Chapitre 10. Essor des modèles dans l’après-guerre
- Par Franck Varenne
Pages 167 à 169
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- Varenne, F.
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Dans cet article emblématique de Wiener et Rosenblueth, le
terme de « modèle », sert à désigner indifféremment une
représentation mentale ou un objet matériellement existant. Il
illustre cette idée, chère à Wiener, et qu'il hérite en partie de
Mach via Karl Pearson et sa Grammaire de la science, mais qu'il
tire aussi du pragmatisme, selon laquelle il n'y a pas de rupture
de continuité entre la compréhension et le contrôle, entre la
théorisation du monde et sa pratique. Cet article tend ainsi à
disqualifier tout à fait l'idée de théorie : dans la science, il n’y a
plus que des modèles plus ou moins abstraits. Cette thèse est plus
radicale que celle de Boltzmann. Ce dernier admettait encore
qu'il existe des théories sous l'espèce de formulations très
générales et abstraites. Il ne les identifiait pas tout à fait à des
modèles, mais à des analogies symboliques. La seule chose qu'il
imposait, et là était le cœur de sa philosophie modéliste, c'était
que l'on recourt toujours à des modèles ou à des images pour
comprendre la théorie.
C'est là sans doute que, par contraste, on peut sentir un des
impacts de l'esprit du temps d'après-guerre dans la méthode de
la science : pour Rosenblueth et Wiener, l'idée de théorie
générale n'a même plus de sens. Le « théoricien » existe bien
encore. Mais il est celui qui, n'étant aux prises qu'avec des
« modèles formels », travaille seulement à les réduire les uns
aux autres, à les élever ou à les abaisser dans leur degré
d'abstraction, c'est-à-dire dans leur degré de simplification…
Date de mise en ligne : 30/01/2026
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