Le lait rouge : une fantasmatique des liquides
- Par Hélène Parat
Pages 43 à 55
Citer ce chapitre
- PARAT, Hélène,
- PARAT, Hélène
- et MISSONNIER, Sylvain,
- Parat, Hélène.
- Parat, H.
- H. Parat
- et S. Missonnier
https://doi.org/10.3917/puf.misso.2019.01.0043
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- Parat, H.
- H. Parat
- et S. Missonnier
- Parat, Hélène.
- PARAT, Hélène,
- PARAT, Hélène
- et MISSONNIER, Sylvain,
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Notes
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[1]
Simon de Vallambert, Cinq Livres de la manière de nourrir et de gouverner les enfants dès leur naissance, Poitiers, 1565, p. 2.
-
[2]
Ambroise Paré, L’Anatomie, livre XVIII.
-
[3]
P. Camporesi (1988), La Sève de la vie, Le Promeneur, 1990.
-
[4]
Innocent III, De miseria humanae conditionis, p. 11 ; cité par P. Camporesi, op. cit., p. 143 et 165.
-
[5]
J. Derrida, « La pharmacie de Platon », in La Dissémination, Seuil, « Points/Essais », 1972, p. 190.
-
[6]
Cecco d’Ascoli, cité par P. Camporesi, op. cit., p. 47.
-
[7]
Clément Marot, « Du beau tétin », in Œuvres complètes, Paris, Garnier-Flammarion, p. 402.
-
[8]
Ainsi dans L’Érotique maternelle ai-je commenté certaines formulations ambiguës de M. Fain qui, dans « Prélude à la vie fantasmatique » écrit que « la mère et la femme resteront toujours des ennemies irréconciliables » : désignation d’une problématique chez l’enfant, elle traduit un conflit qui n’est que potentiel du côté de la mère. Dans La Nuit, le Jour, écrit en commun avec D. Braunschweig, d’autres réflexions sont venues décondenser cette affirmation un peu rapide et bien désigner la complexité de l’investissement érotique de l’enfant par la mère. Voir L’Érotique maternelle, p. 105 et 175.
Lait, nourriture, sang : tels sont les trois termes essentiels de l’économie humorale de l’allaitement, repris dans une combinatoire complexe au fil du temps. Subsumée et simplifiée par Galien, au iie siècle de notre ère, cette combinatoire, qui débouche sur une diététique thérapeutique, fait du lait maternel la « coction du sang menstruel » dans les mamelles. « Cuisine » féminine qui est celle-là même qui permettait, dans le ventre maternel déjà, l’alimentation de l’enfant.
Un des premiers textes consacrés aux soins de l’enfant et écrit en français, dit fort clairement ce qui sera constamment repris : « et n’est le lait autre chose sinon le même sang, qui a pris seulement changement de couleur dans les mamelles ». Cette coction, ce blanchiment, Ambroise Paré l’attribue à la providence divine :
« Car si elle se fut oubliée (ce que jamais n’a fait) de laisser couler le sang en la substance et couleur rouge, la femme nourrice eût eu en horreur de voir ainsi épandre son sang : et cela aussi eût été odieux à l’enfant de le sucer pur et rouge de la mamelle ; joint que nous n’eussions eu de beurre ni de fromage. Pareillement les assistants eussent abhorré de voir la bouche et les tétins de la mère sanglants : bref, Dieu a fait toutes ses œuvres par une très grande sagesse. »
Du sang de la femme au lait de la nourrice s’est opéré une cuisson purificatrice qui cache l’abomination d’un sang qu’on ne saurait voir : au-delà du liquide vital dont l’épanchement signe la mort, se devine le sang menstruel toujours redouté…
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