« La médicalisation de la sexualité », un mauvais procès ?
La santé sexuelle, bien qu’essentielle au bien-être, demeure un sujet délicat, rarement abordé en consultation. Si la prévention des IST, des violences et de la contraception occupe une place centrale, les troubles sexuels et la vie intime restent en marge du parcours de soins. Pourtant, leur impact sur la santé physique, mentale et relationnelle est avéré. La médicalisation de la sexualité est-elle alors un excès ou un levier nécessaire ?
La santé sexuelle est une composante essentielle du bien-être individuel et relationnel. Elle ne se limite ni à la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) ni aux enjeux de contraception ou de violences sexuelles, même si ces aspects sont fondamentaux. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle qu’elle concerne tous les individus, à tout âge, qu’ils soient en bonne santé ou affectés par une maladie ou un handicap, et qu’elle évolue tout au long de la vie. Une vie sexuelle épanouie contribue au bien-être psychologique et social, améliore l’estime de soi et renforce les liens affectifs. À l’inverse, les troubles sexuels ont des répercussions multiples, pouvant entraîner de l’anxiété, une dépression, un isolement ou des tensions dans le couple. Malgré son importance, la sexualité reste un sujet tabou dans le cadre médical. Les patients n’osent pas l’aborder avec leurs praticiens, et les soignants eux-mêmes hésitent à poser des questions ou à l’intégrer dans leur prise en charge. Pourtant, le sexologue n’est pas le seul interlocuteur pouvant l’aborder. Les médecins généralistes, les gynécologues, les urologues, les psychiatres, les psychologues et les sages-femmes sont également concernés. Cependant, comme nous le verrons dans ce dossier, ces professionnels estiment parfois ne pas être légitimes à traiter ces questions ou craignent d’ouvrir une « boîte de Pandore », faute de temps ou de formation spécifique. Cette réserve limite les opportunités de dialogue et de prise en charge, alors que la santé sexuelle est un marqueur clinique important du bien-être général et peut révéler des pathologies sous-jacentes…