I. « Struck, as it were, with madness ». La phénoménologie et les esprits animaux dans la neuropathologie de Thomas Willis
- Par Kathryn Tabb
Pages 17 à 37
Citer ce chapitre
- TABB, Kathryn,
- WOLFE, Charles,
- DUPONT, Jean-Claude
- et CHERICI, Céline,
- Tabb, Kathryn.
- Tabb, K.
- C. Wolfe,
- J. Dupont
- et C. Cherici
https://doi.org/10.3917/herm.cheri.2018.01.0017
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- Tabb, K.
- C. Wolfe,
- J. Dupont
- et C. Cherici
- Tabb, Kathryn.
- TABB, Kathryn,
- WOLFE, Charles,
- DUPONT, Jean-Claude
- et CHERICI, Céline,
https://doi.org/10.3917/herm.cheri.2018.01.0017
Notes
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[1]
T. Willis, « The anatomy of the brain », in The remaining medical works of that famous and renowned physician Dr. Thomas Willis, London, Thomas Dring, 1681, « Préface ».
-
[2]
Surtout les neuroscientifiques. Voir par exemple S. Ochs, A history of nerve functions : from animal spirits to molecular mechanisms, Cambridge, Cambridge University Press, 2004 ; A. N. Williams, « Of “stupidity or folly” : Thomas Willis’s perspective on mental retardation », Archives of Diseases in Childhood, vol. 87, 2002, p. 555-558 ; W. Wallace, « The vibrating nerve impulse in Newton, Willis and Gassendi : First steps in a mechanical theory of communication », Brain and Cognition, vol. 51, 2003, p. 66-94 ; ainsi que les historiens de la médecine : pour un répertoire de ceux-ci voir G. S. Rousseau, Nervous acts : Essays on literature, culture and sensibility, Basingstoke/ New York, Palgrave Macmillan, 2004, p. 181.
-
[3]
G. Zilboorg et G. W. Henry, A history of medical psychology, New York, Norton, 1941.
-
[4]
G. S. Rousseau, Nervous acts : Essays on literature, culture and sensibility, op. cit., p. 166.
-
[5]
T. Willis, An essay of the pathology of the brain and nervous stock : In which convulsive diseases are treated of, Londres, Thomas Dring, 1681. Mon projet de détacher la vitalisation de l’anthropomorphisation dans la pensée des esprits animaux chez Willis est rendu plus délicat par le glissement du sens des termes. Notre classe de contraste pour « animal » est aujourd’hui « humain » ou « inorganique », plutôt que « vital » ou « naturel ». Il est utile ici de rappeler que la racine du mot vient d’« esprit » ou d’« âme » (anima). De même, à propos des concepts médiévaux d’« animal » et de « Saint-Esprit », G. S. Rousseau (Nervous acts : Essays on literature, culture and sensibility, op. cit., p. 20) affirme que « chacun était impliqué par l’autre, si ce n’est comme une extension de lui-même, par un effet de miroir ». Même si cette description peut aussi s’appliquer avec pertinence aux associations que le lecteur contemporain fait avec le terme « esprit », il faut rappeler que Willis était profondément imprégné de la tradition iatrochimique selon laquelle la fermentation et la distillation étaient des forces fondamentales. « Esprit » était un terme technique.
-
[6]
J. Sutton, Philosophy and memory traces : Descartes to connectionism, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, p. 131. Une autre tentation est de faire l’éloge de Willis pour ce qu’il a entrevu de « juste » et d’ignorer le reste. Cf. L. J. Rather, « Pathology at mid-century : a reassessment of Thomas Willis and Thomas Sydenham », in A. G. Debus (éd.), Medicine in seventeenth-century england : A symposium held at UCLA in honor of C. D. O’Malley, Berkeley, University of California Press, 1974, p. 71-112 ; M. J. Eadie, « A pathology of the animal spirits – the clinical neurology of Thomas Willis (1621-1675) : Part I – Background, and disorders of intrinsically normal animal spirits », Journal of Clinical Neuroscience, vol. 10, 2003, p. 14-29 ; id., « A pathology of the animal spirits – the clinical neurology of Thomas Willis (1621-1675) : Part II – Disorders of intrinsically abnormal animal spirits », Journal of Clinical Neuroscience, vol. 10, 2003, p. 145-157. Je suis d’accord avec R. G. Frank lorsqu’il déclare que les « idées [de Willis] sont “fausses” d’une manière extrêmement intéressante pour moi en tant qu’historien » (cf. R. G. Frank, « Thomas Willis and his circle : Brain and mind in seventeenth-century medicine », in G. S. Rousseau (éd.), The languages of psyche : Mind and body in enlightenment thought, Berkeley, University of California Press, 1990, p. 107-146.
-
[7]
L. S. King, The philosophy of medicine : The early eighteenth century, Cambridge, Harvard University Press, 1978, p. 143.
-
[8]
J. P. Wright, « Locke, Willis, and the seventeenth-century epicurean soul », in M. J. Osler (éd.), Atoms, pneuma and tranquillity : epicurean and stoic themes in European thought, Cambridge, Cambridge University Press, 1991, p. 239-258. Dans sa discussion de l’héritage épicurien de Locke et de Willis, Wright montre comment la situation par Willis de Descartes dans cette tradition aux côtés de Gassendi et Digby, même si elle peut sembler bizarre au lecteur contemporain, démontre que dans le milieu de Willis, « âme » signifiait précisément ces fonctions vitales que Descartes a chassées du corps. Néanmoins, Wright souligne que l’âme corporelle de Willis était finalement beaucoup plus vaste, accordant aux animaux un « usage “sensible” de la raison » – une sorte de ratiocination (ibid., p. 249). Il va en effet jusqu’à suggérer que « Pour Willis, l’âme supérieure perçoit les images de l’âme inférieure et ainsi gère et réagit à une entité qui est déjà pensante (au sens de Descartes) » (ibid., p. 253).
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[9]
Voir A. Thomson, Bodies of thought : Science, religion, and the soul in the early enlightenment, Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 81-82 pour une discussion de la façon dont l’anglicanisme de Willis a pu motiver son insistance sur l’importance de l’âme rationnelle pour une tentative (pas tout à fait réussie) de prévenir les accusations d’hérésie. Voir aussi J. Kassler, « Restraining the passions : hydropneumatics and hierarchy in the philosophy of Thomas Willis », in S. Graukroger (éd.), The soft underbelly of reason : The passions in the seventeenth century, Londres/New York, Routledge, 1998, p. 147-164.
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[10]
Autrement dit le corps calleux. Cf. T. Willis, Two discourses concerning the soul of brutes which is that of the vital and sensitive of man : englished by S. Pordage, Londres, Thomas Dring, 1683, p. 41.
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[11]
S. Ochs, op. cit., p. 75.
-
[12]
T. Willis, Two discourses concerning the soul of brutes which is that of the vital and sensitive of man : Englished by S. Pordage, op. cit., p. 32.
-
[13]
T. Willis fait la distinction entre l’âme sensible, constituée d’esprits dans les nerfs et le cerveau, et l’âme vitale, qui joue un rôle minime dans la sensation ou la perception mais est responsable d’activités de maintenance corporelle comme la respiration, la digestion et le flux de sang. Néanmoins, il se réfère à l’homme comme une créature à deux âmes, combinant les fonctions vitales et sensibles en une âme corporelle.
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[14]
J. P. Wright, art. cit.
-
[15]
Y. Conry, « Thomas Willis ou le premier discours rationaliste en pathologie mentale », Revue d’histoire des sciences, vol. 31, 1978, p. 209.
-
[16]
R. A. Hunter, A. Richard et I. Macalpine, Three hundred years of psychiatry : 1535-1860, Oxford, Oxford University Press, 1963, p. 189.
-
[17]
L. J. Rather, art. cit.
-
[18]
Aristote, Le mouvement des animaux, P.-M. Morel (trad.), Paris, Flammarion, coll. « GF », 2013, 703a 12-13.
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[19]
Cité p. 576 par S. Jarcho, « Blankaart’s dictionary : An index to 17th-century medicine », Bulletin of the New York Academy of Medicine, vol. 58, 1982, p. 568-577.
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[20]
Toutefois, je suis plutôt d’accord avec J. Sutton (op. cit., p. 45) que leur ontologie était d’un intérêt moindre que leur aptitude à être contrôlés, à la fois par l’« âme » rationnelle et le médecin.
-
[21]
Le rôle croissant des esprits animaux en neurologie fut contesté aussi bien que défendu au cours du xviie siècle. Harvey méprisait explicitement le langage de l’esprit, et la théorie de la contraction musculaire de Descartes subit des attaques particulièrement incisives de la part de Jan Swammerdam, qui démontra qu’un muscle peut rétrécir sans que le volume de son muscle apparié n’augmente (comme il le devrait suite à un afflux d’esprits animaux). Au siècle suivant, Robert Whytt plaida énergiquement contre la nature anthropomorphique d’esprits animaux, affirmant que le mouvement du fluide nerveux devrait être expliqué par le telos naturel et law-like de l’esprit plutôt que par des atomes discrets et quasi mécanistes. Voir J. Rocca, « William Cullen (1710-1790) and Robert Whytt (1714-1766) on the nervous system », in H. Whitaker, C. U. M. Smith et S. Finger (éd.), Brain, mind, and medicine : Essays in eighteenthcentury neuroscience, Berlin, Springer Science, 2007, p. 85-96.
-
[22]
R. Descartes, Les Passions de l’âme, Paris, Gallimard, 1953, art. 10.
-
[23]
Pour un résumé de l’attaque commune de Gassendi et de Willis contre le traitement cartésien du système nerveux, voir W. Wallace, art. cit. Pour l’influence plus large de Gassendi sur Willis, voir A. Meyer et R. Hierons, « On Thomas Willis’s concepts of neurophysiology : Part I », Medical History, vol. 9, 1968, p. 1-15, ainsi que J. P. Wright, art. cit.
-
[24]
T. Willis, Two discourses concerning the soul of brutes which is that of the vital and sensitive of man : englished by S. Pordage, op. cit., p. 63.
-
[25]
Ibid., p. 56.
-
[26]
Voir Y. Conry, art. cit., pour une discussion de l’influence de Hooke sur le matériau métaphorique de Willis. Voir aussi P. Present dans ce volume, p. 39.
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[27]
T. Willis, Two discourses concerning the soul of brutes which is that of the vital and sensitive of man : englished by S. Pordage, op. cit., p. 58. Sur la « sension » : ce mot préféré de Willis réfère au « symbole », impression ou effet provoqué par un objet externe senti qui, porté par des esprits animaux à travers les nerfs, est finalement projeté sur les recoins internes du cerveau comme d’une chambre noire. Le Century Dictionary (1889) définit la « sension » ainsi : « The becoming aware of being affected from without within sensation. »
-
[28]
Pour plus d’information sur le rôle des esprits animaux dans la relation entre la sensation et le mouvement, voir G. Canguilhem, La formation du concept de réflexe aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Vrin, 1977, surtout le troisième chapitre, qui traite de Willis.
-
[29]
Cf. A. Clericuzio, « The internal laboratory : The chemical reinterpretation of medical spirits in England (1650-1680) », in P. Rattansi et A. Clericuzio (éd.), Alchemy and chemistry in the 16th and 17th centuries, Dordrecht/Boston, Kluwer Academic Publishers, 1994, p. 51-84, ici p. 60-61.
-
[30]
T. Willis, A medical-philosophical discourse of fermentation or, of the intestine motion of the particles in every body, Londres, Thomas Dring, 1684, p. 2.
-
[31]
R. Descartes, L’Homme, Paris, Seuil, 1996, p. 130.
-
[32]
T. Willis, Two discourses concerning the soul of brutes which is that of the vital and sensitive of man : englished by S. Pordage, op. cit., p. 3.
-
[33]
T. Willis, A medical-philosophical discourse of fermentation or, of the intestine motion of the particles in every body, op. cit., p. 3.
-
[34]
Ibid., p. 15.
-
[35]
Ibid., p. 56.
-
[36]
Ibid., p. 147.
-
[37]
Ibid., p. 24.
-
[38]
Ibid., p. 47.
-
[39]
Ibid., p. 16.
-
[40]
Ibid.
-
[41]
Ibid., p. 14.
-
[42]
T. Willis, « The anatomy of the brain », art. cit., p. 87.
-
[43]
A. G. Debus, « Chemists, physicians, and changing perspectives on the Scientific Revolution », Isis, vol. 89, 1998, p. 61-81.
-
[44]
T. Willis, A medical-philosophical discourse of fermentation or, of the intestine motion of the particles in every body, op. cit., p.14.
-
[45]
Ou Aqua fortis, connu aujourd’hui sous le nom d’acide nitrique.
-
[46]
T. Willis, Two discourses concerning the soul of brutes which is that of the vital and sensitive of man : englished by S. Pordage, op. cit., p. 202.
-
[47]
Respectivement l’acide chlorhydrique et l’acide sulfurique d’aujourd’hui.
-
[48]
T. Willis, Two discourses concerning the soul of brutes which is that of the vital and sensitive of man : englished by S. Pordage, op. cit., p. 190.
-
[49]
Ibid., p. 202-203.
-
[50]
Ibid., p. 201.
-
[51]
Ibid., p. 179.
-
[52]
Ibid., p. 201. Pour une discussion de l’emploi de « as it were » et autres indicateurs de comparaison chez Willis et d’autres philosophes naturels du début de l’ère moderne, voir F. Harris, « From the vague to the concrete in science and medicine », The Canadian Medical Association Journal, vol. 7, 1917, p. 865-878. Harris avance l’argument convaincant mais potentiellement whig selon lequel durant cette période l’analogie était employée comme un substitut d’une explication plus technique que le savoir contemporain ne pouvait soutenir. De ce point de vue, l’emploi constant de la métaphore par Willis pour discuter de la neuropathologie suggérerait qu’il ne trouvait pas l’iatrochimie suffisante pour expliquer tous les aspects de l’esprit. Pour en savoir plus sur Willis et la métaphore, voir G. S. Rousseau, op. cit., p. 4.
-
[53]
T. Willis, A medical-philosophical discourse of fermentation or, of the intestine motion of the particles in every body, op. cit., p. 2.
-
[54]
M. J. Eadie, « A pathology of the animal spirits – the clinical neurology of Thomas Willis (1621-1675) : Part I – Background, and disorders of intrinsically normal animal spirits », art. cit., p. 14.
-
[55]
T. Willis, An essay of the pathology of the brain and nervous stock : In which convulsive diseases are treated of, op. cit., p. 46.
-
[56]
Ibid., p. 48.
-
[57]
J. Sutton, op. cit., p. 33.
-
[58]
T. Willis, Two discourses concerning the soul of brutes which is that of the vital and sensitive of man : Englished by S. Pordage, op. cit., p. 206.
-
[59]
Ibid., p. 202.
-
[60]
Ibid., p. 106.
-
[61]
Ibid., p. 184.
-
[62]
Ibid., p. 50.
-
[63]
Ibid.
-
[64]
Ibid., p. 87.
-
[65]
Ibid., p. 94.
-
[66]
Ibid., p. 205.
-
[67]
Thomas Willis’s Oxford lectures, éd. K. Dewhurst, Oxford, Stanford Publications, 1980, p. 67.
-
[68]
Ibid.
-
[69]
Ibid.
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[70]
Cité par J. Sutton, op. cit., p. 145.
-
[71]
Ibid., p. 32.
L’adhésion de la médecine psychiatrique à la neuroscience au cours des dernières décennies a reçu éloges et condamnations : célébrée comme étant la preuve que la psychiatrie a pris sa juste place parmi les sciences, et vilipendée comme un abandon des aspects psychologiques, expérientiels et spirituels de la maladie mentale. Le paradigme biomédical en psychiatrie a repensé le patient comme un organisme dysfonctionnel et vise à identifier et à intervenir sur les mécanismes pathologiques intracérébraux. En conséquence, la psychanalyse a été marginalisée malgré sa prédominance au cours de la majeure partie du xxe siècle, de même que les variétés dérivées de la psychothérapie fondées sur le récit et l’expérience personnelle. La psychiatrie biomédicale semble s’annexer la dysfonction neurologique organique tout en niant les problèmes « durs » de la maladie mentale ou bien en les assignant à d’autres sciences et disciplines, plus « molles » : psychologie, assistance sociale, philosophie et soutien religieux. Cette approche réductrice présume que le problème de la conscience pathologique se dissoudra lentement dans un solvant proprement neuroscientifique.
Beaucoup font remonter les origines de ce tournant réducteur à Thomas Willis , médecin du xviie siècle et membre fondateur de la Royal Society, dont les innovations comprennent l’invention du terme « neurologie », la localisation de fonctions mentales individuelles à l’intérieur du cerveau et des comptes rendus étiologiques de psychopathologie considérés comme visionnaires…
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