Médecine
Les gènes sauteurs, talon d’Achille du cancer ?
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Citer cet article
- ROWE-PIRRA, William,
- Rowe-Pirra, William.
- Rowe-Pirra, W.
https://doi.org/10.3917/pls.548.0016
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- Rowe-Pirra, W.
- Rowe-Pirra, William.
- ROWE-PIRRA, William,
https://doi.org/10.3917/pls.548.0016
Les gènes sauteurs, ou transposons, expriment parfois des protéines hybrides à la surface de cellules cancéreuses. Un moyen de cibler celles-ci.
1 Depuis plus d’une décennie, l’immunothérapie a transformé le paysage du combat thérapeutique contre les cancers. Elle consiste à tirer profit de nos défenses naturelles en renforçant et dirigeant le système immunitaire contre les cellules tumorales afin de les détruire. Problème : la plupart des traitements sont très spécifiques à certains types de cancer, voire nécessitent d’être personnalisés au cas par cas. Mais de nouveaux travaux révèlent une piste qui paraît très prometteuse pour la mise au point d’un traitement plus généraliste. Ting Wang, de la faculté de médecine de Saint Louis, aux États-Unis, et ses collègues suggèrent que les transposons, ou « gènes sauteurs », pourraient servir de cible dans le repérage et l’élimination des tumeurs.
2 Les transposons sont des séquences génétiques courtes et répétitives, qui dérivent souvent de virus devenus résidents de notre organisme, et qui sont capables de se copier dans d’autres régions de notre génome. Habituellement, ces éléments sont réduits au silence par des processus épigénétiques, c’est-à-dire des mécanismes qui altèrent l’expression des gènes, et ne sont donc pas « lus » par le système qui transcrit puis traduit les gènes en protéines. Or les biologistes savent depuis des années que les cancers ont en commun d’engendrer une « relaxation épigénétique globale » du génome, qui s’accompagne de l’activation de certains gènes normalement silencieux. Parmi eux, la réactivation des transposons est désormais considérée comme un biomarqueur d’un état cancéreux. Cela signifie-t-il qu’ils peuvent être utilisés pour lutter contre les cancers ? Par le passé, plusieurs études ont déjà montré que les transposons, lorsqu’ils s’insèrent dans la séquence codante d’un autre gène, forment parfois une région génétique chimérique, à partir de laquelle sont synthétisées des protéines normalement absentes du répertoire d’une cellule saine. Celles-ci, lorsqu’elles se retrouvent à la surface des cellules tumorales, seraient alors détectées par le système immunitaire comme des antigènes.
3 « Ce nouveau travail se démarque par son étendue, remarque Déborah Bourc’his, de l’Inserm et de l’institut Curie. En étudiant plus de 10 000 tumeurs provenant de 33 types de cancer différents, les chercheurs dépassent ici le cadre de l’observation anecdotique, démontrant que ces protéines produites sous l’influence des éléments transposables sont présentes à la surface de toutes les cellules tumorales étudiées, selon des combinaisons communes et spécifiques. » Forts de leurs résultats, Ting Wang et son équipe estiment que l’élaboration d’un vaccin capable de cibler 10 à 20 de ces protéines hybrides offrirait une voie de traitement universel de tout type de cancer. Selon Déborah Bourc’his, « il serait même possible de combiner cette approche d’immunothérapie avec des traitements influant sur les marqueurs épigénétiques pour stimuler la réactivation des éléments transposables dans des tumeurs qui en exprimeraient peu et, ainsi, augmenter leur vulnérabilité. » Une piste prometteuse, donc, mais qui nécessitera encore de longues années de recherche avant d’aboutir.
- N. Shah et al., Nature, 2023.