Neurobiologie
Nuit blanche : menace sur nos cerveaux
- Par Sébastien Bohler
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Citer cet article
- BOHLER, Sébastien,
- Bohler, Sébastien.
- Bohler, S.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.100.0008
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- Bohler, S.
- Bohler, Sébastien.
- BOHLER, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.100.0008
1La fête de la nuit blanche à Paris enregistre chaque année un franc succès. Pourtant, révèle une étude récente, cet événement concourt à produire d’énormes quantités de peptide bêta-amyloïde dans le 1,5 million de cerveaux des participants. Le peptide bêta-amyloïde, c’est-à-dire le principal marqueur de la maladie d’Alzheimer.
2Quand nous passons une seule nuit blanche, ont constaté Ehsan Shokri-Kojori et ses collègues aux centres nationaux de santé américains de Bethesda, dans le Maryland, la quantité de ce peptide augmente de 10 % dans notre cerveau. En temps normal, il est évacué par la station d’épuration de notre encéphale, un réseau de fins canaux appelé système glymphatique, qui joue le rôle d’égout cérébral. Or ce système de microcanalisations ne donne sa pleine efficacité que lorsque nous dormons. Dès que l’on commence à retirer des heures de sommeil, il ne parvient plus à évacuer entièrement les déchets, et l’on commence à accumuler les peptides bêta-amyloïdes qui finissent par créer des plaques amyloïdes et par tuer les neurones comme le fait la maladie d’Alzheimer.
3On considère habituellement qu’il faut en moyenne sept heures de sommeil par nuit pour un adulte. Veiller tard, surfer sur Internet ou jouer à des jeux vidéo en soirée diminue le temps de sommeil et fragilise ce dernier à cause des quantités insuffisantes de mélatonine en cas d’utilisation tardive des écrans. Les autres causes du manque de sommeil sont connues : un repas trop copieux le soir, des volets qui n’occultent pas suffisamment l’éclairage public, des voisins bruyants ou une prise d’alcool inconséquente, et le sommeil est fragmenté. Certaines populations sont plus exposées : les adolescents, qui dorment en moyenne 50 minutes de moins aujourd’hui qu’il y a 25 ans, sont en première ligne, sans compter qu’ils perdent 45 minutes de sommeil supplémentaires lorsqu’ils ont un téléphone ou un ordinateur dans leur chambre. Pour eux comme pour leurs aînés, l’insomnie d’aujourd’hui pourrait se transformer en amnésie de demain.
- E. Shokri-Kojori et al., Beta-amyloid accumulation in the humain brain after one night of sleep deprivation, PNAS, en ligne le 9 avril 2018.