Psychologie
Quand la peur nous rend autoritaires
- Par Sébastien Bohler
Page 12a
Citer cet article
- BOHLER, Sébastien,
- Bohler, Sébastien.
- Bohler, S.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.179.0012a
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- Bohler, S.
- Bohler, Sébastien.
- BOHLER, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.179.0012a
1 Au IIIe millénaire, les démocraties n’ont plus le vent en poupe. La plupart des grandes puissances semblent gouvernées par des autocrates ou des dirigeants à poigne qui privilégient la force et l’outrance et s’affranchissent allègrement des règles du droit. Trump, Poutine, Xi, Kim, Erdogan, Milei, Orbán, Loukachenko, Narendra Modi, Ali Khamenei, Mohamed Ben Salmane… le club des autoritaires s’élargit chaque jour davantage.
2 Passons au diagnostic. L’hypothèse principale suivie par les psychologues est celle de la peur : plus les individus sont inquiets et angoissés, plus ils se replient vers ces leaders qui imposent un ordre fort et répriment les minorités perçues comme des menaces. Cette hypothèse est notamment soutenue par des observations en laboratoire indiquant que les individus soutenant une vision autoritaire de la société sont plus facilement effrayés par des situations menaçantes, qu’il s’agisse d’agression sur la voie publique, de troubles sociaux, voire d’animaux dangereux ! Une zone cérébrale impliquée dans la perception de la peur, l’amygdale, est même plus réactive chez ces personnes…
3 Pour confronter cette hypothèse à l’épreuve du terrain, un chercheur de l’université de Pennsylvanie a fait passer des tests à 85 000 personnes dans 59 pays sur 6 continents, afin de mesurer leur degré d’autoritarisme. Attrait pour un leader fort, penchant pour les lois martiales ou petit faible pour les décisions arbitraires prises au-dessus des citoyens : tous ces paramètres ont été comparés à la perception que les gens ont de menaces liées à leur voisinage, leur environnement professionnel, leur lieu de vie ou le contexte international. Résultat : les deux mesures étaient fortement corrélées.
4 La peur apparaît donc comme le principal carburant de l’autoritarisme. Manque de chance, aujourd’hui les motifs d’inquiétude s’amoncellent. Climat, montée de l’IA, migrations de grande ampleur et conflits nucléaires larvés font monter la peur et offrent logiquement un tremplin aux leaders autoritaires. Pas fous, ceux-ci comprennent quel avantage ils peuvent en tirer. Et attisent les peurs. Ainsi Poutine brandit la menace de néonazis et d’un Otan aux portes de la Russie pour mieux envahir l’Ukraine, et Trump brosse le portrait de migrants dévorant des animaux domestiques. Pour eux, les angoisses humaines sont fort commodes pour dessiner les contours du monde de demain.
Des supporters de Donald Trump lors d’un meeting à Phoenix en 2017.
Des supporters de Donald Trump lors d’un meeting à Phoenix en 2017.
- L. G. Conway, Authoritarianism and threat in 59 nations, Journal of Personality, 2025.