Paléoanthropologie
L’homme préhistorique est aussi une femme
Marylène Patou-Mathis, Allary, 2020, 352 pages, 21,90 euros
- Par Romain Pigeaud
Page 19
Citer cet article
- PIGEAUD, Romain,
- Pigeaud, Romain.
- Pigeaud, R.
https://doi.org/10.3917/pls.520.0019
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1Est-ce un essai ou un pamphlet ? Difficile à dire, tant l’autrice met de vigueur et d’enthousiasme pour nous convaincre de la nécessité d’envisager la préhistoire au prisme du genre. S’aventurant sur un terrain déjà défriché en France par Françoise Héritier et largement labouré par Claudine Cohen, elle s’efforce d’enfoncer le dernier clou du cercueil des idées sexistes troublant notre vision de ces époques lointaines. Après les avoir passées en revue, elle montre à quel point les anciennes inepties sur la prétendue infériorité féminine ont pu influencer les préhistoriens. Elle se fait la défenseuse de l’archéologie du genre en rappelant une vérité première : rien ne prouve que les chasseurs, les artistes, les tailleurs préhistoriques furent seulement des hommes ; rien ne prouve non plus que cela n’a pas été le cas…
2Emportée par sa fougue, Marylène Patou-Mathis va parfois très vite quand elle accorde du crédit à des théories controversées, comme la mesure des proportions des doigts des empreintes de mains négatives, censées prouver que les artistes des cavernes étaient, aussi, des femmes. Mais elle lutte également contre d’autres inepties, par exemple s’agissant du prétendu « matriarcat originel », qui est autant un mythe scientifique que le patriarcat, tout cela résultant d’une confusion entre règles de filiation et pouvoir politique.
3Elle martèle enfin qu’« aucune preuve archéologique n’exclut la participation des femmes aux activités économiques, sociales et culturelles dans les sociétés du Paléolithique, période qui s’étend sur plusieurs centaines de millénaires ». C’est une évidence pour les préhistoriens contemporains, de sorte que l’idée que nous serions « à l’aube d’une révolution » conceptuelle sur le sujet est pour le moins contestable au vu des travaux des jeunes chercheurs. Cela n’empêche pas ce livre d’être une bonne introduction sur un sujet majeur.