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De quelle culture logico-philosophique la pensée du non-linéaire a-t-elle besoin ?

Pages 49 à 210

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  • Sève, L.
(2005). De quelle culture logico-philosophique la pensée du non-linéaire a-t-elle besoin ? Dans
  • L. Sève
  • et J. Guespin-Michel
Émergence, complexité et dialectique (p. 49-210). Odile Jacob. https://doi.org/10.3917/oj.seve.2005.01.0049.

  • Sève, Lucien.
« De quelle culture logico-philosophique la pensée du non-linéaire a-t-elle besoin ? ». Émergence, complexité et dialectique, Odile Jacob, 2005. p.49-210. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/emergence-complexite-et-dialectique--9782738116260-page-49?lang=fr.

  • SÈVE, Lucien,
2005. De quelle culture logico-philosophique la pensée du non-linéaire a-t-elle besoin ? In :
  • SÈVE, Lucien
  • et GUESPIN-MICHEL, Janine,
Émergence, complexité et dialectique. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.49-210. DOI : 10.3917/oj.seve.2005.01.0049. URL : https://stm.cairn.info/emergence-complexite-et-dialectique--9782738116260-page-49?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/oj.seve.2005.01.0049


Notes

  • [1]
    Une première version de ce texte, rédigée d’avril à septembre 2002, a fait l’objet de nombreuses questions, objections, suggestions pertinentes de la part des participants du séminaire sur « Dialectique et non-linéarité » (cf. l’Avant-propos), compte tenu desquelles j’ai élaboré cette deuxième version en mai 2004.
  • [2]
    A. Dahan-Dalmedico, « Le déterminisme de Pierre-Simon Laplace et le déterminisme aujourd’hui », dans Chaos et déterminisme, sous la direction de A. Dahan-Dalmedico, J.-L. Chabert, K. Chemla, Éditions du Seuil, Paris, 1992, p. 400.
  • [3]
    Sur le contexte de cette contribution, cf. l’Avant-propos.
  • [4]
    G. Bachelard, La Philosophie du non, PUF, Paris, 1940.
  • [5]
    On reviendra bien entendu longuement sur ce terme et ce qui y fait l’objet de vifs débats.
  • [6]
    Raisonnement spécieux reposant sur une faute logique.
  • [7]
    Contradiction réelle entre deux propositions qu’on a d’égales raisons de tenir chacune pour vraie.
  • [8]
    Les termes « passage » et « apparition » doivent être entendus ici en un sens très général pouvant correspondre selon les cas à une succession subjective de moments dans l’examen d’un objet invariant (invariant du moins dans les limites de cet examen) ou au contraire à une succession objective de phases dans l’évolution d’une réalité. On reviendra bien entendu sur cet aspect multiple de ce qu’on appelle émergence.
  • [9]
    Intitulé « Un battement d’ailes de papillon au Brésil peut-il suffire à déclencher une tornade au Texas ? », cet article a été publié en français dans la revue Alliage, n° 22, printemps 1993, p. 42-45.
  • [10]
    Entre autres auteurs.
  • [11]
    I. Ekeland, Le Calcul, l’imprévu, Éditions du Seuil, Paris, 1984, p. 84.
  • [12]
    Dans son article, E.N. Lorenz indiquait lui-même que « si un seul battement d’ailes d’un papillon peut avoir pour effet le déclenchement d’une tornade, alors, il en va ainsi également de tous les battements précédents et subséquents de ses ailes, comme de ceux de millions d’autres papillons, pour ne pas mentionner les activités d’innombrables créatures plus puissantes, en particulier de notre propre espèce ». Mais d’utiles remarques de cette sorte ne dispensent pas d’une critique du concept même de causalité unilinéaire.
  • [13]
    D. Ruelle, « Chaos, imprédictibilité et hasard », conférence prononcée dans le cadre de l’Université de tous les savoirs organisée par la Mission 2000, Le Monde, 22 août 2000, p. 14.
  • [14]
    P. Bergé et M. Dubois, « Chaos déterministe expérimental et attracteurs étranges », dans Chaos et déterminisme, op. cit., p. 116.
  • [15]
    J. Harthong, cf. Chaos et Déterminisme, op. cit., p. 405.
  • [16]
    Ainsi Kant y expose-t-il de quelle manière sont démontrables les deux thèses opposées selon lesquelles le monde a eu un commencement dans le temps ou qu’il n’en a eu aucun, que la matière est composée de parties finies ou qu’elle est divisible à l’infini, et d’autres de même sorte.
  • [17]
    Ibid., p. 400.
  • [18]
    Cet article d’Eugen Wigner, intitulé « The unreasonable effectiveness of mathematics in the natural sciences », est paru dans Communications on Pure and Applied Mathematics, XIII (1960), 1-14.
  • [19]
    Figurant dans un article de la Zeitschrift für deutsche Forschung, Paris, 1938, I, p. 6-7, cette phrase a été citée par Lucien Lévy-Bruhl dans ses Carnets, PUF, Paris, 1949, p. 70-71, ce qui l’a fait connaître à un large public. Un énoncé voisin se trouvait déjà dans un texte d’Einstein datant de 1936, Physique et réalité, publié en français dans A. Einstein, Œuvres choisies, t. 5, « Science, éthique, philosophie », Éditions du Seuil/CNRS, Paris, 1991, p. 126. Sur cette phrase fameuse d’Einstein et les problèmes fondamentaux qu’elle soulève, cf. L. Sève, « Nature, science, dialectique ; un chantier à rouvrir », dans Sciences et dialectiques de la nature, ouvr. collectif coordonné par L. Sève, La Dispute, Paris, 1998, p. 146-153.
  • [20]
    Cf. sur ce point l’étude de Ia. G. Sinaï, « L’aléatoire du non-aléatoire », dans Chaos et déterminisme, op. cit., p. 68-87.
  • [21]
    Contradiction sans issue dans le cadre de la logique classique.
  • [22]
    L. von Bertalanffy, Théorie générale des systèmes, Dunod, Paris, 1973, p. 17.
  • [23]
    Cf. La Querelle du déterminisme, ouvr. collectif, Gallimard, Paris, 1990.
  • [24]
    Ouvr. cité, p. 404.
  • [25]
    S. Diner, « Les voies du chaos déterministe dans l’école russe », dans Chaos et déterminisme, op. cit., p. 367.
  • [26]
    Livre composé de dix-huit entretiens avec des scientifiques de très haute qualification et quelques philosophes réputés, Le Pommier, Paris, 2002.
  • [27]
    Il y a quelques années, comme je disais à une personnalité connue du monde savant préparer un ouvrage collectif sur les problèmes de dialectique de la nature, il me fit répéter l’expression puis lui expliquer de quoi il pouvait bien s’agir…
  • [28]
    Sur cette affaire et les leçons fondamentales à en tirer pour la question qui nous occupe, cf. L. Sève, dans Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 102-107.
  • [29]
    Léon Rosenfeld écrivait de Niels Bohr que « le mouvement dialectique de la nature est pour lui une réalité vivante à laquelle il a complètement identifié sa pensée et sa sensibilité ». Cf. L. Rosenfeld, « L’évidence de la complémentarité », dans Louis de Broglie, physicien et penseur, ouvr. collectif, Albin Michel, Paris, 1953, p. 51.
  • [30]
    Cf. S.J. Gould, Darwin et les grandes énigmes de la vie, Éditions du Seuil, Paris, 1979, p. 225-226. Cette théorie des équilibres ponctués est du reste l’objet d’un débat toujours ouvert dont le fond est la question typiquement logico-philosophique des rapports entre gradualité quantitative et altérité qualitative.
  • [31]
    Richard Levins et Richard Lewontin, The Dialectical Biologist, Harvard University Press, Cambridge, Massachusetts, et Londres 1985. On notera qu’à la différence de plusieurs autres livres de ces auteurs, cet ouvrage n’a pas trouvé d’éditeur en France… J’ai publié en traduction française son chapitre de conclusion dans Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 345-372.
  • [32]
    Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, La Nouvelle Alliance, Gallimard, Paris, 1979, p. 215-216 et p. 216, note 1. Sur les rapports d’Ilya Prigogine avec Léon Rosenfeld, ibid., p. 236 et 242.
  • [33]
    S. Diner, article cité, dans Chaos et déterminisme, op. cit., p. 33.
  • [34]
    Ibid., p. 335. S. Diner indique d’ailleurs (p. 342, note 12) que l’un des coauteurs avec A.A. Andronov de la Théorie des vibrations, A.A. Vitt, devait être assassiné durant les grandes purges staliniennes des années 1930.
  • [35]
    Ibid., p. 357.
  • [36]
    C’est le titre même de son chapitre dans Chaos et déterminisme, op. cit., p. 68.
  • [37]
    Ce souci d’éradication a toute une histoire. Ainsi peu après la révolution de 1848 le P. Gratry, aumônier de l’École normale supérieure, parvint-il au terme d’une campagne forcenée à faire révoquer le philosophe Vacherot qui initiait les normaliens à la dialectique hégélienne, réclamant contre cette « gangrène de la raison » « une de ces foudroyantes excommunications qui terrassent pour des siècles ». Cf. sur ce point ma contribution au livre Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 81-82.
  • [38]
    R. Blanché, La Logique et son histoire d’Aristote à Russell, Armand Colin, Paris, 1970, p. 248.
  • [39]
    K. Popper, « What is dialectic ? », Mind, vol. XLIX, 1940, p. 403-426 ; traduction française dans Conjectures et réfutations, Payot, Paris, 1985, p. 456-489.
  • [40]
    C. Bruaire, La Dialectique, PUF, Paris, 1985, p. 90-104.
  • [41]
    J. D’Hondt, « L’actualité de la dialectique », Encyclopédie philosophique universelle, PUF, Paris, 1989, t. 1, p. 707-715.
  • [42]
    Ce texte constitue la première partie du livre collectif Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., où il occupe les pages 23 à 247. La suite du volume comporte les contributions du mathématicien José-Luis Massera, des physiciens Gilles Cohen-Tannoudji et Pierre Jaeglé, des biologistes Henri Atlan, Richard Levins et Richard Lewontin.
  • [43]
    Signalons aussi le riche ouvrage du philosophe des sciences grec Eftichios Bitsakis, La Nature dans la pensée dialectique, L’Harmattan, Paris, 2001. L’orientation de l’auteur diffère de celle de Gilles Cohen-Tannoudji et de Pierre Jaeglé quant à l’interprétation de la physique quantique, et sur certains points de la mienne en matière philosophique, ce qui souligne combien redevient vivante la culture dialectique aujourd’hui.
  • [44]
    Classiquement dit « de contradiction », ce principe est souvent appelé aujourd’hui « de non-contradiction » pour prévenir toute confusion avec le « principe de contradiction » dialectique, qui indique sous quel rapport la contradiction logique peut n’être nullement une absurdité à prohiber.
  • [45]
    Sauf toutefois pour ce qui concerne les futurs possibles.
  • [46]
    H. Lefebvre, Logique formelle, logique dialectique, Éditions sociales, 3e édition, Paris, 1982, p. 4.
  • [47]
    On présente en plus petits caractères des paragraphes d’une certaine technicité dont la lecture peut faire problème pour certains lecteurs. Aussi bien est-il possible de les sauter, en tout cas à première lecture, sans que soit par là compromise la compréhension de ce qui suit.
  • [48]
    G.W.F. Hegel, Science de la Logique, Aubier Montaigne, premier tome, premier livre, Paris, 1972, p. 66.
  • [49]
    Hegel, Science de la Logique, Aubier Montaigne, deuxième tome, Paris, 1981, p. 380.
  • [50]
    Friedrich Engels, Dialectique de la nature, Éditions sociales, Paris, 1952, p. 205.
  • [51]
    Hegel, Science de la Logique, Aubier Montaigne, premier tome, deuxième livre, Paris, 1976, p. 82.
  • [52]
    La logique classique distingue les contradictoires (par ex. blanc et non-blanc) des contraires (par ex. blanc et noir) qu’elle définit comme les extrêmes du même genre, et entre lesquels il n’y aurait nulle contradiction. Mais Hegel établit sans peine qu’en réalité toute relation de contraires recouvre une contradiction, puisqu’elle est à la fois relation d’exclusion et d’inclusion : père et fils sont des individus extérieurs l’un à l’autre, et cependant le père n’est père qu’en tant qu’il a un fils, de sorte que le concept de fils est intérieur à celui de père. Aussi dans le vocabulaire dialectique les contraires sont-ils les pôles opposés dans l’unité de toute contradiction.
  • [53]
    De même Hegel montrait avec profondeur que cause et effet ne constituent en rien des réalités distinctes, ce sont les deux pôles opposés d’une unité dialectique de contraires, qu’il désignait comme « action réciproque ». Et c’est en démembrant cette unité par une abstraction arbitraire qu’on suscite toutes les apories de la causalité unilinéaire. Au cours de cette analyse, de lecture difficile mais éclairante, Hegel démonte déjà la « plaisanterie », c’est son mot, consistant à « faire surgir de grands effets à partir de petites causes ». (Cf. Science de la Logique, premier tome, deuxième livre, op. cit., p. 275-296.) Un penseur capable de dévoiler avec près de deux siècles d’avance la faute logico-philosophique couramment commise encore dans l’interprétation spécieuse de « l’effet papillon » mérite sans doute d’être pris au sérieux par les scientifiques beaucoup plus que ce n’est le cas aujourd’hui. Pour une critique semblablement orientée de la causalité unilinéaire, cf. F. Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 232-234.
  • [54]
    Hegel, Science de la Logique, premier tome, premier livre, op. cit., p. 79.
  • [55]
    Ibid., deuxième livre, p. 83.
  • [56]
    K. Marx, Le Capital, Livre I, Éditions sociales, Paris, 1983 ou PUF, Paris, 1993, p. 118.
  • [57]
    La première formule est celle de Cornélius Castoriadis, la seconde celle d’Edgar Morin (cf. l’entretien de Réda Benkirane avec ce dernier dans La Complexité, vertiges et promesses, op. cit., p. 20 ; cf. déjà, entre autres, E. Morin, Introduction à la pensée complexe, ESF, Paris, 1974, p. 98-99).
  • [58]
    Hegel, Science de la Logique, deuxième tome, op. cit., p. 384.
  • [59]
    Cl. Bernard, « Définition de la vie », Revue des deux mondes, 15 mai 1875, p. 344. Cf. Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 95-96.
  • [60]
    Figure de style alliant deux mots de sens opposés, par exemple « douce violence » ou « obscure clarté ».
  • [61]
    Niels Bohr lui-même n’était guère satisfait du terme complémentarité. Cf. les indications de Catherine Chevalley dans N. Bohr, Physique atomique et connaissance humaine, Gallimard, Paris, 1991, p. 396-409.
  • [62]
    Cf. les remarques du mathématicien uruguayen José-Luis Massera sur la définition en tant que création d’objet nouveau comme dimension essentielle de l’activité dialectique des mathématiques, dans Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 400-408.
  • [63]
    L’attitude ici exposée diffère sensiblement de celle qu’adoptent les biologistes américains Richard Levins et Richard Lewontin dans leur passionnant ouvrage The Dialectical Biologist, op. cit., et notamment dans sa longue conclusion sur la dialectique, dont le volume collectif Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., a publié une traduction française (p. 345-372). Selon ce texte, qui oppose la dialectique au « réductionnisme cartésien », une démarche d’entendement ne peut donner accès qu’à ce que les auteurs appellent un « monde aliéné », idéologiquement dénaturé. Mais si les analyses qu’ils font de cette « aliénation » et de ce qui la sous-tend sont souvent très convaincantes, la question ouverte qu’il y aurait à discuter de façon serrée est de savoir si l’entendement engendre cette « aliénation » en toute circonstance ou seulement, comme on est enclin à le soutenir ici, lorsqu’il prétend réduire à ses propres normes les dimensions dialectiques du réel. Il importe cependant de relever que, dans son ouvrage plus récent La Triple Hélice (Éditions du Seuil, Paris, 1998), Richard Lewontin, toujours aussi éloquent sur la pertinence de la dialectique en biologie, marque clairement son refus du « holisme obscurantiste » (p. 58) et souligne le caractère « extraordinairement efficace » du modèle analytique pour comprendre la nature (p. 87). C’est du côté d’une intelligence des phénomènes d’émergence que l’auteur cherche à en dépasser les limites à ses yeux manifestes.
  • [64]
    Cf. Hegel, Science de la Logique, premier tome, deuxième livre, op. cit., p. 45-46, 65 et 79-81.
  • [65]
    C’est ce qui rend d’autant plus consternante la métamorphose stalinienne de la dialectique en formulaire dogmatique dont l’indigence même ne pouvait être discutée.
  • [66]
    F. Engels, Anti-Dühring, Éditions sociales, Paris, 1971, p. 43. (Traduction revue par moi.)
  • [67]
    Citons notamment les tentatives de Dubarle et Doz (Logique et dialectique, op. cit.), Newton da Costa (cf. G.-G. Granger, Formes, opérations, objets, Vrin, Paris, 1994, p. 100 et suiv.), M. Kosok (The Formalization of Hegel’s Dialectical Logic, dans A. Mac Intyre, Hegel, New York, 1972).
  • [68]
    G.-G. Granger, Formes, opérations, objets, op. cit., p. 49. J’ai exposé et longuement discuté les thèses de G.-G. Granger sur la dialectique dans Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 124-144.
  • [69]
    Pure répétition de l’identique sous une forme différente, par exemple dans la phrase fameuse : « Un instant avant sa mort, il était encore en vie. »
  • [70]
    Ibid., p. 60.
  • [71]
    Ibid., p. 44.
  • [72]
    En mathématiques, écrivait-il, « la nécessité génératrice n’est pas celle d’une activité, mais d’une dialectique ». Cf. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, Vrin, 2e éd., Paris, 1960, p. 78.
  • [73]
    L’épistémologie traite électivement de la connaissance scientifique, la gnoséologie, de l’ensemble des formes du connaître. Réduire la gnoséologie à l’épistémologie, comme cela se fait aujourd’hui couramment, est lourd d’effets potentiellement idéalistes.
  • [74]
    C. Darwin, L’Origine des espèces, Flammarion, Paris, 1992, p. 246.
  • [75]
    Ibid., p. 247. Cf. aussi p. 529.
  • [76]
    Ibid., p. 371.
  • [77]
    Ibid., par exemple p. 227.
  • [78]
    Que la théorie des équilibres ponctués ait pour sous-bassement catégoriel une conception dialectique des rapports entre qualité et quantité ne constitue bien entendu pas la moindre preuve de sa validité scientifique. Tout ce que l’on peut dire à partir du vaste travail catégoriel accumulé dans le champ de la dialectique, c’est qu’il est très probablement justifié et fécond de chercher une théorie de l’évolution des espèces faisant place à la fois à la continuité des changements quantitatifs et à la discontinuité des changements qualitatifs.
  • [79]
    On comprend mieux alors le sens du passage des énoncés classiques (comme le principe d’identité abstraite), régissant la pensée formelle, aux énoncés dialectiques (comme le principe d’identité concrète, incluant la différence), caractérisant la forme logique des processus réels, par exemple la vie d’un organisme (cf. note 99).
  • [80]
    Cf. Hegel, Science de la Logique, premier tome, premier livre, op. cit., p. 23, 200-201 ; deuxième tome, op. cit., p. 180. Comme le montre sa fréquente polémique avec Newton, Hegel ne dédaigne pas la science qui calcule, mais à condition qu’elle calcule au service d’une réelle pensée.
  • [81]
    Ibid., premier tome, premier livre, p. 37.
  • [82]
    Il faut signaler qu’à côté de la Science de la Logique, dite aussi « grande Logique », Hegel a aussi écrit La Science de la Logique, premier tome de l’Encyclopédie des Sciences philosophiques (Vrin, Paris, 1970), souvent appelée « petite Logique », de lecture un peu moins malaisée, et qui, grâce aux nombreuses Additions figurant en fin de volume où les analyses catégorielles sont illustrées d’exemples quotidiens ou scientifiques, apparaissait en son temps à Engels, peut-être avec un peu d’optimisme, comme « faite sur mesure » pour les scientifiques.
  • [83]
    K. Marx, Critique du Droit politique hégélien, Éditions sociales, Paris, 1973, p. 38, 41, 60, 81-82, etc.
  • [84]
    Cf. Science de la Logique, premier tome, premier livre, op. cit., p. 19.
  • [85]
    K. Marx, Le Capital, Livre I, op. cit., p. 17-18.
  • [86]
    Par cette graphie inusitée du mot, je veux fortement souligner qu’il ne s’agit ici en rien de reproduction au sens photographique ou reprographique, mais bien d’une production inédite de modèles re-constituant théoriquement et/ou pratiquement de manière analogique des aspects déterminés du réel.
  • [87]
    Cf. A. Einstein, Œuvres choisies, Éditions du Seuil/CNRS, t. 5, Paris, 1991, p. 110, 120, 150.
  • [88]
    F. Engels, Anti-Dühring, op. cit., p. 163-164.
  • [89]
    Qu’on pense par exemple à la « loi biogénétique fondamentale » de Haeckel (1866) selon laquelle « l’ontogenèse est une courte récapitulation de la phylogenèse ».
  • [90]
    La seule idée d’Engels un peu largement connue en la matière (les « lois dialectiques ») est donc justement l’aspect le plus caduc de son œuvre.
  • [91]
    C’est la dimension de la dialectique qu’ont développée dans leurs philosophies de la science Gaston Bachelard et davantage encore Ferdinand Gonseth. Sur la pertinence des apports épistémologiques de ce dernier à la science contemporaine, cf. Gilles Cohen-Tannoudji, « La dialectique de l’horizon : le réel à l’horizon de la dialectique », dans Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 287-318.
  • [92]
    Je les examine plus longuement dans Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 164-222.
  • [93]
    En allemand Aufhebung, processus qui pour Hegel tout à la fois abolit et maintient en élevant sur un plan plus élevé.
  • [94]
    Hegel, Science de la Logique, premier tome, premier livre, op. cit., p. 136.
  • [95]
    F. Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, Éditions sociales, Paris, 1976, p. 59.
  • [96]
    J’ai essayé de le faire dans Une introduction à la philosophie marxiste, Éditions sociales, Paris, 1980, particulièrement dans le chapitre premier, « Penser dialectiquement », et le chapitre 6, « Dialectique matérialiste », puis de nouveau dans l’ouvrage déjà cité, Sciences et dialectiques de la nature.
  • [97]
    Hegel, Science de la Logique, deuxième tome, op. cit., p. 77.
  • [98]
    G. Cohen-Tannoudji et J.-P. Baton, L’Horizon des particules, Gallimard, Paris, 1989, p. 9.
  • [99]
    Différence formelle devenant réelle par exemple chez l’être vivant, qui ne reste identique à soi qu’en différant sans cesse de soi par les échanges métaboliques, l’adaptation immunitaire, le renouvellement cellulaire, etc.
  • [100]
    Hegel, Science de la Logique, premier tome, deuxième livre, op. cit., p. 205.
  • [101]
    Hegel, Encyclopédie des Sciences philosophiques, I, La Science de la Logique, op. cit., note 69, p. 568.
  • [102]
    La molécule envisagée du point de vue chimique constitue un très instructif modèle intermédiaire du tout, entre agrégats physiques et organismes vivants. Comme l’indique le chimiste José Gayoso dans l’étude qu’on lira plus loin sur « La partie et le tout dans les structures de la matière », la quasi-infinité de propriétés nouvelles des molécules par rapport à celles des atomes qui les constituent n’est que peu prévisible et même peu explicable à partir de ces derniers. Véritable tout, « la molécule n’est pas la simple somme de ses atomes ». Cependant, en entrant dans la composition de la molécule, les atomes conservent pour l’essentiel leur identité et y demeurent tout à fait reconnaissables, car leur « cœur atomique » (le noyau et les électrons internes) ne subit aucune modification notable, les seuls électrons externes (de valence) intervenant dans la formation et les réactions chimiques de la molécule. L’auteur conclut que « les molécules ne sont pas des systèmes dynamiques travaillés par des forces internes pouvant changer la forme sinon la nature des relations partie-partie et tout-parties ». On ne peut mieux marquer que, comme l’a pressenti Hegel, le chimique relève d’une dialecticité effective mais limitée.
  • [103]
    Hegel, Encyclopédie des Sciences philosophiques, I, La Science de la Logique, op. cit., p. 568. Cf. aussi Science de la Logique, deuxième tome, op. cit., p. 290.
  • [104]
    On peut évoquer ici l’exemple des rapports si souvent mal compris entre « l’individu » et « la société ». Comme l’écrivait Marx, et contrairement à l’idée reçue, « la société n’est pas constituée d’individus, mais exprime la somme des relations, des rapports où ces individus se situent les uns par rapport aux autres » (K. Marx, Manuscrits de 1857-1858 [Grundrisse], (suite de la note 104 page 132) Éditions sociales, Paris, 1980, t. 1, p. 205). Aussi les individus ne sont-ils par exemple esclaves ou citoyens libres que dans des rapports sociaux historiquement déterminés, lesquels à leur tour se réfractent comme tels en chaque individu.
  • [105]
    Marx, Manuscrits de 1857-58, op. cit., t. 1, p. 419-420.
  • [106]
    Hegel, Science de la Logique, premier tome, premier livre, op. cit., p. 179 et note 136.
  • [107]
    Article en anglais paru sous le titre « Explaining emergence : towards an ontology of levels » dans le Journal for General Philosophy of Science, 28 ; 83-119 (1997). Cet article m’a été signalé par la biologiste Janine Guespin-Michel, animatrice du séminaire sur Dialectique et non-linéarité.
  • [108]
    Cf. par exemple Ludwig Feuerbach…, op. cit., p. 15-20 ; Dialectique de la nature, op. cit., p. 53. Dans son Anti-Dühring Engels écrit qu’« un système de la nature et de l’histoire embrassant tout et arrêté une fois pour toutes est en contradiction avec les lois fondamentales de la dialectique » (p. 54), ce qui n’exclut aucunement, ajoute-t-il, l’effort pour aller vers une connaissance « systématique » mais toujours ouverte du monde.
  • [109]
    Cf. notamment Dialectique de la nature, op. cit., p. 42-46.
  • [110]
    Ayant pour objet premier la psychologie, la Gestalttheorie (théorie de la forme, où se préfiguraient des thèmes structuralistes), initialement développée par des auteurs allemands au tournant des xixe et xxe siècles dans une perspective marquée par le néo-aristotélisme, s’est élargie en vision plus générale du monde naturel et social.
  • [111]
    K. Marx, Lettre à Kugelmann du 11 juillet 1868, dans K. Marx, F. Engels, Correspondance, Éditions sociales, t. IX, Paris, 1982, p. 263. (Traduction revue par moi.)
  • [112]
    Dans un long dialogue (cf. Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 249-286) que j’ai noué avec Henri Atlan sur la dialectique (dont il disait d’emblée : « Cette culture, je ne la connais pas »), à ma remarque selon laquelle il venait, par une référence à l’idée de saut qualitatif, de rendre un involontaire hommage à Hegel, il répondait ; « Je doute qu’on ne puisse trouver chez des philosophes anciens cette idée malgré tout assez évidente du saut de la quantité à la qualité. » Éloquent témoignage de la sous-estimation dont est l’objet l’héritage de Hegel et de ses successeurs chez les meilleurs esprits. Qu’on trouve mention du saut qualitatif chez « des philosophes anciens », nul doute en effet : c’est justement l’une des plus vieilles découvertes de la pensée dialectique « naïve », aussi bien orientale qu’occidentale, popularisée dans notre culture par les troublantes questions de ces Sceptiques grecs qui demandaient : quel est le cheveu qui, en tombant, métamorphose un homme chevelu en chauve ? Quel est le grain de blé qui, ajouté à plusieurs autres, fait surgir un tas ? Mais ce qui n’avait jamais été fait avant Hegel, c’est la capitale analyse logico-philosophique de cette idée de seuil, la mise en lumière de son essence dialectique au sens élaboré du terme, et par là l’élucidation rigoureuse de son immense portée. Le moins qu’on puisse dire est que cette analyse-là n’est pas « assez évidente ».
  • [113]
    Science de la Logique, premier tome, premier livre, op. cit., p. 291-362.
  • [114]
    Dans ma contribution au volume collectif Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 195-204, j’ai pu, disposant de plus d’espace qu’en ce texte déjà fort long, pousser sensiblement plus loin l’exposé des analyses hégéliennes comme des correctifs nécessaires et développements possibles qu’elles paraissent appeler à la lumière des savoirs scientifiques contemporains, notamment de la physique des transitions de phase.
  • [115]
    Encyclopédie des sciences philosophiques, I, La Science de la Logique, op. cit., p. 367.
  • [116]
    L’idée d’une mesure non fortuite du vivant a connu dans la science contemporaine une grande fortune, tout à fait oublieuse des indications hégéliennes en ce sens, par exemple chez Erwin Schrödinger (cf. Qu’est-ce que la vie ?, Christian Bourgois, Paris, 1986, p. 45-64), S.J. Gould (cf. Darwin et les grandes énigmes de la vie, Éditions du Seuil, Paris, 1979, p. 183-198) et beaucoup d’autres.
  • [117]
    Sans en conclure bien entendu que Hegel aurait ici anticipé sur la moderne physique des quanta – ce qui relèverait d’une conception désastreusement erronée des rapports entre science et philosophie, où les savoirs de la première seraient supposés plus ou moins déductibles de la seconde –, on peut en revanche souligner combien la démarche dialectique est logico-philosophiquement congruente avec la vision quantique de la matière-espace-temps.
  • [118]
    Hegel, il est vrai, mentionne à ce point de son développement l’exemple de l’eau qui, lorsqu’elle gèle, devient « solide d’un seul coup » (Science de la Logique, premier tome, premier livre, op. cit., p. 341). Aussi bien abondent les exemples de changements qualitatifs naturels plus ou moins brusques – auxquels on peut toutefois opposer en foule des exemples contraires. Mais pour Hegel la soudaineté du saut qualitatif n’est de toute façon qu’une conséquence (dont il n’indique pas s’il la tient pour nécessaire) de sa ponc-(suite de la note 118 page 145) tualité, avec laquelle seule nous touchons au fond des choses ; un changement qualitatif étalé dans le temps n’y contredit pas s’il s’opère tout entier à partir d’une valeur-seuil déterminée. La prétendue « loi dialectique » selon laquelle les changements qualitatifs seraient obligatoirement brusques, qui figure dans l’exposé de vulgarisation du matérialisme dialectique publié par Staline en 1937 (cf. Staline, Textes, Éditions sociales, Paris, 1983, t. 2, p. 82 et 86) n’est rien d’autre qu’une vue platement idéologique destinée à cautionner la thèse selon laquelle « pour ne pas se tromper en politique, il faut être un révolutionnaire, et non un réformiste ». Il reste qu’à penser uniquement la contradiction isolée, Hegel a tout ignoré de la dimension statistique des choses, dont l’importance est fondamentale pour comprendre par exemple la complexité des transitions de phase.
  • [119]
    Science de la Logique, ibid., p. 338. Dans les transitions de phase que la physique contemporaine nomme « du second ordre » – par exemple l’ébullition de l’eau sous très forte pression –, la distinction nette entre phases – ici, entre l’état liquide et l’état vapeur de l’eau – s’efface, cédant la place à des « états critiques » où les deux formes s’interpénètrent à toutes les échelles – bulles de vapeur contenant des gouttelettes de liquide contenant à leur tour de petites bulles de vapeur, etc. La notion hégélienne de « point nodal » ne peut donc être créditée d’une validité absolue. En même temps se confirme néanmoins que l’existence de seuils est bien omniprésente, puisque par exemple l’effacement des limites tranchées entre phases dans les transitions du deuxième ordre survient lui-même à des points précis – dans le cas de l’eau, à une pression de 218,3 atmosphères. Voilà qui met en relief aussi bien la portée profonde de l’analyse hégélienne que l’erreur profonde de la donner pour vérité dernière dans un système clos. Tout savoir catégoriel, fût-il le mieux élaboré à un moment donné, peut encore réserver des surprises. Il faut dialectiser sans limite le dialectique.
  • [120]
    Peut-on méconnaître la parenté profonde entre une réflexion de cette sorte et quelques-uns des processus les plus essentiellement caractéristiques de la non-linéarité, comme par exemple la bifurcation ? Rappelons la définition qu’en donne l’introduction scientifique au présent volume : « Particulièrement avec les systèmes non linéaires, il peut se produire, à partir d’une valeur dite critique du paramètre, un phénomène nouveau. La solution stationnaire ancienne cesse d’être stable et le système évolue vers une (ou plusieurs) autre(s) solution(s) qui peu (ven) t être très différente(s) ; c’est une bifurcation. »
  • [121]
    Ibid., p. 337. (C’est moi qui ajoute pour plus de clarté ce « [-même] » à la traduction citée.)
  • [122]
    Ibid., p. 340.
  • [123]
    Ibid., p. 338.
  • [124]
    Ibid., p. 337.
  • [125]
    Dans leur article sur l’émergence, Claus Emmeche et ses collègues écrivent fort justement qu’on peut « préciser la vieille idée selon laquelle le tout est plus que la somme de ses parties » en disant : « Ce “plus” dans le tout est une série spécifique de relations spatiales et morphologiques entre les parties. » Mais cette indication potentiellement cruciale demeure pour l’essentiel sans effet dans leur texte, faute de prendre place dans un examen serré de la question décisive : d’où au juste proviennent les propriétés inédites de la réalité émergente ?
  • [126]
    Des physiciens travaillant sur les transitions de phase se sont posé la question : peut-on expliquer les discontinuités qui s’observent à l’échelle macroscopique, par exemple la vaporisation d’un liquide, à partir de sa structure microscopique ? Se produirait-il à la température de transition une modification brutale au niveau des atomes, dont le changement de phase serait le « reflet » ? La question, indique le physicien Roger Balian, a été définitivement tranchée : « Rien à l’échelle atomique ne distingue l’eau de sa vapeur ou de la glace ; leurs transformations mutuelles ne traduisent qu’un changement d’organisation de l’édifice global, contrôlé seulement par deux paramètres macroscopiques, la température et la pression. » (R. Balian, « Le temps macroscopique », dans Le Temps et sa flèche, ouvr. collectif sous la direction d’Étienne Klein et Michel Spiro, Flammarion, Paris, 1995, p. 177-178. C’est (suite de la note 126 page 151) moi qui souligne.) Il y a là une éloquente validation du schème logique selon lequel le qualitativement nouveau vient au jour à partir de lui-même.
  • [127]
    F. Jacob, La Logique du vivant, Gallimard, Paris, 1970, p. 323, 328, 344.
  • [128]
    Ibid., p. 170 ; cf. aussi p. 150, 192, 197, etc. Dans son livre Le Hasard et la nécessité, Éditions du Seuil, Paris, 1970, le biologiste Jacques Monod, qui avait partagé le prix Nobel de médecine en 1965 avec François Jacob et André Lwoff, professe au contraire un passionnel mépris envers la dialectique, qu’il va jusqu’à assimiler à « la tradition animiste des aborigènes australiens » (p. 187). La rançon de ce préjugé est que son livre, quelle qu’en soit d’ailleurs la richesse, est de bout en bout vicié par une sommaire dichotomie d’entendement qui lui fait ne voir à peu près que nécessité dans la programmation génétique et que hasard dans l’évolution des espèces. À la différence de celle de François Jacob, cette « philosophie naturelle » simpliste n’a pas résisté au temps.
  • [129]
    Bien qu’y fasse explicitement écho l’idée, forte à nos yeux, de biologie intégrative (cf. Ripoll, C., Guespin-Michel, J., Norris, V., Thellier, M., 1998, « Defining Integrative Biology, Complexity, 4, 19-20). On y reviendra.
  • [130]
    Terme qui apparaît en son sens scientifique actuel dans le dernier tiers du xixe siècle, notamment chez G.H. Lewes, auteur en 1875 de Problems of Life and Mind.
  • [131]
    J’ai avancé quelques analyses en ce sens dans Penser avec Marx aujourd’hui – 1. Marx et nous, La Dispute, Paris, 2004, p. 218-219 et 229.
  • [132]
    Hegel l’a maintes fois souligné lui-même : la dialectique n’abolit pas la « logique d’entendement », elle la contient au contraire, et pour l’y retrouver « il n’est besoin de rien d’autre que de laisser de côté ce qui est dialectique » ; on en revient alors à la « logique habituelle » de la non-contradiction (Encyclopédie des Sciences philosophiques, I, La Science de la Logique, op. cit., p. 344 ; cf. aussi Science de la Logique, deuxième tome, op. cit., p. 381).
  • [133]
    Cf. un suggestif développement de ce thème dans l’article de Janine Guespin-Michel, « Réductionnisme et globalisme en biologie », La pensée, n° 316, oct.-déc. 1998.
  • [134]
    Soulignons à nouveau que les tendances observables ici ou là, fût-ce chez d’excellents auteurs, à ranger la dialectique du côté du holisme en l’opposant de façon pure et simple au réductionnisme constituent de démontrable façon un écart de conséquence potentiellement redoutable par rapport à la dialectique de Hegel et plus nettement encore de Marx. Rappelons que ce dernier engage son immense tentative de rendre compte du fonctionnement physiologique et du développement historique du capital en disséquant d’abord les rapports capitalistes jusqu’à mettre en évidence ce qu’il appelle leur « forme économique cellulaire », c’est-à-dire la marchandise. « L’homme non cultivé, écrit-il dans la Préface à la 1re édition allemande du Capital, aura l’impression que l’analyse de cette forme se débat sans fins dans une succession de subtilités. Et il s’agit bien effectivement de subtilités ; mais au sens où justement l’anatomie microscopique relève également de cette même subtilité. » (Le Capital, Livre I, op. cit., p. 4.) On peut soutenir sans le moindre paradoxe que la démarche de bout en bout dialectique de Marx dans son grand œuvre commence par un moment typiquement réductionniste.
  • [135]
    W. Gilbert, « A vision of the Grail », in Daniel Kevles et Leroy Hood, The Code of Codes ; Scientific and Social Issues in the Human Genome Project, Harvard University Press, 1991 ; cité par R. Lewontin dans La triple hélice, op. cit., p. 18.
  • [136]
    Que l’espèce humaine se soit développée dans le champ de gravitation terrestre – la gravitation étant l’une des quatre interactions physiques fondamentales – peut se lire dans plus d’un trait comme la stature verticale qui nous caractérise, et jusque dans la métaphore culturelle du « haut » et du « bas ». Mais on conviendra sans doute que sont plutôt marginales les explications possibles de notre biologie et de notre philosophie à partir de la pesanteur…
  • [137]
    Si le débat scientifique sur l’existence ou non chez Homo sapiens sapiens de certains supports neuronaux innés des fonctions langagières reste ouvert, c’est en tout cas l’évidence que chacun(e) de nous doit apprendre sa langue tout en s’appropriant biographiquement une part singulière de l’extraordinaire variété des usages qu’on en peut faire.
  • [138]
    La formule de Marx : « L’homme, c’est le monde de l’homme » (cf. K. Marx, Critique du Droit politique hégélien, Éditions sociales, Paris, 1973, p. 197) a fait la preuve de son exceptionnelle pertinence en inspirant la psychologie historico-culturelle fondée dans les années 1920 par L.S. Vygotski et ses amis, et reconnue aujourd’hui par beaucoup de spécialistes comme plus convaincante que celle de Piaget précisément sur ce point décisif : la genèse des fonctions psychiques supérieures chez l’homme ne relève pas d’un développement biologique qui se socialise, mais bien plutôt, à l’inverse, d’un développement culturel qui se naturalise. On ne sera pas surpris de constater qu’en même temps la culture logico-philosophique de Vygotski est beaucoup plus authentiquement dialectique que celle de Piaget (cf. à ce sujet mon étude intitulée « Quelles contradictions ? À propos de Piaget, Vygotski et Marx », dans Avec Vygotski, ouvr. collectif sous la direction d’Yves Clot, La Dispute, 2e éd., Paris, 2002, p. 245-264).
  • [139]
    H. Atlan, La Fin du « tout-génétique » ? – Vers de nouveaux paradigmes en biologie, INRA Éditions, Paris, 1999, p. 61. Cf. sur ce point l’éclairante analyse de J. Guespin-Michel dans le Cahier d’Espaces-Marx intitulé « Journées de travail sur la recherche publique en biologie à l’heure de la mondialisation libérale », groupes travail/groupe biologie htm.
  • [140]
    Ibid., p. 16, 21, 30.
  • [141]
    Semblent relever des mêmes incompréhensions profondes les déboires présents des travaux sur l’intelligence artificielle, et ceux, prévisibles selon nous, des sciences cognitives en leur ensemble, dans la mesure où elles persisteraient à chercher la clef du connaître à l’intérieur des fonctionnements cérébraux, pris tant soit peu à part des rapports pratico-théoriques en longue durée des hommes avec le monde extérieur et ses logiques, rapports où se forment pour l’essentiel nos capacités cognitives. À vouloir expliquer le penser humain à partir du cerveau, on ne fait en réalité qu’habiller de façon superficiellement matérialiste l’idéalisme de Kant, le fonctionnement neuronal avec ses dimensions génétiques restant compris au fond comme un Sujet transcendantal.
  • [142]
    F. Jacob, La Logique du vivant, op. cit., p. 339 et 341.
  • [143]
    Cf. Jean-Pierre Baton et Gilles Cohen-Tannoudji, L’Horizon des particules, Gallimard, Paris, 1989, p. 13-16 et la figure 1.1.
  • [144]
    Pour Hegel, la nature ne fait qu’étaler dans l’espace un système de niveaux dont la série logique ne doit rien à un processus temporel où chacun serait « engendré à partir de l’autre de façon naturelle » (cf. Encyclopédie des Sciences philosophiques, II, Philosophie de la Nature, Vrin, Paris, 2004, p. 111). Ce refus principiel de tout évolutionnisme fait bien entendu corps avec son idéalisme, et renvoie en dernière analyse à un créationnisme de fond théologique.
  • [145]
    K. Marx, Manuscrits de 1857-1858 (Grundrisse), Éditions sociales, tome 1, Paris, 1980, p. 17-46.
  • [146]
    On sait qu’en grec ancien, par exemple, n’existe aucun mot pour dire ce que nous appelons travail au sens général du terme.
  • [147]
    Cf. R. Boudon, L’Idéologie, Fayard, Paris, 1986, p. 282.
  • [148]
    Cf. N. Chomsky, La Linguistique cartésienne, Éditions du Seuil, Paris, 1969, p. 104.
  • [149]
    Cf. J. Barrow, F. Tipler, L’Homme et le Cosmos, Radio-France/ Imago, Paris, 1984, p. 80.
  • [150]
    « Mais ces catégories simples n’ont-elles pas aussi une existence indépendante, de caractère historique ou naturel, antérieure à celle des catégories plus concrètes ? Ça dépend. » (Manuscrits de 1857-1858, op. cit., t. 1, p. 36).
  • [151]
    V. Weisskopf, La Révolution des quanta, Hachette, Paris, 1989, p. 61-63.
  • [152]
    M. Gell-Mann, Le Quark et le jaguar, Albin Michel, Paris, 1995, p. 256.
  • [153]
    Ibid., p. 272.
  • [154]
    K. Marx, Manuscrits de 1857-1858, op. cit., p. 40.
  • [155]
    K. Marx, F. Engels, L’Idéologie allemande, Éditions sociales, Paris, 1976, p. 35.
  • [156]
    David Ruelle parle curieusement, quant à lui, de « sensitivité » aux conditions initiales, terme auquel a été préféré celui, plus approprié semble-t-il, de « sensibilité ».
  • [157]
    Cf. note 13, p. 61.
  • [158]
    D. Ruelle, Hasard et Chaos, Odile Jacob, Paris, 1991, p. 42.
  • [159]
    V.I. Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme, dans Œuvres, Éditions sociales/Éditions en langues étrangères, t. 14, Paris-Moscou, 1962, p. 271.
  • [160]
    Hegel, Encyclopédie des Sciences philosophiques, I, La Science de la Logique, op. cit., p. 236.
  • [161]
    C’est-à-dire l’immensité du nombre de possibles engendrés même par la combinatoire d’un nombre relativement petit d’éléments.
  • [162]
    J.-M. Lévy-Leblond, Aux contraires, Gallimard, Paris, 1996, p. 320. S’efforçant de penser la causalité en dialecticien, Engels notait que, pour dresser le tableau d’ensemble des phénomènes en entrant dans « les détails », « nous sommes obligés de les détacher de leur enchaînement naturel ou historique et de les étudier individuellement dans leurs qualités, leurs causes et leurs effets particuliers, etc. » (Anti-Dühring, op. cit., p. 50). Mais dès lors que nous considérons les choses dans leur « connexion générale », « elles se fondent, se résolvent dans la vue de l’action réciproque universelle, où causes et effets permutent continuellement, où ce qui était effet maintenant ou ici devient cause ailleurs ou ensuite, et vice-versa » (p. 52). Encore faut-il ajouter que, même ainsi comprise, la catégorie de causalité perd de sa pertinence à mesure que nous passons du physico-chimique au biologique puis au psycho-social. Hegel allait jusqu’à juger « inadmissible » l’application de la relation-de-causalité déjà à l’organique, « pour la raison que ce qui agit sur le vivant se trouve déterminé, changé et transformé par lui de façon autonome » ; le vivant « ne laisse pas venir la cause à son effet », il dépasse la simple causalité. (Cf. Science de la Logique, premier tome, deuxième livre, op. cit., p. 281.)
  • [163]
    Cl. Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, Flammarion, Paris, 1984, p. 127-128.
  • [164]
    R. Thom, « Halte au hasard, silence au bruit », Le Débat, n° 3, juillet-août 1980, p. 120. (Article repris dans La Querelle du déterminisme, Gallimard, Paris, 1990.)
  • [165]
    Ibid., p. 130 et 131. Cette vision peu dialectique des choses au niveau logico-philosophique est si forte même chez des chercheurs à qui l’on doit les plus remarquables élaborations de la non-linéarité au niveau scientifique que par exemple Henri Atlan, lors de mon long entretien avec lui déjà cité (cf. note 141), comme je lui disais n’être nullement convaincu que le hasard se réduise à notre ignorance, m’interrompit avec quelque vivacité : « Alors là, attention, vous ouvrez la boîte de Pandore ! »
  • [166]
    On ne saurait d’ailleurs oublier que le texte fondateur de Laplace sur le déterminisme figure dans l’introduction à son Traité analytique des probabilités.
  • [167]
    M. Gell-Mann, Le Quark et le jaguar, op. cit., p. 42-43.
  • [168]
    Article cité, p. 127.
  • [169]
    J.-M. Lévy-Leblond, Aux contraires, op. cit., p. 214.
  • [170]
    P. Jaeglé, Essai sur l’espace et le temps, Éditions sociales, Paris, 1976, p. 81. Cf. aussi P. Jaeglé et P. Roubaud, La Notion de réalité, Messidor/Éditions sociales, Paris, 1990, notamment le chapitre III, « Lois de la science, lois de l’histoire » (p. 91-129), où se trouve richement développée l’analyse succinctement présentée ici.
  • [171]
    Essai sur l’espace et le temps, op. cit., p. 89-90.
  • [172]
    Ibid., p. 94.
  • [173]
    L’opposition, à laquelle s’en tient le langage ordinaire, du général et du particulier est sans rigueur logique : au sens commun en effet, est général ce qui vaut dans la plupart des cas, particulier ce qui vaut dans quelques-uns – nous sommes ici sur le terrain de la pure induction empirique. Parlant rigoureusement, on dira universel ce qui vaut à l’échelle de la totalité d’une classe de faits, particulier ce qui vaut pour une partie, singulier ce qui vaut dans un cas unique. Dès lors que ces définitions sont entendues non pas seulement en extension mais en compréhension, autrement dit renvoient non à un simple constat quantifié mais à une analyse qualitative, des exceptions à l’universel ne suffisent pas à en invalider l’universalité si celle-ci tient à l’essence même des réalités considérées.
  • [174]
    Une remarque analogue peut être faite à propos des conditions aux limites qui doivent être déterminées pour toute utilisation correcte d’une loi physique.
  • [175]
    Le paradoxe n’est donc qu’un faux-semblant logique et non en lui-même une réelle contradiction dialectique, mais, comme on va voir, il recouvre bel et bien par ailleurs une telle contradiction.
  • [176]
    J.-M. Lévy-Leblond indique que, « contrairement à l’idée courante », « il faut sans doute distinguer entre déterminisme et causalité », mais le contexte montre qu’il ne s’agit pas du tout ici de prêter attention à la dialectique de l’universel et du singulier (cf. Aux contraires, op. cit., p. 321).
  • [177]
    Cf. tout le développement de Hegel dans la Science de la Logique sur le thème : « la nécessité réelle est en soi aussi contingence » (Premier tome, deuxième livre, p. 261 et suiv.).
  • [178]
    Aristote, La Métaphysique, Livre M, 1086 b 33, Vrin, Paris, 1974, t. 2, p. 791. Sur cette formulation (on traduisait souvent jadis : « Il n’y a de science que du général »), cf. plus haut la note 173.
  • [179]
    Ibid., 1087a 14, p. 793.
  • [180]
    Ainsi le physicien Pierre Jaeglé et le biologiste Pierre Roubaud montrent-ils de remarquable façon que « refuser à la connaissance la possibilité de s’approprier le fait singulier, non répétitif, ce serait lui couper l’accès à la globalité et donner raison à l’opinion qui réduit les termes du problème historique à l’alternative entre un déterminisme laplacien rénové et une herméneutique où ne fait que s’intellectualiser le renoncement à connaître » (La Notion de réalité, op. cit., p. 112). Mais, au pied du mur, ils mettent en doute la notion de « science du singulier » en écrivant : « Il n’y a de science en effet que là où quelque chose se répète avec assez d’exactitude pour devenir, comme tel, significatif d’un élément de réalité dans la connaissance. Quel sens donner alors à une expression telle que “science du singulier”, sinon à nouveau celui qui convient à une métaphore ? » (p. 118).
  • [181]
    Je reprends intentionnellement ici cet adjectif à la formule citée plus haut de « biologie intégrative », cf. note 129.
  • [182]
    S.J. Gould, La Vie est belle, Éditions du Seuil, Paris, 1989, p. 308 et suiv.
  • [183]
    Ibid., p. 315.
  • [184]
    Ibid., p. 311.
  • [185]
    Ibid., p. 316.
  • [186]
    S.J. Gould, Quand les poules auront des dents, Éditions du Seuil, Paris, 1991, p. 453.
  • [187]
    Ibid., p. 72-73. S.J. Gould revient dans presque tous ses livres sur cette question cruciale, par exemple aussi dans Le Sourire du flamant rose (Éditions du Seuil, Paris, 1988, p. 14) : « L’histoire renverse cette image stéréotypée que nous avons de la science : une démarche précise, sèche, qui dépouille tout phénomène complexe de son caractère unique et le réduit à une expérience de laboratoire, contrôlée, intemporelle, et reproductible à l’envi. Les sciences historiques ne sont pas mineures, elles sont différentes. » De même dans Comme les huit doigts de la main (Éditions du Seuil, Paris, 1993, p. 83) : « Nous avons tellement été habitués à penser que la démarche des “sciences dures”, avec son recours à la quantification, l’expérimentation et la réplication, est fondamentalement supérieure, et la seule qui soit véritablement orthodoxe, que toutes les autres démarches ne peuvent paraître que bien faibles en comparaison. Mais les sciences de type historique procèdent en reconstituant des séries d’événements contingents, en expliquant rétrospectivement ce qui n’aurait pu être prédit. Que les preuves soient suffisantes, et l’explication peut devenir aussi rigoureuse et sûre que n’importe quelle autre dans le domaine de la science expérimentale. »
  • [188]
    M. Gell-Mann, Le Quark et le jaguar, op. cit., p. 255.
  • [189]
    Ibid., p. 256.
  • [190]
    Cf. en ce sens J. Guespin-Michel et C. Ripoll, « La pluridisciplinarité dans les sciences de la vie : un nouvel obstacle épistémologique, la non-linéarité », Institut national de recherche pédagogique, Aster, n° 30, Paris, 2000, notamment p. 101-102. Cf. aussi J. Guespin-Michel, « Réductionnisme et globalisme en biologie », La pensée, n° 316, octobre-décembre 1998, notamment p. 90-91.
  • [191]
    La lecture des dix-huit entretiens, principalement avec des scientifiques, que recueille le volume déjà cité de Réda Benkirane, La Complexité, vertiges et promesses, est des plus éloquentes à cet égard.
  • [192]
    J’ai développé quelque peu l’examen critique des dialectiques naïves et de leurs possibles pentes irrationalistes dans Sciences et dialectiques de la nature, op. cit., p. 110-114.
  • [193]
    Selon la définition de Kolmogorov-Chaïtin, la complexité algorithmique d’un problème à résoudre a pour mesure la longueur des données et du programme d’ordinateur permettant d’y parvenir. Sur ces aspects précis de la complexité – trop souvent prétexte à des considérations sans vraie rigueur –, cf. Les Théories de la complexité – Autour de l’œuvre d’Henri Atlan, Colloque de Cerisy, Éditions du Seuil, Paris, 1991, en particulier la synthèse d’Henri Atlan, « L’intuition du complexe et ses théorisations », p. 9-42. En raison de la polysémie du terme – il en a été recensé jusqu’à 52 définitions distinctes –, la question a parfois été posée de savoir si la notion de complexité constituait bien un concept scientifiquement utilisable.
  • [194]
    S.J. Gould, Le Sourire du flamant rose, op. cit., p. 14.
  • [195]
    « Je considère Charles Darwin comme le plus grand des scientifiques de type historique », écrit S.J. Gould dans La Vie est belle (op. cit., p. 311). Je citerai volontiers Marx aussi à ce même titre : ce qu’il appelait matérialisme historique est un exemple clef d’intelligence conjointe du singulier et de l’universel, selon le principe exposé ainsi vers la fin du Livre III du Capital : « C’est toujours dans le rapport immédiat entre le propriétaire des moyens de production et le producteur direct […] qu’il faut chercher le secret le plus profond, le fondement caché de tout l’édifice social. […] Cela n’empêche que la même base économique – la même, quant à ses conditions fondamentales –, par suite de l’inépuisable diversité des circonstances empiriques, conditions naturelles, rapports ethniques, influences historiques externes, etc., peut présenter des variations et nuances infinies que seule l’analyse de ces conditions empiriquement données pourra faire saisir » (Le Capital, Livre III, tome 3, Éditions sociales, Paris, 1960, p. 172. Traduction revue par moi).
  • [196]
    F. Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 11. (Traduction revue par moi.)

La pensée du non-linéaire – si l’on admet d’entendre sous ce terme l’ensemble des vues théoriques multidisciplinaires sur la dynamique des systèmes qui relèvent du formalisme mathématique des équations non linéaires – est l’une des plus prometteuses percées qu’ait opérées la recherche scientifique dans les dernières décennies. La thèse qu’on avancera ici est que cette conceptualisation novatrice ne dispose pas en général de la culture logico-philosophique dont elle a besoin, culture pourtant existante de longue date et toujours en mouvement, et que cet état de choses constitue pour la pensée savante du non-linéaire comme pour l’appropriation de ses acquis par le public un obstacle hautement dommageable qu’il importe de lever.
À vrai dire, nombre de scientifiques ne verront sans doute guère au départ en quoi ils peuvent être concernés par une étude de caractère expressément philosophique sur la non-linéarité si, comme l’écrit par exemple Amy Dahan-Dalmedico dans le volume collectif Chaos et déterminisme, chacune des locutions auxquelles recourt la pensée du non-linéaire « ne prend une signification précise que dans le cadre d’un formalisme mathématique », de sorte qu’« aucune discussion sérieuse ne peut éviter cette étape ». Pour appréhender de manière scientifiquement exempte de toute ambiguïté même des concepts très généraux comme complexité ou émergence, quel besoin de « culture logico-philosophique » peut donc bien se reconnaître qui travaille sur les systèmes non linéaires, ou du moins s’y intéresse …


Date de mise en ligne : 01/06/2022

https://doi.org/10.3917/oj.seve.2005.01.0049

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