Psychologie animale
Le self-control du perroquet
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Citer cet article
- JACQUEMONT, Guillaume,
- Jacquemont, Guillaume.
- Jacquemont, G.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.140.0008
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https://doi.org/10.3917/cerpsy.140.0008
Qu’est-ce qui détermine les capacités de maîtrise de soi ? Un détour dans l’univers des perroquets livre des éléments de réponse…
1 De multiples expériences révèlent l’importance du self-control. Chez les humains, plus il est développé dans l’enfance, plus les chances de réussite future sont élevées ; et chez les animaux, cette capacité est fort utile dans une multitude de situations, tout particulièrement au sein d’organisations sociales complexes : un animal gagnera par exemple souvent à se retenir de manger tout ce dont il dispose, afin d’en laisser une partie à un congénère pour s’attirer ses futures faveurs. Mais qu’est-ce qui détermine cette capacité ? Pour le découvrir, Désirée Brucks, de l’institut Max-Planck d’ornithologie, et ses collègues, se sont intéressés au self-control des perroquets.
2 Dans leur expérience, les chercheurs ont évalué la capacité de plusieurs espèces de perroquets à retarder l’obtention d’une récompense. Un plateau tournant proposait un aliment aux oiseaux, et s’ils s’en saisissaient, le plateau s’arrêtait ; s’ils parvenaient à résister à la tentation et à patienter pendant un certain temps, l’ustensile continuait sa rotation, jusqu’à leur proposer un mets bien meilleur. Le délai d’attente augmentait en outre au fil des essais…
3 Résultat : tous les perroquets se sont révélés capables d’attendre, pendant une durée moyenne allant de 8,3 secondes à 29,4 secondes selon les espèces ! La palme revenant aux perroquets gris d’Afrique… Or cette espèce se distingue des autres par son gros cerveau (relativement à la taille totale de l’animal) et par son organisation sociale complexe. Ces deux facteurs jouent donc probablement un rôle dans l’acquisition d’une forme de maîtrise de soi.
4 À l’intérieur d’une même espèce, les capacités variaient aussi beaucoup – le champion toutes catégories ayant réussi à attendre jusqu’à 50 secondes.
5 Un des attributs clés des rois de la patience était la capacité à adopter d’autres comportements (arpenter la cage, mordre la table etc.), qui détournent leur attention de l’aliment disponible et les aident à ne pas céder à l’impulsion de s’en emparer. C’est donc vraisemblablement aussi un des facteurs qui favorisent la maîtrise de soi. Son lien avec cette capacité a d’ailleurs également été montré chez les chiens, les chimpanzés et même les jeunes enfants humains ! Pour ne pas vous jeter sur la tablette de chocolat qui est dans le placard, inspirez-vous du perroquet : ne mordez pas la table, mais allez faire une autre activité, une balade, de la lecture ou un cinéma !
- D. Brucks et al., Intra- and interspecific variation in self-control capacities of parrots in a delay of gratification task, Animal Cognition, le 21 octobre 2021.