Histoire des sciences
La Guerre des bactéries
Nicolas Chevassus-au-Louis, Vendémiaire, 2023, 240 pages, 21 euros
Page 16
Citer cet article
- MOULIN, Anne-Marie,
- Moulin, Anne-Marie.
- Moulin, A.-M.
https://doi.org/10.3917/pls.547.0016
Citer cet article
- Moulin, A.-M.
- Moulin, Anne-Marie.
- MOULIN, Anne-Marie,
https://doi.org/10.3917/pls.547.0016
1 Que s’est-il passé de 1940 à 1945 à l’institut Pasteur ? L’auteur, journaliste scientifique et historien, a mené l’enquête en trois temps : défaite, occupation, épuration. D’emblée, l’institut est projeté dans l’actualité par le besoin urgent de sérums et vaccins, dont la production est sa spécialité. Dès leur arrivée, les Allemands l’enrôlent dans la guerre contre les bactéries, en particulier contre le typhus, qui sévit à l’Est. Que va-t-il se passer face à une réquisition allemande de plus en plus insistante, dans un milieu divisé face à la collaboration et comptant de nombreux étrangers ?
2 Le récit se fait haletant, le texte se lit d’un trait. L’auteur silhouette les principaux acteurs de la recherche, répartis entre Paris et l’annexe de Garches, où se trouvent les chevaux producteurs de sérums. Parallèlement aux manœuvres plus ou moins dilatoires des responsables, l’action souterraine de stockage de médicaments pour les résistants, sous la houlette du petit-fils de Pasteur, creuse le suspense : Louis Pasteur-Vallery-Radot, dit PVR, qui préside le conseil d’administration de l’institut, finit par rejoindre la clandestinité. Fidèle à la méthode qu’il a appliquée dans son livre Savants sous l’Occupation (2004), l’historien donne beaucoup la parole à ses personnages, reléguant en notes son arsenal de preuves documentaires. Le drame culmine avec l’arrestation par la police française des biologistes Élisabeth et Eugène Wollman. Le verdict de l’historien est qu’à l’institut aussi la collaboration a existé mais est restée exceptionnelle. Symbole de la renaissance de la recherche de pointe après la guerre, le microbiologiste Élie Wollman, dont les parents sont morts à Auschwitz, fera partie de l’équipe Jacob-Lwoff-Monod (1963), qui inaugurera l’ère nouvelle de la biologie moléculaire à l’institut Pasteur et recevra le prix Nobel en 1963.