Pathologie
Le Corps n’oublie rien, de Bessel van der Kolk, Albin Michel
- Par Gérard Lopez
Page 93b
Citer cet article
- LOPEZ, Gérard,
- Lopez, Gérard.
- Lopez, G.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.106.0093b
Citer cet article
- Lopez, G.
- Lopez, Gérard.
- LOPEZ, Gérard,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.106.0093b
1En plus de quarante ans de carrière, le psychiatre Bessel Van der Kolk, fondateur du Trauma center de Boston, a vu passer toutes sortes de traumatisés : des vétérans de guerre, des enfants maltraités, des victimes d’agression… Il a assisté à la mise en place du diagnostic de stress post-traumatique, à la montée en puissance des neurosciences et aux tests de nombreux traitements. Il nous livre ici le fruit de sa vaste expérience.
2De façon claire et imagée, en agrémentant sa démonstration de schémas très pédagogiques, il commence par décrire les dysfonctionnements qui touchent le cerveau suite à un événement traumatique. On constate par exemple que le cortex peine à contrôler le cerveau émotionnel, ce qui provoque des crises de panique et de colère chez les traumatisés. Mais le problème est plus global : c’est l’ensemble de l’organisme qui est perturbé, avec notamment un système immunitaire déséquilibré et un axe du stress hyperréactif. Plutôt que de prescrire des médicaments – qui ne doivent être considérés que comme un traitement d’appoint –, l’auteur propose alors d’aider le traumatisé à « fraterniser avec son corps » et à « entrer en contact avec soi et avec les autres » – car le soutien social est irremplaçable. Si la parole lui paraît nécessaire, elle a aussi ses limites, notamment pour moduler les réactions automatiques. Or « l’essentiel quand on veut surmonter un stress traumatique consiste à rétablir l’équilibre entre les cerveaux émotionnel et rationnel pour pouvoir se sentir maître de ses émotions et diriger sa vie ».
3Dans cette perspective, l’auteur fait le point sur les différentes méthodes de soin : les techniques conventionnelles, comme les thérapies cognitives et comportementales, mais aussi le yoga, la méditation, le neurofeedback (le patient observe son activité cérébrale « en direct » et s’efforce de la modifier)… Il termine son passionnant ouvrage en recommandant des activités comme le théâtre ou la danse, qui développent « l’échange et l’autonomie ». Et en incitant à faire preuve d’audace : pour lui, il faut aller au-delà des thérapies classiques, qui ont montré leurs limites…