Psychologie sociale
La bonne conscience du bourreau
- Par Sébastien Bohler
Page 7
Citer cet article
- BOHLER, Sébastien,
- Bohler, Sébastien.
- Bohler, S.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.130.0007
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- Bohler, S.
- Bohler, Sébastien.
- BOHLER, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.130.0007
1Dans une expérience restée célèbre, le psychologue américain Stanley Milgram avait mis en lumière ce fait troublant : la plupart des gens sont capables d’infliger d’intenses souffrances à un de leurs semblables, dès lors qu’ils en ont reçu l’ordre. Tout se passe donc comme si leur empathie (capacité à ressentir la douleur des autres en miroir) s’éteignait. L’expérience de Milgram a été invoquée notamment pour tenter d’expliquer comment des millions d’Allemands avaient pu participer au génocide juif, et pourquoi la plupart répondaient simplement pendant leur procès qu’on leur en avait «donné l’ordre».
2De récentes expériences d’imagerie cérébrale ont montré que dans cette situation, un réseau d’aires cérébrales qui nous rendent sensibles à la douleur d’autrui voit leur activité s’effondrer. Il s’agit notamment de l’insula et du cortex cingulaire antérieur : dans ces expériences menées à l’université d’Amsterdam, elles restaient silencieuses. Interrogés sur ce qu’ils avaient fait, les participants déclaraient que le cobaye n’avait pas l’air d’avoir très mal. Et ils sont allés beaucoup plus loin dans la torture que d’autres, qui le faisaient, non sur ordre, mais contre un peu d’argent. Ces derniers se disaient en outre affligés et désolés, alors que les individus placés dans une chaîne hiérarchique s’en lavaient les mains. Ainsi les organisations (armées, multinationales, clubs de supporters) peuvent court-circuiter l’empathie humaine.
- E. Caspar et al., Obeying orders reduces vicarious brain activation towards victims’ pain, Neuroimage, vol. 222, art. 117 251, 2020.