le noir en enlevant un pull en matière synthétique, ou de la décharge que l’on ressent quand on touche un objet métallique relié à la terre après avoir marché avec des chaussures dont la semelle est isolante.
- ▷ L’électricité de salon, Bernadette Bensaude-Vincent, Cahiers de Science et Vie 28 (1995) p. 26
- ▷ La douleur en « moins », le plaisir en « plus », Johne L. Heilbron, Cahiers de Science et Vie 28 (1995) p. 38
- ▷ Des paratonnerres pour la nanoélectronique, Steven Voldman, Pour la Science 306 (2003)
- ▷ D’où vient l’électricité statique ?, Meurig Williams, Pour la Science 425 (2013) p. 44
177 électro-aimant (angl. electromagnet) Aimant dont le moment magnétique, temporaire, est dû au passage d’un courant électrique dans un circuit (la bobine). Inventés en 1820 par André Ampère (1775–1836) et François Arago (1786–1853), puis grandement améliorés en 1828 par Joseph Henry (1797–1878), les électro-aimants sont aujourd’hui d’utilisation très courante. On les emploie comme source de champ magnétique, par exemple pour soulever des objets métalliques ou pour soumettre des échantillons à ce champ, et ils interviennent également dans certains appareils de mesures magnétiques (▷ galvanomètre à cadre mobile). Dans un électro-aimant, l’induction magnétique créée croît avec l’intensité du courant qui traverse la bobine, mais la valeur maximale que l’on peut atteindre est limitée par deux phénomènes. D’une part, une intensité élevée provoque un échauffement important par effet Joule ; on peut cependant contourner ce problème en ventilant le dispositif ou en recourant à des bobines supraconductrices. D’autre part, les forces de Laplace qui agissent sur la bobine elle-même peuvent la faire éclater. Il faut donc utiliser une structure très solide (▷ solénoïde de Bitter), et l’on arrive ainsi à réaliser des champs de quelques dizaines de teslas. En acceptant de laisser les forces de Laplace détruire le dispositif pour ne produire le champ que pendant un temps court, on peut même arriver à des valeurs de quelque centaines de teslas.
- ▷ The Bellevue Grand Électroaimant, 1900-1940 : Birth of a Research-Technology Community, Terry Shinn, Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 24 (1993) p. 157
- ▷ Les aimants les plus puissants du monde, Greg Boebinger, Al Passner et al., Pour la Science 214 (1995) p. 62
179 électrocapillarité Influence de la présence de charges électriques surfaciques sur la tension superficielle d’une interface séparant deux milieux.
180 électrocinétique Nom donné au domaine de la physique qui s’intéresse aux phénomènes électriques dans les circuits électriques. On emploie aussi le terme plus vague d’électricité. On distingue parfois l’électrocinétique de l’électronique en réservant le second terme aux circuits contenant des composants non linéaires, en particulier des diodes ou des transistors.
- ▷ D’où proviennent certaines erreurs rencontrées chez les élèves et les étudiants en électrocinétique ? Peut-on y remédier ?, Jean-Louis Closet, Bulletin de l’Union des Physiciens 78 (1983) p. 81
- ▷ The Electrical Imagination : Sound Analogies, Equivalent Circuits, and the Rise of Electroacoustics, 1863–1939, Roland Wittje, Osiris 28 (2013) p. 40
182 électrode (angl. electrode) Partie d’un dispositif électrique ou électronique où des charges électriques sont échangées avec l’extérieur (▷ anode, cathode).
183 électrodynamique (angl. electrodynamics) Domaine de la physique décrivant conjointement l’évolution des champs électromagnétiques et le mouvement des corps électriquement chargés. On distingue l’électrodynamique classique de l’électrodynamique quantique, cette dernière permettant de rendre compte des propriétés quantiques du champ électromagnétique et des particules portant les charges électriques.
- ▷ What Were Ampere’s Earliest Discoveries in Electrodynamics ?, L. Pearce Williams, ISIS 74 (1983) p. 492
- ▷ Vision physique « éthérienne », mathématisation « laplacienne » : l’électrodynamique d’Ampère, Christine Blondel, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 42 (1989) p. 123
- ▷ The Electrodynamics of Moving Bodies from Faraday to Hertz, Olivier Darrigol, Centaurus 36 (1993) p. 245
- ▷ The Electrodynamic Origins of Relativity Theory, Olivier Darrigol, Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 26 (1996) p. 241
- Electrodynamics form Ampère to Einstein, Olivier Darrigol, (Oxford University Press, 2000)
186 électrodynamique classique (angl. classical electrodynamics) Domaine de la physique s’intéressant à l’évolution des champs électromagnétiques et des charges électriques d’un point de vue non quantique. Il s’appuie sur :
- — les équations de Maxwell, qui décrivent la dynamique du champ électromagnétique de façon relativiste ;
- — la force de Lorentz, qui permet de décrire l’effet des champs sur le mouvement des charges électriques, de façon relativiste ou non, selon les lois du mouvement considérées.
188 Ces deux aspects peuvent être décrits de façon unifiée dans une formulation lagrangienne de l’électrodynamique (▷ lagrangien de l’électrodynamique).
- ▷ The Abraham theory of the electron : The symbiosis of experiment and theory, Stanley Goldberg, Archive for history of exact sciences 7 (1970) p. 7
- ▷ Henri Poincaré’s criticism of Fin De Siècle electrodynamics, Olivier Darrigol, Studies in History and Philosophy of Science Part B 26 (1995) p. 1
- ▷ Aux confins de l’électrodynamique maxwellienne, Olivier Darrigol, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 51 (1998) p. 5
- Electrodynamics form Ampère to Einstein, Olivier Darrigol, (Oxford University Press, 2000)
191 électrodynamique quantique (angl. quantum electrodynamics ; QED) Domaine de la physique s’intéressant à l’évolution couplée des champs électromagnétiques et des charges électriques, d’un point de vue quantique. Elle s’appuie sur la théorie quantique des champs à laquelle elle a historiquement donné naissance. L’électrodynamique quantique permet notamment de décrire la lumière en termes de photons, et prédit certains effets absents de la théorie classique de l’électrodynamique (▷ déplacement de Lamb). Sa version relativiste est incluse dans le modèle standard de la physique des particules.
- ▷ [Resource Letter] TQE-1 : Tests of Quantum Electrodynamics, Morton M. Sternheim, American Journal of Physics 40 (1972) p. 1363
- ▷ A Path to Quantum Electrodynamics, Julian Schwinger, Physics Today 42 (1989) p. 42
- ▷ Attitudes towards Infinities : Responses to Anomalies in Quantum Electrodynamics, 1927-1947, Alexander Rueger, Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 22 (1992) p. 309
- ▷ L’électrodynamique quantique en cavité, Serge Haroche & Jean-Michel Raymond, Pour la Science 188 (1993) p. 40
- ▷ Early Quantum Electrodynamics, Sam Schweber, Studies in History and Philosophy of Science Part B 26 (1995) p. 201
- ▷ [Resource Letter] QEDV-1 : The QED vacuum, Walter Greiner & Stefan Schramm, American Journal of Physics 76 (2008) p. 509
- QED and the men who made it : Dyson, Feynman, Schwinger, and Tomonaga, Silvan S. Schweber, (Princeton University Press, 1994)
194 électrodynamomètre (angl. electrodynamometer) Dispositif permettant de déterminer un courant à partir de la mesure d’une force de Laplace. Il est généralement constitué d’une bobine parcourue par le courant en question et placée dans un champ magnétique. La force de Laplace subie par la bobine est alors équilibrée par une force connue (▷ balance de courant). Lorsque le champ magnétique est lui-même créé par le courant à mesurer, grâce à une seconde bobine, la force de Laplace est proportionnelle au carré de l’intensité électrique, ce qui implique que le dispositif permet de mesurer directement des puissances électriques. Le premier électrodynamomètre fut inventé en 1846 par Wilhelm Weber (1804–1891).
195 électroluminescence (angl. electroluminescence) Émission de lumière par un système excité par le passage d’un courant électrique. Ce phénomène est mis en œuvre dans les diodes électroluminescentes.
- ▷ Pierre Poliniere, Francis Hauksbee, and Electroluminescence : A Case of Simultaneous Discovery, David W. Corson, ISIS 59 (1968) p. 402
197 électromagnétisme (angl. electromagnetism) Domaine de la physique qui s’intéresse aux champs électriques et magnétiques ainsi qu’à leurs relations avec les charges et les courants électriques. Ce terme désigne notamment la théorie qui décrit de manière unifiée ces champs. Les étapes majeures dans son développement furent la découverte faite par Hans Christian Œrsted (1777–1851) (▷ expérience d’Œrsted), les expériences de Faraday ainsi que l’écriture des équations de Maxwell (▷ équations de Maxwell). Ces équations aux dérivées partielles couplées, écrites sous leur forme finale en 1873 par le physicien écossais James Clerk Maxwell (1831–1879), permirent de prédire l’existence des ondes électromagnétiques et de comprendre leurs propriétés, mais également de réaliser que la lumière visible en est un type particulier. Cette modélisation de la lumière, en accord avec la théorie ondulatoire de Huygens-Fresnel, expliqua plusieurs nouveaux phénomènes liés au fait que le champ électromagnétique est un champ vectoriel et non scalaire (▷ polarisation). Par ailleurs, l’unification de la description de la lumière avec celle de l’électricité et du magnétisme résulta en une interprétation physique de diverses grandeurs qui étaient auparavant ad hoc (▷ indice optique) et permit de traiter de nombreux problèmes physiques plus complexes qui mettent en jeu l’interaction de la lumière avec la matière.
- ▷ Action at a Distance in Nineteenth Century Electrodynamics, A. E. Woodruff, ISIS 53 (1962) p. 439
- ▷ Maxwell and the Direct Experimental Test of His Electromagnetic Theory, Thomas K. Simpson, ISIS 57 (1966) p. 411
- ▷ H. A. Lorentz and the Electromagnetic View of Nature, Russell McCormmach, ISIS 61 (1970) p. 459
- ▷ Completeness as a Goal in Maxwell’s Electromagnetic Theory, Daniel M. Siegel, ISIS 66 (1975) p. 361
- ▷ The heuristic role of Maxwell’s mechanical model of electromagnetic phenomena, Alan F. Chalmers, Studies in History and Philosophy of Science Part A 17 (1986) p. 415
- ▷ A study in theory unification : The case of Maxwell’s electromagnetic theory, Margaret Morrison, Studies in History and Philosophy of Science Part A 23 (1992) p. 103
- Electrodynamics form Ampère to Einstein, Olivier Darrigol, (Oxford University Press, 2000)
200 électromètre ▶ 1. Autre nom pour l’électroscope. ▶ 2. Dispositif permettant de mesurer des charges électriques, des différences de potentiel et des courants extrêmement faibles (jusqu’à 10−15 A). Il s’agit généralement d’un voltmètre dont l’impédance d’entrée est extrêmement élevée.
- ▷ De l’électroscope à l’électromètre, Xavier Roqué, Cahiers de Science et Vie 24 (1994) p. 53
- ▷ Ions, electrometers, and physical constants : Paul Langevin’s laboratory work on gas discharges, 1896-1903, Benoît Lelong, Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 36 (2005) p. 93
202 électron (angl. electron) Particule élémentaire de charge électrique négative qui, avec les noyaux, constitue les atomes et les molécules par interaction électromagnétique. La distribution des électrons les plus externes autour des noyaux centraux détermine les propriétés chimiques des éléments, l’électron jouant également un rôle important dans les phénomènes de conduction électrique. Du point de vue de la physique des particules, c’est une particule élémentaire du type lepton, de spin 1/2 (c’est un fermion), de masse
203 de charge électrique
204 où qe est la charge électrique élémentaire, et de moment magnétique µe = 1, 00116 µB où µB désigne le magnéton de Bohr (▷ moment magnétique anormal). Le mot « électron » fut introduit en 1891 par George Stoney (1826–1911), à une époque où l’hypothèse selon laquelle la charge électrique se présentait sous la forme d’entités discrètes commençait à être répandue. L’électron fut découvert expérimentalement en 1897 par Joseph Thomson (1856–1940) qui mit en évidence sa nature corpusculaire, son propre fils, George Paget Thomson (1892–1975), prouvant plus tard la nature ondulatoire de l’électron par l’intermédiaire d’une expérience de diffraction par un réseau cristallin (▷ diffraction d’électrons, diffraction de Bragg).
- ▷ The discovery of the electron, G.E. Owen, Annals of Science 11 (1955) p. 173
- ▷ Who Named the -ON’s ?, Charles T. Walker & Glen A. Slack, American Journal of Physics 38 (1970) p. 1380
- ▷ George Johnstone Stoney, F.R.S., and the Concept of the Electron, J. G. O’Hara, Notes & Records, the Royal Society Journal of the History of Science 29 (1975) p. 265
- ▷ Bref historique de l’émergence du concept d’électron, Pierre Fréchengues & Jean-Michel Dusseau, Bulletin de l’Union des Physiciens 808 (1998) p. 1573
- ▷ [Colloquium] Photons and electrons as emergent phenomena, Michael Levin & Xiao-Gang Wen, Reviews of Modern Physics 77 (2005) p. 871
206 électron Auger (angl. Auger electron) Électron émis par effet Auger.
207 électron de cœur (angl. core electron) Nom générique donné aux électrons qui, dans un atome, occupent des orbitales de basse énergie et ne participent pas aux liaisons covalentes dans les molécules et les cristaux. S’opposent aux électrons de valence.
208 électron élastiquement lié (modèle de l’) (angl. Lorentz model) Modèle atomique dans lequel l’électron est représenté par une charge liée à un noyau par une force de rappel \(\vec{F}=-k \vec{x}\) où \(\vec{x}\) désigne le déplacement par rapport à une position d’équilibre et k une constante caractéristique de l’atome considéré. Ce modèle se justifie si l’on décrit l’électron par une distribution volumique de charge entourant le noyau. Cette description s’inspire des résultats de la mécanique quantique en substituant une distribution de charge à la distribution de probabilité. C’est cependant un modèle classique qui permet d’expliquer la polarisabilité des atomes. En effet, lorsque l’atome est soumis à un champ électrique externe, le nuage électronique se déforme, et son barycentre se déplace pour finir par ne plus coïncider avec la position du noyau. Il en résulte une force de rappel qui tend à ramener l’électron vers le noyau. Pour des champs électriques faibles devant le champ du noyau, on peut considérer que cette force augmente linéairement avec le déplacement. Ce modèle permet notamment de décrire l’interaction entre les atomes et les ondes lumineuses et de calculer la variation de l’indice de réfraction des milieux diélectriques avec la longueur d’onde. Il fut introduit à la fin du xixe siècle par Hendrik Lorentz (1853–1928) et on l’appelle aussi modèle de Lorentz.
- ▷ Autour du modèle de l’électron élastiquement lié, Olivier Joachim, Bulletin de l’Union des Physiciens 830 (2001) p. 141
210 électron libre (angl. free electron) Électron qui n’est pas lié à un potentiel. On trouve des électrons libres dans les plasmas et, en première approximation, on peut aussi considérer que les électrons de conduction dans les métaux sont libres (▷ modèle de Drude, modèle de Sommerfeld).
211 électron de valence (angl. valence electron) ▶ 1. Électron situé dans les couches externes de l’atome et susceptible de participer à des liaisons covalentes. ▶ 2. Électron situé dans la bande de valence d’un solide (▷ bande de valence).
212 électron-volt [eV] (angl. electron-volt) Unité d’énergie correspondant à la variation d’énergie électrostatique lorsqu’un corps de charge électrique égale à la charge élémentaire est déplacé entre deux points dont le potentiel électrostatique diffère d’un volt. On l’écrit aussi électron-volt. Elle est reliée au joule du Système International d’unités par
213 où le rapport entre ces deux unités est la valeur, en coulombs, de la charge élémentaire, qui est, par convention et depuis 2019, une constante connue sans incertitude dans le cadre du Système International d’unités. L’électronvolt est plus adaptée que le joule dans les domaines de la physique atomique et de la physique des hautes énergies, où l’on emploie aussi ses multiples keV, MeV et GeV (▷ physique des hautes énergies). Il correspond en effet en ordre de grandeur aux énergies mises en jeu dans des réactions chimiques, ou à celle des photons dans le domaine visible (de 1,5 à 3,5 eV environ), alors que le MeV est quant à lui proche de l’énergie de masse de l’électron et des énergies radioactives, et que le GeV est de l’ordre de l’énergie de masse des nucléons.
214 électronique (angl. electronics) ▶ 1. Qui se réfère à l’électron. ▶ 2. Domaine de la physique qui s’intéresse aux phénomènes de conduction électrique et aux équipements associés. On réserve généralement le terme « électronique » aux cas où des dispositifs semiconducteurs sont présents (diodes, transistors, amplificateurs opérationnels), et on n’utilise le terme « électricité » que pour les circuits plus simples qui ne comprennent que des résistances, des condensateurs et des bobines.
- ▷ An undergraduate laboratory course in electronics, P. H. Borcherds, European Journal of Physics 1 (1980) p. 25
- ▷ Physics of digital devices, Robert W. Keyes, Reviews of Modern Physics 61 (1989) p. 279
- ▷ The Tangled Prelude to the Age of Silicon Electronics, Frederick Seitz, Proceedings of the American Philosophical Society 140 (1996) p. 289
- ▷ First Use of Crystal Rectifiers in Wireless, Frederick Seitz & Norman G. Einspruch, Proceedings of the American Philosophical Society 142 (1998) p. 639
- ▷ An Organic Electronics Primer, George Malliaras & Richard Friend, Physics Today 58 (2005) p. 53
216 électronique de puissance (angl. power electronics) Branche de l’électronique s’intéressant aux puissances élevées et aux dispositifs qui permettent de convertir celles-ci sous une forme non électrique. Elle fait appel à des composants et des techniques spécifiques.
217 électronique quantique (angl. quantum electronics) Branche moderne de l’électronique qui s’intéresse aux situations dans lesquelles les propriétés ondulatoires des électrons individuels doivent être prises en compte. C’est le cas notamment lorsque l’on cherche à miniaturiser un composant à une taille inférieure à la longueur d’onde de de Broglie des électrons.
218 électronique de spin (angl. spintronics) Nom générique donné à l’ensemble des phénomènes et des dispositifs dans lesquels la conduction électrique est affectée par le spin des porteurs de charge. Par exemple, dans les métaux ferromagnétiques les électrons de spins up et down ont des conductivités différentes. Des dispositifs de plus en plus nombreux sont basés sur les effets qui découlent de l’électronique de spin (▷ magnétorésistance géante, effet Hall de spin). On utilise aussi le terme spintronique.
- ▷ L’électronique de spin, Albert Fert & Frédéric Petroff, Images de la Physique (2000) p. 74
- ▷ Spintronics : Fundamentals and applications, Igor Žutic, Jaroslav Fabian et al., Reviews of Modern Physics 76 (2004) p. 323
- ▷ Spintronique : le spin s’invite en électronique, Claude Chappert & Albert Fert, Images de la Physique (2005) p. 192
- ▷ [Resource Letter] STMN-1 : Spin transport in magnetic nanostructures, Kristl Hathaway & E. Dan Dahlberg, American Journal of Physics 75 (2007) p. 871
- ▷ [Nobel Lecture] Origin, development, and future of spintronics, Albert Fert, Reviews of Modern Physics 80 (2008) p. 1517
- ▷ Des ondes de spin pour l’électronique, M. Cazayous, Y. Gallais et al., Pour la Science 409 (2011) p. 114
220 électrophore (angl. electrophorus) Dispositif électrostatique conçu en 1775 par Alessandro Volta (1745–1827). Il consiste en un disque de métal posé sur un bloc de résine préalablement chargé négativement en le frottant avec une fourrure. Le contact avec le disque de métal est en général suffisamment mauvais pour que les charges négatives ne se transfèrent pas au disque. Au contraire, la face du disque en contact avec la résine se charge positivement par influence électrostatique. Si l’on met le disque en contact avec la terre en même temps qu’on l’approche de la résine, il se charge positivement. Ce dispositif permet ensuite d’accumuler la charge positive en le mettant en contact avec un condensateur (▷ machine électrostatique).
- ▷ Richmann’s Experiment and the Electrophorus, Leonid N. Kryzhanovsky, Centaurus 34 (1991) p. 119
222 électrophorèse (angl. electrophoresis) Technique de séparation de molécules chargées à l’aide d’un champ électrique. La mobilité d’une molécule dépend non seulement de sa charge, mais aussi par exemple de sa taille et de sa forme, et des molécules distinctes migrent donc avec des vitesses différentes.
- ▷ Contribution to the History of Paper Electrophoresis, Dionysio von Klobusitzky, ISIS 61 (1970) p. 255
224 électrorhéologique Qualifie un fluide dans lequel la viscosité est affectée par la présence d’un champ électrique.
- ▷ Des fluides « intelligents » ?, George Bossis & Élisabeth Lemaire, La Recherche 224 (1990) p. 1096
- ▷ Les fluides électro-rhéologiques, Thomas Halsey & James Martin, Pour la Science 194 (1993) p. 60
226 électroscope (angl. electroscope) Dispositif permettant de mettre en évidence la présence de charges électriques par le phénomène d’influence. Par exemple, l’électroscope à feuilles d’or est constitué de deux feuilles d’or attachées par leur extrémité supérieure à un conducteur. L’approche d’une charge électrique induit une distribution de charge qui écarte les feuilles d’or, celles-ci étant chargées de la même façon. La décharge spontanée des électroscopes a permis de montrer l’existence de rayons ionisants dans l’atmosphère. En particulier, son utilisation lors de vols en ballons a conduit Victor Hess (1883–1964) à la découverte des rayons cosmiques.
- ▷ De l’électroscope à l’électromètre, Xavier Roqué, Cahiers de Science et Vie 24 (1994) p. 53
228 électrostatique (angl. electrostatics) Domaine de la physique s’intéressant aux champs électriques et aux distributions de charges électriques statiques. Il s’agit d’un sous-domaine de l’électromagnétisme.
- ▷ voir encadré.
- ▷ Quelques questions encore posées aujourd’hui par l’histoire de l’électrostatique, Bertrand Wolff & Christine Blondel, Bulletin de l’Union des Physiciens 935 (2011) p. 705
230 électrostriction Contraction d’un corps sous l’action d’un champ électrique. Cet effet, présent dans la silice, est responsable de l’effet Kerr dans certaines fibres optiques par exemple.
- ▷ Rayleigh’s electrified water drops, J. M. H. Peters, European Journal of Physics 1 (1980) p. 143
232 élément (angl. element) Nom collectif donné aux atomes dont les noyaux ont le même numéro atomique Z (et donc la même charge électrique). On attribue à chacun un symbole constitué d’une, deux ou trois lettres (en général les premières lettres du nom latin). Par exemple, le carbone est l’élément de numéro atomique Z = 6, et on le note C. À un même élément sont associés plusieurs isotopes, qui ont généralement des structures électroniques et des propriétés chimiques très similaires. Les éléments sont souvent présentés dans la classification périodique des éléments.
- ▷ The Discovery of Supposed New Elements : Two Centuries of Errors, V. Karpenko, Ambix 27 (1980) p. 77
- ▷ From Elements to Atoms : A History of Chemical Composition, Robert Siegfried, Transactions of the American Philosophical Society 92 (2002) p. 1
- ▷ L’étymologie des éléments chimiques, Laurent Marthinet, Bulletin de l’Union des Physiciens 840 (2002) p. 127
- ▷ À propos de l’étymologie des noms des éléments, Maurice Aurès, Bulletin de l’Union des Physiciens 843 (2002) p. 737
- ▷ Are the Elements Elementary ? Nineteenth-Century Chemical and Spectroscopical Answers, Matteo Leone & Nadia Robotti, Physics in Perspective 5 (2003) p. 360
Électrostatique
234 élément artificiel (angl. artificial element) Nom générique des éléments dont le numéro atomique est supérieur à 92, que l’on ne trouve pas à l’état naturel. Ils sont instables et doivent être produits artificiellement en laboratoire par des réactions nucléaires.
235 élément superlourd (angl. super-heavy element) Autre nom donné aux transactinides. ▷ transactinide.
- ▷ The discovery of the heaviest elements, S. Hofmann & G. Münzenberg, Reviews of Modern Physics 72 (2000) p. 733
- ▷ Les fabricants de superlourds, Viviane Thivent, La Recherche 403 (2006) p. 52
- ▷ Superheavy elements and the upper limit of the periodic table : early speculations, Helge Kragh, European Journal of Physics H 38 (2013) p. 411
- ▷ Search for Superheavy Nuclei, J.H. Hamilton, S. Hofmann et al., Annual Review of Nuclear and Particle Science 63 (2013) p. 383
- ▷ La course aux éléments superlourds, Christoph Düllmann & Michael Block, Pour la Science 496 (2019) p. 28
237 élémentaire ▶ 1. Qualifie une particule qui ne présente pas de structure interne, et ne semble donc pas constituée de sous-éléments. Le caractère élémentaire d’une particule peut être remis en cause par des observations plus précises, comme ce fut le cas pour le proton ou le neutron, mais il peut également dépendre du cadre théorique dans lequel on se place. Par exemple, en physique nucléaire il est courant de considérer que les nucléons sont élémentaires, les énergies mises en jeu étant très faibles devant celles qui permettent d’exciter leurs degrés de liberté internes. Si elle est instable, une particule élémentaire peut se désintégrer en particules de types différents, même si ces dernières ne sont pas des constituants de la particule initiale. Ainsi, un muon peut se désintégrer en un électron, un neutrino muonique et un anti-neutrino électronique, sans être pour autant composé de ces particules. De même, la réaction entre deux particules élémentaires peut donner naissance à des particules distinctes. Dans le cadre de la physique quantique, les particules élémentaires ne peuvent et ne doivent pas être considérées comme des entités ponctuelles bien localisées dans l’espace. ▶ 2. Qualifie une grandeur (ou la variation d’une grandeur) que l’on peut considérer comme infiniment petite. On peut alors généralement la représenter par un élément différentiel, noté dA, δA ou đA, si la grandeur de départ est notée A. Dans beaucoup de situations, le rapport δA/δx de deux éléments différentiels tend vers la dérivée A′(x), lorsque la variation élémentaire δx de x entraîne une variation δA de la grandeur A(x).
- ▷ Les quarks sont-ils élémentaires ?, Élémentaire 4 (2006) p. 63
239 elfe (angl. elves) Éclair se produisant à haute altitude à la base de l’ionosphère, au-dessus des nuages. Ces éclairs prennent la forme d’une galette, mais sont formés par des anneaux en rapide expansion, dans lesquels des électrons accélérés par le champ électrique d’un éclair ionisent les molécules contenues dans l’air. Les elfes sont parfois suivis de farfadets ou sylphes. Le mot « elfe » est la traduction de l’acronyme facétieux de « Emission of Light and Very low frequency perturbations from Electromagnetic pulse Sources », qui pourrait se traduire par « Émission de Lumière et de perturbations à très basse Fréquence par des sources d’impulsions Électromagnétiques ».
- ▷ La foudre au-dessus des nuages, Stephen Mende, David Sentman et al., Pour la Science 240 (1997) p. 48
- ▷ Sprites, Elves, and Glow Discharge Tubes, Earle R. Williams, Physics Today 54 (2001) p. 41
- ▷ De l’orage dans l’air, Serge Chauzy, Bulletin de l’Union des Physiciens 913 (2009) p. 369
- ▷ La face cachée des orages, Elisabeth Blanc & Thomas Farges, Pour la Science 416 (2012) p. 48
ellipse
ellipse
L’ellipse et ses points remarquables. Les points F1 et F2 désignent les foyers, a le demi-grand axe, e l’excentricité. Pour tous les points M appartenant à l’ellipse, la somme F1M +MF2 est constante et vaut 2a. 241 ellipse (angl. ellipse) Courbe plane fermée constituée de l’ensemble des points d’un plan dont la somme des distances par rapport à deux points, nommés les foyers de l’ellipse, est constante. Le cercle est donc un cas particulier d’ellipse dont les deux foyers sont confondus. Son équation peut s’écrire en coordonnées cartésiennes
242 où a désigne le demi-grand axe et b (tel que 0 < b < a) le demi-petit axe (écriture qui suppose une ellipse dont le centre est confondu avec l’origine et dont les axes sont parallèles à ceux du repère). En coordonnées polaires (l’origine étant située au foyer), elle a pour équation
243 où p désigne le paramètre de l’ellipse et e son excentricité, reliés à a et b par
244 Les deux foyers F1 et F2 qui caractérisent l’ellipse sont situés sur le grand axe à une distance c = ea du centre C. La dernière égalité se réécrit sous la forme du théorème de Pythagore a2 = b2+c2. Les foyers interviennent notamment dans la description des trajectoires suivies par un corps sous l’action d’une force centrale attractive en 1/r2 (▷ conique, lois de Kepler).
- ▷ Note on Epicycles & the Ellipse from Copernicus to Lahire, Carl B. Boyer, ISIS 38 (1947) p. 54
- ▷ Kepler ellipse, Arjun Tan, American Journal of Physics 47 (1979) p. 741
- ▷ The justification of Kepler’s ellipse, Brian S. Baigrie, Studies in History and Philosophy of Science Part A 21 (1990) p. 633
246 ellipsoïde (angl. ellipsoid) Surface dont l’équation peut s’écrire sous la forme
247 dans un système de coordonnées cartésiennes (x, y, z) bien choisi et où a, b et c désignent trois constantes. Lorsque deux de ces constantes sont égales, la surface est appelée ellipsoïde de révolution et c’est une sphère de rayon R si a = b = c = R. Les ellipsoïdes permettent par exemple de décrire la forme adoptée par un fluide incompressible autogravitant en rotation pas trop rapide (▷ ellipsoïde de Mac Laurin, ellipsoïde de Jacobi, ellipsoïde de Riemann), mais on les rencontre également dans diverses autres domaines de la physique (▷ ellipsoïde des indices).
248 ellipsoïde de Heaviside (angl. Heaviside ellipsoid) Surface permettant de visualiser l’anisotropie du champ électrique créé par une charge électrique q en mouvement à la vitesse v. Dans l’espace Ex, Ey, Ez, le champ généré par une charge en mouvement dans la direction z est représenté par un ellipsoïde aplati d’un facteur \(\left(1-\beta^2\right)^{3 / 2}\) dans la direction z, où β = v/c. À la distance r, la norme de ce champ est donnée par
249 où θ désigne la colatitude du point considéré, en coordonnées sphériques.
- ▷ The easiest way to the Heaviside ellipsoid, Valery P. Dmitriyev, American Journal of Physics 70 (2002) p. 717
251 ellipsoïde des indices (angl. optical indicatrix) Pour une onde polarisée linéairement selon une direction \(\vec{u}\), surface qui permet de déterminer géométriquement l’indice de réfraction d’un milieu anisotrope. Son équation s’écrit
252 où nx, ny et nz désignent trois valeurs de l’indice caractérisant le milieu et (ux, uy, uz) les composantes du vecteur unitaire \(\vec{u}\). La distance entre le centre et le point d’intersection de cette surface avec la direction \(\vec{u}\) est proportionnelle à l’indice recherché.
253 ellipsoïde de Jacobi (angl. Jacobi ellipsoid) Forme adoptée par un fluide incompressible autogravitant en rotation axiale à vitesse angulaire intermédiaire. Il s’agit d’un ellipsoïde dont les trois axes sont différents. Pour des vitesses plus faibles, le fluide prend une forme d’ellipsoïde de Mac Laurin, et pour des vitesses plus importantes, il prend la forme d’une poire (les mathématiciens diraient qu’il devient piriforme, du nom d’un des types de surfaces de Poincaré). Cette forme fut découverte en 1834 par Carl Jacobi (1804–1851). Il s’agit d’un cas particulier d’ellipsoïde de Riemann.
- ▷ Joseph Liouville’s work on the figures of equilibrium of a rotating mass of fluid, Jesper Lützen, Archive for history of exact sciences 30 (1984) p. 113
- ▷ Triaxial bifurcations of rapidly rotating spheroids, Ts. Dankova & G. Rosensteel, American Journal of Physics 66 (1998) p. 1095
255 ellipsoïde de McLaurin (angl. McLaurin ellipsoid) Forme que prend un corps autogravitant constitué d’un fluide incompressible en rotation autour d’un axe fixe si sa vitesse de rotation n’est pas trop élevée. Il s’agit d’un ellipsoïde de révolution aplati aux pôles. Colin McLaurin (1698–1746) introduisit cet ellipsoïde en 1742, lors d’une étude de la forme de la Terre, Carl Jacobi (1804–1851) montrant toutefois en 1834 que cette forme devient instable pour les vitesses de rotation importantes (▷ instabilité de Jacobi). L’ellipsoïde de Mac Laurin est un cas particulier d’ellipsoïde de Riemann.
- ▷ Joseph Liouville’s work on the figures of equilibrium of a rotating mass of fluid, Jesper Lützen, Archive for history of exact sciences 30 (1984) p. 113
- ▷ Triaxial bifurcations of rapidly rotating spheroids, Ts. Dankova & G. Rosensteel, American Journal of Physics 66 (1998) p. 1095
257 ellipsoïde de Riemann (angl. Riemann ellipsoid) Classe de masses fluides homogènes autogravitantes en rotation autour d’un axe introduite en 1860 par Johann Peter Gustav Lejeune Dirichlet (1805–1859) et Bernhard Riemann (1826–1866). Il s’agit d’ellipsoïdes dans lesquels le champ de vitesse varie linéairement en fonction des coordonnées cartésiennes associées au référentiel du centre de masse. Leur étude et celle de leur stabilité, développée notamment par Subrahmanyan Chandrasekhar (1910–1995), s’est révélée importante en astrophysique pour décrire l’émission d’ondes gravitationnelles par une étoile isolée.
258 ellipticité (angl. ellipticity) Angle décrivant la polarisation d’une onde électromagnétique. Il est défini comme l’arctangente du rapport entre le petit et le grand axe de l’ellipse de polarisation. Ainsi, pour une onde polarisée circulairement l’ellipticité vaut π/2 alors que pour une onde polarisée linéairement elle vaut 0, les valeurs intermédiaires correspondant à des polarisations elliptiques quelconques. Par convention, on comptera positivement l’ellipticité d’une polarisation circulaire droite. Elle est reliée à l’une des coordonnées définies sur la sphère de Poincaré.
259 élongation (angl. elongation) Angle qui sépare deux objets sur la sphère céleste. Ce terme est souvent utilisé pour désigner l’angle entre une planète du Système solaire et le Soleil.
260 émagramme (angl. emagram) Nom donné en météorologie au diagramme thermodynamique représentant la température en abscisse et le logarithme de la pression en ordonnée.
- ▷ L’émagramme 761 des météorologues, Olivier Bouvignes, Bulletin de l’Union des Physiciens 815 (1999) p. 93
262 émanation (angl. emanation) ▶ 1. Élément simple issu de la désintégration du radium, de l’actinium ou du thorium. L’émanation du radium, l’émanation du thorium et l’émanation de l’actinium sont les noms d’abord donnés aux isotopes 222Rn, 220Rn et 219Rn du radon. ▶ 2. Le terme émanation du radon désigne des dégagements de radon par certains corps, dont la mesure permet d’analyser ces corps ou de les dater.
263 émanométrie Mesure de l’émanation, en particulier celle du radon (▷ émanation).
264 émergence (angl. emergence) Concept que l’on résume parfois par l’assertion selon laquelle « le tout est plus que la somme de ses parties ». Dans le cadre de la physique, on parle souvent d’émergence pour désigner le fait qu’un système soit décrit à une échelle macroscopique par des variables ou grandeurs qui n’ont aucun sens à une échelle plus fondamentale. Par exemple, on peut considérer que la température n’est qu’une notion dérivée de celles plus fondamentales d’énergie et d’impulsion. Dans le cadre de la gravitation quantique, un courant de pensée de plus en plus dominant est celui selon lequel l’espace-temps serait lui-même une notion émergente : ce qui nous semble familier à tous et que l’on nomme « espace » et « temps » ne seraient que des concepts pratiques à nos échelles mais sans réalité fondamentale. Ce point de vue est par exemple partagé par la théorie des cordes, la gravité quantique à boucles ainsi que la théorie des twisteurs de Roger Penrose ou encore l’approche proposée par Alain Connes à l’aide de la géométrie non-commutative.
- ▷ Une histoire de l’émergence, La Recherche 405 (2007) p. 44
- ▷ Emergent spacetime and empirical (in)coherence, Nick Huggett & Christian Wüthrich, Studies in History and Philosophy of Science Part B 44 (2013) p. 276
- ▷ AdS/CFT duality and the emergence of spacetime, Dean Rickles, Studies in History and Philosophy of Science Part B 44 (2013) p. 312
266 émetteur ▶ 1. Source de rayonnement ou de particules. Par exemple, on appelle émetteur radioactif un corps pouvant émettre des électrons, des positons, des particules alpha ou des rayons gamma, par radioactivité (▷ radioactivité). On appelle émetteur radio un dispositif, généralement muni d’une antenne, pouvant émettre des ondes radio. ▶ 2. Partie d’un tube à vide ou d’un transistor d’où sont émis les électrons, lesquels atteignent ensuite le collecteur (▷ transistor). Pour un tube à vide, il s’agit de la cathode.
267 émission (angl. emission) On dit qu’une onde ou une particule est émise par un système quand l’évolution de ce système les fait apparaître. Il peut s’agir d’un processus de création (dans le cas de la radioactivité bêta, par exemple), d’excitation d’un milieu (dans le cas des ondes) ou de libération d’une entité pré-existante (▷ émission thermoionique, émission photo-électrique). Le processus inverse est appelé absorption.
268 émission de champ (angl. cold emission ; field emission) Émission d’électrons par une surface métallique soumise à un champ électrique intense. On l’appelle aussi parfois émission froide. La traversée de la barrière de potentiel présente entre l’intérieur et l’extérieur du métal se fait par effet tunnel. Ce processus est mis en œuvre dans les microscopes à effet tunnel, et la probabilité d’émission est donnée par la formule de Fowler-Nordheim. Cet effet a été observé pour la première fois en 1897 par Robert Wood (1868–1955), et décrit théoriquement en 1928 par Ralph Fowler (1889–1944) et Lothar Nordheim (1899–1985).
269 émission secondaire (angl. secondary emission) Émission d’électrons par un matériau exposé à un rayonnement ou à un flux de particules (des ions ou des électrons). Cet effet est mis en œuvre dans les dynodes des photomultiplicateurs.
270 émission spontanée (angl. spontaneous emission) Désexcitation radiative d’un système atomique ou moléculaire initialement dans un état excité. La transition vers un état d’énergie moins élevée est accompagnée de l’émission d’un photon qui emporte la différence d’énergie et de moment cinétique entre l’état initial et l’état final. Ces transitions obéissent à des règles de sélection. La direction d’émission du photon n’est pas prédéterminée mais obéit à une distribution statistique qui dépend de l’état initial et de l’état final du système émetteur. La probabilité de l’émission spontanée par unité de temps est indépendante du temps. C’est l’un des trois processus fondamentaux de transition électromagnétique d’un système quantique (▷ émission stimulée, absorption).
- ▷ Some basic properties of stimulated and spontaneous emission : A semiclassical approach, A. V. Durrant, American Journal of Physics 44 (1976) p. 630
- ▷ Why spontaneous emission ?, P. W. Milonni, American Journal of Physics 52 (1984) p. 340
- ▷ Radiating atoms in confined space : From spontaneous emission to micromasers, D. Meschede, Physics Reports 211 (1992) p. 201
272 émission stimulée (angl. stimulated emission) Désexcitation radiative d’un système sous l’action d’un rayonnement électromagnétique. On l’appelle aussi émission induite. La perturbation électromagnétique d’un système quantique initialement dans un état excité, par exemple sous l’action d’une onde lumineuse, peut conduire à une transition vers un état d’énergie inférieure. Plus précisément, en interagissant avec un photon dont la longueur d’onde correspond à celle associée à une transition électronique, un système peut passer dans un état d’énergie moindre en émettant un second photon identique au premier qui n’est lui-même pas modifié par l’interaction. Les deux photons ont la même énergie, la même quantité de mouvement (en particulier, le second est émis dans la direction de propagation du premier), la même polarisation et la même phase. Dans un milieu dans lequel on favorise ce type d’émission (▷ inversion de population), les deux photons identiques peuvent à leur tour conduire chacun à l’émission de deux autres photons identiques, etc. La cascade qui en résulte est à la base du fonctionnement des masers et des lasers. C’est l’un des trois processus fondamentaux de transition électromagnétique d’un système quantique (▷ émission spontanée, absorption). Il fut introduit de façon théorique en 1917 par Albert Einstein (1879–1955) pour expliquer l’équilibre thermodynamique d’un rayonnement de corps noir, puis observé indirectement en 1928 par Rudolf Ladenburg (1882–1952) et Hans Kopfermann (1895–1963), dans des mesures spectroscopiques de précision (▷ absorption négative). Le terme « émission stimulée » fut introduit en 1924 par John van Vleck (1889–1980).
- ▷ Some basic properties of stimulated and spontaneous emission : A semiclassical approach, A. V. Durrant, American Journal of Physics 44 (1976) p. 630
- ▷ Spontaneous and stimulated emission from quasifree electrons, A. Friedman, A. Gover et al., Reviews of Modern Physics 60 (1988) p. 471
- ▷ Einstein and stimulated emission : A completely corpuscular treatment of momentum balance, R. Friedberg, American Journal of Physics 62 (1994) p. 26
- ▷ Rereading Einstein on Radiation, Daniel Kleppner, Physics Today 58 (2005) p. 30
274 émission thermoionique (angl. thermoionic emission) Émission d’électrons depuis la surface d’un corps chauffé. L’énergie nécessaire pour arracher l’électron à la surface est apportée par l’agitation thermique du milieu. Cette émission augmente avec la température, la probabilité qu’un électron du milieu ait une énergie suffisante pour s’échapper augmentant avec T (▷ loi de Richardson). Cet effet fut découvert en 1873 par Frederick Guthrie (1833–1886), qui observa que la décharge spontanée des corps chargés négativement est plus rapide quand on les chauffe, alors que pour les corps chargés positivement cet effet n’a pas lieu (ceux-ci étant déficitaires en électrons).
275 émissivité (angl. emissivity) Rapport entre l’énergie émise par un corps et celle qu’émet un corps noir de même température. Cette quantité dépend du matériau, et, pour un matériau donné, elle varie généralement avec la longueur d’onde et la direction d’émission. Lorsque l’émissivité e est indépendante de la longueur d’onde, le matériau est nommé corps gris si e < 1, et corps noir si e = 1.
276 empirique (angl. empirical) Qualifie une relation, une loi, une propriété, permettant de décrire directement des résultats expérimentaux, des corrélations observées entre des grandeurs physiques, sans chercher de justification théorique.
277 émulsion (angl. emulsion) Mélange de plusieurs corps non solubles présents chacun sous forme liquide distincte, les uns formant des gouttelettes dans l’autre. C’est un état thermodynamiquement métastable (le système serait plus stable si les gouttelettes étaient rassemblées en une phase homogène au lieu de former des gouttes). Par exemple, le lait est une émulsion de matière grasses dans de l’eau. Les émulsions sont utilisées dans des applications qui nécessitent de nombreuses interfaces entre plusieurs phases liquides (chimie, biologie).
- ▷ Marietta Blau : Pioneer of Photographic Nuclear Emulsions and Particle Physics, Ruth Lewin Sime, Physics in Perspective 15 (2013) p. 3
279 énantiomère (angl. enantiomer) Pour une molécule donnée, se dit d’un arrangement géométrique des atomes qui diffère de son image dans un miroir. Une molécule pour laquelle existent plusieurs énantiomères possède généralement des propriétés optiques particulières, un corps constitué d’un seul énantiomère étant optiquement actif (▷ activité optique, racémique).
280 Encyclopédie L’Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, est un ouvrage publié entre 1751 et 1772, contenant plus de 70 000 articles répartis en 35 volumes. Publié sous la direction de Denis Diderot (1713–1784) et de Jean d’Alembert (1717–1783), il visait à regrouper l’ensemble des connaissances de l’époque dans les domaines des sciences, des arts et des métiers, pour les rendre accessibles à tous les lecteurs, indépendamment de leur niveau d’éducation ou de leur statut social. Les articles de l’Encyclopédie étaient écrits par des experts reconnus dans leurs domaines respectifs, puis ils étaient revus et corrigés par Diderot et d’Alembert pour garantir leur qualité et leur accessibilité. En 2018, l’Académie des Sciences a mis en ligne l’Édition numérique collaborative et critique de l’Encyclopédie de Denis Diderot et Jean Le Rond D’Alembert (ENCCRE), accessible librement et gratuitement.
- ▷ L’astronomie dans l’Encyclopédie, Pierre Humbert, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 4 (1951) p. 250
- ▷ La mécanique dans l’Encyclopédie, Pierre Costabel, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 4 (1951) p. 267
- ▷ L’Encyclopédie et la physique, Gérard Vassails, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 4 (1951) p. 294
- ▷ Vue sommaire sur quelques rapports entre l’Encyclopédie et la métrologie, Armand Machabey, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 5 (1952) p. 54
- ▷ Les articles d’astronomie dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Colette Le Lay, Cahiers Clairaut 95 (2001) p. 9
- ▷ Les dessous de l’Encyclopédie, Pierre Crépel, Pour la Science 482 (2017) p. 72
282 endergonique (angl. endergonic) Qualifie une transformation au cours de laquelle un système reçoit du travail. Antonyme : exergonique.
283 endoénergétique (angl. endoergic) Qualifie une transformation d’un système dont la réalisation nécessite un apport externe d’énergie, l’énergie du système étant plus élevée dans l’état final que dans l’état initial. Antonyme : ▷ exoénergétique.
284 endothermique (angl. endothermic) Qualifie une transformation qui conduit à une diminution de la température. Il s’agit généralement d’une transformation endoénergétique qui emprunte de l’énergie thermique au milieu pour se produire. Antonyme : ▷ exothermique. Exemple : ▷ mélange réfrigérant.
285 énergie (angl. energy) Nom générique de plusieurs quantités fondamentales dont la dimension physique s’écrit ML2T−2 et qui s’expriment en joules (J) dans le Système International d’unités. L’énergie est une quantité conservée en physique, qui peut être échangée entre des systèmes mais pas détruite ni créée. ▷ voir encadré.
- ▷ The Discovery of the Law of Conservation of Energy, G. Sarton, J. R. Mayer et al., ISIS 13 (1929) p. 18
- ▷ Some Factors in the Early Development of the Concepts of Power, Work and Energy, D. S. L. Cardwell, The British Journal for the History of Science 3 (1967) p. 209
- ▷ Quelques remarques et commentaires sur l’enseignement du concept d’énergie, José-Philippe Pérez & A.-M. Pérez, Bulletin de l’Union des Physiciens 768 (1994) p. 1601
- ▷ L’énergie en mécanique et en thermodynamique, Paul Roux & Jean-Robert Seigne, Bulletin de l’Union des Physiciens 832 (2001) p. 491
- ▷ Du concept de travail vers celui d’énergie : L’apport de Thomson, Muriel Guedj, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 59 (2006) p. 29
- ▷ Understanding energy as a subtle concept : A model for teaching and learning energy, Eugene Hecht, American Journal of Physics 87 (2019) p. 495
287 énergie cinétique (angl. kinetic energy) Énergie associée à la vitesse des corps. Ce terme fut introduit en 1862 par Peter Tait (1831–1901) et Lord Kelvin (1824–1907), pour remplacer les termes « force vive » et « énergie actuelle ». Son importance avait été soulignée par Gustave Coriolis (1792–1843) dès 1829. Depuis l’avènement de la mécanique statistique, on sait que l’énergie interne d’un corps provient en partie (ou totalement pour un gaz parfait) de l’énergie cinétique des particules qui le constituent. ▶ 1. En mécanique classique, l’énergie cinétique d’une particule ponctuelle s’écrit
288 où v désigne la norme du vecteur vitesse et m la masse de la particule. C’est une grandeur qui dépend du référentiel par rapport auquel on la mesure et que l’on exprime aussi parfois sous la forme Ec = p2/(2m), où p est la norme de la quantité de mouvement. Pour un système de particules ponctuelles, le théorème de Koenig permet de décomposer l’énergie cinétique totale comme la somme d’une énergie associée au centre d’inertie du système et une autre composante interne. ▶ 2. Dans le cas d’un solide, on distingue parfois deux types d’énergies cinétiques :
- — l’énergie cinétique de translation, donnée par
\[E_c=\frac{1}{2} m v_G^2,\]où vG désigne la norme de la vitesse du centre de masse et m la masse totale du système ou solide ; - — l’énergie cinétique de rotation, donnée par
\[E_c=\frac{1}{2} \vec{\sigma} \cdot \overrightarrow{\Omega},\]où \(\vec{\sigma}\) désigne le moment cinétique et \(\overrightarrow{\Omega}\) la vitesse angulaire. Pour un mouvement de rotation autour d’un axe fixe, on écrit souvent cette formule sous la forme
\[E_c=\frac{1}{2} J \Omega^2,\]où J est le moment d’inertie par rapport à l’axe.
290 Cette décomposition peut être considérée comme un cas particulier du théorème de Koenig, l’énergie de rotation étant l’énergie dans le référentiel barycentrique. À l’aide des torseurs, ces deux termes peuvent être rassemblés en une seule formule, l’énergie cinétique totale étant égale à la moitié du comoment du torseur cinématique \(\mathcal{V}\) et du torseur cinétique \(\mathcal{C}\) du solide,
Énergie
291 où \(\vec{p}\) est la quantité de mouvement totale du système, aussi appelée sa résultante cinétique. ▶ 3. En relativité restreinte, on sépare parfois l’énergie totale d’une particule de masse m non nulle en une contribution reliée à sa simple existence, qui est dite énergie de masse, E = mc2, et une autre provenant de son déplacement, et que l’on nomme énergie cinétique. Elle s’écrit
292 où γ désigne le facteur de Lorentz, qui dépend de la vitesse, et où c est la vitesse de la lumière. Pour des vitesses petites devant c, cette expression coïncide avec celle donnée plus haut pour une particule ponctuelle newtonienne. Pour une particule de masse nulle, on considère quelquefois que l’énergie se trouve intégralement sous forme cinétique et que l’on a Ec = pc, où p est la norme du vecteur impulsion.
- ▷ La force d’un corps en mouvement, C. A. Crommelin, Centaurus 4 (1956) p. 360
- ▷ Eighteenth-Century Attempts to Resolve the Vis viva Controversy, Thomas L. Hankins, ISIS 56 (1965) p. 281
- ▷ Why is the energy of motion proportional to the square of the velocity ?, Jeffrey J. Prentis, American Journal of Physics 73 (2005) p. 701
294 énergie cinétique (théorème de l’) (angl. kinetic energy theorem ; work-energy theorem) ▶ 1. Théorème établi dans le cadre de la mécanique newtonienne, selon lequel
« dans un référentiel galiléen, la variation d’énergie cinétique d’un système entre deux instants est égale à la somme des travaux W des forces et des couples auxquels il est soumis entre ces deux instants »,\[\Delta E_c \equiv E_c^{(f)}-E_c^{(i)}=\sum W_{i \rightarrow f}.\]
296 Il découle directement du principe fondamental de la dynamique. Un cas particulier important à distinguer est celui d’un solide rigide, pour lequel les travaux des forces et couples internes sont nuls, situation dans laquelle on peut de plus séparer l’énergie cinétique en deux composantes, une associée à la rotation et l’autre à la translation. Lorsque les forces dérivent d’un potentiel, il peut s’énoncer sous la forme du théorème de l’énergie mécanique. On en distingue plusieurs autres formulations selon le type de problème auxquel on s’intéresse. ▶ 2. Dans son énoncé le plus simple, enseigné au lycée et qui concerne la mécanique du point, il dit que
« Dans un référentiel galiléen, la variation d’énergie cinétique Ec d’une particule ponctuelle entre deux instants est égale à la somme des travaux W des forces auxquelles elle est soumise entre ces deux instants, »\[\Delta E_c \equiv \Delta\left(\frac{1}{2} m v^2\right)=\sum W_{i \rightarrow f},\]
298 où v désigne la vitesse de la particule ponctuelle et m sa masse. ▶ 3. Lorsque l’on considère des systèmes indéformables et sans rotation, le théorème de l’énergie cinétique peut s’énoncer
« dans un référentiel galiléen, la variation d’énergie cinétique \(E^t_c\) (de translation) d’un système entre deux instants est égale à la somme des travaux des forces extérieures auxquelles il est soumis entre ces deux instants. »
300 Pour l’utiliser, il faut considérer que les forces s’appliquent au centre de masse G du système et que l’énergie cinétique est uniquement celle correspondant à la translation de ce même point (▷ théorème de Koenig). On a ainsi
301 où vG est la norme de la vitesse du point G.
302 énergie électromagnétique (angl. electromagnetic energy) Énergie associée à un champ électromagnétique \((\vec{E}, \vec{B})\). On peut définir une densité volumique d’énergie électromagnétique
303 où ϵ désigne la permittivité diélectrique du milieu et µ sa perméabilité magnétique. Les deux termes peuvent s’interpréter comme une contribution électrique et une contribution magnétique. Cette quantité obéit à une équation de conservation, son flux étant relié au vecteur de Poynting (▷ théorème de Poynting).
- ▷ Intermède sur l’énergie électromagnétique, Jean-Pierre Jorre, Bulletin de l’Union des Physiciens 899 (2007) p. 117
- ▷ Electromagnetic field energy revisited, Robert C. Hilborn, American Journal of Physics 84 (2016) p. 531
305 énergie électrostatique (angl. electrostatic energy) Énergie potentielle d’interaction d’une distribution de charges électriques \(\rho(\vec{r})\) avec un champ électrostatique \(\vec{E}(\vec{r})\). Elle s’écrit
306 où V désigne le potentiel électrostatique associé au champ \(\vec{E}\). Lorsque le potentiel est lui-même dû à la distribution de charges \(\rho(\vec{r})\), l’énergie électrostatique de la distribution est donnée par
307 On peut aussi l’exprimer en fonction du champ électrique, sous la forme
308 et l’on peut associer au champ électrique une densité volumique d’énergie \(u_{\mathrm{el}}=\epsilon\|\vec{E}\|^2 / 2\) (▷ énergie électromagnétique).
309 énergie de Fermi (angl. Fermi energy) Pour un gaz de Fermi ou un métal, énergie maximale des niveaux occupés. Pour un gaz de Fermi à température nulle, elle est égale au potentiel chimique et on définit également l’énergie de Fermi comme la valeur limite du potentiel chimique lorsque la température tend vers 0. Cette seconde définition a l’avantage d’être compatible avec le cas des semiconducteurs intrinsèques pour lesquels l’énergie de Fermi se trouve au milieu de la bande interdite et ne correspond donc pas à un niveau occupé. À température non nulle, l’énergie de Fermi diffère du potentiel chimique, mais la différence est dans certains cas assez faible (1% pour les métaux typiques à température ambiante) pour qu’on puisse assimiler ces deux quantités. Elle vaut quelques électrons-volt à température ambiante pour les électrons libres des métaux et quelques MeV pour les neutrons dans des noyaux lourds. L’énergie de Fermi permet également de définir la température de Fermi, laquelle caractérise le domaine de température dans lequel un système de fermions est dégénéré.
310 énergie géothermique Énergie récupérée en exploitant la vapeur d’eau ou l’eau chaude provenant de la croûte terrestre. Elle sert à faire tourner des turbines pour produire de l’électricité ou pour chauffer des bâtiments. L’Islande utilise très largement cette source d’énergie naturelle et propre.
311 énergie interne (angl. internal energy) Fonction d’état souvent notée U et décrivant l’énergie contenue dans les degrés de liberté microscopiques d’un système thermodynamique. Pour un système constitué de particules interagissant deux à deux via un potentiel V (r), l’énergie interne s’écrit
312 où rij désigne la distance entre les particules i et j. Pour un gaz parfait, les termes d’interaction sont nuls et l’énergie interne est purement cinétique. On peut alors montrer qu’elle ne dépend que de la température T. C’est la première loi de Joule (▷ lois de Joule). Pour n moles de gaz parfait monoatomique (dont les atomes n’ont pas de degré de liberté de rotation), elle vaut
313 où R désigne la constante des gaz parfaits. Pour un gaz parfait diatomique elle vaut
314 L’énergie interne intervient dans le premier principe de la thermodynamique, selon lequel ses variations sont égales à la somme du travail W et de la quantité de chaleur Q reçus par le système. La formulation différentielle de ce principe s’écrit
315 De manière générale, la variation dU au cours d’une transformation élémentaire d’un système d’entropie S, de volume V et contenant N particules est donnée par
316 où T, p et µ désignent respectivement la température, la pression et le potentiel chimique, ce sont les variables conjuguées à S, V et N. L’énergie interne intervient naturellement pour décrire des transformations au cours desquelles on contrôle les variables extensives S, V et N, et l’on note parfois U = U(S, V, N). Cette définition se généralise à des situations où l’énergie interne dépend d’autres grandeurs extensives. L’énergie interne est souvent présentée comme une grandeur extensive, mais en toute rigueur ceci devient faux lorsque les constituants du système considéré sont soumis à des interactions à longue portée : la somme des énergies internes de deux systèmes peut alors être différente de l’énergie interne du système global.
- ▷ L’énergie potentielle : énergie interne ou énergie libre ?, Jean-Pierre Barrat & Georges Guinier, Bulletin de l’Union des Physiciens 75 (1980) p. 115
- ▷ Quelques remarques sur l’énergie potentielle et l’énergie interne en classe de première, Jean-Pierre Barrat & Hubert Gié, Bulletin de l’Union des Physiciens 76 (1982) p. 561
- ▷ Internal energy in the first law of thermodynamics, Herman Erlichson, American Journal of Physics 52 (1984) p. 623
- ▷ L’énergie interne est-elle une grandeur extensive ?, Jean Le Hir, Bulletin de l’Union des Physiciens (1995) p. 61
- ▷ Une mauvaise définition de l’énergie interne, José-Philippe Pérez, Bulletin de l’Union des Physiciens 784 (1996) p. 839
- ▷ Bilans énergétiques : une mise au point conceptuelle, Ugo Besson, Bulletin de l’Union des Physiciens 812 (1999) p. 383
318 énergie de liaison (angl. binding energy) Différence d’énergie entre un état lié d’un système et un état dans lequel les constituants ont été séparés. Elle n’est pas nécessairement égale à l’énergie qu’il faut effectivement fournir pour dissocier le système, en particulier dans le cas où les deux états sont séparés par une barrière de potentiel. En revanche, elle donne le surplus d’énergie que l’on peut obtenir en dissociant le système. L’énergie de liaison des électrons dans les atomes et dans les noyaux permet de comprendre le caractère endo- ou exo-énergétique des réactions chimiques et nucléaires, respectivement (▷ courbe d’Aston).
- ▷ Dissonances énergétiques, Charles Ruhla, Bulletin de l’Union des Physiciens 76 (1982) p. 577
320 énergie libre (angl. Helmholtz free energy) ▶ 1. Fonction d’état thermodynamique, souvent notée F (ou A dans des ouvrages anglo-saxons) et définie à partir de l’énergie interne U par
321 où T désigne la température et S l’entropie. On l’appelle aussi fonction de Helmholtz. Cette définition fait intervenir une transformation de Legendre par rapport à l’entropie S. Les variations élémentaires de la quantité obtenue peuvent alors s’exprimer en fonction des variations de la température T et du volume V sous la forme
322 L’énergie libre intervient donc naturellement lorsque l’on décrit le système par les variables T et V. On la note parfois F = F(T, V). Lors d’une transformation monotherme, la variation ∆F est reliée au travail échangé W par
323 où l’égalité n’est réalisée que si la transformation est réversible. Pour des transformations monothermes et isochores, on a
324 lorsque le système n’échange pas de travail autrement que par les forces de pression ; l’énergie libre est un potentiel thermodynamique pour ce type de transformation. La notion d’énergie libre fut introduite en 1875 par Willard Gibbs (1839–1903) et le nom « libre » fut donné en 1882 par Hermann von Helmholtz (1821–1894) qui distinguait, pour des systèmes en contact avec un thermostat, l’énergie capable de se convertir librement sous forme de travail (F) et l’énergie liée (U − F) « perdue » sous forme d’échange de chaleur avec le thermostat. ▶ 2. Dans le cadre de la physique statistique, l’énergie libre d’un système de N particules identiques est reliée à la fonction de partition Z (individuelle). Dans le cas de particules discernables (comme par exemple un système paramagnétique) décrites par la distribution de Maxwell–Boltzmann, on a
325 où kB désigne la constante de Boltzmann. Dans le cas de particules indiscernables (par exemple un gaz parfait) décrites par la distribution de Maxwell–Boltzmann corrigée, l’énergie libre vaut alors
326 Ces deux formes de l’énergie libre sont des cas particuliers associés à des systèmes sans interactions. Dans le cas général d’un système canonique l’énergie libre s’écrit :
327 où QN désigne la fonction de partition canonique du système total. Dans la limite thermodynamique, l’énergie libre statistique et l’énergie libre thermodynamique coïncident. ▶ 3. Le terme « énergie libre » est parfois utilisé par des pseudo-scientifiques pour désigner une source d’énergie inépuisable (c’est une traduction de l’anglais « free energy », qui peut aussi signifier « énergie gratuite »). Il s’agit alors à la fois d’un contresens et d’une absurdité physique (▷ mouvement perpétuel).
- ▷ L’énergie potentielle : énergie interne ou énergie libre ?, Jean-Pierre Barrat & Georges Guinier, Bulletin de l’Union des Physiciens 75 (1980) p. 115
- ▷ Chemical free energies and the third law of thermodynamics, Patrick Coffey, Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 36 (2006) p. 365
- ▷ Making energy relevant : The role of free energy in introductory physics, Benjamin D. Geller & Abigail R. Daane, American Journal of Physics 87 (2019) p. 558
329 énergie magnétique (angl. magnetic energy) Énergie associée à la présence d’un champ magnétique \(\vec{B}\). Elle s’écrit
330 ce qui correspond à une densité volumique d’énergie \(u_{\mathrm{mag}}=\|\vec{B}\|^2 / 2 \mu\) (▷ énergie électromagnétique).
- ▷ A missing magnetic energy paradox, Constantino Grosse, American Journal of Physics 81 (2013) p. 298
332 énergie marémotrice (angl. tidal power) Utilisation de l’énergie potentielle et cinétique associée aux marées des océans. On tire parti de l’élévation du niveau de l’eau ou de l’énergie cinétique associée au courant de la marée. En France, cette source d’énergie est exploitée par l’usine marémotrice de la Rance, qui fournit une puissance de 240 MW.
- ▷ [Idées de physique] Profiter de la houle, Jean-Michel Courty & Édouard Kierlik, Pour la Science 400 (2011) p. 106
334 énergie maréthermique Énergie que l’on peut extraire en exploitant la différence de température entre les couches superficielles et les couches profondes des océans. La première application de ce phénomène a été réalisée en 1930 à Cuba par l’ingénieur physicien et chimiste français Georges Claude (1870–1960). Cette forme d’énergie renouvelable est une voie explorée par certains pays, comme les États-Unis, le Japon ou la France, pour répondre aux besoins d’énergie.
335 énergie de masse (angl. mass energy) Énergie associée à une masse m (non nulle) et donnée par la relation
336 où c désigne la vitesse de la lumière dans le vide. Cette énergie de masse peut, dans certaines conditions, être convertie en une autre forme d’énergie, cinétique ou potentielle notamment. Cette célébrissime formule fut écrite explicitement pour la première fois en 1905 par Albert Einstein (1879–1955). C’est en l’utilisant que les physiciens des particules expriment les masses en eV/c2 (et ses multiples) ou abusivement en multiples d’eV, une unité d’énergie (▷ électron-volt). Il faut noter que l’expression E = mc2 ne décrit qu’une partie de l’énergie totale qui, pour une particule en mouvement, vérifie la relation plus complexe
337 où p désigne la quantité de mouvement de cette particule. À partir de cette équation (valable également pour les particules sans masse comme le photon), on peut écrire, pour une particule massive, E = γmc2, où E est cette fois l’énergie totale et γ le facteur de Lorentz. Dans la littérature ancienne, avant que la formulation quadridimensionnelle de la relativité ne s’impose, on introduisait parfois la notion de masse relativiste, égale à γm, ce qui permettait de donner à l’égalité E = mc2 une validité plus générale si E était interprétée comme l’énergie totale et m comme la masse relativiste. Cette pratique, désuète, est source de confusion.
- ▷ The Concept of Mass, Lev B. Okun, Physics Today 42 (1989) p. 31
- ▷ Einstein’s 1935 Derivation of E=mc2, Francisco Flores, Studies in History and Philosophy of Science Part B 29 (1998) p. 223
- ▷ Did Einstein prove E=mc2 ?, Hans C. Ohanian, Studies in History and Philosophy of Science Part B 40 (2009) p. 167
- ▷ Understanding Einstein’s 1905 derivation of E=Mc2, N. David Mermin, Studies in History and Philosophy of Science Part B 42 (2011) p. 1
339 énergie mécanique (angl. mechanical energy) Nom donné à la somme de l’énergie cinétique et de l’énergie potentielle d’un système mécanique. En l’absence de dissipation et en négligeant les effets relativistes, l’énergie mécanique est conservée au cours du mouvement (▷ théorème de l’énergie mécanique). Dans les cas plus généraux, c’est l’énergie totale (incluant l’énergie de masse et l’énergie interne) qui se conserve (▷ premier principe de la thermodynamique).
- ▷ Énergies potentielle et mécanique d’un système matériel ; conservation de l’énergie mécanique, Daniel Mauras, Bulletin de l’Union des Physiciens 74 (1979) p. 147
341 énergie mécanique (théorème de l’) Théorème établi dans le cadre de la mécanique newtonienne, et selon lequel
« dans un référentiel galiléen, l’énergie mécanique d’un solide est constante s’il n’est soumis qu’à l’action de forces et de couples conservatifs. »
343 Ce théorème découle directement du principe fondamental de la dynamique.
- ▷ [Notes and Discussions] Can mechanical energy vanish into thin air ?, Joaquín Moreno, American Journal of Physics 86 (2018) p. 220
345 énergie négative (angl. negative energy) La situation dans laquelle l’énergie prend une valeur négative n’a rien de remarquable en physique classique, notamment lorsque le système est soumis à un potentiel attractif (gravitationnel ou électrostatique, par exemple). En revanche, son apparition en théorie quantique des champs soulève un problème intéressant. En effet, la description d’une particule libre par certaines versions relativistes de l’équation de Schrödinger fait intervenir une infinité d’états d’énergie négative, que les particules devraient occuper préférentiellement, ce qui n’est pas le cas dans la nature. Ce problème fut d’abord résolu pour les fermions en supposant que ces états sont déjà tous occupés, et sont donc interdits d’après le principe d’exclusion de Pauli (▷ mer de Dirac). On comprend aujourd’hui que les systèmes relativistes ne doivent pas être décrits par l’équation de Schrödinger mais par une théorie des champs, faisant aussi intervenir de nouveaux états (décrivant des antiparticules) dont l’énergie est bien positive.
- ▷ L’énergie négative, Lawrence Ford & Thomas Roman, Pour la Science 271 (2000) p. 74
347 énergie noire (angl. dark energy) Nom donné à l’hypothétique composante de l’Univers responsable de l’accélération de l’expansion cosmologique ; on utilise aussi l’expression synonyme énergie sombre. Sa densité d’énergie ρ serait de l’ordre de 0,7ρc où ρc est la densité critique. Sa pression p est négative, son équation d’état étant de la forme p = wρ où le coefficient w vérifie la condition w < −1/3, nécessaire pour que l’expansion soit accélérée. La nature de l’énergie noire est inconnue, il pourrait par exemple s’agir d’une constante cosmologique (auquel cas w = −1) ou d’un champ quantique d’un type nouveau (▷ quintessence).
- ▷ The dark side of the universe : from Zwicky to accelerated expansion, Michael S Turner, Physics Reports 333 (2000) p. 619
- ▷ The cosmological constant and dark energy, P. J. E. Peebles & Bharat Ratra, Reviews of Modern Physics 75 (2003) p. 559
- ▷ Dark Energy and the Accelerating Universe, Joshua A. Frieman, Michael S. Turner et al., Annual Review of Astronomy and Astrophysics 46 (2008) p. 385
- ▷ [Resource Letter] DEAU-1 : Dark energy and the accelerating universe, Eric V. Linder, American Journal of Physics 76 (2008) p. 197
- ▷ L’énergie sombre et ses alternatives, Gerhard Börner, Pour la Science 382 (2009) p. 28
- ▷ Preludes to dark energy : zero-point energy and vacuum speculations, Helge Kragh, Archive for history of exact sciences 66 (2012) p. 199
- The Weight of the Vacuum – A Scientific History of Dark Energy, Helge S. Kragh : James M. Overduin, (Springer briefs in physics, 2014)
350 énergie de point zéro (angl. zero point energy) Énergie associée à l’état fondamental dans des systèmes quantiques. Pour un oscillateur harmonique unidimensionnel par exemple, cette énergie vaut E0 = ℏω/2 où ω désigne la pulsation propre de l’oscillateur et ℏ la constante de Planck réduite. Elle correspond au cas n = 0 de l’expression donnant l’énergie des différents niveaux de l’oscillateur, d’où le nom. En théorie quantique des champs, la présence d’une infinité d’oscillateurs conduit à une énergie de point zéro infinie, dans un calcul naïf. Dans la quantification canonique, les opérateurs quantiques doivent donc être convenablement ordonnés pour éviter ce problème.
- ▷ Preludes to dark energy : zero-point energy and vacuum speculations, Helge Kragh, Archive for history of exact sciences 66 (2012) p. 199
352 énergie potentielle (angl. potential energy) Énergie associée à l’interaction entre sous-parties d’un système ou entre un système et son environnement. Le terme « potentiel » provient du fait que cette énergie peut être convertie sous une autre forme, cinétique par exemple, au cours de l’évolution du système. ▶ 1. Pour des systèmes mécaniques simples, par exemple en mécanique du point, la notion d’énergie potentielle permet d’introduire celle de conservation de l’énergie (▷ énergie mécanique). Ainsi, un objet initialement situé au repos à une certaine hauteur au-dessus du sol possède une énergie potentielle de pesanteur qui pourra se manifester sous forme cinétique si on laisse chuter l’objet. La distinction entre « énergie potentielle » et « énergie cinétique » (alors appelée « énergie actuelle ») fut introduite en 1853 par William Rankine (1820–1872). ▶ 2. Pour des systèmes plus complexes, l’énergie potentielle n’appartient pas à l’une ou l’autre des sous-parties qui les forment, mais est en quelque sorte délocalisée dans le champ d’interaction. Par exemple l’énergie potentielle d’interaction entre charges électriques peut être considérée comme répartie dans le champ électromagnétique (▷ énergie électromagnétique). D’une certaine façon, le sens précédent traitant d’une particule plongée dans un potentiel extérieur est un cas limite de ce second sens dans l’approximation d’une particule-test (▷ champ moyen).
- ▷ Énergies potentielle et mécanique d’un système matériel ; conservation de l’énergie mécanique, Daniel Mauras, Bulletin de l’Union des Physiciens 74 (1979) p. 147
- ▷ L’énergie potentielle : énergie interne ou énergie libre ?, Jean-Pierre Barrat & Georges Guinier, Bulletin de l’Union des Physiciens 75 (1980) p. 115
- ▷ Quelques remarques sur l’énergie potentielle et l’énergie interne en classe de première, Jean-Pierre Barrat & Hubert Gié, Bulletin de l’Union des Physiciens 76 (1982) p. 561
354 énergie potentielle de pesanteur Énergie potentielle d’origine gravitationnelle, associée à la force de pesanteur. Ce terme est principalement employé lors de l’étude du mouvement des corps au voisinage de la surface d’un corps très massif (la Terre), auquel cas elle s’écrit
355 où m désigne la masse du système soumis à la pesanteur, g l’accélération de la pesanteur et h l’altitude par rapport à un point de référence, souvent choisi comme le niveau du sol.
356 énergie de réaction (angl. Q-value ; energy release) Différence entre l’énergie cinétique finale des produits d’une réaction nucléaire et l’énergie cinétique des noyaux de départ. L’énergie de réaction est aussi égale à la différence entre l’énergie de masse des noyaux initiaux et celle des noyaux finaux. Cette grandeur est souvent notée Q.
357 énergie réticulaire Énergie nécessaire pour transformer un cristal ionique en une phase gazeuse. Elle est égale à l’énergie de liaison des ions dans le cristal.
358 énergie de Rydberg (angl. Rydberg energy) Constante ayant les dimensions d’une énergie et qui intervient dans l’expression des niveaux de l’atome d’hydrogène. On peut l’écrire sous différentes formes équivalentes
359 où me désigne la masse de l’électron, α la constante de structure fine, a0 le rayon de Bohr, ℏ la constante de Planck réduite, c la vitesse de la lumière et \(e^2 \equiv q_e^2 / 4 \pi \epsilon_0\), qe étant la charge électrique élémentaire et ϵ0 la permittivité diélectrique du vide. Elle correspond à l’énergie nécessaire pour ioniser l’atome d’hydrogène à partir de son état fondamental.
360 énergie de seuil (angl. threshold energy) Caractéristique d’une réaction, définie comme l’énergie minimale que doivent avoir des particules pour que cette réaction puisse se produire. Ce seuil peut être dû à l’existence d’une barrière de potentiel, ou être due à des raisons cinématiques. Par exemple, la réaction de création de paire par des photons
361 ne peut se produire que si les photons ont au total une énergie supérieure à 1022 MeV, soit deux fois l’énergie de masse des particules de l’état final.
362 enrichissement (angl. enrichment) Augmentation de la proportion d’isotopes fissiles dans un matériau radioactif, en particulier l’uranium, en vue d’une utilisation dans une centrale nucléaire ou une bombe. Plusieurs techniques sont employées, on peut citer la diffusion gazeuse dans laquelle la différence du coefficient de diffusion associée à des molécules contenant les différents isotopes permet de les séparer partiellement (▷ effusion), l’ultracentrifugation qui repose sur le fait que l’isotope plus lourd est plus facilement centrifugé, ou la séparation électromagnétique qui utilise un spectromètre de masse pour trier les isotopes selon leur rapport charge/masse.
363 enroulement Désigne généralement un fil électrique enroulé pour entourer une cavité vide ou remplie de matériau magnétique. Les enroulements sont utilisés dans les électroaimants pour créer un moment magnétique. On distingue aussi les enroulements primaires, destinés à créer un champ magnétique dans la cavité par induction, et les enroulements secondaires, destinés à créer un courant dans les fils à partir d’un champ magnétique variable présent dans la cavité. Un transformateur est constitué d’un enroulement primaire et d’un enroulement secondaire.
364 ensemble canonique (angl. canonic ensemble) Ensemble statistique dont le nombre de particules N et le volume sont fixés, et dont la température T est imposée par l’extérieur. Ceci correspond physiquement à un système fermé en contact avec un thermostat, avec lequel il ne peut échanger que de la chaleur. Le potentiel thermodynamique généralement utilisé pour décrire un système dans cet ensemble est l’énergie libre
365 où ZN est la fonction de partition canonique à N particules et kB la constante de Boltzmann. Dans cet ensemble, l’entropie se calcule à partir de l’expression de l’entropie de Gibbs. ▷ entropie, fonction de partition.
366 ensemble complet d’observables qui commutent (angl. complete set of commuting observables ; CSCO) Ensemble d’observables commutant entre elles, dont les vecteurs propres communs permettent de construire une base de l’espace de Hilbert associé à un système quantique donné. On emploie généralement l’acronyme ECOC. Par exemple, pour une particule ponctuelle de spin non nul, l’opérateur position \(\hat{\vec{X}}\) et les opérateurs de moment cinétique \(\hat{S}^2\) et \(\hat{S}_z\) forment un ECOC, noté \(\{\hat{\vec{X}}, \hat{S}^2, \hat{S}_z\}\). Chaque état peut alors être décrit par une superposition de vecteurs de base ayant des valeurs de \(\vec{X}\), S2 et Sz bien déterminées.
367 ensemble de Gibbs (angl. Gibbs ensemble) ▷ ensemble statistique.
368 ensemble grand-canonique (angl. grand canonical ensemble) Ensemble statistique dont le volume est fixé. Sa température T et son potentiel chimique sont imposés par l’extérieur. Il est adapté à l’étude des systèmes ouverts, pouvant échanger de la chaleur avec un thermostat et des particules avec un réservoir (exemple : étude des problèmes d’adsorption de molécules sur une paroi). Le potentiel thermodynamique généralement utilisé pour décrire un système dans cet ensemble est le grandpotentiel Φ, qui se déduit de la fonction de partition grand-canonique Ξ :
369 où kB désigne la constante de Boltzmann. L’entropie se calcule à partir de l’expression de l’entropie de Gibbs. ▷ fonction de partition.
370 ensemble microcanonique (angl. microcanonical ensemble) Ensemble statistique dont le volume, le nombre de particules et l’énergie totale sont fixés. Ceci correspond physiquement à un système isolé. L’entropie y est donnée par la formule de Boltzmann.
371 ensemble statistique (angl. statistical ensemble ; Gibbs ensemble) Concept permettant de représenter les différents états macroscopiques d’un système sous forme d’ensembles d’états microscopiques. La notion d’ensemble statistique, introduite par Willard Gibbs (1839–1903), permet de relier des grandeurs thermodynamiques (macroscopiques) aux propriétés statistiques des systèmes en remplaçant les moyennes temporelles par des moyennes d’ensemble, lesquelles posent moins de problèmes conceptuels (▷ hypothèse ergodique). La probabilité qu’un système se trouve dans un état macroscopique à un instant donné est alors déterminée par le nombre d’états microscopiques le réalisant dans l’ensemble concerné. Trois types d’ensembles statistiques ont été développés : ▷ ensemble micro-canonique, ensemble canonique, ensemble grand-canonique.
372 enstrophie (angl. enstrophy) Nom donné à l’intégrale du carré de la vorticité sur une surface,
373 Un des intérêts de cette quantité est d’être conservée dans un écoulement turbulent bidimensionnel.
374 enthalpie (angl. enthalpy) Fonction d’état thermodynamique, souvent notée H, définie par
375 où U désigne l’énergie interne, p la pression et V le volume. Pour un gaz parfait, elle ne dépend que de la température (▷ lois de Joule). Lorsque la capacité calorifique à pression constante Cp ne dépend pas de la température, la variation d’enthalpie associée à la variation ∆T de la température d’un gaz parfait s’écrit
376 où Cp vaut 5nR/2 pour n moles de gaz monoatomique (dont les atomes n’ont pas de degré de liberté de rotation ni de vibration) et 7nR/2 pour un gaz diatomique, où R désigne la constante des gaz parfaits. Lorsque les seuls travaux sont ceux des forces de pression, sa différentielle s’écrit
377 où l’on voit que la dépendance naturelle de l’enthalpie est H = H(S, p). Elle peut être vue comme la transformée de Legendre de l’énergie interne par rapport au couple de variables (V, p). Dans le cas où le nombre de particules qui composent le système peut varier, on rajoute à sa différentielle le même terme qu’à celle de l’énergie interne pour obtenir
378 où µi est le potentiel chimique de l’espèce i. Les variations de l’enthalpie donnent directement la quantité de chaleur Q échangée par un système au cours d’une transformation à pression constante, et elle présente donc un intérêt particulier pour décrire les transformations se faisant sous la pression atmosphérique. Le mot « enthalpie » fut proposé par Heike Kamerlingh Onnes (1853–1926) et fit son apparition dans la littérature scientifique en 1909, la notion elle-même ayant été introduite vers 1875 par Willard Gibbs (1839–1903).
379 enthalpie libre (angl. Gibbs free energy) Fonction d’état thermodynamique souvent notée G et définie par
380 où H désigne l’enthalpie, T la température, S l’entropie, U l’énergie interne, p la pression et V le volume. On la nomme aussi fonction de Gibbs. Sa différentielle pour une transformation infinitésimale au cours de laquelle les seuls travaux sont ceux des forces de pression s’écrit
381 où µi désigne le potentiel chimique associé à une espèce i et Ni le nombre de moles de constituants microscopiques de cette espèce. On en déduit que G est une fonction naturelle des variables T, p et Ni, et que lors de l’évolution d’un système en contact avec un thermostat (T constante) et un réservoir de pression (p constant), les variations d’enthalpie libre ∆G sont directement reliées au changement de composition ∆Ni du système. C’est pour cela qu’elle présente un intérêt particulier dans l’étude des réactions chimiques à pression atmosphérique et en milieu thermostaté. En raison du théorème d’Euler sur les fonctions homogènes (▷ relation d’Euler), l’enthalpie libre est aussi égale à \(G=\sum_i \mu_i N_i\) (▷ potentiel chimique, relation de Gibbs-Duhem). Cette fonction fut introduite en 1878 par Willard Gibbs (1839–1903).
382 entraînement partiel de l’éther (angl. ether drag ; aether drag) Hypothèse proposée en 1818 par Augustin Fresnel (1788–1827) selon laquelle l’éther (alors considéré comme le milieu de propagation des ondes lumineuses) est partiellement entraîné par les corps denses en mouvement, en particulier les corps transparents. Selon Fresnel, l’augmentation de densité d’éther conduit à une modification de la vitesse de propagation de la lumière V dans un milieu d’indice n, donnée par
383 où v désigne la vitesse du corps transparent. Cette expression permit de rendre compte de plusieurs observations, en particulier de l’expérience d’Arago, et elle fut utilisée pendant plusieurs décennies. On sait aujourd’hui qu’elle repose sur des bases physiques incorrectes. Son succès provient du fait qu’elle coïncide avec le développement de la formule relativiste d’addition des vitesses pour les petites valeurs de v (v ≪ c), comme le montra Max von Laue (1879–1960) en 1907.
- ▷ Fresnel Drag and the Principle of Relativity, Ronald Newburgh, ISIS 65 (1974) p. 379
- ▷ Water-Filled Telescopes and the Pre-History of Fresnel’s Ether Dragging, Kurt Møller Pedersen, Archive for history of exact sciences 54 (2000) p. 499
- ▷ Fizeau’s Research Program on Ether Drag : A Long Quest for a Publishable Experiment, Jan Frercks, Physics in Perspective 7 (2005) p. 35
385 entraînement des référentiels (effet d’) (angl. frame dragging) ▷ effet Lense-Thirring.
386 entrée inverseuse (angl. inverting input) L’une des deux bornes d’entrée d’un amplificateur opérationnel, désignée par le symbole −. La tension à cette borne, souvent notée V −, intervient avec un signe négatif dans la relation entre la tension de sortie et les tensions d’entrée. Une contre-réaction à destination de l’entrée inverseuse assure un fonctionnement en régime linéaire de l’amplificateur (▷ amplificateur opérationnel).
387 entrée non inverseuse (angl. non-inverting input) Une des deux bornes d’entrée d’un amplificateur opérationnel, désignée par le symbole +. La tension à cette borne, souvent notée V +, intervient avec un signe plus dans la relation entre la tension de sortie et les tensions d’entrée. Une contre-réaction à destination de l’entrée non-inverseuse assure un fonctionnement en régime saturé de l’amplificateur (▷ amplificateur opérationnel).
388 entrefer (angl. air gap) Partie ouverte d’un circuit magnétique dans laquelle on peut soumettre un échantillon au champ magnétique créé. La géométrie de l’entrefer est optimisée pour maximiser la valeur du champ, celle du gradient de champ, ou au contraire pour rendre le champ spatialement homogène, selon l’usage que l’on veut en faire.
389 entropie (angl. entropy) Ce terme désigne plusieurs concepts définis de différentes manières mais qui tendent tous vers une notion commune dans certaines limites. ▷ voir encadré. ▶ 1. Fonction d’état extensive, généralement notée S, permettant de décrire la notion d’irréversibilité en thermodynamique. Elle est au cœur du second principe de la thermodynamique. Pour une transformation infinitésimale réversible, sa différentielle vérifie dS = δQ/T, où δQ est la quantité de chaleur associée à la transformation et T la température du système. On en déduit l’expression de sa différentielle pour un système ne pouvant recevoir du travail que grâce aux forces de pression,
390 où U est l’énergie interne du système et p sa pression. ▶ 2. Quantité calculée à partir des lois de la physique statistique, permettant de faire le lien entre les aspects microscopiques et macroscopiques d’un système physique. On l’appelle aussi parfois entropie de Gibbs ou entropie statistique, du nom du physicien Willard Gibbs (1839–1903) qui l’introduisit à la suite des travaux de Ludwig Boltzmann (1844–1906). Sa généralisation quantique est l’entropie de von Neumann. Pour un système dont les états microscopiques accessibles forment un ensemble discret, indexé par r, elle s’écrit
Entropie
391 où kB est la constante de Boltzmann et Pr la probabilité de l’état microscopique r. Elle redonne la formule de Boltzmann lorsque l’on se place dans le cadre de la description microcanonique associée à un système isolé (pour lequel on suppose que les états microscopiques sont équiprobables), mais reste valable même en dehors de l’équilibre. À la limite thermodynamique, l’entropie de Gibbs tend vers l’entropie définie en thermodynamique. ▶ 3. Le concept d’entropie a été introduit dans le cadre de la physique quantique par John von Neumann (1903–1957), et l’on parle ainsi parfois d’entropie de Von Neumann pour désigner la grandeur définie par
392 où Tr désigne la trace et \(\hat{\rho}\) la matrice densité. Cette formule généralise à la fois l’entropie statistique (sens 2) et l’entropie de Shannon (sens 4). ▶ 4. Étant donnée une variable aléatoire pouvant prendre n valeurs distinctes xi, chacune avec la probabilité \(\mathcal{P}\left(x_i\right)\), on appelle entropie de la variable, ou encore entropie de Shannon, la quantité définie par la somme
393 Il s’agit d’une mesure de la quantité d’information perdue qui doit son nom d’entropie au mathématicien John von Neumann (1903–1957). L’entropie statistique (sens 2) peut-être vue comme une application particulière de cette formule. L’entropie de Shannon présente un intérêt en théorie de l’information pour analyser par exemple les séquences de données binaires (0 ou 1) associées à un système numérique. Elle intervient par exemple dans l’élaboration de codes correcteurs d’erreur.
- ▷ How entropy got its name, Ralph Baierlein, American Journal of Physics 60 (1992) p. 1151
- ▷ La cuisine, laboratoire pour l’entropie, M. Eveno, Bulletin de l’Union des Physiciens 763 (1994) p. 617
- ▷ Thermodynamic entropy : The spreading and sharing of energy, Harvey S. Leff, American Journal of Physics 64 (1996) p. 1261
- ▷ Insight into entropy, Daniel F. Styer, American Journal of Physics 68 (2000) p. 1090
- ▷ Entropy and spontaneity in an introductory physics course for life science students, Benjamin D. Geller, Benjamin W. Dreyfus et al., American Journal of Physics 82 (2014) p. 394
- Chaleur et désordre – Le deuxième principe de la thermodynamique, Peter W. Atkins, (Belin, 1987)
396 entropie de Gibbs (angl. Gibbs entropy) ▷ entropie.
397 entropie de mélange (angl. entropy of mixing) Entropie créée par le mélange de deux systèmes formés de constituants microscopiques de différents types. Cette création d’entropie s’interprète dans le cadre de l’approche statistique de la thermodynamique par l’augmentation du nombre d’arrangements microscopiques qui conduisent aux mêmes états macroscopiques. Le calcul classique de cette entropie conduit au paradoxe de Gibbs, et il convient d’utiliser l’équation de Sackur-Tetrode qui prend convenablement en compte le caractère indiscernable des composants microscopiques identiques.
398 entropie résiduelle (angl. residual entropy) Entropie d’un système dont la température tend vers le zéro absolu, T = 0 K. Le troisième principe de la thermodynamique indique que cette entropie est nulle ou très petite pour la plupart des systèmes usuels, mais il existe des exceptions à cette règle. Par exemple, les verres et certains alliages (des états métastables, hors d’équilibre) peuvent avoir des entropies résiduelles relativement importantes.
399 environnement (angl. environment) ▶ 1. Nom donné à l’extérieur d’un système, avec lequel celui-ci peut interagir. ▶ 2. Ensemble des degrés de liberté avec lesquels sont couplés ceux qui décrivent l’état macroscopique d’un système quantique. Pour un système comportant un grand nombre N de constituants, l’état macroscopique est déterminé par quelques variables globales (position, quantité de mouvement, température, etc.) dont la valeur s’exprime comme une combinaison de toutes les variables microscopiques (position et quantité de mouvement de chaque constituant). On peut alors reformuler les variables dynamiques du système et séparer les variables macroscopiques de toutes les autres, qui constituent l’environnement. Celui-ci peut être associé à l’extérieur du système, ou à des degrés de liberté internes au système. L’évolution du système étudié fait généralement intervenir une intrication de ses degrés de liberté avec ceux de l’environnement. L’évolution dans le temps de cette intrication est liée au phénomène de décohérence.
400 éolipyle Machine conçue vers −60 par Héron d’Alexandrie, et dans laquelle de l’eau contenue dans un récipient sphérique est portée à ébullition, l’échappement de vapeur mettant le récipient en rotation, par réaction. Il s’agit d’un moteur thermique. Son principe en fait davantage l’ancêtre des moteurs à réaction que celui des machines à vapeur.
- ▷ A new look at Heron’s “Steam Engine”, Paul Keyser, Archive for history of exact sciences 44 (1992) p. 107
- ▷ The Aeolipile as Experimental Model in Early Modern Natural Philosophy, Craig Martin, Perspectives on Science 24 (2016) p. 264
402 eötvös [E] (angl. eotvos) Unité (symbole E) servant à exprimer des gradients d’accélération de la pesanteur, définie comme 1 E = 10−9 s−2. Elle est utilisée en géodésie, où la mesure de ces gradients est d’un grand intérêt, étant très sensible à l’environnement immédiat. Le nom de cette unité honore le physicien hongrois Roland Eötvös (1848–1919).
403 Eötvös (effet) (angl. Eötvös effect) Dans l’hémisphère Nord, diminution du poids d’un corps qui se déplace à la surface de la Terre dans la direction de l’est (ou augmentation du poids lorsqu’il se déplace vers l’ouest, le phénomène étant inversé dans l’hémisphère Sud). Cet effet s’interprète de plusieurs façons. Dans le référentiel terrestre, il est dû à la contribution de la force de Coriolis au poids, alors que dans le référentiel lié au corps, il provient de l’augmentation (ou de la diminution) de la force centrifuge, du fait de la rotation plus (ou moins) rapide par rapport à un référentiel galiléen. Cet effet avait été découvert de façon théorique en 1835 par Gustave Coriolis (1792–1843), qui l’appela « force centrifuge composée », et mis en évidence au début du xxe siècle par Oskar Hecker (1864–1938) sur un navire en pleine mer, puis en 1919 par Roland Eötvös (1848–1919) avec des expériences de laboratoire, grâce à une balance mise en rotation.
- ▷ Lóránd Eötvös, Gérard Vassails, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 6 (1953) p. 22
405 Eötvös (expérience d’) (angl. Eötvös experiment) Expérience réalisée en 1889 par Roland Eötvös (1848–1919), qui démontra à l’aide de masses suspendues aux extrémités d’un pendule de torsion que la masse inertielle et la masse gravitationnelle de différents corps (du bois et du platine dans l’expérience originale) ne diffèrent pas de plus de 5 × 10−8 en valeur relative. La mesure repose sur le fait que les masses sont soumises d’une part à la pesanteur (qui fait intervenir la masse gravitationnelle) et d’autre part à la force centrifuge due à la rotation de la Terre sur elle-même (qui fait intervenir la masse inertielle). Lorsque ces deux masses ne sont pas égales, le pendule subit un couple de forces. N’ayant pas observé de tel couple, Eötvös put déterminer une limite supérieure au rapport entre les deux types de masses. Les perfectionnements ultérieurs de cette expérience conduisirent à une précision de l’ordre de 2×10−10. Ce résultat fournit une base pour formuler le principe d’équivalence.
- ▷ Actually, Eötvös did publish his results in 1910, it’s just that no one knows about it…, Michael Martin Nieto, Richard J. Hughes et al., American Journal of Physics 57 (1989) p. 397
- ▷ [Search and Discovery] Gravitational Self-Energy and the Equivalence Principle, Bertram Schwarzchild, Physics Today 52 (1999) p. 19
407 Eötvös (Loránd) (1848–1919) Physicien hongrois, aussi appelé par son prénom germanisé, Roland Eötvös. Élève de Gustav Kirchhoff (1824–1887) et Hermann von Helmholtz (1821–1894), il est principalement connu pour ses travaux sur la tension superficielle (jusqu’en 1888) puis en gravimétrie. Il a notamment mis au point un gradiomètre gravitationnel suffisamment précis pour permettre de mesurer les variations locales de l’accélération de la pesanteur. Cet instrument fut abondamment utilisé en géodésie et lui permit de réaliser un test important du principe d’équivalence (▷ expérience d’Eötvös).
- ▷ Lóránd Eötvös, Gérard Vassails, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 6 (1953) p. 22
409 Eötvös (nombre d’) (angl. Eötvös number) Nombre sans dimension intervenant dans la description de la dynamique des gouttes. Il est défini par
410 où g désigne l’accélération de la pesanteur, ∆ρ la différence entre la masse volumique de la goutte et celle du liquide environnant, L sa taille caractéristique et σ le coefficient de tension superficielle. Ce nombre est parfois confondu avec le nombre de Bond.
411 épars (objets) (angl. scattered disk objects) Ensemble d’objets du Système solaire trans-neptuniens principalement composé de planètes naines. Le terme « épars » tire son origine du fait que ces corps pourraient provenir de la ceinture de Kuiper, de laquelle ils auraient été éjectés suite à des collisions, se retrouvant ainsi « éparpillés » hors de la ceinture. En plus de leur distance au Soleil potentiellement beaucoup plus grande, les corps épars se distinguent des autres objets compris dans la ceinture de Kuiper par le fait qu’ils peuvent se trouver assez loin du plan de l’écliptique et sur des orbites particulièrement irrégulières, lesquelles sont toujours très excentriques.
412 éphéméride (angl. ephemeris) Table astronomique donnant la position future de certains objets célestes (en particulier les planètes et la Lune) en fonction de la date et de l’heure. Les éphémérides sont établies en utilisant les lois de la mécanique céleste. Elles permettent notamment de préparer des observations astronomiques.
413 épicycle (angl. epicycle) Trajectoire circulaire dont le centre décrit lui-même un mouvement circulaire (▷ déférent). Les épicycles furent introduits pour rendre compte du mouvement apparent des planètes du Système solaire et forment la base du système d’Aristote et de celui de Ptolémée (▷ système de Ptolémée).
- ▷ Note on Epicycles & the Ellipse from Copernicus to Lahire, Carl B. Boyer, ISIS 38 (1947) p. 54
- ▷ The Mathematical Power of Epicyclical Astronomy, Norwood Russell Hanson, ISIS 51 (1960) p. 150
- ▷ The Earliest Form of the Epicycle Theory, B. L. van der Waerden, Journal for the History of Astronomy 5 (1974) p. 175
- ▷ Copernicus Decoded, Giorgio Goldoni, The Mathematical Intelligencer 27 (2005) p. 12
415 épidiascope (angl. epidiascope) Dispositif optique permettant de former l’image d’un objet opaque sur un écran. Cet objet est éclairé par une source lumineuse externe (généralement une ampoule puissante, de l’ordre de 1000 W) et placé devant un système optique (lentilles ou miroirs), qui en fait une image sur l’écran d’observation. Ce type de dispositif permet par exemple de projeter les pages d’un livre sur un écran mural, pour la montrer à un auditoire. L’avènement des projecteurs vidéo a rendu très rare l’usage des épidiascopes.
416 épitaxie (angl. epitaxy) Technique de croissance d’un cristal, par dépôt de couches successives sur un substrat. On parle d’homo-épitaxie ou d’hétéro-épitaxie, selon que le substrat est de même nature que le cristal déposé ou non. On rencontre également le nom croissance épitaxique ou épitaxiale.
- ▷ Epitaxially Self-Assembled Quantum Dots, Pierre M. Petroff, Axel Lorke et al., Physics Today 54 (2001) p. 46
418 épithermique Qualifie les neutrons dont l’énergie est située dans la gamme 10 eV – 20 KeV environ, c’est-àdire supérieure à celle des neutrons thermiques.
419 epsilon [ϵ] ▶ 1. Notation usuelle des permittivités diélectriques. ▶ 2. Notation fréquente pour des quantités infinitésimales, en particulier dans des développements limités.
420 épurateur de faisceau (angl. mode cleaner) Dispositif permettant d’élargir la section d’un faisceau lumineux parallèle (en particulier issu d’un laser), en conservant une bonne cohérence spatiale. Il s’agit d’un élargisseur de faisceau, dans lequel la première lentille fait converger le faisceau dans un trou micrométrique, qui sélectionne le mode fondamental du système optique.
421 équant (angl. equant) Dans le modèle du Système solaire de Ptolémée, point par rapport auquel le mouvement des planètes et du Soleil se fait à vitesse angulaire constante (▷ système de Ptolémée).
- ▷ Fonction et origine probable du point équant de Ptolémée, James Evans, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 37 (1984) p. 193
- ▷ On the function and the probable origin of Ptolemy’s equant, James Evans, American Journal of Physics 52 (1984) p. 1080
- ▷ Ancient heliocentrists, Ptolemy, and the equant, Dennis Rawlins, American Journal of Physics 55 (1987) p. 235
423 équateur (angl. equator) De manière générale, l’équateur désigne l’intersection d’une sphère avec un plan passant par son centre. C’est donc un grand cercle de la sphère. ▶ 1. Dans le cas de l’équateur géographique, le plan choisi est perpendiculaire à l’axe qui passe par les pôles géographiques. L’équateur géographique sert d’origine pour la détermination des latitudes. ▶ 2. L’équateur magnétique désigne l’ensemble des points entourant la Terre auxquels l’inclinaison magnétique et la composante verticale du champ magnétique terrestre sont nulles. Ces points définissent une surface irrégulière et variable dans le temps. Elle est localisée au voisinage d’un plan perpendiculaire à l’axe passant par les pôles magnétiques et situé vers le milieu de ceux-ci. ▶ 3. L’équateur céleste désigne le cercle défini par l’intersection du plan de l’équateur terrestre avec la sphère céleste. Il est par exemple utilisé dans le système de coordonnées équatoriales pour définir l’ascension droite d’un point du ciel.
424 équation algébrique (angl. algebraic equation) Équation s’écrivant sous la forme P(x) = 0, où P est un polynôme de l’inconnue x. Les nombres solutions de telles équations sont eux aussi dits algébriques, les autres étant transcendants.
425 équation de la chaleur (angl. heat equation) Équation régissant l’évolution de la température T dans un milieu sous l’effet de la conduction thermique. Elle s’écrit
426 où △ désigne l’opérateur laplacien et D est une caractéristique du milieu appelée diffusivité ou coefficient de diffusion thermique. Il s’agit d’une équation de diffusion. Elle a été introduite en 1811 par Joseph Fourier (1768–1830).
427 équation constitutive (angl. constitutive equation) Relation entre deux grandeurs physiques décrivant un système physique, qui caractérise ce système mais ne découle a priori pas directement des lois physiques utilisées pour le décrire. Plus précisément, une relation est dite constitutive lorsqu’elle fournit une équation qui manquait pour déterminer totalement les caractéristiques du système. Par exemple, la loi de Fick, la loi d’Ohm ou la relation entre aimantation et champ magnétique sont des relations constitutives (la loi de Fick permet d’arriver à l’équation de diffusion à partir de l’équation de conservation de la masse).
428 équation aux dérivées partielles (angl. partial differential equation) Équation faisant intervenir les dérivées partielles par rapport à plusieurs variables. On les désigne parfois par l’acronyme EDP. Par exemple, l’équation des ondes et l’équation de diffusion sont des équations aux dérivées partielles. Lorsque n’apparaissent que des dérivées par rapport à une seule variable, on parle d’équation différentielle (en précisant éventuellement « ordinaire »).
429 équation différentielle (angl. differential equation ; ordinary differential equation ; ODE) Équation faisant intervenir une fonction (d’une variable réelle ou complexe) et plusieurs de ses dérivées. Par exemple, en notant x la fonction de t, ẋ sa dérivée première et ẍ sa dérivée seconde par rapport à t, les équations
430 sont des équations différentielles du premier et du second ordre, respectivement, f et g étant des fonctions quelconques. La plupart des lois physiques faisant intervenir des dérivées (en particulier par rapport au temps), ces équations sont omniprésentes, qu’elles portent sur une fonction inconnue scalaire (réelle ou complexe), vectorielle, voire tensorielle ou spinorielle. Par exemple, dans les problèmes d’oscillation apparaissent souvent les équations différentielles linéaires du second ordre à coefficients constants (ce qui correspond, selon la définition générale donnée ci-dessus, à une fonction g affine)
431 où a, b et c sont des constantes (a ≠ 0) et F(t) une fonction de t de même nature mathématique (scalaire, vectorielle, etc.) que x. On rencontre aussi fréquemment des équations différentielles linéaires du premier ordre à coefficients constants
432 où a (≠ 0) et b sont des constantes, \(\mathcal{F}(t)\) étant une fonction connue de t. Dans un problème physique précis, les équations différentielles par rapport au temps (nommées en général équations du mouvement ou d’évolution) sont d’ordinaire au plus du deuxième ordre (pour un contre-exemple, ▷ force d’Abraham-Lorentz) et ont besoin d’être complétées par des conditions initiales (en nombre égal à l’ordre de l’équation), afin que la solution puisse être déterminée de manière unique. Dans le cas d’équations par rapport à une variable spatiale, on parle plutôt de conditions aux bords (ou aux limites), et il en faut également un nombre égal à l’ordre de l’équation. Les équations qui portent sur des fonctions de plusieurs variables sont dites équations aux dérivées partielles.
- ▷ [Bac to basics] Les équations différentielles, Maurice Mashaal, La Recherche 284 (1996) p. 110
434 équation d’état (angl. equation of state) ▶ 1. Relation entre plusieurs des variables thermodynamiques qui décrivent les propriétés d’un système à l’équilibre, et dont l’existence traduit la non-indépendance de ces variables. Il s’agit d’une équation constitutive qui ne peut pas être déduite des lois de la thermodynamique et qui s’obtient expérimentalement ou à l’aide d’une modélisation microscopique plus fondamentale. Les équations d’état usuelles pour un fluide simple relient sa température T, sa pression P et son volume V (ou sa masse volumique ρ) (▷ équation d’état des gaz parfaits, équation d’état de van der Waals, équation d’état de Clausius) mais, pour des systèmes plus complexes, une équation d’état peut faire intervenir la composition, les propriétés électriques ou magnétiques, etc. À chaque système physique sont associées plusieurs équations d’état qui ne sont pas toutes équivalentes. Chacune d’entre elles permet de déterminer certaines grandeurs caractéristiques du système et de ses transformations (comme ses coefficients calorimétriques), mais seules les équations d’état nommées « relations fondamentales » (ou « représentations de la relation fondamentale ») contiennent l’intégralité de l’information sur les propriétés du système et rendent donc possible d’exprimer toutes les fonctions d’état de manière unique. Par exemple, l’équation d’état dite des gaz parfaits, PV = nRT, ne permet pas de déterminer son énergie interne. En revanche, on montre que pour un système donné (en particulier un gaz parfait), si l’on a l’expression de l’entropie en fonction des variables primitives (U, V et n dans ce cas, ▷ variable d’état), on peut déduire toutes les propriétés du système. Toute équation d’état obtenue en inversant une relation fondamentale, par exemple U(S, V,n), en est elle-même une. ▶ 2. Dans une approche plus générale de la thermodynamique, on nomme équation d’état toute relation entre des variables d’état au sens le plus large de ce terme. Par exemple, la relation entre la longueur ℓ d’un fil tendu et la force F qu’il exerce sur un objet accroché à son extrémité est une équation d’état, ainsi que l’expression de la capacité d’un consensateur en fonction de la différence de potentiel entre ses bornes et la charge portée par ses armatures. On peut d’ailleurs prendre en compte des effets thermiques dans la description de chacune des grandeurs données en exemple ici (constante de raideur d’un fil, capacité d’un consensateur, etc.).
- ▷ The Equation of State of Hot Dense Matter and Supernovae, James M. Lattimer, Annual Review of Nuclear and Particle Science 31 (1981) p. 337
- ▷ L’équation d’état de la matière nucléaire, Hans Gutbrob & Horst Stöcker, Pour la Science 171 (1992) p. 44
436 équation d’état de Clausius (angl. Clausius equation of state) Équation d’état que vérifient les gaz réels dans certains domaines de pression P et de température T. Elle s’écrit
437 où R désigne la constante des gaz parfaits, V le volume, a et b deux constantes analogues à celles qui interviennent dans l’équation de Van der Waals.
438 équation des géodésiques (angl. geodesic equation) Dans une variété, équation différentielle du second ordre que vérifient les coordonnées des points d’une géodésique. En utilisant la convention d’Einstein, elle s’écrit
439 où le point désigne la dérivation par rapport à un paramètre affine de la géodésique et où les \(\Gamma_{\mu \nu}^\lambda\) désignent les coefficients de la connexion affine. Dans le cadre des théories métriques de la gravitation (telle la relativité générale), les géodésiques sont également les courbes auto-parallèles, et on a donc l’équation équivalente écrite en fonction du vecteur tangent \(u^\alpha=\dot{x}^\alpha\) :
440 où D désigne la dérivée covariante (▷ transport parallèle). L’importance de ces équations en relativité générale provient du principe d’équivalence qui stipule que toute particule-test en chute libre suit une géodésique.
- ▷ The Motion of Point Particles in Curved Spacetime, Eric Poisson, Adam Pound et al., Living Reviews in Relativity 14 (2011) p. 1
442 équation horaire Nom générique des équations donnant l’évolution d’une quantité (par exemple la position d’un système en mécanique) en fonction du temps.
443 équation d’onde (angl. wave equation) Équation décrivant la propagation d’une onde. On réserve souvent ce terme aux équations reliant le laplacien △f à la dérivée seconde ∂2f/∂t d’une fonction \(f(\vec{r}, t)\) décrivant l’amplitude de l’onde. Il existe différents types d’équations d’onde, selon les autres termes qui interviennent (▷ équation des ondes, équation des télégraphistes, équation de Klein-Gordon). L’équation de Schrödinger décrit aussi la propagation d’une onde, mais elle s’apparente plus à une équation de diffusion (la dérivée sur t étant d’ordre un).
444 équilibrage (angl. balancing) ▶ 1. Modification de la distribution de masse d’une pièce destinée à être mise en rotation autour d’un axe, afin de réduire les efforts sur cet axe (▷ équilibrage statique, équilibrage dynamique). ▶ 2. Réglage d’un pont électrique pour qu’il soit traversé par un courant nul (▷ pont de Wheatstone).
445 équilibrage dynamique (angl. dynamic balancing) Ajustement de la distribution de masse dans un solide en rotation pour faire coïncider un des axes principaux d’inertie avec l’axe de rotation. Quand cette condition n’est pas remplie, la rotation du solide induit sur l’axe de rotation un couple qui peut provoquer des vibrations néfastes et l’endommager. Cet équilibrage peut se faire, par exemple, en ajoutant convenablement des masselottes sur le solide, comme on peut le voir sur les roues des voitures.
446 équilibrage statique (angl. static balancing) Ajustement de la distribution de masse dans un solide en rotation pour que le centre d’inertie soit situé sur l’axe de rotation. Quand cette condition n’est pas réalisée, la rotation du solide provoque l’apparition d’une force tournante sur cet axe qui peut l’user ou l’endommager gravement. Cet équilibrage peut être réalisé en rajoutant une masselotte appropriée sur le solide, par exemple. Le nom vient du fait que si la pièce est statique, elle doit tenir en équilibre si on la pose sur l’axe, une fois cet équilibrage réalisé. Quand la pièce est en rotation, il peut encore apparaître des efforts néfastes sur l’axe : ▷ équilibrage dynamique.
447 équilibre (angl. equilibrium) ▶ 1. Un système mécanique est dit « à l’équilibre » quand son état n’évolue pas, par exemple quand les forces auxquelles il est soumis se compensent exactement. Pour un système soumis uniquement à un potentiel V (x) unidimensionnel, l’équilibre correspond aux points où la dérivée première de V par rapport à x est nulle. On distingue l’équilibre stable, dans lequel le système revient vers l’équilibre après qu’on l’ait légèrement écarté (c’est le cas lorsque la dérivée seconde du potentiel est positive, V ′′ > 0), de l’équilibre instable, dans lequel la perturbation conduit à un déséquilibre des forces qui tend à amplifier l’écart (c’est le cas lorsque V ′′ < 0). On parle d’équilibre indifférent quand tout déplacement infinitésimal mène à un nouvel état d’équilibre (V ′′ = 0). ▶ 2. Un système isolé est dit à l’équilibre quand il a atteint un état invariant au cours du temps. Pour un système non isolé, on ajoute la condition supplémentaire que cet état ne serait pas modifié même si on isolait le système de son environnement (cette seconde condition permet de faire la différence avec un état stationnaire). L’état moyen d’un système en équilibre est donc constant, malgré l’éventuel contact avec l’environnement, car les échanges avec l’extérieur se compensent en moyenne. Cette compensation, ainsi que l’invariance de l’état d’équilibre, ne sont toutefois pas nécessairement exactes à chaque instant : l’état d’équilibre peut être accompagné de fluctuations (▷ équilibre thermodynamique), mais celles-ci sont nulles en moyenne.
448 équilibre indifférent (angl. neutral equilibrium) Situation dans laquelle la perturbation d’un système initialement à l’équilibre constitue encore un état d’équilibre. C’est le cas d’un potentiel constant (par exemple, un pingouin sur la banquise). Par extension, on qualifie aussi d’indifférent un équilibre dans lequel la dérivée seconde du potentiel auquel est soumis le système est nulle. Il faut alors pousser le développement limité du potentiel à l’ordre 3 au moins pour conclure sur la stabilité de l’équilibre.
449 équilibre instable (angl. unstable equilibrium) Situation d’équilibre dans laquelle suite à une perturbation, le système est soumis à une force qui l’écarte encore davantage de cet état d’équilibre. Pour un système soumis à un potentiel V, l’équilibre est instable lorsque la dérivée seconde de V par rapport au paramètre décrivant la perturbation est négative.
450 équilibre mécanique (angl. mechanical equilibrium) Un système thermodynamique est dit à l’équilibre mécanique lorsque les sous-parties qui le composent ont la même pression. Dans cette situation, le système n’est pas déformé par des forces internes.
451 équilibre stable (angl. stable equilibrium) Situation d’équilibre dans laquelle suite à une perturbation, le système est soumis à une force qui le ramène vers cet état d’équilibre. Pour un système soumis à un potentiel V, l’équilibre est stable lorsque la dérivée seconde de V par rapport au paramètre décrivant la perturbation est positive.
452 équilibre thermique (angl. thermal equilibrium) On dit que plusieurs systèmes sont en équilibre thermique lorsque, pouvant échanger de l’énergie, ils se trouvent à la même température. Ils n’échangent alors pas de chaleur. En particulier, un système en contact avec un thermostat de température T0 est à l’équilibre thermique si sa température vaut T0. L’équilibre thermique n’implique pas l’équilibre thermodynamique, car il peut exister entre des systèmes des déséquilibres autres que thermiques (une différence de potentiel chimique, par exemple).
453 équilibre thermodynamique (angl. thermodynamic equilibrium) Un système isolé est dit à l’équilibre thermodynamique lorsque son état macroscopique n’évolue pas spontanément au cours du temps. Il se trouve à l’équilibre thermique, mécanique, chimique, magnétique, etc., et il est caractérisé par sa température, sa pression, son potentiel chimique, etc. Plusieurs systèmes en interaction sont dits en équilibre thermodynamique lorsque le système global qu’ils forment est à l’équilibre thermodynamique. Leurs variables intensives (température, pression, etc.) sont alors nécessairement égales et homogènes, l’état macroscopique de chaque sous-système étant de plus indépendant du temps. Les sous-systèmes peuvent cependant changer d’état microscopique en interagissant, ce qui se traduit par des fluctuations spatiales et temporelles des grandeurs qui les décrivent. La notion d’équilibre thermodynamique est intimement reliée au second principe de la thermodynamique et à l’entropie (▷ principe du maximum d’entropie). Dans certains systèmes hors équilibre, on peut définir un équilibre thermodynamique local (▷ équilibre thermodynamique local).
454 équilibre thermodynamique local (angl. local thermodynamic equilibrium) État d’un système que l’on peut décomposer en sous-parties décrites par des variables thermodynamiques bien définies (température, pression, masse volumique, etc.), sans que les valeurs de ces variables soient nécessairement homogènes dans le système. Ainsi il existe des équilibres thermodynamiques locaux différents à divers endroits du système. Un état d’équilibre local n’est pas intrinsèquement stable, dans le temps comme dans l’espace, car des phénomènes de transport peuvent tendre à homogénéiser l’état du système. Par exemple, les inhomogénéités de température donnent lieu à de la conduction thermique. Dans certains cas de systèmes hors d’équilibre, on ne peut même pas définir les variables thermodynamiques (par exemple la température) de façon locale.
455 équinoxe (angl. equinox) Nom des deux points de la trajectoire de la Terre auxquels le jour et la nuit ont la même durée. On appelle aussi équinoxes les moments où la Terre passe par ces points. L’équinoxe vernal se produit le 19, 20 ou 21 mars selon les années, on l’appelle équinoxe de printemps dans l’hémisphère nord. Le second équinoxe se produit le 21, 22, 23 ou 24 septembre, on l’appelle équinoxe d’automne dans l’hémisphère nord.
456 équipartition (théorème de l’) (angl. equipartition theorem) Théorème selon lequel dans un système classique (non quantique) à l’équilibre thermique, la température T est reliée au hamiltonien H (à l’énergie moyenne) par
457 où x désigne une des variables dynamiques (position, quantité de mouvement, position angulaire, vitesse de rotation, etc.) et kB la constante de Boltzmann. Lorsque la partie potentielle du hamiltonien ne dépend pas de la vitesse (ce qui est le cas dans la très grande majorité des situations), ce théorème implique que nkBT = 2⟨Ec⟩ où Ec désigne l’énergie cinétique et n le nombre de degrés de liberté contribuant à cette énergie cinétique.
- ▷ Specific heats and the equipartition law in introductory textbooks, Clayton A. Gearhart, American Journal of Physics 64 (1996) p. 995
459 équipartition de l’énergie (angl. equipartition of energy) Propriété des systèmes à l’équilibre thermodynamique, selon laquelle chaque degré de liberté microscopique de leurs constituants pour lequel la contribution à l’énergie est quadratique fournit la même contribution ⟨E⟩ = kBT/2 à l’énergie moyenne totale, où kB désigne la constante de Boltzmann et T la température. Par exemple, pour un gaz parfait diatomique, les trois degrés de liberté de translation contribuent pour \(\langle E\rangle_t=3 k_{\mathrm{B}} T / 2\), les deux de rotation pour ⟨E⟩r = kBT et celui de vibration pour ⟨E⟩v = kBT/2. L’équipartition résulte d’un raisonnement classique, et, même dans les conditions usuelles, des effets quantiques peuvent décroître drastiquement la contribution de certains degrés de liberté (▷ loi de Dulong-Petit).
460 équipotentielle (surface ou ligne) (angl. equipotential) Ligne ou surface sur laquelle un potentiel (par exemple électrique ou gravitationnel) est constant. Les lignes de champ correspondantes sont perpendiculaires en tout point aux lignes ou surfaces équipotentielles.
461 équiprojectif (angl. equiprojective) Se dit d’un champ vectoriel \(\vec{v}\) défini sur l’espace tridimensionnel et tel que les valeurs qu’il prend en deux points quelconques A et B vérifient
462 où · désigne le produit scalaire usuel. En utilisant la relation de Varignon, on peut montrer que le moment d’un torseur est équiprojectif. En particulier, on peut démontrer facilement que le champ vectoriel constitué des vitesses des points d’un solide rigide est équiprojectif en dérivant par rapport au temps l’équation traduisant la constance du carré de la distance entre deux points du solide : \(\|\overrightarrow{A B}\|^2=\overrightarrow{A B} \cdot \overrightarrow{A B}=\text { constante }\).
463 équivalence masse-énergie (angl. equivalence of mass and energy) ▷ énergie de masse.
- ▷ The Equivalence of Mass and Energy. An Anticipation by Mendeleev, S. Sambursky, ISIS 60 (1969) p. 104
- ▷ The Concept of Particle Creation before and after Quantum Mechanics, Joan Bromberg, Historical Studies in the Physical Sciences 7 (1976) p. 161
- ▷ Understanding Einstein’s 1905 derivation of E=Mc2, N. David Mermin, Studies in History and Philosophy of Science Part B 42 (2011) p. 1
465 équivalent de dose (angl. equivalent dose) Quantité permettant d’évaluer les dégâts physiologiques provoqués par l’exposition à un rayonnement ionisant. Dans le Système International d’unités, l’équivalent de dose s’exprime en sievert (Sv). L’exposition à la radioactivité naturelle terrestre engendre en un an un équivalent de dose de l’ordre du mSv. Le rem, ancienne unité, ne doit maintenant plus être utilisé.
466 équivalent en eau Autre nom de la valeur en eau d’un calorimètre.
467 équivalent mécanique de la chaleur (angl. mechanical equivalent of heat) Facteur de conversion entre le joule (unité d’énergie) et la calorie (unité de chaleur). Il est égal à 4,185 J · cal−1. L’introduction de ce facteur par Sadi Carnot (1796–1832) en 1831 est restée inaperçue. Il fut réintroduit de façon indépendante par James Joule (1818–1889) en 1841 et Robert Mayer (1814–1878) en 1842, lorsqu’ils réalisèrent que la chaleur dégagée lors d’une transformation est proportionnelle au travail net fourni.
- ▷ Faraday as Referee of Joule’s Royal Society Paper "On the Mechanical Equivalent of Heat", Crosbie W. Smith, ISIS 67 (1976) p. 444
469 Er Symbole de l’élément erbium (Z = 68).
470 Ératosthène (-276–-194) Astronome, géographe, philosophe et mathématicien grec du iiie siècle avant notre ère, on lui doit en particulier un catalogue astronomique ainsi que la première mesure de la circonférence de la Terre (▷ expérience d’Eratosthène).
- ▷ Eratosthenes, Hipparchus, and the obliquity of the ecliptic, Alexander Jones, Journal for the History of Astronomy 33 (2002) p. 15
- ▷ The Two Earths of Eratosthenes, Christián Carlos Carman & James Evans, ISIS 106 (2015) p. 1
472 Ératosthène (expérience d’) Mesure du rayon de la Terre effectuée en 200 avant JC par Ératosthène (-276–-194), et consistant à mesurer l’angle α que les rayons du Soleil forment avec la verticale à Alexandrie, à midi le jour du solstice d’été. Eratosthène avait observé que ce même jour et à la même heure, les rayons du Soleil sont exactement verticaux dans la ville de Syène (ils éclairent le fond d’un puits profond). En supposant que ces villes sont situées sur le même méridien, le rayon de la Terre est relié à l’angle α et à la distance d entre les deux villes par R = d/α. Eratosthène mesura un angle de 7°12’. La justesse du résultat d’Eratosthène est difficile à estimer, étant exprimé en stades, une unité de mesure mal connue et alors définie de façon différente d’une ville à l’autre. L’ordre de grandeur qu’il obtint était toutefois très raisonnable.
- ▷ The origin and value of the stadion unit used by Eratosthenes in the third century B.C., Edward Gulbekian, Archive for history of exact sciences 37 (1987) p. 359
- ▷ Sur l’expérience d’Eratosthène, Arkaan Simaan, Bulletin de l’Union des Physiciens 846 (2002) p. 1193
- ▷ Le retour d’Ératosthène, Francis Berthomieu, Cahiers Clairaut 107 (2004) p. 17
- ▷ Quelques éléments historiques et didactiques sur l’expérience d’Ératosthène, Nicolas Decamp & Cécile de Hosson, Bulletin de l’Union des Physiciens 937 (2011) p. 1065
Ératosthène (expérience d’)
Ératosthène (expérience d’)
474 erbium (angl. Erbium) Élément de numéro atomique Z = 68, découvert en 1843 par Carl Mosander (1797–1858). Il est représenté par le symbole Er. Structure atomique : [Xe]6s24f125d0. Famille des lanthanides. Masse volumique : 9 066 kg · m−3.
475 ère cosmologique (angl. cosmological era) Période de l’histoire de l’Univers au cours de laquelle sa composition, et incidemment son évolution, est dominée par une composante particulière. On distingue ainsi par exemple (et de manière non-exhaustive) :
- — avant le temps de Planck, l’ère de Planck, « période » la plus ancienne qui doit être décrite dans le cadre de la gravitation quantique et au cours de laquelle les notions même d’espace et de temps perdent vraisemblablement toute signification (▷ mur de Planck) ;
- — l’ère inflationnaire au cours de laquelle aurait eu lieu une expansion extrêmement rapide de l’Univers (▷ inflation). Elle aurait pris fin environ 10−32 s après le mur de Planck. Le facteur d’échelle a(t) croît exponentiellement avec le temps au cours de cette période ;
- — l’ère radiative pendant laquelle le contenu de l’Univers est dominé par le rayonnement électromagnétique. Elle aurait commencé tôt dans l’histoire cosmologique et aurait duré tant que l’Univers était suffisamment chaud, soit un peu moins de 100 000 ans. Au cours de cette période le facteur d’échelle et le temps cosmologique sont reliés par a(t) ∝ t1/2 ;
- — l’ère matérielle qui a succédé à l’ère radiative une fois le contenu de l’Univers assez refroidi et dilué. Elle semble avoir pris fin il y a environ 5 milliards d’années pour laisser place à l’ère actuelle où dominerait l’énergie noire. Au cours de l’ère matérielle, le facteur d’échelle évolue selon a(t) ∝ t2/3.
477 erg (angl. erg) Unité (symbole erg) dans laquelle s’expriment les énergies dans le système d’unités CGS. C’est une unité dérivée, reliée aux unités de base par 1 erg = 1 g·cm2·s−2 et à celles du Système International d’unités par 1 erg = 10−7 J.
478 ergodicité (angl. ergodicity) ▷ hypothèse ergodique.
479 ergosphère (angl. ergosphere) En gravitation relativiste, région située au voisinage d’un objet suffisamment compact en rotation, en particulier un trou noir, et définie par la propriété qu’aucune particule ne peut y rester immobile par rapport à un observateur lointain statique. On rencontre par exemple ce phénomène près d’un trou noir de Kerr, juste en dehors de son horizon. De façon imagée, on peut dire que l’entraînement des référentiels (▷ effet Lense-Thirring) induit par la rotation du corps est si important dans l’ergosphère que l’espace y est entraîné à une vitesse supérieure à celle de la lumière. En termes plus techniques, la présence d’une ergosphère se traduit par le fait qu’un vecteur de Killing du genre temps à l’infini y devient du genre espace. La racine du nom vient du grec « ergo » qui signifie travail et s’explique par l’existence du processus de Penrose.
480 Eris Planète naine découverte en 2003, initialement surnommée Xena, et dont le nom fait référence à la déesse de la discorde dans la mythologie grecque. Sa masse d’environ 1,66 × 1022 kg, supérieure à celle de Pluton pour un rayon comparable de l’ordre de 1 200 km, conduisit en 2006 à un changement majeur de la nomenclature des planètes, Pluton devenant une planète naine. La distance qui la sépare du Soleil, oscillant entre 5,65 × 109 km (37,37 unités astronomiques au périhélie) et 14,6×109 km (97,56 unités astronomiques à l’aphélie), est actuellement quasiment à son maximum, en faisant le membre du Système solaire le plus éloigné du Soleil que l’on connaisse, au-delà même de la ceinture de Kuiper.
481 EROS Acronyme de « Expérience de Recherche d’Objets Sombres ». Expérience française destinée à rechercher des objets compacts dans notre galaxie ou dans son entourage, grâce à l’effet de microlentille gravitationnelle. Cette expérience a été menée de 1990 à 2003, et reposait sur des observations faites depuis l’observatoire de La Silla, au Chili. L’analyse des événements de microlentilles gravitationnelles détectés a notamment permis de montrer que la matière noire de notre galaxie ne pouvait pas être majoritairement composée d’étoiles dont la masse serait comprise entre 10−7 M⊙ et 10M⊙ environ. ▷ MACHO, OGLE.
- ▷ [Search and Discovery] MACHO Searches Find Most Candidates in Unexpected Places, Bertram Schwarzschild, Physics Today 47 (1994) p. 17
- ▷ Eros and Faint Red Galaxies, Patrick J. McCarthy, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 42 (2004) p. 477
483 erreur (angl. error) ▶ 1. Caractéristique d’une mesure, définie comme la différence entre la valeur mesurée et la valeur vraie. Cette notion est importante conceptuellement mais est inaccessible en pratique, la valeur vraie n’étant généralement pas connue. ▶ 2. De manière impropre, autre appellation des incertitudes, sur un résultat de mesure ou sur une valeur théorique. Ce nom suggère à tort que l’on s’est trompé lors de la mesure ou du calcul de la valeur théorique, et l’on préférera le terme « incertitude ».
- ▷ Interprétation statistique des erreurs de mesure, P.-Y. Nizou, Bulletin de l’Union des Physiciens 679 (1985) p. 339
- ▷ Le calcul des incertitudes, Hubert Gié & R. Moreau, Bulletin de l’Union des Physiciens 691 (1987) p. 159
- ▷ [Reference Frame] Fretting about Statistics, Daniel Kleppner, Physics Today 45 (1992) p. 9
- ▷ Variabilité, incertitude, erreur, Jacques Treiner, Bulletin de l’Union des Physiciens 930 (2011) p. 9
485 erreur d’arrondi (angl. round-off error ; rounding error) Erreur commise dans un calcul numérique, lorsque l’on écrit une valeur avec un nombre fini de décimales. La perte d’information sur cette valeur se propage sur l’ensemble des calculs qui l’utilisent, ce qui peut finir par conduire à une erreur importante, voire dominante, sur le résultat d’un calcul. Ce type d’erreur est inévitable dans un calcul numérique, et il est crucial d’estimer son impact sur le résultat obtenu, en particulier dans les cas où ces erreurs sont susceptibles de s’accumuler, lorsqu’un résultat intermédiaire est arrondi avant d’être utilisé pour en déduire un autre.
486 erreur statistique (angl. statistical error) Contribution aléatoire à l’erreur expérimentale associée à un ensemble de mesures d’une grandeur physique. Cette erreur peut être réduite en augmentant le nombre N de mesures, et dans beaucoup de situations, on peut considérer qu’elle décroît en \(1 / \sqrt{N}\) en valeur relative. Les mesures sont aussi affectées d’une erreur systématique (▷ erreur systématique).
487 erreur systématique (angl. systematic error) Contribution à l’erreur expérimentale associée à un ensemble de mesures d’une grandeur physique, caractérisée par le fait qu’elle ne dépend pas du nombre de mesures effectuées. Cette erreur peut être due à une connaissance imparfaite de l’appareil de mesure, ou à la présence d’un effet physique non pris en compte ou mal estimé. Les mesures sont aussi affectées d’une erreur statistique (▷ erreur statistique).
- ▷ Systematic Errors, Joel Heinrich & Louis Lyons, Annual Review of Nuclear and Particle Science 57 (2007) p. 145
489 éruption solaire (angl. solar eruption) Brusque émission de rayonnement électromagnétique accompagnée de l’éjection de particules chargées qui se produit à la surface du Soleil, dans une région d’étendue réduite où le champ magnétique est particulièrement intense et dynamique (▷ tache solaire). Les éruptions solaires, dont l’énergie peut être très variable, ont, comme les éjections de masse coronale, vraisemblablement pour origine le phénomène de reconnexion magnétique, même si l’on ne comprend pas encore précisément le mécanisme sousjacent. Elles ont pour particularité d’être observables dans l’ensemble du spectre électromagnétique. L’une des plus intenses éruptions qui eurent lieu au cours des derniers siècles est également la première dont l’observation a été répertoriée, en 1859 (▷ événement Carrington).
- ▷ La menace des éruptions solaires géantes, Jonathan O’Callaghan, Pour la Science 533 (2022) p. 52
491 Es Symbole de l’élément einsteinium (Z = 99).
492 eschatologie (angl. eschatology) Ce terme plutôt employé pour désigner les études relatives à la fin du monde (dans un contexte religieux en particulier) est aussi parfois employé par certains physiciens pour désigner l’étude de l’avenir de l’Univers, et ce pas uniquement dans le cas où il atteint une singularité finale.
- ▷ Time without end : Physics and biology in an open universe, Freeman J. Dyson, Reviews of Modern Physics 51 (1979) p. 447
- ▷ [Resource Letter] PEs-1 : Physical eschatology, Milan M. Cirkovic, American Journal of Physics 71 (2003) p. 122
494 espace absolu (angl. absolute space) Espace dans lequel se dérouleraient les mouvements et dont les propriétés seraient indépendantes du contenu et de l’observateur. Le caractère absolu de l’espace qui nous entoure constitue l’un des postulats de base de la physique de Sir Isaac Newton (1643–1727), et l’un de ceux qui furent remis en cause par Albert Einstein (1879–1955) dans la relativité restreinte, puis dans la relativité générale. Dans celle-ci, l’espace ne semble pas euclidien à tous les observateurs et il est affecté, comme le temps (▷ espace-temps), par le contenu énergétique local. Dans sa reformulation post-relativiste de la physique newtonienne, Elie Cartan (1869–1951) montra que l’hypothèse d’un espace absolu n’était pas nécessaire, une structure mathématique un peu moins rigide étant suffisante (▷ théorie de Newton-Cartan). L’existence d’un espace absolu permettrait de fixer un référentiel absolu (▷ référentiel absolu).
- ▷ Absolute Space-Again, Margula Rabinowitz, Journal of History of Ideas 23 (1962) p. 279
- ▷ Mach’s mechanics and absolute space and time, Sam Mitchell, Studies in History and Philosophy of Science Part A 24 (1993) p. 565
- ▷ [Reference Frame] Total Relativity : Mach 2004, Frank Wilczek, Physics Today 57 (2004) p. 10
496 espace affine (angl. affine space) Espace mathématique \(\mathcal{E}\) composé de points et possédant une structure linéaire globale, de sorte qu’à tout couple de points (A, B), on peut associer un vecteur d’un même espace vectoriel E, noté en général \(\overrightarrow{A B}\). Cette notion mathématique est celle qui permet de repérer un point de l’espace usuel par des coordonnées ou, de manière équivalente, par un vecteur position, une fois une origine choisie. Plus formellement, les espaces \(\mathcal{E}\), E et leur relation doivent être tels que :
- — pour tout vecteur \(\vec{v}\) de E et tout point A de \(\mathcal{E}\), il existe un unique point \(\vec{v}=\overrightarrow{A B}\) ;
- — les vecteurs associés à des points vérifient la loi de Chasles,
\[\overrightarrow{A B}+\overrightarrow{B C}=\overrightarrow{A C}.\]
498 Les exemples classiques d’espaces affines sont le plan ou l’espace physique tridimensionnel. Un autre exemple important en physique est l’espace-temps de Minkowski. Des exemples d’espaces qui n’ont pas une stucture affine sont une sphère (ou toute surface courbe), l’espace des phases, ou encore la modélisation de l’espace-temps utilisée en relativité générale (▷ variété).
499 espace de Fock (angl. Fock space) Espace de Hilbert d’un type particulier construit comme une somme directe infinie de produits tensoriels d’espaces de Hilbert associés à l’état à une particule d’un système quantique. Plus concrètement, un vecteur de l’espace de Fock est une combinaison linéaire de vecteurs du genre |ϕ1, ϕ2, …,ϕn⟩, où chaque ϕi est la fonction d’onde associée à une particule, le nombre de particules intervenant dans les vecteurs de la combinaison linéaire pouvant être quelconque. Attention, selon le caractère bosonique ou fermionique des particules, il convient de symétriser ou d’antisymétriser chacun des vecteurs. Ainsi, dans le cas d’un système de fermions un vecteur de Fock s’écrit comme une combinaison linéaire de déterminants de Slater de dimensions différentes. L’espace de Fock est nommé en hommage à Vladimir Fock (1898–1974), c’est une notion fondamentale de la théorie quantique des champs où le nombre de particules n’est pas fixé.
500 espace de Hilbert (angl. Hilbert space) Espace vectoriel, réel ou complexe, dont la dimension peut être infinie et qui est muni d’un produit scalaire qui le rend complet, ce qui signifie que toute somme infinie convergente de vecteurs est elle aussi un élément de cet espace, lequel est, en quelque sorte, « dénué de trous ». La notion d’espace de Hilbert est le cadre naturel pour décrire les espaces de fonctions, par exemple en analyse de Fourier ou dans l’étude des polynômes orthogonaux. Elle est aussi nécessaire pour définir l’espace des états en physique quantique. Ainsi, dans le formalisme de Dirac, les kets sont des vecteurs d’un espace de Hilbert, le principe de superposition reposant sur le caractère vectoriel de celui-ci.
- ▷ Why John von Neumann did not Like the Hilbert Space formalism of quantum mechanics (and what he liked instead), Miklos Rédei, Studies in History and Philosophy of Science Part B 27 (1996) p. 493
- ▷ [Reference Frame] What’s bad about this habit, N. David Mermin, Physics Today 62 (2009) p. 8
502 espace des phases (angl. phase space) ▶ 1. En mécanique classique, on nomme ainsi l’espace formé des points dont les coordonnées sont les positions et les quantités de mouvement (ou parfois les vitesses) de toutes les particules qui composent un système à N corps. L’état d’un système constitué de N particules possédant trois degrés de liberté de translation est donc représenté dans un espace de dimension 6N. Dans le cadre de la physique statistique où le nombre N devient très grand, chaque point de l’espace des phases correspond à un micro-état et, plutôt que de travailler avec un espace si grand, on introduit des fonctions de distribution définies sur l’espace des phases à une particule. ▶ 2. De manière plus générale, dans le cadre de l’étude des systèmes dynamiques, espace abstrait dans lequel on représente l’état du système. Les coordonnées des points sont alors nommées variables dynamiques.
- ▷ The tangled tale of phase space, David D. Nolte, Physics Today 63 (2010) p. 33
504 espace propre (angl. eigenspace) Espace vectoriel engendré par les vecteurs propres associés à une valeur propre donnée d’un opérateur linéaire. On l’appelle aussi sous-espace propre. En mécanique quantique, ce sous-espace contient les vecteurs d’état dont la quantité physique est égale à la valeur propre considérée.
505 espace tangent (angl. tangent space) Espace vectoriel auquel est localement semblable une variété différentielle. Il est de même dimension que celle-ci et généralise, pour un nombre de dimensions quelconque, les notions de droite tangente à une courbe et de plan tangent à une surface. La structure d’espace vectoriel dont il est muni permet de définir des vecteurs sur des espaces courbes, tout vecteur de l’espace tangent en un point M de la variété correspondant à un opérateur de dérivation le long d’une courbe donnée passant par M. Il s’agit en quelque sorte de la procédure déjà mise en place dans la définition, pour un espace plat, de la notion de dérivée directionnelle. En relativité, le principe sous-jacent peut se comprendre si l’on se rappelle que la quadrivitesse est un vecteur unitaire tangent à une ligne d’univers et qu’elle permet donc de définir un opérateur de dérivation le long de cette ligne. Si la variété est dotée de structure supplémentaire, c’est également le cas de l’espace tangent. Ainsi, l’espace tangent à un groupe de Lie en son origine (élément neutre) est l’algèbre de Lie de ce groupe.
506 espace-temps (angl. spacetime) Notion issue de l’union de celles d’espace et de temps. Dans le cas le plus simple, c’est un espace non euclidien à quatre dimensions, trois d’espace et une de temps, jouant un rôle majeur en relativité. Ainsi, en relativité restreinte, il est plat et on l’appelle espace-temps de Minkowski. En relativité générale, c’est-à-dire en présence de gravitation, il est décrit comme une variété courbe munie d’une métrique (souvent notée gµν). Le mouvement de chute libre suit alors les géodésiques de cet espace-temps courbe. Dans le cadre de théories spéculatives, l’espace-temps peut être dotée de dimensions additionnelles (comme en théorie des cordes), voire de propriétés géométriques peu intuitives (comme en géométrie non-commutative). Le point de vue partagée par beaucoup des théories naissantes de la gravitation quantique est toutefois que ce n’est probablement pas une notion fondamentale, mais émergente. ▷ voir encadré.
- ▷ The Fourth Dimension in Nineteenth-Century Physics, Alfred M. Bork, ISIS 55 (1964) p. 326
- ▷ La nature de l’espace et du temps, Stephen Hawking & Roger Penrose, Pour la Science 227 (1996) p. 46
- ▷ Physical time and physical space in general relativity, Richard J. Cook, American Journal of Physics 72 (2004) p. 214
- ▷ Les théories de l’espace-temps, Cécile Michaut, La Recherche 411 (2007) p. 40
- ▷ AdS/CFT duality and the emergence of spacetime, Dean Rickles, Studies in History and Philosophy of Science Part B 44 (2013) p. 312
508 espace-temps de Minkowski (angl. Minkowski spacetime) Modélisation mathématique de l’espace et du temps qui les représente comme un unique espace affine pseudo-euclidien à quatre dimensions. L’espacetemps de Minkowski n’est pas la simple juxtaposition d’un espace et d’un temps absolus et universels car il n’admet pas une unique direction temporelle, mais une infinité d’entre elles. Ainsi, deux observateurs inertiels en mouvement l’un par rapport à l’autre nomment axe temporel deux droites différentes de l’espace-temps, et ce que chacun d’entre eux considère comme l’espace (à un instant donné) est une tranche tridimensionnelle distincte. Ces propriétés traduisent géométriquement le caractère non-absolu des notions de simultanéité et de distance en relativité. En raison de la structure affine de l’espace-temps de Minkowski, ses points, nommés événements, peuvent être repérés de manière équivalente par quatre coordonnées définies dans un référentiel spatiotemporel donné, par exemple trois coordonnées spatiales cartésiennes (x, y, z) et une coordonnée temporelle t, mais aussi, une fois une origine choisie, par des vecteurs X à quatre composantes nommés quadrivecteurs position. D’un point de vue vectoriel, un changement de référentiel inertiel (▷ transformation de Lorentz) est par conséquent un changement de base spatio-temporelle qui affecte les composantes temporelle et spatiale des quadrivecteurs positions. Par ailleurs, la nature pseudoeuclidienne et non pas euclidienne de l’espace-temps de Minkowski se manifeste par le fait qu’on lui associe un pseudo-produit scalaire et une pseudo-norme, et non pas les structures euclidiennes usuelles (▷ produit scalaire). En effet, si l’on considère deux évéments proches, séparés par des différences de coordonnées (dt, dx, dy, dz), ou, de manière équivalente, par un déplacement vectoriel infinitésimal dX, la distance spatio-temporelle infinitésimale ds entre les événements, définie à partir du produit scalaire de dX avec lui-même (▷ métrique de Minkowski), s’écrit en fonction des différences de coordonnées,
509 où c est la vitesse de la lumière. Cette expression se démarque de son analogue pythagoricien par la présence de signes négatifs, qui jouent un rôle-clef dans l’identification du caractère temporel ou spatial d’une direction de l’espace-temps (▷ genre, cône de lumière). Le concept d’espace-temps pseudo-euclidien fut introduit en 1905 par Henri Poincaré (1854–1912) comme un outil mathématique, puis, indépendamment, en 1908 par Hermann Minkowski (1864–1909) qui lui attribua une réalité physique et l’utilisa pour formuler la relativité restreinte de manière géométrique (▷ formalisme de Minkowski). En relativité générale, l’espace-temps n’est plus modélisé par cet espace affine, mais par une variété qui ne lui est que localement identique.
- ▷ Minkowski’s Space-Time : From Visual Thinking to the Absolute World, Peter Louis Galison, Historical Studies in the Physical Sciences 10 (1979) p. 85
- ▷ The geometry of relativity, Tevian Dray, American Journal of Physics 85 (2017) p. 683
- De Pythagore a Einstein, tout est nombre – La relativité générale, 25 siècles d’histoire, Nathalie Deruelle, (Belin Pour la Science, 2015)
512 espace vectoriel (angl. vector space) Espace composé d’objets, nommés vecteurs, dont on peut faire des combinaisons linéaires, c’est-à-dire que l’on peut unifiées. additionner entre eux ou multiplier par des coefficients, nommés scalaires. Les exemples les plus simples d’espaces vectoriels sont le plan et l’espace, les vecteurs associés étant les flèches issues de l’origine que l’on peut y tracer. Plus formellement, un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel est un ensemble E muni d’une loi de composition interne semblable à l’addition (notée +), et d’une loi de multiplication externe par les éléments d’un corps \(\mathbb{K}\) (souvent celui des réels ou celui des complexes), telles que,
Espace-temps
- — pour tous vecteurs \(\vec{a}\) et \(\vec{b}, \exists \vec{c}=\vec{a}+\vec{b} \in E\) ;
- — il existe un vecteur nul \(\vec{0}\), tel que \(\forall \vec{a}, \vec{a}+\vec{0}=\vec{a}\) ;
- — tout vecteur \(\vec{a}\) admet un vecteur opposé \(-\vec{a}\), tel que \(\vec{a}+(-\vec{a})=\vec{0}\) ;
- — pour tous scalaires λ et µ, et vecteurs \(\vec{a}\) et \(\vec{b}\),
\[\begin{aligned} (\lambda \mu) \vec{a} & =\lambda(\mu \vec{a}) \\ (\lambda+\mu) \vec{a} & =\lambda \vec{a}+\mu \vec{a} \\ \lambda(\vec{a}+\vec{b}) & =\lambda \vec{a}+\lambda \vec{b} \end{aligned}\]avec en particulier \(-1 \times \vec{a}=-\vec{a}\).
514 Tout espace vectoriel est caractérisé par sa dimension, un entier qui indique le nombre maximum de vecteurs que l’on peut définir sans que l’un d’entre eux ne soit une combinaison linéaire des autres, et qui correspond aussi au nombre de vecteurs contenus dans une base, ou encore au nombre de composantes d’un vecteur quelconque. On peut cependant aussi définir des espaces de dimension infinie, par exemple celui des polynômes de degré quelconque (▷ espace de Hilbert). Lorsqu’un espace vectoriel peut être considéré comme étant inclus dans un espace vectoriel de dimension supérieure, on dit qu’il en est un sous-espace vectoriel. Par définition, toute droite vectorielle est de dimension 1, et tout plan vectoriel de dimension 2. Les espaces vectoriels peuvent être munis de structures mathématiques supplémentaires (▷ algèbre, euclidien, hermitien).
- ▷ Les espaces vectoriels abstraits, Hervé Lehning, Tangente 144 (2012) p. 10
516 espèce Ce terme est parfois employé comme synonyme d’« ordre » dans les expressions « transition de phase de première espèce » ou « de seconde espèce ».
517 espérance (angl. expected value) Pour une fonction f(x) d’une variable aléatoire x définie par la distribution de probabilité \(\mathcal{P}(x)\) sur un intervalle [a, b] (éventuellement infini), on appelle espérance la quantité
518 On l’appelle aussi communément valeur moyenne, et on la note alors \(\bar{f}\) ou ⟨f⟩.
519 êta [η] (angl. eta) Septième lettre de l’alphabet grec. ▶ 1. Notation usuelle de la viscosité dynamique. ▶ 2. Notation usuelle du tenseur métrique d’un espace minkowskien (sous la forme ηµν) en relativité.
520 étain (angl. Tin) Élément de numéro atomique Z = 50. Il est représenté par le symbole Sn. Structure atomique : [Kr]5s24d105p2. Le symbole Sn provient du latin stannum, le nom latin de cet élément. L’étain peut se trouver sous deux formes allotropes, l’étain blanc ou forme β au dessus de 13 °C, de masse volumique 7 365 kg · m−3, et l’étain gris ou forme α au-dessous de 13 °C, de masse volumique 5 769 kg · m−3. L’étain intervient notamment, avec le cuivre, dans la composition du bronze.
- ▷ Toute la lumière sur l’étain, Raymond Bauduin & Olivier Fraisse, Bulletin de l’Union des Physiciens 865 (2004) p. 961
- ▷ [Search and Discovery] Testing the doubly magic character of tin-132, Bertram Schwarzschild, Physics Today 63 (2010) p. 16 ▷ La double magie de l’étain 100, Thomas Faestermann, Pour la Science 437 (2014) p. 30
522 étalement du paquet d’ondes (angl. wave packet spread) Augmentation de la largeur d’un paquet d’onde au cours de sa propagation libre, lorsque cette propagation est dispersive. Elle est due à l’augmentation du déphasage entre les différentes composantes du paquet au cours du temps (lorsque ceux-ci ont des vitesses différentes), ce qui finit par briser la condition d’interférences destructives menant à une amplitude faible de part et d’autre du paquet.
- ▷ Spreading Wave Packets-A Cautionary Note, Barry R. Holstein & Arthur R. Swift, American Journal of Physics 40 (1972) p. 829
- ▷ [Notes and Discussions] The diffraction and spreading of a wavepacket, Guy Vandegrift, American Journal of Physics 72 (2004) p. 404
524 étalon (angl. prototype) Système ou phénomène physique utilisé comme référence pour définir une norme ou une unité. Par exemple, la définition du mètre et celle du kilogramme se sont longtemps appuyées sur des objets physiques soigneusement conservés, nommés le mètre-étalon et le kilogramme-étalon (▷ mètre, kilogramme). On utilisait aussi des étalons secondaires, qui avaient été comparés à l’étalon primaire pour être ensuite transportés et employés à leur tour comme étalons. Des étalons matériels tels que ceux-ci sont parfois aussi appelés des prototypes. Depuis 2019, le Système International d’unités a renoncé à l’utilisation d’étalons, au sens premier de ce terme, et ce sont désormais en quelque sorte des constantes de la nature, associées à des phénomènes physiques bien précis, qui tiennent lieu d’étalons. Il arrive par conséquent que l’on décrive la lumière comme un étalon naturel (par l’intermédiaire de sa vitesse dans le vide).
- ▷ Étalons bisontins de poids et de mesure, François-G. Lavagne, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 24 (1971) p. 213
- ▷ Twentieth-Century Length : The Origins, Use, and Formalization of Electromagnetic Standards, Michael Kershaw, Historical Studies in the Natural Sciences 43 (2013) p. 162
526 état cohérent (angl. coherent state) État propre de l’opérateur d’annihilation découvert en 1926 par Erwin Schrödinger (1887–1961) et introduit en 1963 dans le cadre de la théorie quantique des champs par Roy Jay Glauber (1925–2018). Il est constitué d’une superposition d’états ayant des nombres d’excitations différents, et n’a pas lui-même un nombre d’excitation bien déterminé. Il permet dans certains cas de représenter des états ayant des propriétés classiques, car la détection d’une excitation, généralement représentée par l’opérateur d’annihilation, le laisse invariant : cet état n’est pas perturbé par une mesure. Dans la théorie BCS, l’apparition de la supraconductivité est reliée à celle d’un état cohérent de paires de Cooper.
- ▷ Coherent states : Theory and some applications, Wei-Min Zhang, Da Hsuan Feng et al., Reviews of Modern Physics 62 (1990) p. 867
528 états correspondants (loi des) (angl. law of corresponding states ; principle of corresponding states) Loi découverte en 1880 par Johannes van der Waals (1837–1923) selon laquelle il existe une relation universelle entre la pression P, la température T et la masse volumique ρ d’un fluide si on les rapporte toutes aux valeurs correspondant à un même état de référence, par exemple aux valeurs critiques. Autrement dit, il existe une équation d’état réduite indépendante du corps considéré
529 où f désigne une fonction et où les indices c se rapportent aux valeurs critiques. Les états de mêmes V/Vc, p/pc et ρ/ρc sont appelés des états correspondants. Cette loi est exacte pour des équations d’état qui ne dépendent pas de plus de trois paramètres (par exemple l’équation de Van der Waals). En pratique, elle n’est vérifiée expérimentalement que si l’on considère séparément certains groupes de corps purs aux propriétés similaires (par exemple l’hydrogène, le gaz carbonique et l’éthylène).
- ▷ The Reaction of the British Physicists and Chemists to van der Waals’ Early Work and to the Law of Corresponding States, Kostas Gavroglu, Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 20 (1990) p. 199
531 état dégénéré (angl. degenerated state) On dit qu’un ensemble d’états est dégénéré quand ils sont associés à la même valeur propre pour une ou plusieurs observables (en particulier, l’énergie). La seule mesure de la quantité physique correspondant à cette observable ne permet donc pas de les différencier.
532 état de diffusion (angl. diffusion state) Nom donné à un état non lié, en particulier pour une particule soumise à un potentiel électrostatique ou gravitationnel. Si l’origine des énergies est choisie quand la particule se trouve à l’infini avec une vitesse nulle, les états de diffusion sont les états d’énergie positive. Dans un cadre quantique, le spectre en énergie des états de diffusion est continu.
533 état excité (angl. excited state) État quantique d’énergie supérieure à celle de l’état fondamental. Un état excité est instable ou métastable, pouvant subir une transition spontanée vers un état de plus basse énergie, sauf lorsqu’une loi fondamentale interdit cette transition (▷ règles de sélection).
534 état intermédiaire (angl. intermediate state) État d’un supraconducteur de type I soumis à un champ magnétique externe et dans lequel on peut observer des régions supraconductrices et des régions normales. Cet état doit son éventuelle existence à la géométrie du matériau qui implique que la pénétration du champ n’est pas homogène, ce qui permet que sa valeur n’atteigne pas partout le champ critique qui caractérise le supraconducteur.
535 état lié (angl. bound state) État dans lequel un corps soumis à un potentiel attractif n’a pas suffisamment d’énergie pour s’éloigner arbitrairement d’une région donnée de l’espace. Si l’on choisit pour origine des énergies l’état dans lequel le corps se trouve au repos à l’infini (comme on le fait souvent pour les potentiels coulombiens), les états liés sont des états d’énergie négative. Antonyme : ▷ état de diffusion. On peut montrer que le potentiel harmonique n’a que des états liés, que le potentiel coulombien attractif a des états liés et des états de diffusion, et que le potentiel coulombien répulsif n’a que des états de diffusion. Par extension, on dit qu’un système constitué de plusieurs corps est dans un état lié lorsque son énergie est inférieure à la somme de celles des corps au repos situés infiniment loin les uns des autres. Par exemple, le système Terre-Lune, ainsi que les atomes, sont dans des états liés.
536 état macroscopique (angl. macroscopic state) Un système macroscopique peut généralement être décrit par un petit nombre de grandeurs physiques. Pour un solide, il suffit de spécifier la position et la vitesse du centre de masse, son mouvement de rotation autour de celui-ci, et quelques variables décrivant l’état du milieu qui constitue le solide, par exemple la température (ou la distribution de température) ou son aimantation si le corps est magnétique. Pour un corps déformable ou un fluide, il faudrait préciser à chaque instant la distribution de masse et de vitesse. C’est la donnée de ces grandeurs que l’on appelle « état macroscopique ». En général, à chaque état macroscopique sont associés de très nombreux états microscopiques. La thermodynamique s’intéresse aux propriétés des états macroscopiques et des variables qui les décrivent, tandis que la physique statistique établit le lien entre les états macroscopiques et les états microscopiques.
- ▷ The coarse-graining approach to statistical mechanics : how blissful is our ignorance ?, Katinka Ridderbos, Studies in History and Philosophy of Science Part B 33 (2002) p. 65
- ▷ What in the (quantum) world is macroscopic ?, Gregg Jaeger, American Journal of Physics 82 (2014) p. 896
538 état microscopique (angl. microscopic state) Pour un système constitué d’un grand nombre de composants élémentaires (par exemple un gaz formé de nombreuses molécules), un état microscopique est une description du système par la donnée de toutes les variables dynamiques associées à chaque constituant (pour un gaz, il s’agirait de la position, de la vitesse, de la position angulaire, de la vitesse de rotation et de l’état de vibration de chaque molécule). Chaque état microscopique est représenté par un point dans l’espace des phases qui décrit le système global. Du fait du grand nombre de variables en présence, il est impossible en pratique de connaître l’état microscopique dans lequel se trouve le système, et on le décrit donc statistiquement par un état macroscopique. L’un des objectifs de la physique statistique est d’établir le lien entre ces deux types d’états.
539 état mixte (angl. mixed state ; vortex state) État d’un supraconducteur de type II dans lequel les lignes de champ magnétique pénètrent partiellement dans le milieu et forment un réseau d’Abrikosov. La valeur du champ doit être comprise entre les deux champs critiques qui caractérisent le supraconducteur. Cet état est aussi nommé état de vortex ou état de Shubnikov, en hommage au physicien russe Lev Shubnikov (1901–1937) qui avait observé, en 1937, que le flux de champ magnétique pouvait pénétrer dans certains alliages sans détruire la supraconductivité.
540 état propre (angl. eigenstate) Généralisation de la notion de vecteur propre aux états d’un espace de Hilbert. Un état |ψ⟩ est un état propre d’un opérateur \(\hat{A}\) si \(\hat{A}|\psi\rangle=a|\psi\rangle\) où a désigne un nombre complexe, appelé valeur propre de \(\hat{A}\) associée à l’état |ψ⟩. L’état est alors souvent noté en utilisant cette valeur propre, sous la forme |a⟩.
541 état pur (angl. pure state) État d’un système quantique qui peut être décrit par un unique vecteur de l’espace de Hilbert associé au système. Cette notion s’oppose à celle de mélange statistique d’états purs, qui prend en compte de possibles incertitudes de nature statistique sur l’état du système. Ces mélanges sont plus facilement décrits dans le formalisme de l’opérateur densité qui permet de prendre en compte simultanément l’incertitude statistique et l’indéterminisme quantique.
542 état quantique (angl. quantum state) Selon la physique quantique, l’information accessible au sujet de tout système peut être entièrement représentée par un vecteur, dit vecteur d’état, qui appartient à un espace mathématique abstrait, un espace de Hilbert (▷ ket, fonction d’onde). La nature vectorielle de cet espace est reliée à l’un des principes fondamentaux de la physique quantique, le principe de superposition. Lorsque le système peut être décrit comme composé de plusieurs particules, on introduit un type particulier d’espace de Hilbert, un espace de Fock, qui est une somme directe infinie de produits tensoriels d’espace de Hilbert à une particule. On notera qu’il existe d’autres représentations de l’état d’un système quantique, en particulier l’opérateur densité.
543 état thermodynamique (angl. thermodynamic state) Ensemble de valeurs bien définies pour toutes les variables d’état associées à un système à l’équilibre thermodynamique (au moins local). Il s’agit d’un état macroscopique, auquel l’approche statistique de la thermodynamique fait correspondre un grand nombre d’états microscopiques.
544 étendue (angl. etendue) Caractéristique d’un instrument d’optique définie comme le produit de son champ de vue par l’aire de l’image formée par l’instrument. Cette quantité est égale à l’étendue géométrique du faisceau lumineux qui participe à la formation de l’image.
545 étendue géométrique Caractéristique d’un faisceau lumineux se propageant entre une source et un récepteur séparés par une distance r. L’étendue élémentaire est définie par
546 où dS désigne la surface élémentaire de la source, θ la direction d’émission par rapport à la normale à cette surface, dS′ la surface du récepteur et θ′ la direction du faisceau par rapport à la normale à cette surface. Le flux lumineux d2F reçu est relié à l’étendue géométrique par
547 où L désigne la luminance.
548 étendue optique (angl. etendue) Produit de l’étendue géométrique par le carré de l’indice de réfraction du milieu dans lequel se propage un faisceau lumineux. Cette quantité est conservée le long du faisceau lorsque l’on peut négliger l’absorption, la diffusion et la diffraction (▷ théorème de Clausius).
549 éther (angl. aether) ▶ 1. Dans l’Antiquité, en particulier chez Aristote, même si cette notion semble remonter aux pythagoriciens, élément subtil à partir duquel on pensait que les corps célestes étaient composés. On parle également de quintessence. ▶ 2. Nom donné jusqu’au début du xxe siècle au milieu supposé permettre la propagation de la lumière, que Christiaan Huygens (1629–1695) appelait éther luminifère. Bien qu’il fut initialement pensé comme un « fluide subtil », sa description physique évolua avec le temps, Sir Isaac Newton (1643–1727) le faisant également intervenir dans la description des phénomènes gravitationnels et Augustin Fresnel (1788–1827) le modélisant par exemple comme une sorte de solide élastique (▷ entraînement partiel de l’éther). Il joua un rôle central dans l’interprétation que donnait James Clerk Maxwell (1831–1879) des équations unifiées de l’électromagnétisme qu’il publia en 1867, mais les propriétés contradictoires qu’il devait posséder menèrent finalement à sa fin. Ainsi, l’expérience de Michelson et Morley, dont l’un des objectifs était de déterminer la vitesse de la Terre par rapport à l’éther, est l’une des sources du développement de la relativité restreinte qui rendit la notion d’éther caduque au début du xxe siècle. Il convient de ne pas confondre la notion d’éther, obsolète, avec celle de vide (▷ vide). ▶ 3. Par extension, le terme « éther » a aussi désigné diverses sortes de « fluides subtils » employés pour expliquer des phénomènes électriques, magnétiques, caloriques et chimiques.
- ▷ In Defense of Ether : The British Response to Einstein’s Special Theory of Relativity, 1905-1911, Stanley Goldberg, Historical Studies in the Physical Sciences 2 (1970) p. 89
- ▷ Experimenting on the Ether : Oliver J. Lodge and the Great Whirling Machine, Bruce Hunt, Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 16 (1986) p. 111
- ▷ The Aether in Late Nineteenth Century Chemistry, Helge Kragh, Ambix 36 (1989) p. 49
- ▷ Making Newtons : Mendeleev, Metrology, and the Chemical Ether, Michael D. Gordin, Ambix 45 (1998) p. 96
- ▷ [Reference Frame] The Persistence of Ether, Frank Wilczek, Physics Today 52 (1999) p. 11
- Conceptions of Ether, G. N. Cantor & M. J. S. Hodge, (Cambridge University Press, 1981)
552 étincelle (angl. spark) Arc électrique créé lors de l’ionisation d’un gaz (en particulier de l’air) par une différence de potentiel supérieure à la tension de claquage du gaz. Cette ionisation excite les atomes et les molécules du voisinage, qui se désexcitent en émettant de la lumière. On réserve généralement le terme « étincelle » aux arcs de petite taille.
553 étincelle de rupture Étincelle qui peut apparaître lorsque l’on ouvre un circuit contenant une bobine, ou de façon plus générale ayant une inductance non nulle. La brusque variation de courant produit une surtension qui peut être suffisamment importante pour ioniser l’air et produire l’étincelle. Ce phénomène est utilisé dans les rupteurs et les systèmes d’allumage automobiles (▷ bobine de Masson, bobine de Ruhmkorff ).
554 étoile (angl. star) ▶ 1. Objet astrophysique constitué d’un plasma autogravitant au cœur duquel la densité et la température sont suffisamment élevées pour que des réactions de fusion nucléaire puissent avoir lieu. L’étude des étoiles constitue une branche importante de l’astrophysique, nommée astrophysique stellaire. ▷ voir encadré. ▶ 2. Par extension, le terme étoile désigne aussi des astres ayant évolué au-delà du stade de la combustion nucléaire (▷ naine blanche, étoile à neutrons), ou trop peu massifs pour atteindre ce stade (▷ naine brune), voire d’hypothétiques objets plus exotiques (▷ étoile à bosons). ▶ 3. Avant que leur nature physique ne soit clairement établie à la fin du xixe siècle, on nommait « étoiles » les points lumineux visibles dans le ciel nocturne et dont les positions relatives semblaient constantes. Elles s’opposaient ainsi aux planètes (astres errants), aux comètes (aux apparitions éphémères et irrégulières), ou aux nébuleuses (non ponctuelles).
- ▷ Order-of-magnitude “theory” of stellar structure, George Greenstein, American Journal of Physics 55 (1987) p. 804
- ▷ Understanding the stability of stars by means of thought experiments with a model star, F. Herrmann & H. Hauptmann, American Journal of Physics 65 (1997) p. 292
- ▷ The early days of stellar structure theory, Leon Mestel, Physics Reports 311 (1999) p. 295
- ▷ Découverte de la source d’énergie des étoiles, un survol historique, Kamil Fadel, Bulletin de l’Union des Physiciens 846 (2002) p. 1187
- ▷ Stellar structure and evolution, 1924 - 1939, Karl Hufbauer, Journal for the History of Astronomy 37 (2006) p. 203
- ▷ Theory of Star Formation, Christopher F. McKee & Eve C. Ostriker, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 45 (2007) p. 565
556 étoile artificielle (angl. artificial star) Point lumineux créé artificiellement dans le ciel (par un rayon laser émis depuis le sol, ou depuis une source lumineuse embarquée sur un satellite, par exemple), dont l’observation permet de mesurer la déformation du front d’onde causée par l’atmosphère, dans le but de la corriger par optique adaptative.
557 étoile du Berger (angl. evening star ; morning star) Nom donné à la planète Vénus (ce n’est donc pas une étoile), du fait qu’on ne peut la voir que tôt le matin au lever du Soleil, ou le soir au coucher.
Étoile
558 étoile à bosons (angl. boson star) Objet astrophysique hypothétique qui serait constitué de bosons de spin nul. Il en existe plusieurs modèles très différents, selon les hypothèses faites sur le champ scalaire associé aux bosons et sur les propriétés de ceux-ci. Dans le cas le plus élémentaire, on peut se représenter cet type d’objet comme une sorte de condensat de Bose-Einstein autogravitant dans lequel la force gravitationnelle serait contrebalancée par la quantité de mouvement de point zéro associée au condensat, et non pas par les forces de pression, l’interaction nucléaire forte ou le principe d’exclusion de Pauli, comme dans les objets astrophysiques matériels ordinaires (étoiles, naines blanches ou étoiles à neutrons). Les étoiles à bosons, aussi nommées étoiles bosoniques, sont envisagées comme des alternatives aux trous noirs ne possédant pas d’horizon.
- ▷ Boson stars, Phillippe Jetzer, Physics Reports 220 (1992) p. 163
- ▷ Dynamical Boson Stars, Steven L. Liebling & Carlos Palenzuela, Living Reviews in Relativity 15 (2012) p. 1
560 étoile double (angl. double star) ▶ 1. Paire d’étoiles visuellement proches quand on observe le ciel. Quand il s’agit d’un effet de perspective, on parle de double optique. ▶ 2. Système stellaire comportant deux étoiles liées par interaction gravitationnelle. On parle plus souvent de système binaire (▷ binaire).
561 étoile étrange (angl. strange star) Objet astrophysique compact hypothétique qui serait composé de matière étrange. Les particules déconfinées (▷ déconfinement) qui composent une étoile étrange, aussi nommée étoile de quarks, seraient rendues solidaires avant tout par l’interaction de couleur et non par la gravitation, contrairement à ce qui se passe dans leurs cousines les étoiles à neutrons. Cette différence implique qu’il n’existe pas de valeur minimale à la masse des étoiles étranges et que l’on passe continûment d’une étoile étrange à un étrangelet. L’existence des étoiles étranges a été proposée en 1984 par le physicien américain Edward Witten (1951–), mais elles restent inobservées malgré quelques annonces faites par la NASA au début des années 2000.
- ▷ Les frémissements des étoiles étranges, Nicolas Borghini & Robert Vinh Mau, La Recherche 337 (2000) p. 52
563 étoile filante (angl. falling star ; shooting star) Nom couramment utilisé pour désigner les météores.
- ▷ [Comprendre] Qu’est-ce qu’une étoile filante, Fabrice Nicot, Ciel et Espace 414 (2004) p. 104
565 étoile à neutrons (angl. neutron star) Objet astrophysique constitué essentiellement de neutrons et né de l’effondrement gravitationnel (▷ supernova) d’une étoile massive en fin de vie. Le noyau d’une étoile à neutrons typique comporte des neutrons, mais aussi une petite quantité de protons et d’électrons en équilibre bêta, ce qui la fait se refroidir lentement par émission de neutrinos. Elle possède un rayon de l’ordre de 10 à 20 km et une masse d’environ 1,4 masses solaires. La plupart des étoiles à neutrons sont magnétisées, et on en observe certaines sous la forme de pulsars, celles dont le champ magnétique est le plus intense étant nommées magnétars. Leur champ magnétique peut atteindre des valeurs de l’ordre de 109 T, soit plus de mille milliards de fois celui de la Terre. En outre, leur champ de gravitation en surface est plusieurs milliards de fois plus intense que la pesanteur terrestre, si bien qu’une montagne de plus de quelques centimètres de hauteur s’y effondrerait sous son propre poids. Ce sont donc des objets extrêmement sphériques, malgré des vitesses de rotation très rapides, pouvant atteindre 716 tours/s. L’existence des étoiles à neutrons fut envisagée en 1932 par Lev Landau (1908–1968), l’année même de la découverte du neutron, puis en 1933 par Walter Baade (1893–1960) et Fritz Zwicky (1898–1974) en tant que résidu central d’une supernova gravitationnelle. Leur première modélisation théorique, comme un gaz de Fermi de neutrons autogravitant, est due en 1939 à Robert Oppenheimer (1904–1967) et George Michael Volkoff (1914–2000). Elles furent observées pour la première fois sous la forme d’un pulsar en 1967 (▷ pulsar). ▷ voir encadré.
- ▷ New Views of Neutron Stars, Lars Bildsten & Tod Strohmayer, Physics Today 52 (1999) p. 40
- ▷ Les étoiles à neutrons, Jérôme Novak, Pour la Science 311 (2003) p. 32
- ▷ Neutron stars for undergraduates, Richard R. Silbar & Sanjay Reddy, American Journal of Physics 72 (2004) p. 892
- ▷ Neutron star observations : Prognosis for equation of state constraints, James M. Lattimer & Madappa Prakash, Physics Reports 442 (2007) p. 109
- ▷ Physics of Neutron Star Crusts, Nicolas Chamel & Pawel Haensel, Living Reviews in Relativity 11 (2008) p. 1
- ▷ Au cœur des étoiles à neutrons, Clara Moskowitz, Pour la Science 499 (2019) p. 40
567 étoile polaire (angl. North Star) Nom donné à une étoile brillante située à moins de 2° du pôle nord céleste. Elle est située dans la constellation de la Petite Ourse, au bout de la queue. Elle est parfois confondue avec l’étoile du Berger, avec laquelle elle n’a pourtant rien à voir.
- ▷ Fundamental Astrometry and the Definition of the Pole, C. A. Murray, Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society 19 (1978) p. 187
569 étoile variable (angl. variable star) Étoile dont les propriétés photométriques dépendent du temps sur une échelle allant de l’heure à la centaine de jours (▷ céphéide, nova, supernova).
- ▷ The Discovery of Variable Stars, N. T. Bobrovnikoff, ISIS 33 (1942) p. 687
- ▷ Physical Basis of the Pulsation Theory of Variable Stars, S. A. Zhevakin, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 1 (1963) p. 367
- ▷ The Development of our Knowledge of Variable Stars, Cecilia Payne-Gaposchkin, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 16 (1978) p. 1
- ▷ Natural Engines, John Wheatley & Arthur Cox, Physics Today 38 (1985) p. 50
571 étrange (angl. strange) Quark (noté s), portant la troisième saveur découverte (▷ étrangeté). Il appartient à la seconde génération, a une charge électrique -1/3 (en unités atomiques) et une masse comprise entre 80 et 130 MeV/c2. C’est un constituant des kaons, découverts en 1947, mais son existence ne fut proposée qu’en 1964 avec le modèle des quarks de Murray Gell-Mann (1929–2019) et George Zweig (1937–).
- ▷ Nuclear Systems with Strangeness, R. E. Chrien & C. B. Dover, Annual Review of Nuclear and Particle Science 39 (1989) p. 113
- ▷ [Search and Discovery] Experiments at Jefferson Lab and MIT Probe for Strange Quarks in the Proton, Bertram Schwarzschild, Physics Today 52 (1999) p. 21
573 étrangelet (angl. strangelet ; quark nugget) Objet constitué de matière étrange et dont le nombre baryonique est relativement faible (A ≲ 107). Cette limite définit des objets dans lesquels les électrons se répartissent à l’extérieur du cœur de quarks, comme dans les atomes usuels. Cependant, le nom « étrangelet » est parfois aussi utilisé dans un sens plus large, pour désigner des objets de A plus élevé. L’existence des étrangelets est très spéculative et leur recherche en accélérateur a donné des résultats négatifs. Il a été envisagé qu’ils puissent se former dans l’Univers primordial et constituer la matière noire. S’ils existent, ils pourraient aussi être créés dans les rayons cosmiques et y être observés.
574 étrangeté (angl. strangeness) Saveur que possèdent les particules ou les systèmes comportant des quarks s (▷ étrange, matière étrange, étoile étrange). Elle fut introduite en 1953 par Murray Gell-Mann (1929–2019) et Kazuhiko Nishijima (1926–2009), bien avant le modèle des quarks, dans le but d’expliquer le fait que certaines particules, dites étranges, avaient des durées de vie plus longues qu’elles ne devraient, étant données leurs masses élevées. Ces particules apparaissant toujours par paires, ils postulèrent un principe de conservation de l’étrangeté par l’interaction électromagnétique et l’interaction forte (grâce à laquelle elles sont créées), mais pas par l’interaction faible (responsable de leur désintégration).
- ▷ Strange Particles : Decays, L. Okun, Annual Review of Nuclear and Particle Science 9 (1959) p. 61
- ▷ Nuclear Systems with Strangeness, R. E. Chrien & C. B. Dover, Annual Review of Nuclear and Particle Science 39 (1989) p. 113
576 Ettingshausen (effet) (angl. Ettingshausen effect) Effet thermo-magnétique par lequel un gradient de température apparaît quand on fait circuler une densité de courant \(\vec{\jmath}\) dans un milieu soumis à un champ magnétique \(\vec{B}\) perpendiculaire à \(\vec{\jmath}\). Le gradient de température est orienté dans une direction orthogonale à la fois à \(\vec{B}\) et à \(\vec{\jmath}\). Il est intimement relié à l’effet Nernst.
577 Eu Symbole de l’élément europium (Z = 63).
578 euclidien (angl. Euclidean) ▶ 1. Qualifie un espace vectoriel ou affine sur lequel est définie une norme ou une distance dont l’expression est similaire à celle du théorème de Pythagore. Par exemple, pour un espace tridimensionnel, la distance euclidienne ℓ entre deux points dont les coordonnées cartésiennes diffèrent de (∆x, ∆y, ∆z) est
579 Plus précisément, un espace euclidien est un espace vectoriel de dimension finie muni d’un produit scalaire réel. En physique, ce terme s’oppose souvent à minkowskien en relativité restreinte et en théorie quantique des champs relativiste, ou à riemannien (voire pseudo-riemannien) en relativité générale. Ainsi, dans un espace minkowskien, le carré de la distance entre points n’est pas nécessairement positif et fait intervenir des signes négatifs dans son expression, alors que, dans un espace riemannien, l’expression pythagoricienne n’a qu’une validité locale en raison de l’existence d’une courbure. ▶ 2. Il est parfois utile de procéder à un changement de variable ou à un prolongement analytique qui transforme, formellement, un espace minkowskien en un espace euclidien, ce qui se fait par une rotation de Wick. Les grandeurs physiques obtenues après cette manipulation sont dites versions euclidiennes des grandeurs initiales (▷ action euclidienne).
- ▷ The Myth of Gauss’ Experiment on the Euclidean Nature of Physical Space, Arthur I. Miller, ISIS 63 (1972) p. 345
581 eudiomètre (angl. eudiometer) Dispositif permettant de mesurer la variation de volume d’un gaz ou d’un mélange de gaz, lors d’une transformation physique ou d’une réaction chimique. Il est constitué d’un tube fermé plongé dans un liquide (du mercure ou de l’eau par exemple) et contenant le gaz dans sa partie supérieure. La graduation du tube permet de lire directement le volume.
Étoile à neutrons
- — une atmosphère (quelques centimètres d’épaisseur), d’hélium et d’hydrogène, sous une phase indéterminée (liquide d’atomes déformés, solide, condensat, etc.), en raison de l’intense champ magnétique ;
- — une écorce externe (une centaine de mètres), sorte de cristal coulombien de noyaux baigné d’électrons dégénérés ;
- — à plus haute masse volumique, les noyaux s’enrichissent en neutrons, et au-delà d’une valeur critique un superfluide de neutrons libres commence à baigner les noyaux, dans ce qui est nommé l’écorce interne. Plus la densité augmente, plus il y a de neutrons et plus les noyaux sont déformés, prenant d’abord la forme de spaghetti, puis de lasagnes, selon la terminologie usuelle ;
- — au-delà de la densité de saturation, 2,6 × 1017 kg · m−3, les noyaux sont complètement dissous et le cœur de l’étoile à neutrons commence, composé de liquides de Fermi de neutrons et de protons (environ 1 pour 9 neutrons) en interaction avec un gaz de Fermi d’électrons. Dans ce cœur, les neutrons peuvent être anisotropiquement superfluides et les protons supraconducteurs ;
- — pour les étoiles les plus massives, la masse volumique centrale pourrait être si élevée qu’on envisage également d’autres transitions de phase encore plus exotiques : apparition de pions ou d’hypérons, éventuellement condensés, déconfinement de quarks, lequel pourrait donner une étoile étrange.
- ▷ Alessandro Volta and the inflammable-air eudiometer, W.A. Osman, Annals of Science 14 (1958) p. 215
- ▷ De l’eudiomètre, André Siaud, Bulletin de l’Union des Physiciens 73 (1979) p. 861
583 euler [E] Nom proposé (symbole E) pour l’unité de moment cinétique définie par 1 E ≡ 1 kg · m2 · s−1. Ce terme n’est que très rarement utilisé.
584 Euler (constante d’) (angl. Euler number) Constante mathématique, parfois aussi nommée constante de Néper, dont le logarithme naturel, ou népérien, est égal à 1. Elle vaut numériquement e ≈ 2,718 281 83 et permet d’exprimer la fonction exponentielle avec un exposant,
- ▷ New closed-form approximations of the logarithmic constant e, Harlan J. Brothers & John A. Knox, The Mathematical Intelligencer 20 (1998) p. 25
- ▷ e : The Master of All, Brian J. McCartin, The Mathematical Intelligencer 28 (2006) p. 10
586 Euler (équation d’) (angl. Euler equation) Équation décrivant le mouvement d’un fluide parfait. Elle s’écrit
587 où p et ρ désignent respectivement la pression et la masse volumique du fluide, \(\vec{v}\) la vitesse et \(\vec{f}\) la force subie par unité de volume. Il s’agit d’un cas particulier de l’équation de Navier-Stokes. En l’absence de force, on peut la réécrire sous la forme d’une équation de conservation de l’impulsion (▷ conservation, tenseur des contraintes).
588 Euler (équations d’) (angl. Euler equations) Ensemble de trois équations différentielles qui gouvernent le mouvement d’un solide rigide,
589 où I1, I2 et I3 désignent les moments d’inertie par rapport aux axes principaux du solide, ω1, ω2 et ω3 les vitesses de rotation du solide autour de ces axes, et M1, M2 et M3 les moments des forces par rapport à ces axes. Les ωi et les Mi sont des grandeurs relatives à des axes liés au solide, dont les orientations sont donc susceptibles de varier au cours du temps.
590 Euler (Leonhard) (1707–1783) Mathématicien et physicien suisse qui a apporté des contributions majeures dans de nombreux domaines de la physique et des mathématiques. En physique, il s’est intéressé à la dynamique des fluides et a permis de mieux comprendre la turbulence et l’écoulement des fluides (▷ équation d’Euler). Il a aussi travaillé sur le mouvement des corps solides (▷ angles d’Euler, équations d’Euler). Il a également permis des avancées importantes sur la physique des cordes vibrantes, les vibrations des membranes élastiques et des ondes, en faisant appel à des équations différentielles. En optique, il a défendu l’hypothèse ondulatoire pour décrire la nature de la lumière, contre l’hypothèse corpusculaire souvent associée à Sir Isaac Newton (1643–1727).
- ▷ The contributions of Newton, Bernoulli and Euler to the theory of the tides, E.J. Aiton, Annals of Science 11 (1955) p. 206
- ▷ L’œuvre d’Euler et la mécanique des fluides au XVIIIe siècle, Georges Bouligand, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications 13 (1960) p. 105
- ▷ Euler’s Contribution to the Theory of Ships and Mechanics, C. Truesdell, Centaurus 26 (1982) p. 323
- ▷ D’Alembert versus Euler on the precession of the equinoxes and the mechanics of rigid bodies, Curtis Wilson, Archive for history of exact sciences 37 (1987) p. 233
- ▷ Leonhard Euler’s ‘anti-Newtonian’ theory of light, R.W. Home, Annals of Science 45 (1988) p. 521
- ▷ Mathematical Technique and Physical Conception in Euler’s Investigation of the Elastica, Craig G. Fraser, Centaurus 34 (1991) p. 211
592 Euler (relation d’) Nom donné à la relation entre l’énergie interne et les autre grandeurs thermodynamiques
593 où T désigne la température, S l’entropie, p la pression, V le volume, µi le potentiel chimique de l’espèce i et Ni le nombre de particules de l’espèce i (si le système ne contient qu’une espèce, la somme s’écrit simplement µN). On en déduit des relations similaires pour l’enthalpie H, l’énergie libre F et l’enthalpie libre G :
594 Cette relation provient du caractère extensif des variables U, S, V et N. Elle s’obtient à partir des propriétés des fonctions homogènes obtenues par Leonhard Euler (1707–1783) mais celui-ci n’a pas écrit cette relation sous cette forme, les concepts thermodynamiques étant inconnus à son époque.
595 Euler (théorème d’) (angl. Euler theorem) ▶ 1. Théorème selon lequel le mouvement le plus général d’un solide autour d’un point fixe peut s’écrire comme une rotation instantanée autour d’un axe passant par ce point. ▶ 2. Théorème établi par Leonhard Euler (1707–1783) et selon lequel une fonction f(x1, x2, …, xn) homogène, c’est-à-dire telle que
596 vérifie la relation
597 Cette propriété intervient notamment en analyse dimensionnelle et en thermodynamique (▷ relation d’Euler).
598 Euler–Lagrange (équations de) (angl. Euler-Lagrange equations) ▷ équations de Lagrange.
599 europium (angl. Europium) Élément de numéro atomique Z = 63, découvert en 1896 par Eugène Demarçay (1852–1904). Il est représenté par le symbole Eu. Structure atomique : [Xe]6s24f75d0. Famille des lanthanides. Masse volumique : 5 244 kg · m−3.
600 eutectique (angl. eutectic) Mélange de corps purs dont la transition de phase liquide-solide se produit comme celle d’un seul corps pur, les cristaux ou les gouttes de liquide ayant la même composition que le mélange initial (▷ diagramme binaire). La transition de phase se fait alors à température constante. Sur le diagramme il y a contact entre le liquidus et le solidus.
601 eutectoïde (angl. eutectoid) Phase solide ayant la propriété de se décomposer en deux phases solides distinctes lorsqu’on abaisse la température. Ce terme désigne aussi la transformation correspondante. Cette notion est très analogue à celle d’eutectique.
602 eV (angl. eV ) Symbole de l’électron-volt (énergie).
603 évaporation (angl. evaporation) ▶ 1. Vaporisation de la surface d’un liquide en contact avec un gaz, se produisant lorsque la pression partielle en vapeur d’eau est inférieure à la pression de vapeur saturante de l’eau. L’évaporation est un processus différent de l’ébullition (un phénomène de volume se produisant lorsque la pression du liquide est inférieure à la pression de vapeur saturante), et se déroule généralement de façon moins subite. Elle peut se produire à une température inférieure à la température de vaporisation. Par exemple, une flaque d’eau peut s’évaporer dans l’air à la température ordinaire, inférieure à 100°C. ▶ 2. Perte de nucléons d’un noyau porté dans un état excité, suite à une collision nucléaire (par exemple suite à une réaction de fusion).
- ▷ Some eighteenth century ideas concerning aqueous vapour and evaporation, S.A. Dyment, Annals of Science 2 (1937) p. 465
- ▷ [Créations informatiques] Dynamique d’un gaz sur réseau, Bernard Derrida, Pour la Science 184 (1993) p. 106
605 exaévaporation d’un trou noir (angl. black hole evaporation) Diminution de la masse d’un trou noir du fait de son rayonnement de Hawking. Ce rayonnement est d’autant plus faible que le trou noir est de masse importante, et pour les trous noirs stellaires, le phénomène d’évaporation est complètement négligeable même à l’échelle de temps cosmologique. En revanche, pour des mini-trous noirs cet effet pourrait jouer un rôle important dans leur évolution, voire conduire à leur destruction. Le phénomène d’évaporation semble contradictoire avec l’idée répandue selon laquelle « rien ne peut s’échapper d’un trou noir ». Cette idée, valable pour des trous noirs classiques, devient fausse quand on prend la physique quantique en compte. L’évaporation peut en quelque sorte être considérée comme due à la traversée de l’horizon par des particules virtuelles, par effet tunnel.
- ▷ La mécanique quantique des trous noirs, Stephen Hawking, Dossier Pour la Science 16 (1997) p. 44
- ▷ L’évaporation d’un trou noir, La Recherche 427 (2009) p. 35
607 événement (angl. event) Point de l’espace-temps défini, dans un système de coordonnées fixé, par ses coordonnées spatiales et temporelles, soit par le quadruplet (t, x, y, z) si ces coordonnées sont minkowskiennes. Il permet de définir de manière unique et non ambiguë l’endroit et l’instant auxquels un phénomène physique se produit. On trouve aussi l’orthographe évènement.
608 événement Carrington Orage magnétique extrêmement violent qui eut lieu lors des premiers jours du mois de septembre 1859. Il débuta environ 17 heures après l’éruption solaire qui le provoqua, et qui fut observée, le 1er Septembre, par l’astronome britannique Richard Carrington (1826–1875). Celle-ci s’accompagna vraisemblablement d’une éjection de masse coronale et avait été précédée, fin août, par une autre éruption intense, mais moins remarquable. L’événement Carrington est l’orage magnétique le plus puissant des derniers siècles, même si l’on a récemment découvert des preuves de l’existence antérieure de phénomènes encore plus énergétiques (▷ événement Miyake). Il se manifesta par de fortes aurores visibles jusqu’aux tropiques, ainsi que par des perturbations notables des appareils de télégraphie sans fil, déclenchant même parfois des incendies dans les bâtiments qui les abritaient. On estime qu’il impliqua la destruction d’environ 5 % de l’ozone atmosphérique. L’occurence d’un tel événement de nos jours aurait des conséquences catastrophiques d’un point de vue technologique. Malheureusement, la question n’est pas de savoir si un tel événement se produira, mais plutôt quand (▷ météorologie spatiale). Par extension, on nomme événement de classe Carrington toute éruption solaire d’intensité semblable à celle qui engendra cet orage.
609 événement Miyake (angl. Miyake event) Nom donné à la brusque augmentation de la concentration en carbone 14 observée dans des cèdres du Japon et datant de 774-775. Elle fut découverte en 2012, grâce à la dendrochronologie, par la physicienne japonaise Fusa Miyake. Des études réalisées dans d’autres pays ont depuis confirmé le caractère mondial de ce sursaut dans l’abondance de cet isotope. En outre, des analyse de carottes de glace polaires ont montré qu’il s’était accompagné d’une augmentation de l’abondance du bérilyum 10, ce qui est une indication du fait qu’il a probablement été provoqué par une importante éruption solaire, laquelle aurait été encore plus intense que celle associée à l’événement Carrington. Par extension, on nomme événement de classe Miyake d’autres observations similaires. À ce jour (printemps 2023), il en existe 6, celui de 774-775 inclus. Chacune pourrait correspondre à un très violent orage magnétique dont les conséquences technologiques dans le monde actuel seraient désastreuses, et diverses études essaient par conséquent d’estimer la fréquence de tels événements (▷ météorologie spatiale).
610 Event Horizon Telescope Réseau de 8 radiotélescopes répartis à la surface de la Terre qui a permis, grâce à la technique d’interférométrie à très longue base, de réaliser à partir de 2017 la première image de l’environnement proche d’un trou noir (rendue publique en 2019). Il s’agissait du trou noir supermassif M87∗, dont la masse fut estimée à 6 × 109 M⊙ et qui est situé à environ 53 millions d’années-lumière du Système solaire, observation qui a nécessité une résolution de l’ordre de quelques dizaines de micro-arc-secondes. Cette observation fut suivie, en mai 2022, de celle de Sagittarius A∗, le trou noir (lui aussi supermassif) situé au cœur de la Voie lactée. Ces résultats ont non seulement permis de déterminer plus précisément les propriétés de ces objets astrophysiques, mais également de confirmer certaines prédictions de la relativité générale en testant au passage des théories alternatives de la gravitation.
611 évolution stellaire (angl. stellar evolution) Description physique de l’évolution des étoiles au cours du temps, qui repose principalement sur les lois de la gravitation, de la magnétohydrodynamique, de la thermodynamique et de la physique nucléaire. Toute notre compréhension de l’évolution stellaire résulte de la confrontation entre les modèles théoriques, construits à partir des équations de la physique, et les observations du Soleil et d’autres étoiles, ce qui permet en outre d’accéder indirectement à la structure interne des étoiles (▷ astrosismologie, neutrinos solaires). L’étude de l’évolution stellaire met aussi des contraintes sur la physique nucléaire ou des particules, par exemple en excluant, par des observations, l’existence de certaines particules élémentaires qui pourraient conduire à un refroidissement stellaire trop important (ceci donne par exemple des limites sur les valeurs possibles de la masse des hypothétiques axions). ▷ voir encadré.
- ▷ Stellar Evolution within and off the Main Sequence, Icko Iben, Jr, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 5 (1967) p. 571
- ▷ Particle physics from stars, Georg G. Raffelt, Annual Review of Nuclear and Particle Science 49 (1999) p. 163
- ▷ Étoiles : une naissance obscure, Erick Young, Pour la Science 401 (2011) p. 48
- Principles of Stellar Evolution and Nucleosynthesis, Donald D. Clayton, (The University of Chicago Press, 1983)
614 exa- Préfixe (symbole E) indiquant le multiple 1018 d’une unité de base. Par exemple, un exaélectron-volt (1 EeV) représente 1018 eV. D’usage rare.
Évolution stellaire
615 exactitude Caractéristique de la qualité d’une mesure ou d’un instrument de mesure. L’exactitude est d’autant meilleure que les valeurs mesurées sont proches de la valeur vraie. Un bon intrument ou une bonne mesure doivent être justes et fidèles (▷ justesse, fidélité). Une mesure peut être inexacte mais précise, si les erreurs aléatoires sont faibles mais les erreurs systématiques importantes. Le terme « exactitude » est parfois utilisé comme synonyme de « justesse ».
exactitude
exactitude
Exemples d’ensembles de mesures présentant des caractères de précision différents. Le centre de la cible représente la valeur vraie et les points noirs les points de mesure.616 exaltation de luminescence (angl. luminescence enhancement) Augmentation de la fluorescence d’un corps, du fait de la perturbation de son environnement, par exemple en raison de la présence d’une nanoparticule métallique ou d’une cavité résonante (▷ effet Purcell).
617 excentricité (angl. eccentricity) ▶ 1. Paramètre généralement noté e qui intervient dans la description des coniques. Sa valeur détermine la nature de la conique :
- — si e = 0, la conique est un cercle ;
- — si 0 < e < 1, la conique est une ellipse ;
- — si e = 1 la conique est une parabole ;
- — si e > 1 la conique est une hyperbole.
619 Pour une ellipse, c’est la distance entre les foyers divisée par le grand axe. ▶ 2. Dans le cas où cette conique décrit la trajectoire de la particule fictive associée à deux corps en interaction par une force centrale newtonienne, l’excentricité vérifie
620 où E désigne l’énergie totale du système, MT sa masse, µ la masse réduite, C la constante des aires et GN la constante de Newton. Si l’un des corps est beaucoup plus massif que l’autre (on le considère alors comme la source centrale du potentiel), MT est quasiment égale à sa masse et µ à celle de l’autre corps. ▶ 3. Nom donné à un vecteur introduit en astronautique et en mécanique céleste, et plus généralement dans l’étude des systèmes soumis à une force centrale du type \(\vec{F}(\vec{r})=-k \vec{r} / r^3\) où k désigne une constante. Il est défini par
621 où \(\vec{L}\) désigne le moment cinétique et \(\vec{v}\) la vitesse. Elle est reliée au vecteur de Runge-Lenz \(\vec{A}\) par \(\vec{e}=\vec{A} / k\). C’est une quantité vectorielle conservée au cours du mouvement, sous l’action d’une force \(\vec{F}\) de la forme précédente. Pour une orbite elliptique, le vecteur \(\vec{e}\) est dirigé selon le grand axe et pointe du foyer vers le périhélie. Sa norme est égale à l’excentricité e de l’orbite. ▷ vecteur de Runge-Lenz.
622 excès de masse (angl. mass excess) Propriété d’un noyau atomique définie par
623 où M désigne la masse du noyau, A son nombre de masse (le nombre de nucléons qui le constituent) et mu l’unité de masse atomique. Par définition, l’excès de masse est nul pour l’isotope \({ }_6^{12} \mathrm{C}\) du carbone. Attention, cette définition diffère de celle du défaut de masse (▷ défaut de masse).
624 excès de neutrons (angl. neutron excess) Propriété des noyaux atomiques dont le nombre de neutrons est supérieur à celui des noyaux stables de même numéro atomique Z (du même élément). Ces noyaux sont instables vis-à-vis de la radioactivité β−. L’excès de neutrons est fréquent parmi les noyaux radioactifs naturels. C’est le cas, par exemple, du noyau 131I, isotope instable de l’iode.
- ▷ The structure and reactions of neutron-rich nuclei, Carlos A. Bertulani, L.Felipe Canto et al., Physics Reports 226 (1993) p. 281
- ▷ Matter at Large Neutron Excess and the Physics of Neutron-Star Crusts, C. J. Pethick & D. G. Ravenhall, Annual Review of Nuclear and Particle Science 45 (1995) p. 429
626 excès de protons (angl. proton excess) Propriété des noyaux atomiques dont le nombre de protons est supérieur à celui des noyaux stables ayant le même nombre de neutrons. Ces noyaux sont instables vis-à-vis de la radioactivité β+. Lorsque l’excès de protons est important, de nouveaux modes de désintégration radioactive, par émission de protons, deviennent possibles. ▷ charte des noyaux, radioactivité.
- ▷ Modes of Radioactive Decay Involving Proton Emission, V. I. Goldanskh, Annual Review of Nuclear and Particle Science 16 (1966) p. 1
- ▷ Delayed Proton Radioactivities, Joseph Cerny & J. C. Hardy, Annual Review of Nuclear and Particle Science 27 (1977) p. 333
628 excimer (angl. excimer) Composé moléculaire qui ne peut exister que dans un état excité. Les excimers sont à la base du fonctionnement de certains lasers.
- ▷ Excimer Lasers at 30 Years, J. J. Ewing, Optics and Photonics News 14 (2003) p. 26
630 excitation (angl. excitation) Transition d’un système de l’état fondamental vers un état de plus haute énergie. Ce dernier est alors appelé état excité (▷ résonance, excitation élémentaire). Dans le cadre de la physique quantique, les états excités sont nécessairement instables, ils se désexcitent spontanément vers un état d’énergie plus faible, avec un temps caractéristique qui dépend du processus physique responsable de la désexcitation (▷ émission spontanée).
631 excitation collective (angl. collective excitation) Dans le cadre du problème à N corps décrit par le formalisme de la théorie quantique des champs, excitation élémentaire du système qui, dans la limite classique, a un comportement plus proche de celui d’une onde que de celui d’une particule. Les excitations collectives s’opposent ainsi aux quasi-particules même si ce dernier terme est parfois également employé pour les désigner. Des exemples courants d’excitations collectives sont les phonons, les plasmons, les magnons ainsi que certains modes d’excitation des noyaux atomiques. L’étude de ces derniers a en particulier montré l’existence d’une superfluidité des nucléons dans les noyaux, qui résulte de la formation de paires semblables aux paires de Cooper.
632 excitation élémentaire (angl. elementary excitation) Quantum d’énergie apparaissant lorsqu’un champ quantique est excité dans un niveau immédiatement supérieur à son état fondamental (▷ vide). Dans le modèle standard de la physique des particules, les excitations élémentaires sont les particules. Lorsque le champ quantique décrit un système de N corps en interaction (par exemple en physique de la matière condensée ou en physique nucléaire), on distingue deux types d’excitations élémentaires : les quasi-particules et les excitations collectives. Le terme « quasi-particule » est parfois aussi employé dans le sens donné ici à « excitation élémentaire ».
633 exciton (angl. exciton) Dans un isolant ou un semiconducteur, quasi-particule constituée d’un électron et d’un trou liés. Les excitons ont certaines propriétés analogues à celles du positronium ou de l’atome d’hydrogène. On distingue :
- — l’exciton de Mott-Wannier, dans lequel la séparation entre l’électron et le trou est supérieure aux distances interatomiques du cristal. C’est le cas lorsque l’écrantage de l’interaction électrostatique est important, c’est-à-dire pour les constantes diélectriques élevées ;
- — l’exciton de Frenkel dans la situation opposée.
635 exergie Fonction thermodynamique permettant de déterminer le travail maximum qu’un système peut échanger avec son environnement en atteignant l’équilibre avec celui-ci. Pour un système en contact avec un thermostat à la température Te et à la pression pe, elle est définie par
636 où S désigne l’entropie, V le volume et U l’énergie interne. Ce n’est pas une fonction d’état, car sa valeur ne dépend pas seulement de l’état du système, mais aussi de celui de l’environnement. Cette quantité intervient naturellement lorsque l’on cherche à évaluer les performances d’une machine thermique. En particulier, les rendements exergétiques sont égaux à l’unité pour des cycles de Carnot, et permettent de mieux rendre compte des pertes d’efficacité dûes à d’autres causes que l’échange de chaleur avec le thermostat. L’exergie est également nommée fonction de Gouy, du nom de Georges Gouy (1854–1926), l’un des physiciens qui l’étudia et l’utilisa abondamment. Lui-même l’appelait énergie utilisable. Elle fut baptisée « exergie » en 1952 par Zoran Rant (1904–1972).
637 exergonique (angl. exergonic) Qualifie une transformation au cours de laquelle un système cède de l’énergie sous forme de travail. Antonyme : endergonique.
638 exitance (angl. exitance) Flux de rayonnement qu’émet, par unité de surface, une source étendue. On la nomme aussi émittance, et on en distingue plusieurs définitions (▷ photométrie, radiométrie). ▶ 1. L’exitance énergétique désigne la puissance, en général électromagnétique, émise par unité de surface, par exemple pour un corps lumineux ou qui réfléchit un rayonnement incident. Elle s’exprime en W · m−2 dans le Système International d’unités. On nomme exitance énergétique monochromatique sa densité spectrale, ℱλ ≡ dℱ/dλ si on note ℱ l’exitance énergétique et λ la longueur d’onde. ▶ 2. En photométrie, l’exitance lumineuse désigne le flux lumineux émis par unité de surface. Elle s’exprime en lm·m−2. Elle a donc la même dimension physique que l’éclairement, lequel caractérise le flux reçu par unité de surface. ▶ 3. L’exitance photonique désigne le flux de photons émis par unité de surface ; elle s’exprime en photons · m−2 · s−1.
639 exobase (angl. exobase) ▷ thermopause.
640 exoénergétique (angl. exoergic) Qualifie une transformation d’un système qui libère de l’énergie, l’énergie du système étant plus faible dans l’état final que dans l’état initial. Par exemple, la fusion de deux noyaux d’hydrogène pour former du deutérium est exoénergétique. Antonyme : ▷ endoénergétique. Lorsque l’énergie libérée contribue à chauffer le milieu ambiant, la transformation est exothermique.
641 exoplanète (angl. extrasolar planet ; exoplanet) Planète située autour d’une étoile autre que le Soleil. On utilise aussi le terme planète extrasolaire. La première détection confirmée, annoncée en 1995 par Michel Mayor et Didier Queloz, constitue l’une des grandes réussites de l’astronomie moderne et leur valut le prix Nobel de physique 2019, même s’il est désormais admis qu’une exoplanète (PSR B1620–26 b) avait en fait été mise en évidence un peu auparavant dans un système binaire comportant un pulsar et une naine blanche. Parmi les télescopes spatiaux dédiés à la recherche de ce type d’objets, on peut citer corot (actif de 2007 à 2014) et Kepler (lancé en 2009, programme étendu jusqu’en 2018). Au moment de la rédaction de cet ouvrage (mai 2023), plus de 5300 exoplanètes ont été observées avec certitude. Parmi ces planètes, 2662 ont été découvertes par Kepler, et une l’a été, comme ce fut annoncé en janvier 2023, par le télescope spatial James Webb (en activité depuis 2022), qui devrait en détecter bien d’autres. On estime qu’il existe dans la Voie lactée environ 100 milliards d’exoplanètes.
- ▷ The detection and characterization of exoplanets, Jonathan I. Lunine, Bruce Macintosh et al., Physics Today 62 (2009) p. 46
- ▷ Other Earths and the Search for Life in the Universe, Geoffrey W. Marcy, Proceedings of the American Philosophical Society 154 (2010) p. 422
- ▷ [Quick Study] Exoplanet atmospheres, Heather A. Knutson, Physics Today 66 (2013) p. 64
- ▷ [Resource Letter] Exo-1 : Exoplanets, Michael Perryman, American Journal of Physics 82 (2014) p. 552
643 exosphère (angl. exosphere) Couche externe à l’atmosphère terrestre, située au-dessus de la thermopause, ou exobase, qui constitue l’interface entre l’atmosphère et l’espace interplanétaire. Elle est comprise entre 450–600 km et environ 10 000 km d’altitude, mais cette limite supérieure n’est pas clairement définie. Elle est composée des gaz les plus légers, comme l’hydrogène et l’hélium. Dans cette zone, une molécule de l’atmosphère peut s’échapper dans l’espace sans collision avec une autre molécule si elle a une vitesse dirigée vers le haut suffisante. Inversement, si sa vitesse est trop faible, elle retournera dans l’atmosphère, avec une faible probabilité d’entrer en collision avec une autre molécule de l’exosphère.
644 exothermique (angl. exothermic) Qualifie une transformation qui conduit à une augmentation de la température. Il s’agit généralement d’une transformation exoénergétique qui fournit de l’énergie thermique au milieu lorsqu’elle se produit. Antonyme : ▷ endothermique.
645 exotique (angl. exotic) ▶ 1. On appelle noyaux exotiques certains noyaux instables de courte durée de vie. ▷ noyau exotique. ▶ 2. On appelle atome exotique un état lié semblable aux atomes, dans lequel un électron ou le noyau est remplacé par une autre particule de même charge électrique. ▷ atome exotique. ▶ 3. On appelle particules exotiques celles qui n’appartiennent pas au modèle standard de la physique des particules. ▷ particule exotique. ▶ 4. Dans le cadre de la relativité générale, on appelle aussi matière exotique un milieu hypothétique dans lequel la masse volumique pourrait localement prendre des valeurs négatives. ▷ matière exotique.
646 expansion (angl. expansion) Augmentation des dimensions d’un corps ou de l’espace occupé par un milieu. Par exemple, la plupart des corps s’allongent lorsque qu’on les chauffe ; c’est le phénomène d’expansion thermique, décrit par le coefficient de dilatation thermique. De même, quand on augmente le volume disponible pour un gaz, celui-ci s’étend pour occuper l’ensemble du volume. Dans ce cas, l’expansion s’accompagne généralement d’une détente si le système ne reçoit pas de chaleur depuis l’extérieur. Antonyme : ▷ contraction.
647 expansion cosmologique (angl. cosmological expansion) Augmentation des distances entre les objets astrophysiques lointains (les amas de galaxies) au cours du temps (▷ loi de Hubble). C’est une propriété de l’espace-temps, décrite dans le cadre de la relativité générale comme l’augmentation au cours du temps du facteur d’échelle cosmologique (▷ métrique de Robertson-Walker, temps cosmologique). Il ne s’agit pas d’une augmentation de la distance en raison d’un déplacement des galaxies les unes par rapport aux autres. La découverte, en 1998, de l’accélération de l’expansion cosmologique grâce à l’observation de supernovæ de type Ia a valu le prix Nobel de physique 2011 à Saul Perlmutter (1959–), Brian P. Schmidt (1967–) et Adam Guy Riess (1969–).
- ▷ Edwin Hubble et l’expansion de l’Univers, D. Osterbrock, J. Gwinn et al., Pour la Science 191 (1993) p. 70
- ▷ [Questions and Answers] #17. What happens to energy in the cosmic expansion ?, Frank Munley, American Journal of Physics 63 (1995) p. 394
- ▷ Who Discovered the Expanding Universe ?, H. Kragh & R. W. Smith, History of Science 41 (2003) p. 141
- ▷ Thermal conductivity through the 19th century, T. N. Narasimhan, Physics Today 63 (2010) p. 36
- ▷ In an expanding universe, what doesn’t expand ?, Richard H. Price & Joseph D. Romano, American Journal of Physics 80 (2012) p. 376
649 expérience (angl. experiment) Protocole consistant en diverses étapes dans le but d’étudier les propriétés d’un système physique. Une expérience commence généralement avec la préparation d’un système dans un état bien défini, puis elle se poursuit par une ou plusieurs mesures sur le système, éventuellement après l’avoir laissé évoluer. Les expériences sont omniprésentes en physique, puisqu’elles permettent de tester les lois de la physique, d’en découvrir de nouvelles et de mesurer les caractéristiques des systèmes physiques.
- ▷ Practice, Reason, Context : The Dialogue Between Theory and Experiment, Timothy Lenoir, Science in Context 2 (1988) p. 3
- ▷ Agreement Between Theory and Experiment, Amikam Aharoni, Physics Today 48 (1995) p. 33
- ▷ The Roles of Experiment, A. Franklin, Physics in Perspective 1 (1999) p. 35
651 expérience à choix retardé (angl. delayed choice experiment) Expérience d’interférences de particules dans laquelle on modifie un des éléments de l’interféromètre alors que la particule est déjà en train de se propager dans le dispositif. Ce type d’expérience permet de tester l’hypothèse selon laquelle la particule emprunte simultanément les différents bras de l’interféromètre (▷ principe de superposition). Il permet notamment d’illustrer le principe de complémentarité. L’idée de ce type d’expérience a été proposée en 1978 par John Wheeler (1911–2008).
652 expérience de pensée (angl. thought experiment) Situation expérimentale imaginée pour exposer une idée de façon pédagogique (▷ train d’Einstein, ascenseur d’Einstein) ou un aspect d’une théorie qui semble problématique (▷ chat de Schrödinger, démon de Maxwell). Le terme allemand gedankenexperiment, introduit par Ernst Mach (1838–1916) et beaucoup utilisé par Albert Einstein (1879–1955), est aussi parfois employé en français.
- ▷ The evidential significance of thought experiment in science, James W. McAllister, Studies in History and Philosophy of Science Part A 27 (1996) p. 233
- ▷ Rethinking Thought Experiments, Alisa Bokulich, Perspectives on Science 9 (2001) p. 285
- ▷ Experiments in Thought, Walter Hopp, Perspectives on Science 22 (2014) p. 242
- ▷ Thought Experiments Considered Harmful, Paul Thagard, Perspectives on Science 22 (2014) p. 288
- ▷ L’Univers à l’épreuve de la pensée, Sabine Hossenfelder, Pour la Science 457 (2015) p. 92
654 explosion (angl. explosion) Violent dégagement d’énergie thermique, associé à une expansion rapide du milieu et à la production d’une onde de choc.
655 exponentielle (angl. exponential) Fonction mathématique, notée ex ou exp(x), qui peut notamment être définie comme la fonction réciproque du logarithme népérien, ln(ex) = x, ou bien comme l’unique solution de l’équation différentielle f′ = f telle que f(0) = 1. Elle intervient dans de très nombreuses situations physiques, souvent par des équations différentielles linéaires du premier ou du second ordre, ou comme résultat de sommations. En particulier, elle décrit l’évolution en e−t/τ d’une population dans laquelle la probabilité de disparaître pendant un temps dt infinitésimal est constante et vaut dt/τ. Elle apparaît aussi dans les distributions de probabilité en physique statistique (▷ distribution de Maxwell-Boltzmann, distribution de Fermi-Dirac, distribution de Bose-Einstein) ou en mathématiques (▷ gaussienne). Avec un argument complexe, la fonction exponentielle permet de décrire les fonctions trigonométriques, et intervient à ce titre dans l’étude des systèmes oscillants en notation complexe. Son développement en série entière, sous la forme
656 permet de définir par extension l’exponentielle d’une matrice ou même d’un opérateur.
657 exposant (angl. exponent) Nombre apparaissant en puissance d’un autre. Par exemple n est l’exposant dans l’expression xn. Dans certaines des lois physiques où intervient une telle relation, l’exposant a un sens physique suffisamment important pour qu’on lui attribue un nom (▷ exposant critique, exposant de Lyapounov, etc.).
658 exposant critique (angl. critical exponent) Près d’un point critique associé à une transition de phase du second ordre, exposant intervenant dans l’expression de l’évolution de certaines variables d’état. Par exemple, pour des températures proches de la température critique, la capacité calorifique évolue en fonction de la température selon
659 où Tc désigne la température critique et α l’exposant critique associé qui est positif ou nul par définition. Pour une transition de phase donnée, plusieurs grandeurs physiques peuvent être décrites par des lois faisant intervenir des exposants critiques différents. Par ailleurs, l’exposant critique dépend du type de transition de phase considéré, mais dans certains cas il dépend peu, voire pas du tout, du système étudié. C’est le cas par exemple des transitions de phases ferromagnétiques de nombreux matériaux, qui ont tous le même exposant critique (▷ universalité).
- ▷ A critical exponent of an aniseed-based liquor, A. Mayorga & D. Thompson, American Journal of Physics 64 (1996) p. 621
661 extensif (angl. extensive) Qualifie une grandeur, en particulier en thermodynamique, qui est directement proportionnelle à la quantité de matière contenue dans le système (par exemple, le volume, le nombre de particules, l’entropie). Les variables extensives associées aux sous-parties d’un système à l’équilibre sont proportionnelles au nombre de particules contenues dans chacun de ces sous-systèmes (un dixième du système contient un dixième de la masse, de l’énergie, de l’entropie, etc.). On notera qu’en présence d’interactions à longue portée les grandeurs citées comme exemples ci-dessus ne sont pas nécessairement extensives. Par exemple, l’énergie d’un corps autogravitant ne l’est pas. De même, la masse n’est extensive que si l’on néglige les effets de la relativité restreinte (▷ énergie de masse).
663 extension (angl. extension) En relativité générale, on parle d’extension d’un espace-temps, ou d’une solution des équations d’Einstein, pour désigner une variété (et un système de coordonnées associé), qui inclut celle que l’on considérait initialement mais ne pouvait pas être décrite entièrement par les coordonnées initiales. Par exemple, les coordonnées dans lesquelles la métrique de Schwarzschild est écrite usuellement ne couvrent que l’extérieur d’un trou noir mais ne permettent pas de décrire ce qui est à l’intérieur de l’horizon. Les coordonnées d’Eddington-Finkelstein entrantes et les coordonnées de Kruskal-Szekeres sont donc des extensions de la solution de Schwarzschild qui permettent de comprendre que celle-ci ne rend compte que d’une partie de l’espacetemps. Une extension est qualifiée d’analytique si son obtention est reliée à un prolongement analytique des composantes de la métrique (▷ fonction analytique), là où existait une singularité de coordonnées dans le système initial (c’est par exemple le cas des extensions de la solution de Schwarzschild citées plus haut sur l’horizon). On parle également d’extension maximale s’il est impossible de trouver un nouveau système de coordonnées décrivant une variété encore plus vaste que l’extension en question, ce que l’on peut relier aux propriétés des géodésiques de celle-ci. Un dernier cas particulier d’extension est celui des extensions conformes dans lesquelles on compactifie l’espace-temps pour inclure des points associés aux divers infinis. C’est par exemple ce qui est réalisé dans la transformation permettant d’obtenir le diagramme de Carter-Penrose d’un espace-temps.
664 extensomètre Dispositif permettant de mesurer l’écartement entre deux points. Il en existe de nombreux types, reposant sur différents capteurs de déformation. Ils sont utilisés en géologie, par exemple, pour mesurer l’évolution des failles ou des plaques rocheuses.
665 extinction interstellaire (angl. interstellar extinction) Diminution de la luminosité apparente des objets astronomiques, due à l’absorption et la diffusion de la lumière par le gaz interstellaire. Ce dernier effet conduit au phénomène de rougissement interstellaire, qui permet dans certains cas de l’évaluer et de la corriger. L’extinction interstellaire n’est pas la même dans toutes les directions du ciel ni pour toutes les longueurs d’onde. Dans le domaine visible, elle est de l’ordre d’une magnitude par kiloparsec dans le disque galactique.
- ▷ Interstellar Dust and Extinction, John S. Mathis, Annual Review of Astronomy and Astrophysics 28 (1990) p. 37
667 extrados Partie d’une surface portante (une aile, une voile, un pale d’hélice) située du côté de la portance, par exemple la face supérieure d’une aile ou la partie avant d’une hélice.
668 extrapolation (angl. extrapolation) Utilisation d’une loi pour des paramètres situés hors du domaine sur lequel elle a été établie ou validée. Dans la plupart des situations, une extrapolation est sujette à un risque d’erreur plus important qu’une interpolation.
669 extrinsèque (angl. extrinsic) Qualifie un semiconducteur ayant subi un dopage (▷ dopage). S’oppose à « intrinsèque ».
Date de mise en ligne : 07/11/2024