Cognition
D’où viennent les lapsus ?
- Par Sébastien Bohler
Page 7
Citer cet article
- BOHLER, Sébastien,
- Bohler, Sébastien.
- Bohler, S.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.079.0007
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- Bohler, S.
- Bohler, Sébastien.
- BOHLER, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.079.0007
1Le 30 mai dernier, commémorant avec Angela Merkel le centenaire de la bataille de Verdun, François Hollande a évoqué la « mairie de Berlin » en parlant de celle de Verdun. Petit lapsus sans conséquence, car on voit mal ce qu’il pourrait avoir de révélateur. Mais dans ce cas, pourquoi la langue fourche-t-elle ?
2Une première cause de lapsus est la parenté phonétique des mots : quand Manuel Valls déclare devant l’Assemblée nationale, le 26 mai dernier, que les Français doivent pouvoir s’apprivoiser en carburant (au lieu de s’approvisionner), c’est une simple confusion de syllabes qui est en cause. Ou, dans un cadre plus psychanalytique, un désir pressant d’apprivoiser les Français en ces temps difficiles.
3Mais quand les mots ne se mélangent pas à l’intérieur d’une même catégorie phonétique, ils le font au sein d’un même champ sémantique. C’est ce que suggère une récente étude menée à l’université Duke de Durham, aux États-Unis : Samantha Deffler et ses collègues se sont intéressés aux situations où l’on se trompe de nom à propos d’une personne : « Antoine ! Oh, pardon… Jérôme ! » Ils se sont aperçus que les erreurs se font toujours au sein de mêmes familles de mots : nous appelons un de nos enfants par le nom d’un autre, un collègue par le nom d’un autre collègue, un ami par le nom d’un autre ami, mais très rarement en traversant les frontières. C’est donc une frontière géographique que François Hollande a franchie en remplaçant un nom de ville par un autre, mais pas vraiment une frontière sémantique.
- S. A. Deffler et al., Memory and Cognition, à paraître.