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Présentation

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  • Douguet, F.,
  • Fillaut, T.
  • et Schweyer, F.-X.
(2011). Présentation. Dans
  • F. Douguet,
  • T. Fillaut
  • et F. Schweyer
Image et santé : Matériaux, outils, usages (p. 5-9). Presses de l’EHESP. https://doi.org/10.3917/ehesp.dougu.2011.01.0005.

  • Douguet, Florence.,
  • et al.
« Présentation ». Image et santé Matériaux, outils, usages, Presses de l’EHESP, 2011. p.5-9. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/image-et-sante--9782810900527-page-5?lang=fr.

  • DOUGUET, Florence,
  • FILLAUT, Thierry
  • et SCHWEYER, François-Xavier,
2011. Présentation. In : Image et santé Matériaux, outils, usages. Rennes : Presses de l’EHESP. Recherche, santé, social, p.5-9. DOI : 10.3917/ehesp.dougu.2011.01.0005. URL : https://stm.cairn.info/image-et-sante--9782810900527-page-5?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ehesp.dougu.2011.01.0005


Notes

  • [1]
    La revue Sociétés et représentations (2009) a consacré un numéro aux médecins, à travers les images qui les représentent ou qu’ils produisent. Voir aussi le point de vue de M. Winkler (2006) dans un numéro de la revue Les Tribunes de la santé. Sève, intitulé « Cinéma et santé ».
  • [2]
    Premiers essais du traitement du cancer par rayons X, tableau de Georges Chicotot (1907) exposé au Musée de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Anne Nardin, conservatrice en chef du musée, en propose une présentation et une analyse sur le site www.histoire-image.org.
  • [3]
    Le projet artistique CLINIC a été conduit par Rémy Faucheux. Un ouvrage collectif a été édité sous le titre Clinic en 2008.

1Si le xixe siècle a vu naître la photographie, on peut dire du xxe siècle qu’il aura été celui de l’image. Débutant avec l’essor du cinéma, il s’est achevé avec celui d’Internet et du multimédia. Il a vu la télévision investir tous les foyers à la fin des Trente Glorieuses. Il a été également marqué par les progrès de la photographie, de la presse illustrée et de la bande dessinée ou encore de l’affiche, notamment publicitaire. L’image omniprésente est diffusée sur toutes sortes de supports : écrans de cinéma, de télévision ou d’ordinateur, panneaux d’affichage, presse écrite… Qu’elle soit fixe ou animée, muette ou parlante, l’image est devenue un média incontournable. Très tôt, elle a été considérée comme un enjeu majeur pour communiquer, voire pour manipuler les individus ou les foules. De fait, elle véhicule des normes, elle suscite des émotions, elle forge ou conforte des représentations sociales.

2Le champ de la santé n’échappe pas à cet essor des usages de l’image. Au cœur des préoccupations quotidiennes des individus, la santé est mise en image comme sujet d’actualité, en témoigne la naissance des magazines santé dès les débuts de la télévision. Ce qui était perçu comme secret, voire tabou, est aujourd’hui montré. Même l’hôpital, longtemps muré dans son silence, a dû s’ouvrir au regard extérieur, parfois contre son gré. L’image a contribué à l’émergence des questions de santé dans l’espace public (Romeyer, 2010). Elle est devenue un outil de communication. Les promoteurs de l’éducation sanitaire ont très tôt compris l’intérêt de l’image : les tableaux Armand Colin qui trônaient dans les écoles au début du xxe siècle pour la leçon d’hygiène, le timbre antituberculeux dans les années 1930, les affiches de l’Institut national de sécurité sur les risques en milieu professionnel au tournant des années 1960 ou, plus récemment, les grandes campagnes médiatiques contre la violence routière ou en faveur de la recherche sur certaines maladies (Téléthon ou Sidaction) en sont des exemples parmi d’autres (Fillaut et al., 1995). L’usage de l’image participe encore d’une forme de mise en scène des questions de santé. Soit en promouvant par des fictions la figure héroïque des « blouses blanches » (on pensera aussi bien à l’image des soignants dans les romans-photos que dans les grandes séries télévisuelles comme Urgences) [1], soit en provoquant le débat quant à l’influence exercée sur les comportements, par exemple en matière de pratiques alimentaires (grignotage, régimes amincissants ou restauration rapide) et de conduites à risques (incitation à la vitesse, addictions). De ce point de vue, la publicité, depuis ses origines, fait souvent figure d’accusé (on peut ainsi penser à la loi Évin sur la publicité sur le tabac et l’alcool).

3Dans le monde médical, l’image a pris une autre dimension, celle de l’aide au diagnostic et aux soins. Michel Foucault a analysé la clinique médicale comme une théorie du regard, auquel sont soumis les corps. L’œil du clinicien au lit du malade cherche à repérer, à décrire aussi « positivement » que possible les observations. Cette clinique du « voir » a mis l’image au service de la description et de l’analyse. Dès la seconde moitié du xixe siècle, la photographie a été utilisée en microscopie pour montrer ce qui échappait à l’œil nu ; en dermatologie, les photos aquarellées étaient « comme l’herbier des maladies de la peau » (Delaporte, 2004). La découverte des rayons X en 1895, qui signait l’invention de l’imagerie radiologique, a inauguré le développement de l’imagerie médicale qui conjugue aujourd’hui plusieurs autres technologies (échographie, scanographie, imagerie à résonance magnétique, scintigraphie, tomographie par émission de positons). Ces méthodes d’imagerie proposent au regard une pénétration plus grande à l’intérieur des zones corporelles jusqu’alors inaccessibles et invisibles. Certaines donnent aussi une signification fonctionnelle aux images radiologiques en réalisant la synthèse entre la physiologie et l’anatomie. L’imagerie a également transformé la chirurgie, par l’usage de l’image cœlioscopique ou par l’imagerie interventionnelle en neurochirurgie par exemple. Mais l’usage de l’image en tant qu’objet technique ne transforme pas seulement les spécialités médicales, il peut remodeler la relation entre les médecins et les malades. Pour David Le Breton (2008), l’imagerie médicale nourrit un « imaginaire de la transparence » qui tend à privilégier l’accès au réel par rapport à la relation à l’autre. Dans une étude anthropologique récente, Cécile Estival (2009) a pris pour objet l’imagerie pour analyser la relation soignants-soignés en cancérologie.

4L’apport de l’image dans le domaine de la santé ne se limite pas à sa valeur d’usage. L’image témoigne, interroge et questionne. Le tableau du docteur Chicotot, peint par lui-même, irradiant une femme atteinte d’un cancer du sein renseigne sur les conditions de travail des premiers radiologues [2]. L’artiste a voulu laisser des « documents pour l’avenir ». La précision apportée à la peinture de « l’opération radiologique » entend en montrer la parfaite maîtrise. À l’aube du xxie siècle, Noëlle Herrenschmidt (2003), qui se définit comme reporter aquarelliste, a conduit un reportage au sein de l’hôpital moderne en mobilisant la puissance évocatrice de l’aquarelle. L’approche ne se veut pas naturaliste, elle est au contraire profondément empathique. Le pinceau permet de saisir les regards, les interrogations, les climats, l’hôpital à la vie, à la mort. Dans une démarche résolument artistique, quelques photographes contemporains ont conduit un travail sur le monde médical. En s’attachant à décrire des faits, par une approche documentaire, les artistes entendaient proposer un regard ouvert sur les enjeux de la maladie, de la souffrance, des rencontres entre humains. La photographie propose un regard oblique sur la théâtralité du monde médical, mais aussi un questionnement sur la douleur des autres [3].

5Si les images qui abordent les questions de santé occupent une grande place dans le quotidien, si leur intérêt pour la compréhension des systèmes de santé et des représentations du corps et de la santé est indéniable, elles paraissent encore sous-exploitées comme source ou comme objet de recherche par les sciences humaines et sociales, en dépit de travaux précurseurs dont certains ont été cités.

6Ce constat nous a amenés à organiser, dans une perspective pluridisciplinaire, trois journées d’étude sur le thème « Image et santé », dans le but de mieux cerner l’intérêt et les limites de ce média pour le chercheur et le professionnel de santé. Ce projet a été à l’origine de cet ouvrage qui rassemble les contributions d’historiens, de juristes, d’anthropologues, de sociologues, de politologues, de spécialistes en communication, mais aussi d’ergonomes et de professionnels de santé publique. L’objectif poursuivi n’est pas de constituer un répertoire thématique d’œuvres ou de faire un état des lieux des études et recherches existantes. Il est plutôt de faire découvrir la richesse des images comme matériau de recherche, de formation ou d’action en santé publique. Et aussi de sensibiliser les lecteurs à l’enjeu que représente la conservation des images, souvent négligée au motif que les formats de lecture sont obsolètes.

7La première partie traite de l’image comme patrimoine et matériau de recherche et met en avant la richesse de l’image comme source et comme illustration. Thierry Fillaut s’attache à montrer l’intérêt mais aussi les difficultés d’une mobilisation de l’image pour étudier l’histoire de la santé au xxe siècle. Les sociologues ont également utilisé l’image comme matériau, mais Florence Douguet indique que c’est sans continuité et sans consensus sur la valeur épistémologique de ce matériau. Les questions liées à la conservation et l’utilisation des images sont abordées, pour ce qui concerne les archives photographiques du Musée Curie, par Nathalie Huchette, et pour ce qui a trait à l’encadrement juridique par Raruca Preda.

8La fabrique de l’image dans le champ de la santé est étudiée en deuxième partie afin de faire apparaître les ressorts utilisés pour faire passer un message auprès d’une population donnée. Trois chapitres traitent de la communication qui s’adresse au grand public : Karine Gallopel-Morvan aborde plus spécifiquement la communication publicitaire en santé publique, Christian Davillerd traite de la conception des affiches de sécurité dans une perspective de prévention, tandis que Hélène Romeyer analyse la nature des images télévisuelles entre expertise et témoignage. La fabrique de l’image peut s’inscrire dans une perspective institutionnelle et le témoignage de Loïc Desprès permet de mieux comprendre ce qui sous-tend la réalisation de vidéos institutionnelles dans un CHU. Thierry Morineau étudie quant à lui l’ergonomie de l’image médicale dans le cas de la neurochirurgie.

9L’analyse de l’utilisation de l’image pour former et informer est abordée en troisième partie sous deux angles. Le premier est celui de l’éducation pour la santé dont les pratiques pédagogiques contrastées sont présentées par Christine Ferron. Didier Nourrisson analyse quant à lui les films fixes utilisés en tant que documents pédagogiques. La seconde perspective est celle de l’enseignement médical, abordé dans sa dimension historique par Thierry Lefebvre ou par le biais d’une démarche pédagogique originale utilisant le film ethnographique par Claudie Haxaire. Nicolas Riguidel évoque enfin un projet d’animation santé fondé sur la projection de films.

10La dernière partie est consacrée à l’image comme enjeu identitaire, à partir de la fermeture ou de la promotion d’hôpitaux. Le témoignage de Chantal de Singly, qui était directrice de l’hôpital Laennec au moment de sa fermeture en 2000, ouvre la réflexion. Elle explique la « commande » faite à divers anthropologues pour faire mémoire. Anne Vega, qui a participé à ce travail collectif, analyse avec distanciation les « regards croisés » recueillis auprès des différents personnels sur l’hôpital. Le film a été également un outil de promotion de l’hôpital moderne, comme le montre François-Xavier Schweyer qui décrypte une production réalisée au Mans au début des années 1960. La santé mentale n’est pas en reste et Daniel Collin présente la création et le développement du Centre national de l’audiovisuel en santé mentale.

Références bibliographiques

  • Collectif (2008), Clinic, Marseille, Images en manœuvres Éditions.
  • Delaporte F. (2004), « Photographie », in Lecourt D. (dir.), Dictionnaire de la pensée médicale, Paris, Presses universitaires de France, p. 874-876.
  • Estival C. (2009), Corps, imagerie médicale et relation soignant-soigné. Étude anthropologique au centre de cancérologie, Paris, Seli Arslan.
  • Fillaut T., Garçon J., Mansotte F., Mauger M. (1995), Quand la santé publique s’affiche. 1945-1995, 50 ans, 50 affiches, Rennes, Éditions ENSP.
  • Herrenschmidt N. (2003), L’hôpital à la vie à la mort, Paris, Gallimard.
  • Le Breton D. (2008), Anthropologie du corps et modernité, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 5e éd.
  • Romeyer H. (dir.) (2010), La santé dans l’espace public, Rennes, Presses de l’EHESP, coll. « Communication Santé Social ».
  • Sociétés et représentations (2009), « Le médecin, prescripteur d’images », n° 28, octobre.
  • Winkler M. (2006), « Les médecins du grand au petit écran », Les Tribunes de la santé. Sève, n° 11, « Cinéma et santé ».

Date de mise en ligne : 21/05/2019

https://doi.org/10.3917/ehesp.dougu.2011.01.0005