Psychiatrie
Le LSD fait pousser les neurones
- Par Sébastien Bohler
Page 9b
Citer cet article
- BOHLER, Sébastien,
- Bohler, Sébastien.
- Bohler, S.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.102.0009b
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- Bohler, S.
- Bohler, Sébastien.
- BOHLER, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.102.0009b
1Le LSD est une drogue hallucinogène : sa consommation entraîne des perturbations de la vision des couleurs, de la perception des sons, voire de son propre corps, ainsi que des phénomènes de dépersonnalisation ou de résurgence d’événements refoulés. Mais il a un autre effet potentiellement intéressant : il fait pousser les neurones et exerce un effet antidépresseur puissant.
2Lors d’une dépression majeure, le cerveau s’atrophie dans sa partie antérieure. Une zone essentielle à la régulation de l’humeur et de l’impulsivité, le cortex préfrontal, rétrécit. Au microscope, les dégâts sont impressionnants : les prolongements des neurones (aussi bien l’axone que les dendrites) se rétractent, les épines dendritiques essentielles aux contacts avec les neurones voisins s’étiolent, et les connexions elles-mêmes, les fameuses synapses, sont éliminées.
3D’où l’idée de refaire pousser ces cellules agonisantes avec un engrais neuronal. Les neurobiologistes ont infusé du LSD (mais aussi un extrait de liane appelé ayahuasca) dans des boîtes de culture contenant des neurones de rats. Après 24 heures de traitement, ils ont vu les neurones allonger leurs axones, densifier leurs ramifications et multiplier leurs épines dendritiques. Le même phénomène s’observe in vivo chez des larves de drosophile et des alevins de poissons-zèbres…
4À la clé, l’identification du mécanisme d’action du LSD : il stimule une sous-classe très précise de récepteurs de la sérotonine, un médiateur impliqué dans la dépression. Ce qui est le point de départ d’une cascade de réactions biochimiques dans les neurones, qui stimule leur croissance.
5D’où le nom donné au LSD et à ses acolytes : psychoplastogènes, ce qui signifie « stimulateurs de la plasticité psychique ». Leur avantage : provoquer la repousse des neurones aussi bien que d’autres molécules comme la kétamine, mais sans l’addiction que suscite cette dernière. Et maintenant que les différents acteurs moléculaires de cette croissance sont identifiés, le but est de concevoir par drug design des psychoplastogènes non hallucinogènes !
- C. Ly et al., Cell Reports, vol. 23, pp. 1-13, 2018.