Chapitre d’ouvrage

VIII. Deux oubliés de l’astronomie

Pages 165 à 188

Citer ce chapitre


  • Nazé, Y.
  • et Proust, D.
(2021). VIII. Deux oubliés de l’astronomie. Enquêtes d’astronomie (p. 165-188). Hermann. https://stm.cairn.info/enquetes-d-astronomie--9791037007278-page-165?lang=fr.

  • Nazé, Yaël.
  • et al.
« VIII. Deux oubliés de l’astronomie ». Enquêtes d’astronomie, Hermann, 2021. p.165-188. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/enquetes-d-astronomie--9791037007278-page-165?lang=fr.

  • NAZÉ, Yaël
  • et PROUST, Dominique,
2021. VIII. Deux oubliés de l’astronomie. In :
  • PROUST, Dominique
  • et NAZÉ, Yaël,
Enquêtes d’astronomie. Paris : Hermann. Hors collection, p.165-188. URL : https://stm.cairn.info/enquetes-d-astronomie--9791037007278-page-165?lang=fr.

Notes

  • [1]
    C’est en 1924 qu’Edwin Hubble montre que certaines « nébuleuses » sont en fait des galaxies à part entière, analogues de notre Voie lactée. En parallèle, quelques années avant, Harlow Shapley avait démontré que le Soleil ne se situait pas au centre de la Voie lactée. C’est la seconde révolution copernicienne où, après la Terre au xviie siècle, le Soleil et la Voie lactée perdent leur place centrale.
  • [2]
    Nommé d’après ses découvreurs, Christian Doppler (1803-1853) et Hippolyte Fizeau (1819-1896), cet effet a pour conséquence un décalage des longueurs d’ondes d’un signal lorsque sa source bouge par rapport à l’observateur. Dans la gamme des ondes sonores, cet effet explique le changement de tonalité de l’avertisseur d’un véhicule roulant rapidement : quand la voiture se rapproche, la longueur de l’onde sonore diminue et le timbre de l’avertisseur devient plus aigu, puis plus grave lorsque le véhicule s’éloigne. Pour les ondes lumineuses, les signatures des éléments chimiques, appelées raies spectrales, sont décalées vers les grandes longueurs d’onde (domaine dit « rouge ») lorsque la source lumineuse s’éloigne de l’observateur et vers les courtes longueurs d’onde (domaine « bleu ») en cas de rapprochement. Techniquement, si λ désigne la longueur d’onde mesurée d’une raie spectrale et si λ0 est sa longueur d’onde au repos, la vitesse v d’une galaxie proche, exprimée en kilomètres par seconde, se calcule avec : v = cz avec z = (λ —λο)/λο ; z est la récession (redshift en anglais) et c désigne la vitesse de la lumière.
  • [3]
    Lemaître sait, via la physique quantique, qu’une homogénéité parfaite n’est pas possible en réalité – des fluctuations microscopiques sont naturellement présentes dans la matière et déclenchent l’instabilité du cosmos einsteinien.
  • [4]
    On sait aujourd’hui qu’il s’agit de particules accélérées dans des chocs forts, comme ceux associés aux explosions de supernovae.
  • [5]
    Le modèle cosmologique alors en faveur est l’univers stationnaire (Steady state) élaboré par Thomas Gold, Hermann Bondi et Fred Hoyle. Dans ce modèle, il y a une expansion, mais pas de singularité, et une création continue de matière maintenant une densité constante au cours du temps malgré l’expansion. À cette époque, les preuves en faveur du Big Bang sont limitées, et le resteront jusque dans les années 1960. Grâce aux énormes progrès de la physique des particules, la compréhension des rayons cosmiques a fait un bond, les rendant incompatibles avec l’idée de fond cosmologique. Il est intéressant de constater que les scientifiques d’alors rejettent philosophiquement l’idée de « création » initiale mais n’ont pas de problème philosophique avec une « création » continue (pourtant très semblable à l’action continue de Dieu revendiquée par Newton, par exemple). Du côté de Lemaître, notons à ce sujet une coquetterie de sa part : alors qu’il connaît cette théorie (dans ses archives, on trouve un livre la présentant, annoté de sa main), il ne la mentionnera jamais !
  • [6]
    Il s’agit de mettre en accord les textes sacrés (lus littéralement ou interprétés) et les connaissances scientifiques. D’un côté, cela peut permettre de soutenir la religion concernée, en assurant que les textes sacrés contiennent (toutes) les connaissances ou simplement qu’il n’y a pas de contradiction entre eux. Cependant, toute médaille a son revers. Par nature même, les connaissances scientifiques ne sont pas des dogmes inchangés mais en évolution : un accord passé peut alors être renversé par de nouvelles connaissances, discréditant alors la religion en question.
  • [7]
    Pas tout le monde catholique, cependant. Ainsi, Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) a lu Lemaître et a une vision assez semblable. Il fait d’ailleurs un parallèle entre évolution et atome primitif, deux processus naturels.
  • [8]
    Cet état des lieux se dégrade par la suite, avec seulement 30 % de femmes parmi les post-doctorants (chercheurs en début de carrière, sur contrats temporaires), puis 21 % parmi les professionnels (postes permanents ou quasi, avec une ancienneté démontrée), inscrits à l’Union astronomique internationale.
  • [9]
    Elle y étudie la musique, ce qui indique qu’elle n’est pas sourde de naissance.
  • [10]
    Il s’agit ici de construire une suite d’étoiles-repères, à la luminosité précisément calibrée. Elles servent ainsi de référence pour toutes les mesures de luminosité stellaire.

Le jeu de la marelle présente une évidente analogie avec la recherche en astronomie. En partant de la Terre (représentée par un cercle), les enfants essaient d’atteindre le ciel (dont la forme en arc de cercle tendu par une corde n’est pas sans rappeler la voûte céleste). L’avance par sauts, demi-tours, progressions et régressions évoque d’une part les succès et les errances du progrès scientifique et d’autre part, ce long cheminement de la pensée pour tenter de comprendre l’histoire de l’Univers. Chaque lancer de la marelle a été une occasion de faire reculer, à la fois par l’observation et la théorie, les limites de l’espace exploré. Le jeu est prenant et peut s’étaler sur des durées inhabituelles pour une entreprise humaine. Nous aurions pu consacrer un livre entier, par exemple à la seule histoire de la constante de Hubble, les efforts déployés pour la mesurer, les diverses méthodes imaginées, les erreurs, les méprises, les progrès, les controverses souvent âpres qui se succèdent depuis un siècle. Est-ce à dire que ce jeu isole les astronomes ? Il y a d’un côté la réalité cosmique des composantes de l’Univers, il y a de l’autre la réalité de la vie. L’astronome, plongé dans l’une, essaie de comprendre l’autre. Nous voudrions souligner ici que son travail n’est pas une échappatoire du quotidien. Il rend l’astronome au contraire plus sensible que d’autres, peut-être, aux contradictions du monde.
Les astronomes pourraient être considérés comme une espèce protégée par un statut confortable de fonctionnaire, se livrant à une activité de recherche pure, sans autre valeur que culturelle…


Date de mise en ligne : 10/03/2025

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