Article de magazine

Paléontologie

De l’ADN très ancien de mammouth séquencé

Page 7

Citer cet article


  • Debruyne, R.,
  • Propos recueillis par Savatier, F.
(2021). De l’ADN très ancien de mammouth séquencé. Pour la Science, 522 - avril(4), 7-7. https://doi.org/10.3917/pls.522.0007.

  • Debruyne, Régis.,
  • et al.
« De l’ADN très ancien de mammouth séquencé ». Pour la Science, 2021/4 N° 522 - avril, 2021. p.7-7. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/magazine-pour-la-science-2021-4-page-7?lang=fr.

  • DEBRUYNE, Régis,
  • Propos recueillis par SAVATIER, François,
2021. De l’ADN très ancien de mammouth séquencé. Pour la Science, 2021/4 N° 522 - avril, p.7-7. DOI : 10.3917/pls.522.0007. URL : https://stm.cairn.info/magazine-pour-la-science-2021-4-page-7?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pls.522.0007


En datant et en séquençant de l’ADN de mammouth vieux de plus de 1 million d’années, l’équipe de Love Dalén, du Centre de paléogénétique de l’université de Stockholm et du Muséum de cette ville, a révélé une ancienne lignée de ces animaux. Le paléogénéticien Régis Debruyne explique ce que ces travaux nous apprennent.

1Le séquençage d’ADN passe la barre du million d’années : comment est-ce possible ?

2Parce que les trois génomes partiellement lus se trouvaient dans des dents provenant du sol gelé sibérien. La dégradation de l’ADN y est assez lente ; il n’est donc pas très étonnant qu’un séquençage reste possible, même après plus de 1 million d’années. La vraie limite est ailleurs : comme il n’existe sur Terre aucun pergélisol âgé de plus de 2,5 millions d’années, nous pourrons difficilement séquencer de l’ADN plus ancien. En fait, ce qui est vraiment novateur dans le travail de l’équipe de Love Dalén, ce sont les datations des trois dents de mammouths.

3Comment ont-elles été réalisées ?

4Le dégel perturbe la structure du pergélisol, ce qui empêche la datation stratigraphique. Par chance, ces dents étaient associées à des faunes datables. Cela a permis d’estimer que le spécimen nommé Chukochya est vieux de 0,5 à 0,8 million d’années, tandis que l’âge des spécimens Adycha et Krestovka est compris entre 1 et 1,2 million d’années.

5En quoi ces dates sont-elles intéressantes ?

6Au Pléistocène supérieur, donc il y a moins de 126 000 ans, il n’existait plus que deux espèces de mammouths : les mammouths laineux et, en Amérique seulement, les mammouths de Colomb. Or – et c’est la première trouvaille de l’équipe de Love Dalén –, si Chukochya et Adycha sont des prédécesseurs des mammouths laineux, Krestovka est d’une autre lignée. Cela illustre qu’une plus grande diversité existait chez les mammouths il y a 800 000 ans que ce n’était le cas il y a quelques milliers d’années, lorsque les derniers mammouths laineux ont disparu dans le nord de la Sibérie.

7Comment les chercheurs ont-ils décelé cette nouvelle lignée ?

8Dans les échantillons tirés des dents, l’équipe de Love Dalén a obtenu seulement de l’ordre de 1 % du génome de Krestovka, le plus ancien, et un peu plus de celui d’Adycha et de Chukochya. Après analyse bio-informatique, le peu d’identité génétique représentée par les millions de paires de nucléotides correspondants a suffi pour conclure que le génome de Krestovka est très distinct de la trentaine de génomes nucléaires partiels de mammouth connus.

9Quelle est la seconde trouvaille de l’équipe de Love Dalén ?

10C’est le fait que la moitié des variants génétiques de Krestovka ressemblent à ceux du mammouth laineux et l’autre moitié à ceux du mammouth de Colomb, ce qui indique un métissage. L’équipe de Love Dalén en conclut que nous aurions un cas de spéciation hybride, c’est-à-dire d’obtention d’une nouvelle espèce par mélange de deux… Cette conclusion me paraît prématurée, car bien des trajectoires évolutives peuvent conduire à un même mélange.

11Menez-vous au Muséum des recherches comparables ?

12Nous avons aussi des fossiles de mammouth contenant de l’ADN. Toutefois, plutôt que de travailler à obtenir des génomes entiers comme l’équipe de Love Dalén – qui va sûrement continuer à séquencer de l’ADN de Krestovka –, nous avons déterminé des séquences du génome traduisant les adaptations qui, à partir d’éléphants, ont produit les mammouths et nous les avons rassemblées pour une centaine de spécimens. Leur comparaison, dont nous préparons la publication, fournira un aperçu d’ensemble de l’évolution des mammouths.

  • C. M. Duarte et al., Science, vol. 371, article eaba4658, 2021

Date de mise en ligne : 03/01/2022

https://doi.org/10.3917/pls.522.0007