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Raphèl : hyperpoème babélique illimité

Pages 17 à 31

Citer cet article


  • Schiavetta, B.
(2001). Raphèl : hyperpoème babélique illimité. Document numérique, . 5(1), 17-31. https://stm.cairn.info/revue-document-numerique-2001-1-page-17?lang=fr.

  • Schiavetta, Bernardo.
« Raphèl : hyperpoème babélique illimité ». Document numérique, 2001/1 Vol. 5, 2001. p.17-31. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-document-numerique-2001-1-page-17?lang=fr.

  • SCHIAVETTA, Bernardo,
2001. Raphèl : hyperpoème babélique illimité. Document numérique, 2001/1 Vol. 5, p.17-31. URL : https://stm.cairn.info/revue-document-numerique-2001-1-page-17?lang=fr.

1 – Introduction

1Raphèl est un ensemble hypertextuel formé par un poème entouré de nombreuses annexes. Le poème proprement dit se présente comme une série de strophes de dix vers. Les annexes comprennent des textes liminaires (le titre et les sous-titres, un prologue copieusement annoté, une épigraphe), et des textes latéraux, sous forme de notes et de commentaires (majoritairement en prose), qui développent aussi bien des points particuliers du poème que des points particuliers des annexes elles-mêmes. Les strophes et les annexes constituent deux séries à développement illimité.

2Comme nous le verrons plus loin, le tout suit un principe de double amplification qui requiert un déploiement maximal du lien hypertextuel.

2 – Epigraphe de Raphèl

3Raphèl se construit comme l’amplification indéfinie de son épigraphe, un court extrait de la Divine Comédie :

Figure 1

Epigraphe de Raphèl, court extrait de la Divine Comédie

Deux extraits de texte en italien avec des différences mineures, probablement des citations littéraires.

Epigraphe de Raphèl, court extrait de la Divine Comédie

4Dans ce passage de l’Enfer, Dante met dans la bouche d’un damné, le géant Nemrod, une phrase en langue imaginaire :

« Raphèl maÿ amèch zabì almì »
Dans la tradition rabbinique, Nemrod est le premier roi de Babel, celui qui a fait construire la Tour qui devait atteindre le ciel. Il est le responsable de la confusion des langues. Sa peine éternelle est à la mesure de son péché, car il est condamné non seulement à ne pas comprendre les langues des autres, mais encore à ce que jamais la sienne ne puisse être comprise de quiconque. Dans l’univers fictionnel dantesque, la langue de Nemrod est donc incompréhensible dans l’absolu, puisque son incompréhensibilité a été établie pour toujours par un décret divin. Une telle phrase ne devrait susciter que l’arrêt de toute interprétation. Mais on peut, tout de même, être tenté de l’interpréter. Le projet de Raphèl n’est autre que le défilé, forcément infini, de cette glose indue.

3 – La strophe zéro de Raphèl

5Le texte proprement dit du poème Raphèl commence par une première strophe de dix vers, la strophe zéro, qui amplifie le premier interligne de son épigraphe (cet interligne est pourvu d’un lien hypertextuel) :

« Raphèl maÿ amèch zabì almì »
-interligne-
Cominciò a gridar la fiera bocca
Huit vers asémantiques viendront s’intercaler entre ces deux vers de Dante, donnant comme résultat les dix vers de la strophe zéro :

Figure 2

Strophe zéro de Raphèl

Deux colonnes de texte en arabe, alignées à gauche, avec des phrases répétitives et des mots soulignés.

Strophe zéro de Raphèl

6Ces huit vers asémantiques amplifient le discours incompréhensible de Nemrod. Ils comportent des répétitions de la phrase « Raphèl maÿ… » entrecoupées des citations de pseudo-langues : un fragment de Jolifanto Bambo (Karawane) du dadaïste suisse Hugo Ball (Habla horem égiga goramen) ; quelques voces mysticæ du Grand Papyrus Magique de Paris (Raraêl abrabracha merphergar) ; un fragment des « coups de tonnerre » du Finnegan’s Wake de Joyce (Bababadalgharaghta) ; un fragment de Zanguezi du futuriste russe Khlebnikov (Kikikou ritchi tchitchi tzi-tzi-tzi) (voir note 1).

4 – Première amplification de la strophe zéro

7Ensuite, dans la strophe zéro, au niveau de chaque interligne (pourvu d’un lien hypertextuel), huit nouveaux vers viennent s’intercaler selon le même processus d’amplification que nous avons déjà vu à l’œuvre.

8Ainsi prend naissance un premier cycle de dix strophes décimales, dont la première commence avec le premier vers de la strophe zéro, incorpore ensuite huit nouveaux vers, et finit avec le deuxième vers de la strophe zéro :

9

« Raphèl maÿ amèch zabì almì »
-8 nouveaux vers intercalés-
Habla horem égiga goramen,

10A son tour, la deuxième strophe du cycle commence avec le deuxième vers de la strophe zéro, incorpore ensuite huit nouveaux vers, et finit avec le troisième vers de la strophe zéro :

11

Habla horem égiga goramen,
-8 nouveaux vers intercalés-
« Raphèl maÿ amèch zabì almì »

12Ce processus d’amplification continue jusqu’au dernier interligne, lequel se place après le dernier vers, pour marquer que la strophe zéro se boucle sur elle-même. Autrement dit, la dernière et dixième strophe du premier cycle commence avec le dernier vers de la strophe zéro, incorpore ensuite huit nouveaux vers, et finit avec le premier vers de la strophe zéro :

13

Cominciò a gridar la fiera bocca…
-8 nouveaux vers intercalés-
« Raphèl maÿ amèch zabì almì »

14Dans ce premier cycle de dix strophes décimales (10 x 10 = 100 vers), chacun des nouveaux vers intercalés est écrit dans une langue différente, multiplication babélique induite par la phrase de Nemrod.

15Il faut bien le préciser, le texte original de Raphèl est multilingue et chacun de ses vers a été écrit d’emblée en sa propre langue (français, mongol, arapaho, pali, gaélique, wolof, etc). Certes, on peut douter qu’un seul auteur puisse disposer d’autant de compétences linguistiques, mais l’une des techniques propres au projet fournit le moyen de surmonter ce problème.

16En effet, techniquement, Raphèl est (en plus de ses caractéristiques hypertextuelles spécifiques qui seront décrites plus loin) un « centon multilingue ».

17Autrement dit, hormis les annexes en prose, le corps entier du poème est un collage de citations. Chaque citation provient donc d’un texte composé par un auteur qui maîtrisait la langue dont il s’est servi.

18Les fragments qui composent Raphèl ont été prélevés dans des poèmes, des chansons, des recueils de proverbes ou de contes, des dictionnaires ou des grammaires comportant des exemples de phrases, ou toute autre source susceptible de fournir des citations.

19Les sources ont été choisies, pour la plupart, parmi des publications bilingues, comportant souvent des traductions interlinéaires mot à mot. Certains textes ont reçu de nouvelles traductions, réalisées spécialement par des traducteurs idoines. D’autres doivent encore être vérifiées.

20La version actuelle du premier cycle de Raphèl compte quelques échantillons de langues artificielles, hybrides, forgées, ainsi que des onomatopées, des polyglossies, des glossolalies, etc. Mais il comporte surtout une septantaine de citations en langues naturelles (dans la tradition biblique, le nombre des « nations » issues de Babel est fixé symboliquement à 70 ou à 72).

21Toutes les strophes du premier cycle comportent à leur tour des liens hypertextuels interlinéaires. Elles peuvent donc donner naissance à dix nouveaux cycles de dix strophes chacun (10 cycles de 10 strophes de 10 vers), et ainsi de suite, indéfiniment.

5 – Deux échantillons de Raphèl

22Voyons maintenant deux exemples des strophes babéliques du premier cycle.

23Bien entendu, chaque strophe babélique sera suivie ici d’une traduction française libre, mais le projet du poème prévoit la réalisation de plusieurs traductions françaises, de plusieurs traductions allemandes, et ainsi de suite, aucune ne pouvant être considérée comme la traduction définitive de l’original multilingue. Des divergences importantes ont été volontairement introduites dans les traductions déjà réalisées.

24Notre premier exemple sera la strophe qui amplifie le premier interligne de la strophe zéro. Elle est notée 01.01 (« 01 » à gauche, vaut pour « premier cycle » ; « 01 », à droite, vaut pour « première strophe » de ce cycle). Les langues utilisées sont les suivantes : la pseudo-langue de Nemrod, le français, le mongol, le slovène, l’occitan, le pali, le berbère, l’arabe, le sumérien et une pseudo-langue dadaïste (pour les sources et pour la traduction mot à mot, voir note 2).

Figure 3

Strophe 01.01 : qui amplifie le premier interligne de la strophe zéro

Deux colonnes de texte en français avec des traductions en braille et en français libre.

Strophe 01.01 : qui amplifie le premier interligne de la strophe zéro

25Notre deuxième échantillon sera la strophe qui boucle le premier cycle en amplifiant le dernier interligne de la strophe zéro. Elle est notée 0 1. 10 (« 01 » à gauche, vaut pour « premier cycle » ; « 10 », à droite, vaut pour « dixième et dernière strophe » de ce cycle). Les langues utilisées sont les suivantes : italien, nahuatl, catalan, gaélique, roumain, hébreu, wolof, espagnol, mongo, et, pour finir, la pseudo-langue de Nemrod (pour les sources et pour la traduction mot à mot, voir note 3).

Figure 4

Strophe 01.10 : qui amplifie le dernier interligne de la strophe zéro

Deux colonnes de texte en français, première avec texte en braille, seconde avec traduction en français.

Strophe 01.10 : qui amplifie le dernier interligne de la strophe zéro

6 – Les deux séries hypertextuelles de Raphèl

26Nous avons déjà avancé que Raphèl est un hypertexte poétique qui requiert structurellement un déploiement maximal du lien hypertextuel, mais nous n’avons parlé jusqu’ici que des liens hypertextuels interlinéaires des strophes, ce qui rend possible l’indéfinie reproduction de nouveaux cycles de dix strophes de dix vers. Toutefois, le principe d’amplification réglée de Raphèl est tel que non seulement chaque interligne mais aussi chaque ligne sont pourvus de liens hypertextuels.

27Toutes les strophes hypertextuelles de Raphèl répètent donc le même modèle abstrait que nous appellerons une hyperstrophe (voir figure n° 5).

Figure 5

Modèle abstrait d’hyperstrophe

Texte en français avec alternance de lignes hypertextuelles linéaires et interlinéaires.

Modèle abstrait d’hyperstrophe

28Cette hyperstrophe peut être visualisée de plusieurs façons. C’est pour faciliter sa lecture linéaire et tabulaire que ses lignes sont ici justifiées à gauche et disposées « en drapeau », selon la typographie habituelle des poèmes. Toutefois, il est nécessaire de bien rappeler une particularité essentielle des interlignes. Certes, ceux ci s’intercalent, de manière prévisible et successive entre la première et la deuxième ligne, entre la deuxième et la troisième, etc., mais le tout dernier interligne se place, comme nous l’avons déjà vu dans les échantillons de Raphèl, après la dernière ligne, pour marquer que chaque strophe se boucle sur elle-même. Autrement dit, le dernier interligne vient se placer idéalement entre la dernière et la première ligne. Pour cette raison, toute hyperstrophe peut prendre une forme circulaire (ou cylindrique) animée d’un mouvement cyclique de rotation (dans le sens de la lecture des caractères romains). Le fonctionnement des liens interlinéaires est donc d’emblée potentiellement cyclique. Ce type de structure extrapole et s’inspire directement d’un antécédent historique des hypertextes, la forme fixe poétique italienne connue sous le nom de « couronne de sonnets » (voir note 4).

29Nous verrons maintenant quels types d’amplification textuelle résultent des deux types de lien hypertextuel.

7 – Principe de la double amplification réglée

30Dans toute strophe, les liens hypertextuels de chaque ligne et de chaque interligne donnent respectivement accès à deux séries distinctes de nouveaux textes, construits selon deux modalités spécifiques d’arborescence (voir figure n° 6) : les arborescences interlinéaires (la série des strophes, dont nous avons déjà vu des échantillons) et les arborescences linéaires (la série des Annexes, dont nous parlerons plus loin).

Figure 6

Les deux arborescences

Description de l'image par IA : L'image montre des descriptions de types de lignes et de séries : ligne linéaire, ligne interlinéaire, série des annexes, série de strophes.

Les deux arborescences

8 – Amplification des liens interlinéaires (série des strophes)

31Le principe d’amplification réglée de Raphèl implique que l’ouverture de tout lien hypertextuel interlinéaire fait apparaître une nouvelle hyperstrophe décimale.

32Celle-ci comporte, à son tour, dix vers soulignés d’un lien hypertextuel, suivis de leurs dix interlignes correspondants, également soulignés d’un lien hypertextuel, dont l’ouverture peut faire apparaître une nouvelle hyperstrophe décimale, et ainsi de suite. Il s’agit d’une amplification indéfinie, réglée (et numérotée) par un ordre décimal.

33La série des strophes de Raphèl réalise donc une amplification totale, enchaînée, cyclique et indéfinie de l’hyperstrophe de base, la strophe zéro.

34Dans la version actuelle de Raphèl, nous n’avons réalisé que la strophe zéro (10 vers) et le premier cycle complet (100 vers).

35Des développements nouveaux pourraient produire des poèmes unilingues. Ainsi, le premier interligne de la première strophe du premier cycle pourrait donner naissance à une série infinie de strophes en français ; le deuxième interligne, à une série infinie de strophes en mongol, et ainsi de suite.

36

Raphèl maÿ amèch zabì almì ?
-8 nouveaux vers intercalaires en français-
Nemrod comme sous la tempête

9 – Amplification des liens linéaires (série des annexes)

37Nous avons développé jusqu’à présent l’amplification obtenue à partir des liens hypertextuels interlinéaires, mais nous avons déjà signalé que tous les vers des strophes sont soulignés d’un lien hypertextuel linéaire. Nous avons également avancé que ces liens donnaient accès à un autre type d’arborescence, celle des Annexes, dont la forme de base est la note.

38Le choix de la forme « note » n’est nullement arbitraire : elle est nécessaire, car elle est liée à la nature même du centon. En effet, puisque chaque vers de Raphèl est strictement une citation, il est logique que chaque vers soit pourvu d’un lien hypertextuel linéaire renvoyant à une note.

39Chaque note indique (au minimum) le nom de l’auteur de la citation, le titre de l’ouvrage d’où elle est tirée, les données bibliographiques de l’édition consultée, etc. La note comporte également une traduction littérale mot à mot de chaque fragment, voire des éclaircissements divers pouvant renvoyer alors à des notes à la note (celles-ci pouvant atteindre la taille d’un essai).

40Les notes à la note sont accessibles grâce à des liens hypertextuels (en nombre variable) qui soulignent certains passages de la note de base.

41Les notes correspondant aux strophes 0 et 01.01 et 01.10 figurent dans les notes n° 1, 2 et 3.

10 – Le multimédia dans Raphèl

42Raphèl, à cause de la nature de ses éléments de base (phrases en langues diverses) comporte des aspects sonores et typographiques qui rendent une réalisation multimédia particulièrement intéressante. En effet, il est important de pouvoir écouter la prononciation adéquate de chaque vers. Certaines citations, par ailleurs, sont des fragments de chansons et doivent être chantées. D’autres fragments ont besoin d’une interprétation sifflée ou bruitée (les onomatopées des Oiseaux d’Aristophane, le coup de tonnerre de Joyce) Il est important également de pouvoir visualiser chaque vers dans ses diverses versions typographiques : d’abord dans la transcription romane utilisée comme norme principale, mais aussi dans l’alphabet phonétique international, et (éventuellement) dans les caractères non romains propres à chaque langue.

43Deux traductions françaises (libre et mot à mot), une traduction allemande et une traduction espagnole de Raphèl existent déjà. D’autres versions sont en cours. Les aspects sonores et typographiques des traductions doivent recevoir également un traitement multimédia.

11 – Interactivité et évolutivité dans Raphèl

44La multiplicité babélique des langues qui interviennent dans Raphèl fait que quasiment n’importe quel individu maîtrisant l’alphabet latin peut comprendre au moins un vers du poème, mais aussi que, d’autre part, quasiment personne ne peut comprendre le poème sans passer par une traduction de l’ensemble.

45L’abondance des citations et des langues impliquées dans Raphèl rendent obligatoire l’interactivité et l’évolutivité du texte. De nombreux experts ont été consultés et ont participé à la traduction de chacun des vers (voire à leur correction, lorsque la citation ou traduction utilisée au départ étaient fautives). Certains ont été consultés sur certains problèmes posés par le montage des fragments. Pour quelques langues rares du premier cycle, le travail est encore en cours.

46Etant donné qu’aucune traduction d’un texte n’est jamais définitive, l’évolutivité indéfinie de la lecture de Raphèl est inscrite dans sa forme même. Par ailleurs, l’évolutivité indéfinie de son écriture est également inscrite dans sa forme, qui est celle d’une prolifération ouverte.

12 – Conclusion : les divers états évolutifs de Raphèl

47Raphèl est structurellement un texte à développement indéfini. Pour cette raison, tout en existant de manière concrète, il reste à ce jour largement en gestation, gestation qui a connu, depuis sa première édition en 1983, sous le titre de Prosopopeïa, plusieurs étapes ayant fait l’objet de publications en livre, en revue, sur l’internet et sur cédérom (voir note 5). La version actuelle de Raphèl a été interprétée (avec des variantes) trois fois en public au cours de l’année 2001 (voir note 6). Une version électronique (hypertexte et texte animé multimédia) est en cours de réalisation.

48Cette date de 1983 me permet d’affirmer qu’il y a eu convergence entre, d’une part, l’apparition de l’outil cybernétique hypertextuel et, d’autre part, le lent développement d’un travail poétique, lequel devrait y trouver son support le plus idoine.

49Il me semble également important de souligner à nouveau que Raphèl est né de l’exploration et de la radicalisation de deux anciennes formes fixes poétiques : la couronne de sonnets et le centon, qui sont tous deux des préfigurations de l’hypertexte, préfigurations, il me semble, largement méconnues.

Notes et bibliographie

  • Note 1 (sources de la strophe zéro)

    • Raphèl maÿ amèch zabì almì
      Quelques mots d’une pseudo-langue. Texte asémantique. Dante, Divine Comédie, Inferno XXXI, 67.
    • Habla horem/égiga goramen
      Texte en pseudo-langue(s). Hugo Ball, Jolifanto bambo, fragment du vers n° 2, suivi du vers n° 3 entier. Edition utilisée : Hugo Ball, Tenderenda der Phantasm, Innsbruck, Haymon, 1999.
      Note à la note. Du temps de Dadà (1916) le titre du poème n’était pas Jolifanto bambo mais Karawane ou Elephantenkarawane (Caravane ou Caravane d’éléphants).
    • Bababadalgharaghtakamminarronnkonnbronnttonnnneroonntuonnthunntrovarrhounawnskawntoohoordenenthurnunk
      Polyglossie, mot composite en 100 lettres. James Joyce, Finnegan’s Wake, I, 1. Edition utilisée : London, Minerva, 1992, p. 3. Note à la note : Il s’agit d’onomatopées mélangées avec des mots (plus ou moins déformés) qui désignent le tonnerre en plusieurs langues, à savoir : kaminari (japonais), brontaô (grec), tonnerre (français), tuonno (italien), åska (suédois), tornach (gaélique), trovaõ (portugais), tun (vieux roumain), tordenen (danois). D’après Roland McHugh, Annotations to Finnegan’s Wake, London, Routledge & Kegan, 1980, p. 3.
    • Raraêl abrabracha merphergar
      Voces mysticæ du Papyrus Magique de Paris, ligne 1565. Edition de A. Verse, Manuel de magie égyptienne, Le Papyrus magique de Paris, Paris, Les Belles Lettres, p. 66.
    • Kikikou ritchi tchitchi tzi-tzi-tzi
      Texte en zaum’. Vélimir Khlebnikov, Zanguezi, Plan II, fragments des vers n° 29 et n° 30.
      Edition utilisée : La Création verbale, Paris, Christian Bourgois, Collection TXT, p. 35.
    • Cominciò a gridar la fiera bocca
      [commença/à/crier/la/terrible/bouche]
      Texte en italien. Dante, Divine Comédie, Inferno XXXI, 68.
    • Osirgue ugig heledeh
      [confuses/paroles (il dit)]
      Texte en mongol jarut. Anonyme, Eloge de l’eau de vie et chanson sur l’ivresse, version chantée par le barde Pajai, vers n° 25. D’après G. Kara, Chants d’un Barde Mongol, Bibliotheca Orientalis Hungarica XII Akadémiai Kiadó, Budapest, 1970, p. 93 (transcription) et p. 155 (traduction).
  • Note 2 (sources de la strophe 01.01)

    • Nemrod comme sous la tempête
      Texte en français. Victor Hugo, La Fin de Satan. Le Glaive, Nemrod, 4, fragment du vers n° 25. Poésies IV, Paris, Laffond, 1986, p. 19.
    • Osirgue ugig heledeh
      (cf. Note 1)
    • Z nevidno nitjo nove govorice
      [avec/l’invisible/fil/du nouveau/langage]
      Texte en slovène. Boris A. Novak, Poèmes choisis, s.l. Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, 1996, p. 76-77. Sonnet V, vers n° 4 de la couronne de sonnets intitulée Kronanje (Couronnement).
    • Farai un vers de dreyt nien
      [je composerai/une/chanson/sur/juste/rien]
      Texte en occitan. Guillaume IX duc d’Aquitaine, chanson Farai un vers de dreyt nien, vers n° 1Œuvres, édition de Alfred Jeanroy, Paris, Honoré Campion, 1967, p. 6.
    • Thokathokam, khane khane
      [Peu à peu/de temps/en temps]
      Texte en pali. Dhamapada, 18, 5, 2. Edition utilisée : celle de Narada Thera, Colombo, Vajirarama, 2515-1972, p. 198.
    • W’ illan d lfahem yezra t
      [L’esprit sagace en comprendra le sens]
      Texte en kabyle. Si Mohand, Isefra, Paris, François Maspéro, 1969, p. 108-109. Poème Bismilleh (Prélude), vers n° 6. Traduction de Mouloud Mammeri.
    • ‘Isma’ menni w-la tsadde’ni
      [écoute/(de la part de) moi/et ne/crois pas moi]
      Texte en arabe. D’après Ferdinand-Joseph Abela, Proverbes populaires du Liban Sud, Paris, Maisonneuve et Larose, 1981-1985, tome II, p. 380 (proverbe n° 1510). La traduction littérale tient compte des conseils de Bernadette Aziz Bakhache.
    • Ka-ta dug4-ga-gu gé-en silim-ma-ab
      [les déclarations de ma bouche, rends-les favorables]
      Texte en sumérien. Cuneiform Texts from Babilonian tablets, XVI, 3, planche 7, ligne 272 (autographies de R.C. Thompson), London, British Museum, 1903. Traduction de Y. Rosengarten et de André Baer, S.J. publiée dans leur ouvrage Sumer et le Sacré, Paris, Boccard, 1977, p. 210.
  • Note 3 (sources de la strophe 01.10)

    • Comminciò a gridar la fiera bocca
      [Commença/à/crier/la/terrible/bouche]
      Texte en italien. Dante, Divine Comédie, Inferno XXXI, 68.
    • Yn ayectli quihtohuaya Nemrod
      [du (le)/vicieux/qu’on appelle/Nemrod]
      Texte en nahuatl. Anales de Chimal Pahin, Séptima Relación (relación de Simeón). D’après Raoul de la Grasserie, Le nahuatl, Paris, E. Guilmoto, 1903. (Réédition Kraus Reprint, Nendel/Liechtenstein, 1968, tome I, p. 398-399).
    • Interrogant ánimes infernades
      [en questionnant/les âmes/qui sont en Enfer]
      Texte en catalan. Ausiàs March, Cants d’Amor (Chants d’Amour). Poème Llir entre cards (Lis parmi les chardons), strophe 13, vers n° 6. Poesies, édition de Vicent Josep Escartí, València, Alfons el magnánim, 1993, p. 50.
    • I dteanga nár airíos-sa
      « Dans une langue que je n’ai jamais entendue »
      Texte en gaélique. Sean Ó Ríordáin, poème Sos (Répit), vers n° 13. D’après l’Anthologie de la Poésie irlandaise du XXe siècle, Lagrasse, Verdier, 1996, p. 378-379. Traduction de Eamon Ó Ciosáin.
    • (Un scris) din care nimeni nimic nu întelege.
      [(un écrit)/au-/-quel/personne/rien/ne/comprend]
      Texte en roumain. Alexandru Philippide, Monolog în Babilon/Monologue à Babylone, Bucuresti, 1975, p. 234-235. Poème Incomunicabilul (L’Incommunicable), fragment du vers n° 29.
    • (Nimrod) hou hechel lyiyot guibor ba aretz
      [(Nemrod)/lui/a commencé/être/héros puissant/sur/la terre]
      Texte en hébreu. Genèse, 10, 8. Edition de H. Kohlenberger, Interlinear Hebrew-English Old Testament, s. l. (Etats-Unis), Zandervan, 1990.
    • (Foo ko fekk, )mu ngay waxtu
      [(Où qu’on le trouve,) il est en train de parler tout seul]
      Exemple de phrase en wolof. D’après le Dictionnaire Wolof-Français de Arame Fal, Rosine Santos, et Jean Léonce Doneux, Paris, Karthala, 1990, p. 238, sub verbo « waxtu », p. 238.
    • Y toda la discordia de Babel
      [et/toute/la/discorde/de/Babel]
      Texte en espagnol. Jorge Luis Borges, El Otro, el mismo (L’Autre, le même), sonnet Una brújula (Une boussole) vers n° 8. Obras completas, Buenos Aires, Emecé, 1974, p. 875.
    • Alekake nd’ôngóngó l’akíndo
      [passe/dans le gosier/avec des gargouillements]
      Texte en mongo. Anonyme, Bokolikonga, version A, vers n° 24. D’après G. Hulstaert, M.S.C., Poèmes Mongo anciens, Tervuren, Annales du Musée Royal de l’Afrique Centrale, n° 93, 1978, p. 258-259.
  • Note 4

    • Cette forme fut particulièrement pratiquée dans l’Italie de l’époque baroque et a connu, jusqu’à nos jours, une postérité dans les littératures de langue allemande et de langues slaves. Elle n’a quasiment jamais été utilisée par les poètes français, mais sa définition et un exemple français figurent dans le Dictionnaire de Poétique et de Rhétorique de Morier (voir la note à cette note).
    • Une couronne de sonnets comporte un sonnet maître (Sonetto Magistrale) et un cycle dérivé, constitué par un ensemble de quatorze sonnets enchaînés. Les quatorze vers du sonnet maître (l’équivalent de notre strophe zéro) donnent naissance aux quatorze sonnets du cycle selon le même principe qui fait apparaître nos dix strophes décimales à partir de notre strophe zéro.
    • En effet, chaque sonnet du cycle s’écrit en intercalant douze vers dans l’interligne qui sépare deux vers successifs du sonnet maître.
    • De cette manière, le premier et le dernier vers du premier sonnet du cycle reproduisent le premier et le deuxième vers du sonnet maître, et ainsi de suite, jusqu’au quatorzième sonnet du cycle, dont le premier et le dernier vers reproduisent le dernier et le premier vers du sonnet maître. Le cycle (la « couronne »), se referme alors, et la boucle est bouclée (voir la figure n° 3).
    • Nous sommes devant une amplification totale et cyclique du sonnet maître. Par ailleurs, puisque chaque sonnet du cycle répète nécessairement le dernier vers du sonnet précédent, il s’agit d’une amplification totale, enchaînée et cyclique
    • Les quatorze sonnets du cycle sont très précisément le produit d’une arborescence interlinéaire identique à celle que nous avons décrite dans le cas des strophes de Raphèl.
    • Note à la note 4. Voir Morier, Henri, article « La Couronne de Sonnets », in Dictionnaire de Poétique et de Rhétorique, Paris, PUF, 1989, p. 1073-1078. La couronne de sonnets est en réalité un cas particulier d’une autre forme fixe poétique, la Glose (voir BANVILLE, Théodore de, chapitre « La Glose », in Petit Traité de Poésie française, Paris, Eugène Flasquelle éditeur, 1922, p. 240-243).
  • Note 5 - Publications précédentes de Raphèl

    • Schiavetta, B., « Prosopopeïa », in Diálogo, Valencia, Prometeo, 1983, p. 45-46.
    • Schiavetta, B., Le lieu vide, in Noésis, n° 2 (Figuration de l’absence), 1985, p. 86-88.
    • Schiavetta, B., « Hiperglosas », in Serna, Angela & Varela, Julio, eds., Escritura creativa, Actas del I encuentro nacional de talleres de escritura creativa (1996), Universidad del País Vasco, Vitoria, 1997. p. 77-88.
    • Schiavetta, B., Comment je me suis mis à écrire le LIVRE, Formules, n° 1, Avril 1997, p. 209-226, article repris sur internet (www. formules. net).
    • Schiavetta, B., Projet du LIVRE ou Comment je me suis mis à écrire le LIVRE, in DWB, Dietsche Warande & Belfort, 1999-4, Electronische literatuur, cd-rom (file: ///DWB/dwb/essaysf/livre/livre.htm)
    • Schiavetta, B., « Raphèl », in Hypertextes, hypermédias, nouvelles écritures, nouveaux langages, H2PTM’01, Hermes-Lavoisier, 2001, p. 223-237.
  • Note 6 - Performances publiques de Raphèl

    • Centre de poétique comparée, Institut national de langues orientales (Paris), lectures des versions successives au cours de plusieurs séances de travail pendant les années 1998, 1999 et 2000.
      Château de Cerisy-la-Salle, dans le cadre du colloque « Ecritures et lectures à contraintes », le 13 août 2001.
      Théâtre Le Phénix, Valenciennes, dans le cadre du colloque « Hypertextes hypermédia HTPM’01 », le 19 octobre 2001.
      ENS de Lyon, dans le cadre du Centre d’études poétiques, le 14 novembre 2001.

Mots-clés éditeurs : Babel, centon, hypertexte, livre infini, multilinguisme, poésie électronique

Date de mise en ligne : 01/03/2001