Dossier

Les classifications diagnostiques en psychiatrie

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Les classifications en psychiatrie, comme le DSM ou la CIM, visent à organiser les troubles mentaux selon des critères diagnostiques standardisés. Elles facilitent la communication entre professionnels et la recherche scientifique, mais soulèvent des critiques sur leur réductionnisme. C’est à ce doute épistémologique que ce dossier propose de réfléchir, en explorant les vertus d’une épistémologie critique capable de penser la psychiatrie non comme une science des maladies, mais comme une science des concepts en situation.

Le Carnet Psy

Dans 2025/63

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement… » encore faut-il que ce qui se conçoit ait une consistance suffisante pour être pensé. En psychiatrie, le diagnostic est à la fois un outil indispensable à la décision clinique et un acte de nomination qui engage le sujet dans une certaine manière d’habiter sa souffrance . La psychiatrie est une discipline singulière, dont les objets – les troubles mentaux – ne se laissent pas aisément réduire à des entités naturelles, stables et universelles . Comme nous le verrons dans ce dossier, l’exactitude d’un diagnostic psychiatrique ne garantit ni sa légitimité scientifique ni la justesse de la cible visée. On peut très bien viser de manière précise… mais à côté. La métaphore de la cible, reprise de la psychométrie, illustre à quel point la standardisation diagnostique peut s’effectuer au détriment de la validité ontologique des catégories.
Un exemple paradigmatique est le Research Domain Criteria (RDoC) , qui éclaire les enjeux épistémologiques contemporains de la recherche neurobiologique en psychiatrie. Promu par le neuroscientifique Thomas Insel comme une « révolution nosologique », ce paradigme vise à dépasser les catégories diagnostiques classiques du DSM (telles que la schizophrénie ou la dépression), dont la validité est contestée. L’approche du RDoC propose une classification fondée non plus sur des entités cliniques globales, mais sur des unités élémentaires – gènes, circuits neuronaux, fonctions cognitives ou émotionnelles – censées refléter avec plus de précision les mécanismes sous-jacents des troubles mentaux…

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