10. Quels sont les enjeux éthiques des soins en prison ?
- Par Anne Lécu
Pages 115 à 125
Citer ce chapitre
- LÉCU, Anne,
- CARTON, Béatrice
- et LÉCU, Anne,
- Lécu, Anne.
- Lécu, A.
- B. Carton
- et A. Lécu
https://doi.org/10.3917/ehesp.carto.2024.01.0115
Citer ce chapitre
- Lécu, A.
- B. Carton
- et A. Lécu
- Lécu, Anne.
- LÉCU, Anne,
- CARTON, Béatrice
- et LÉCU, Anne,
https://doi.org/10.3917/ehesp.carto.2024.01.0115
Notes
-
[1]
Comité consultatif national d’éthique (CCNE), avis n° 94 du 26 novembre 2006.
-
[2]
Commission médicale de la section française d’Amnesty International, Valérie Marange, Médecins tortionnaires, médecins résistants, préface par Paul Ricœur, La Découverte, coll. « Documents », 1990.
-
[3]
Article R.4127-5 du Code de la santé publique.
-
[4]
L’ordonnance n° 2022-1336 du 19 octobre 2022, relative aux droits sociaux des personnes détenues, dispose : « Toute personne détenue exerçant une activité de travail bénéficie d’un suivi individuel de son état de santé, assuré par les médecins des unités des établissements de santé mentionnés à l’article L.115-2 et, sous l’autorité de ces médecins et dans la limite des compétences prévues pour ces professionnels par le Code de la santé publique, les infirmiers et les internes désignés de ces unités » (art. L.412-47). Or, le CNOM, sollicité, précise bien que le médecin traitant ne peut pas être médecin du travail, car 1) c’est une atteinte à l’indépendance professionnelle des médecins ; 2) le médecin traitant n’est ni qualifié ni formé à la médecine du travail (il faut quatre ans pour former un médecin du travail) ; 3) cette confusion des rôles induit une violation du secret professionnel médical : le patient ne pourra pas exercer son droit de s’opposer à la communication de son dossier, puisque médecin traitant et médecin du travail seront la même personne.
-
[5]
Article R.4127-105 du Code de la santé publique.
-
[6]
Article R.4127-7, ibid.
-
[7]
Article R.4127-4, ibid.
-
[8]
Circulaire n° 2015-112 de la section Éthique et déontologie du CNOM.
-
[9]
Définie à l’article L.1110-12 du CSP.
-
[10]
À propos de la nuance entre partage et échange d’information, le CNOM donne les définitions suivantes après promulgation de la loi de modernisation de notre système de santé de 2016 : « Un échange d’informations consiste à communiquer, après que le patient en a été informé et à condition qu’il puisse exercer éventuellement son droit d’opposition, les informations strictement nécessaires à sa prise en charge à un ou plusieurs professionnels destinataires identifiés qui assurent son suivi. Quant au partage d’information, il se traduit par la mise à disposition, sur une plateforme informatisée, d’informations relatives à un même patient pris en charge. » « Échange et partage d’informations médicales : qui peut faire quoi ? », Bulletin de l’Ordre national des médecins, n° 50, juillet-août 2017 et « Échanges et partage d’informations au sein de l’équipe de soins prenant en charge la personne. Recommandations du CNOM », ibid., février 2017.
-
[11]
Pour aller plus loin : Anne Lécu, La prison, un lieu de soin ?, Paris, Belles Lettres, 2013 et Le secret médical, vie et mort, Paris, Cerf, 2016.
« Le respect du secret médical et le respect du consentement libre et informé apparaissent comme deux versants d’une même approche : le fait de considérer le détenu non pas comme un “objet” de soins, mais comme un sujet de droit. »
Dans une admirable préface à un rapport d’Amnesty International intitulé Médecins tortionnaires, médecins résistants, Paul Ricœur avait analysé trois situations dangereuses, où la médecine peut devenir, presque à son insu, tortionnaire : les soins psychiatriques sous contrainte (absence de liberté rendue nécessaire pour soigner une personne qui n’a pas le discernement nécessaire), la médecine d’expertise (nécessité d’objectiver le corps de l’autre pour répondre aux questions d’un magistrat), et les soins en prison, situation plus dangereuse, aux yeux de Ricœur, que les deux précédentes. La médecine est ambivalente, expliquait-il, et nécessairement objectivante. Pour autant, si elle n’est qu’objectivante et qu’elle oublie le sujet toujours singulier à qui elle s’adresse, elle peut devenir tortionnaire. La garde du secret professionnel est un des remparts qui la protège de cet écueil.
La médecine en prison est ainsi quotidiennement confrontée à des situations problématiques « ordinaires », dans le vis-à-vis avec une administration pénitentiaire souvent démunie. Si l’on demande au médecin d’aller voir en urgence un détenu au quartier disciplinaire, car il ne supporte pas la sanction, que peut-il faire ? Lorsqu’on lui demande à cinq heures du matin d’aller voir un homme algérien qui, tout juste libérable, vient d’avaler des lames de rasoir, car il refuse l’expulsion, et lorsque le gendarme demande si l’état de santé du patient est compatible avec l’avion, comment le médecin doit-il répondre …
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
8,99 €
Acheter ce chapitre
5,00 €