Article de revue

Construction incrémentale d'une ontologie par analyse du texte et de la structure des documents

Pages 77 à 91

Citer cet article


  • Role, F.
  • et Rousse, G.
(2006). Construction incrémentale d'une ontologie par analyse du texte et de la structure des documents. Document numérique, . 9(1), 77-91. https://stm.cairn.info/revue-document-numerique-2006-1-page-77?lang=fr.

  • Role, François.
  • et al.
« Construction incrémentale d'une ontologie par analyse du texte et de la structure des documents ». Document numérique, 2006/1 Vol. 9, 2006. p.77-91. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-document-numerique-2006-1-page-77?lang=fr.

  • ROLE, François
  • et ROUSSE, Guillaume,
2006. Construction incrémentale d'une ontologie par analyse du texte et de la structure des documents. Document numérique, 2006/1 Vol. 9, p.77-91. URL : https://stm.cairn.info/revue-document-numerique-2006-1-page-77?lang=fr.

Notes

  • [1]
    On peut bien sûr citer des exceptions comme le système décrit dans (Bourigault et al., 2002) qui s’attache à rechercher des syntagmes nominaux apparaissant dans les intitulés des sections et sous-sections d’un ensemble de codes juridiques, ces syntagmes étant a priori pertinents du fait de leur emplacement.
  • [2]
    Le résultat du traitement par ACABIT des 37 volumes de la Flore du Cameroun est mis en ligne à l’adresse http:// graves. inria. fr/ biotim/ resultats/ morpho-syntaxe/ cameroun/ cameroun. acb
  • [3]
    Un logiciel d’OCR a permis d’obtenir le texte contenu dans les images de pages similaires à celle qui est représentée sur la figure 1.
  • [4]
    On peut sans trop s’avancer, supposer que c’est au moins le cas pour d’autres familles de fleurs, la description de ces dernières étant stéréotypée d’une famille à l’autre.

1 – Objectifs et motivations

1Les progrès des techniques de numérisation et d’édition permettent aujourd’hui de créer des ensembles de ressources de plus en plus volumineux. La capacité à extraire des connaissances à partir de ces « masses de données » est devenue un enjeu très important dans des domaines aussi variés que la recherche scientifique ou la veille économique.

2Parmi les documents volumineux pouvant intervenir dans des processus d’acquisition de connaissances, un grand nombre ont une structure logique (manuels techniques, dictionnaires, codes juridiques, etc.) Cette structuration est soit déjà explicitée dans le cas de documents munis d’un balisage XML soit susceptible d’être extraite par des techniques de rétroconversion.

3Malgré cette réalité, dans les approches proposées pour la construction d’ontologies à partir de corpus, l’accent est mis sur l’analyse du contenu grâce à des outils d’analyse d’images ou de TALN (Aussenac-Gilles et al., 2000 ; Bourigault et al., 2004) ainsi que sur le nécessaire travail de validation en relation avec des experts du domaine. La contribution que peut apporter l’utilisation de la structure des documents est, elle, rarement explicitée. Assez fréquemment, cette structure est même considérée comme un obstacle à l’analyse du contenu, cette dernière ayant alors comme prérequis des traitements préliminaires destinés à éliminer toute forme de balisage [1].

4Une autre source d’informations importante pour l’acquisition automatique de connaissances est constituée par les ressources conceptuelles (ontologies) ou terminologiques (thesaurus, lexiques sémantiques) qui peuvent soit exister dès l’initialisation du processus d’acquisition soit être élaborées à une étape de ce dernier pour être utilisées lors d’étapes ultérieures. Dans ce dernier cas, le processus prend un caractère incrémental puisque des ressources conceptuelles « intermédiaires » contribuent à l’élaboration des ressources conceptuelles qui constituent la cible du processus d’acquisition.

5L’élaboration d’une méthodologie d’extraction permettant de faire coopérer efficacement ces sources hétérogènes est un des axes de recherche du projet BIOTIM (BIOTIM, 2003). Dans cet article nous présentons les résultats d’une expérimentation menée dans cette perspective et portant sur l’un des nombreux corpus botaniques actuellement traités dans le cadre du projet BIOTIM.

6Après quelques rappels sur le projet BIOTIM et une présentation des caractéristiques des documents ayant servi de support à l’expérimentation (section 2), nous détaillons les étapes du processus d’extraction (section 3).

2 – Présentation du projet BIOTIM

2.1 – Objectifs du projet

7Labellisé en 2002 dans le cadre de l’ACI « masses de données », le projet BIOTIM a pour objectif de dégager une méthodologie et de développer des outils permettant de construire une ontologie dans le domaine de la flore tropicale. Le projet utilise donc des documents botaniques, mais le but est bien de développer une approche applicable à d’autres types de corpus présentant des caractéristiques similaires en termes de structuration.

2.2 – Caractéristiques des corpus utilisés

8L’IRD d’Orléans a fourni entre 2003 et 2004 de nombreux corpus numérisés sous forme d’images TIFF (Flore de la Guyane, Flore de la Polynésie, Flore du Cameroun, etc.) aux différents partenaires du projet. Ces derniers exploitent les données fournies à des fins diverses (construction automatique de dictionnaires, analyse automatique des images du corpus, etc.). Cependant l’essentiel des travaux relatifs à l’articulation entre contenu textuel, structure logique et ressources conceptuelles ont été menés au sein de l’équipe ATOLL et ont porté sur la Flore du Cameroun, un corpus constitué d’une quarantaine de volumes publiés entre 1963 et 2001, chaque volume représentant environ trois cents pages de texte.

9Ce corpus a pour caractéristique d’avoir une structure assez régulière malgré l’étalement dans le temps. Chaque volume est en effet une succession de sections dont chacune décrit un genre ou une espèce. Chaque espèce fait notamment l’objet d’une fiche comportant diverses informations (bibliographie, distribution géographique, écologie, indication des spécimens, etc.) ainsi qu’une partie descriptive qui énumère les caractères distinctifs de l’espèce sous forme de phrases nominales juxtaposées. Cette zone, située au centre de la fiche, contient un grand nombre d’adjectifs qualifiant la forme, la texture, la couleur des organes de l’espèce décrite ainsi que des indications sur le nombre et la dimension de ces organes (figure 1).

Figure 1

Description d’une espèce. Les pages des volumes papier fournis par l’IRD ont été numérisées en TIFF, puis le texte a été extrait par un logiciel d’OCR. C’est sur le texte ainsi extrait que portent les travaux d’analyse structurelle et linguistique menés dans le projet BIOTIM

Description d'une espèce botanique avec texte et illustrations en noir et blanc.

Description d’une espèce. Les pages des volumes papier fournis par l’IRD ont été numérisées en TIFF, puis le texte a été extrait par un logiciel d’OCR. C’est sur le texte ainsi extrait que portent les travaux d’analyse structurelle et linguistique menés dans le projet BIOTIM

2.3 – Premiers essais d’analyse du contenu textuel

10Dès le début du projet, l’idée a été de produire un lexique du domaine de manière à faciliter l’analyse syntaxique devant permettre d’élaborer l’ontologie complète du domaine. La stratégie initialement adoptée a consisté à extraire le texte du corpus de la Flore du Cameroun, et à le soumettre à une chaîne d’analyse morpho-syntaxique, le texte ainsi annoté étant alors analysé par des outils d’extraction terminologique.

2.3.1 – Traitement morpho-syntaxique

11La chaîne morpho-syntaxique développée par l’équipe ATOLL a permis d’associer aux corpus du projet BIOTIM, et donc à la Flore du Cameroun, des annotations morpho-syntaxiques. Par exemple, la figure 2 fait apparaître les annotations associées par la chaîne morpho-syntaxique au texte « Plantes pourvues d’une tige ». Ces annotations sont représentées en XML conformément à la proposition de normalisation MAF (Clément et al., 2004), ce qui, comme nous le verrons, facilite grandement leur exploitation.

Figure 2

Exemple d’annotations morpho-syntaxiques au format MAF

Code XML avec annotations morpho-syntaxiques pour des mots en français.

Exemple d’annotations morpho-syntaxiques au format MAF

2.3.2 – Extraction terminologique et essais préliminaires d’acquisition de classes sémantiques

12A l’issue de la chaîne morpho-syntaxique, le texte a été soumis à des outils d’extraction terminologique comme FASTR et ACABIT (Daille, 2003). Dans la phase initiale du projet, l’idée était d’évaluer s’il était possible d’utiliser la terminologie ainsi obtenue pour acquérir des classes sémantiques. Plus précisément, il s’agissait de vérifier si les liens gouverneur-gouverné implicitement présents dans les entrées terminologiques pouvaient servir à effectuer des regroupements sémantiques. Dans l’esprit de la sémantique lexicale, le fait que, par exemple, le terme « teinte » apparaisse comme le gouverneur des termes « jaune », « rouge » et « vert » peut suggérer que ces termes correspondent à un ensemble de couleurs. D’une manière générale, dans ce type d’approche, on essaie d’établir des coefficients de similarité entre les termes en comparant leur contexte. Sur la base des coefficients on calcule une matrice des distances, et il est alors possible d’utiliser un algorithme de classification ascendante hiérarchique pour obtenir un arbre.

13Cette technique a donc été expérimentée [2] et des expériences de visualisation sous forme de graphes de termes ont également été menées, mais il est apparu globalement que le résultat des outils d’extraction était bruité, notamment du fait de la non prise en compte de la structuration logique, le contenu de zones particulières comme par exemple la bibliographie, la zone indiquant les références des specimens, l’indication du « type », etc., étant mis sur le même plan que des zones relevant plus directement de la langue naturelle.

14La décision a donc été prise de procéder au balisage logique des corpus, de manière à pouvoir mieux cibler les zones à traiter. Il est également apparu qu’il pourrait être intéressant de construire dans un premier temps, non pas une ontologie complète du domaine, mais une ontologie dont la finalité serait de guider les processus d’extraction et d’analyse devant permettre d’obtenir cette ontogie du domaine. Pour tester cette nouvelle approche, il a été décidé de se concentrer sur les trois volumes du corpus de la Flore du Cameroun consacrés à la famille des orchidées. Une vingtaine de genres et plus de 360 espèces sont décrites dans ces volumes, la description de la famille des orchidées présentant par ailleurs un intérêt particulier pour les spécialistes du domaine comme le souligne l’équipe éditoriale :

15

« C’est avec joie et soulagement que toute l’équipe responsable de la Flore du Cameroun présente aujourd’hui les Orchidées, une des plus importantes familles de cette série, à la fois par le nombre de ses espèces (360), mais aussi par l’intérêt scientifique, esthétique et économique qu’elle suscite. »
(Szlachetko et al., 2001)

16Nous présentons dans les sections suivantes les premiers résultats obtenus en adoptant cette nouvelle approche qui se caractérise donc par une prise en de compte de toutes les informations structurelles disponibles et par l’élaboration d’une ou de plusieurs ontologies intermédiaires.

3 – Vers un processus d’extraction incrémental et multisource

17L’idée qui guide actuellement les travaux menés au sein de BIOTIM est de construire une ontologie des plantes tropicales en s’appuyant sur la structure du document à deux niveaux :

  • d’une part pour obtenir automatiquement, par analyse de cette structure, une hiérarchie de classes reflétant la taxinomie botanique traditionnelle (famille, genre, espèce) ;
  • d’autre part pour cibler de manière précise les traitements linguistiques à effectuer pour compléter la hiérarchie de classes par des indications méronymiques portant sur les organes constitutifs des différentes espèces.
Nous allons détailler ces deux étapes (sections 3.2 et 3.3) après avoir donné quelques indications sur le formalisme utilisé pour représenter les ontologies manipulées dans le cadre du projet. (section 3.1).

Figure 3

La structure XML, obtenue par rétroconversion à partir du texte, sert d’une part à construire une hiérarchie de classes OWL reflétant la taxinomie botanique traditionnelle et d’autre part à mieux cibler des traitements linguistiques permettant d’extraire les informations relatives aux organes constitutifs des plantes

Description de l'image par IA : Diagramme montrant la conversion de texte en XML, puis en OWL et MAF, avec des étapes d'analyse et d'extraction.

La structure XML, obtenue par rétroconversion à partir du texte, sert d’une part à construire une hiérarchie de classes OWL reflétant la taxinomie botanique traditionnelle et d’autre part à mieux cibler des traitements linguistiques permettant d’extraire les informations relatives aux organes constitutifs des plantes

3.1 – Choix du formalisme cible

18La botanique, qui est le domaine traité dans le cadre du projet, se prête naturellement à la représentation de taxinomies. Les plantes sont organisées en genre/espèce et, comme nous le verrons dans la section suivante, la structure logique des documents du corpus reflète directement cette organisation. Il était donc naturel d’utiliser OWL (Web Ontology Language) (OWL, 2004), un langage de représentation d’ontologies qui permet de décrire des classes et des instances ainsi que des propriétés que peuvent où doivent posséder des instances. L’utilisation de l’axiome rdfs : subClassOf permet de plus d’organiser les classes en une hiérarchie d’héritage. Par ailleurs, OWL existant en trois versions de complexité croissante (OWL Lite, OWL DL, OWL Full) il a été nécessaire d’opérer un choix. OWL Full ayant un pouvoir expressif (et une complexité informatique associée) dépassant les besoins du projet BIOTIM et OWL Lite présentant au contraire certaines limitations contraignantes, notamment en termes d’expression des cardinalités, il a donc été décidé de s’en tenir au niveau OWL DL pour représenter aussi bien la ou les ontologies intermédiaires que l’ontologie du domaine.

3.2 – Construction d’une hiérarchie de classes OWL à partir de la structure logique

19La première étape de la démarche présentée dans cet article consiste à extraire, grâce à un programme Perl, la structure logique des 37 volumes de la Flore du Cameroun[3]. Chaque volume donne ainsi naissance à un document XML, et l’information structurée obtenue est alors utilisée pour amorcer la construction de l’ontologie. À ce stade on dessine en effet déjà les grandes lignes de cette dernière en s’appuyant directement sur la structure macroscopique du document XML (figure 4). Un programme XSLT très simple analyse le document XML et crée une classe OWL pour chaque élément espèce rencontré.

Figure 4

Aperçu général de la représentation des relations entre genres et espèces dans un volume de la Flore du Cameroun après conversion en XML

Code XML représentant les relations entre genres et espèces dans un volume de la Flore du Cameroun.

Aperçu général de la représentation des relations entre genres et espèces dans un volume de la Flore du Cameroun après conversion en XML

20Le découpage en genres/espèces représenté dans la structure logique de chaque document permet également d’initialiser la hiérarchie de classes de l’ontologie. La figure 5 montre la représentation OWL qui est obtenue pour le genre Diaphananthe. On voit que ce genre descend de la famille des Orchidaceae, et que ses espèces sont représentées par les sous-classes Diaphananthe pellucida, Diaphananthe bueae, etc.

Figure 5

Représentation OWL de la hiérarchie de classes

Code XML représentant la hiérarchie de classes OWL pour la taxonomie des plantes.

Représentation OWL de la hiérarchie de classes

21Dans un second temps, on s’intéresse de manière détaillée aux fiches décrivant les espèces. Comme le montre la figure 6, la structure de ces fiches suit un schéma assez facile à identifier : bibliographie, zone décrivant les caractéristiques physiques de la fleur, type, distribution géographique et écologie, etc.

Figure 6

Représentation XML de la structure logique d’une fiche décrivant une espèce. Les paragraphes situés dans l’élément description contiennent une description physique détaillée de l’espèce

Texte XML décrivant une espèce botanique avec détails physiques.

Représentation XML de la structure logique d’une fiche décrivant une espèce. Les paragraphes situés dans l’élément description contiennent une description physique détaillée de l’espèce

22Ces informations, fournies directement par la structuration logique, permettent de considérer chaque espèce comme une classe OWL regroupant les individus ayant pour caractéristiques d’avoir une bibliographie associée, une distribution géographique, des spécificités écologiques et un ensemble d’organes. La description précise de ces derniers, qui intéresse en premier lieu les spécialistes du domaine, ne peut cependant être retrouvée qu’en analysant avec des outils linguistiques la zone, située au centre de chaque fiche, qui détaille les caractéristiques physiques de la fleur.

3.3 – Coopération entre structure logique et traitements morpho-syntaxiques

23Les techniques de TALN déjà présentées dans la section 2.3 peuvent être mises en œuvre pour contribuer à améliorer la modélisation initiale. En s’appuyant sur la connaissance de la structure, il est déjà possible de cibler les zones les plus appropriées à un traitement linguistique (notamment la zone de texte décrivant les caractéristiques physiques de la fleur, que l’on retrouve au milieu de chaque fiche) et de réserver un traitement à part à des zones ne relevant pas du langage naturel comme la bibliographie par exemple.

24Mais on peut faire coopérer encore plus étroitement linguistique et structure en affinant cette dernière. En effet, en nous concentrant sur la zone la plus riche en informations textuelles, à savoir la description des fleurs, l’analyse de cette dernière révèle une structure répétitive qui correspond à une énumération des composantes caractéristiques d’une orchidée, chaque composante faisant l’objet d’une description l’une à la suite de l’autre (ces composantes sont mises en évidence dans le texte de la figure 7).

Figure 7

Description des caractéristiques physiques d’une espèce

Tige courte, feuilles lancéolées, fleurs blanches et vertes, bractées florales, pédicelle, sépales et pétales décrits en détail.

Description des caractéristiques physiques d’une espèce

25Le marquage de cette structure implicite fournit un contexte permettant d’utiliser de manière plus précise les informations morpho-syntaxiques. Il devient ainsi possible d’extraire les qualificatifs utilisés dans la description d’une fleur et de les rattacher aux composantes pour la description desquelles ils peuvent être utilisés. Par exemple, les adjectifs « ligulées-lancéolées », « bilobées », « trilobées » etc. sont adaptés à la description des feuilles d’une fleur alors que « multiflore » ne pourra pas être utilisé dans ce cadre mais sera un bon qualificatif de la composante « inflorescence ».

26Nous allons illustrer par un exemple la façon dont ces informations peuvent être obtenues. Pour chaque fiche, on soumet le texte de la zone de description d’une fleur à une analyse morpho-syntaxique qui produit des annotations similaires à celles qui ont été présentées dans la section 2.3.1. On exploite notamment le fait que l’analyse morpho-syntaxique effectuée par la chaîne de traitement développée par l’équipe ATOLL est censée déboucher sur une identification non ambiguë des signes de ponctuation dont le point final. De fait, cette identification s’est révélée extrêmement fiable dans le cadre du corpus que nous avons étudié. Ainsi, dans le flot des annotations syntaxiques, un point final est clairement identifié comme dans l’extrait ci-dessous :

Description de l'image par IA :

27On peut alors, par un programme XSLT très simple, structurer finement le document en segmentant la description d’une fleur en zones correspondante à chacune des composantes de cette fleur. On isole par exemple dans une fiche la phrase nominale associée à un sépale dorsal et les annotations morpho-syntaxiques associées à cette composante de la fleur. La figure 8 montre ainsi le début des annotations qui ont été isolées pour la phrase nominale suivante :

28« Sépale dorsal ovale-lancéolé, aigu à acuminé, parfois obtus, mince, glabre, à 5 nervures non ramifiées ».

Figure 8

Début des annotations liées à la description d’un sépale dorsal

Description de l'image par IA : Code XML avec des annotations lexicographiques pour des termes botaniques comme sépale, dorsal, ovale-lancéolé, etc.

Début des annotations liées à la description d’un sépale dorsal

29Un filtrage linguistique simple basé sur les catégories et les accords permet de retrouver les adjectifs et les participes pouvant qualifier un sépale dorsal :

  • « ovale-lancéolé »
  • « aigu »
  • « acuminé »
  • « obtus »
  • « mince »
  • « glabre »
Par contre le mot « ramifiées » est un participe, mais ses caractéristiques d’accord ne concordent pas avec celles du mot « sépale » et il n’est pas retenu. Au total, un peu plus de 400 qualificatifs applicables aux caractéristiques physiques d’une orchidée tropicale (formes, couleurs, textures) ont pu être intégrés à la description OWL de ce type de fleur, en étant automatiquement assignés aux composantes avec lesquelles ils étaient compatibles.

30On obtient ainsi par des traitements linguistiques et structurels très simples (étiquetage morpho-syntaxique, recherche de motifs, détection de la hiérarchie genre/espèce, etc.) une première ontologie « intermédiaire » dans le sens où, même si elle peut déjà présenter un certain intérêt pour les spécialistes de la flore, elle a surtout pour vocation de faciliter des traitements linguistiques plus complexes menés ultérieurement pour élaborer une ontologie complète du domaine. La nécessité d’une telle démarche incrémentale est mise en évidence dans la section suivante.

3.4 – Coopération entre traitements syntaxiques et ressources conceptuelles

31Pour chercher des informations complémentaires dans les descriptions de chaque composante, il est nécessaire d’identifier des relations qui ne se limitent pas aux liens gouverneur-gouverné entre mots proches dans la phrase. Par exemple, dans le texte suivant :

32« Sépale dorsal de 6-8,6 x 2,5-4,1 mm, ovale-lancéolé, aigu à acuminé, parfois obtus, mince, glabre, à 5 nervures non ramifiées »

33les informations mérologiques (le fait que le sépale possède 5 nervures) ne peuvent être détectées avec l’analyse linguistique de surface présentée dans la section précédente. Une analyse syntaxique plus poussée est nécessaire.

34Cependant, il n’est pas en général possible de déboucher sur des analyses non ambiguës en utilisant uniquement des ressources syntaxiques. Par exemple, Dans le cas d’une phrase comme « Feuilles aux nervures épaisses, légèrement acuminées », en l’absence de connaissances sur le domaine, il est impossible de savoir si « acuminées » se rapporte aux feuilles ou aux nervures. L’ontologie « intermédiaires » dont nous avons décrit la construction dans cette section contient précisément ce type d’informations et peut donc contribuer à améliorer la qualité d’une analyse syntaxique plus poussée des fiches botaniques.

35Dans les exemples qui précèdent, on voit que l’ontologie doit venir au secours de l’analyse linguistique, mais inversement on peut aussi dire que l’amélioration de l’analyse linguistique contribue à enrichir l’ontologie. Le problème évoqué ici rejoint la question plus générale de la coopération entre analyse syntaxique et ressources conceptuelles, un domaine encore peu exploré comme cela est souligné dans (Sagot et al., 2004).

4 – Conclusion

36Les travaux présentés dans cet article avaient pour but d’évaluer l’intérêt d’une approche consistant à combiner et à faire coopérer étroitement les différentes sources d’information disponibles (contenu, structures documentaires identifiables, ressources conceptuelles – ontologiques ou terminologiques).

37Par des traitements très simples (étiquetage morpho-syntaxique, recherche de motifs) il a été possible de produire rapidement une ontologie pouvant déjà servir à piloter des traitements linguistiques complexes (analyse syntaxique et identification de dépendance de complexes). Dans un futur proche, nous serons donc en mesure de construire à partir de cette ontologie intermédiaire une ontologie complète pour la famille des orchidées, ce qui présentera déjà en soi un intérêt pour les spécialistes du domaine. Dans la perspective de fournir à ces spécialistes un environnement de validation motivant et efficace, nous testons déjà en parallèle des outils de diffusion d’ontologies sur le web comme par exemple pOWL ou SESAME. Au total, en nous limitant au cas du corpus étudié, on peut estimer que le souci d’exploiter toutes les informations que pouvaient fournir les données disponibles, notamment les structures textuelles microscopiques et les structures macroscopiques (André et al., 1990), a permis de réduire de façon significative la complexité des programmes à écrire.

38Il reste maintenant à vérifier si cette démarche peut être reproduite avec succès pour traiter les autres corpus manipulés dans le cadre du projet BIOTIM [4]. Si c’est le cas, l’exploitation des corpus BIOTIM permettra d’explorer à une très grande échelle la question de la prise en compte d’un point de vue linguistique des ressources conceptuelles et structurelles.

5. Bibliographie

  • ATOLL, Projet ATOLL, Inria-Rocquencourt, http:// atoll. inria. fr/
  • André J., Quint V., « Structures et modèles de documents », in Le document électronique : cours INRIA, Châtelaillon, 11-15 juin 1990, p. 3-57.
  • Aussenac-Gilles N., Biebow B., Szulman S., « Corpus analysis for conceptual modelling », Workshop on Ontologies and Texts, Knowledge Engineering and Knowledge Management: Methods, Models and Tools, 12th International Conference, EKAW’2000, Juan-les-pins, France, octobre 2000.
  • BIOTIM, Projet ACI BIOTIM, http:// www-rocq. inria. fr/ imedia/ biotim/
  • Bourigault D., Aussenac-Gilles N., Charlet J., « Construction de ressources terminologiques ou ontologiques à partir de textes : un cadre unificateur », RIA, vol. 18, n° 1, 2004, p. 87-110.
  • Bourigault D., Lame G., « Analyse distributionnelle et structuration de terminologie. Application à la construction d’un ontologie documentaire du droit », TAL, 43, 2002, p. 129-150.
  • Clément L., Villemonte de la Clergerie E., Terminology and other language resources – morpho-syntactic annotation framework (MAF), ISO TC37 SC4 WG2 Working Draft, 2004.
  • Daille B., « Terminology mining », Information Extraction in the Web Era, Lectures Notes in Artificial Intelligence, 2003, p. 29-44.
  • OWL, Web Ontology Language (OWL), http:// www. w3. org/ 2004/ OWL/
  • Sagot B., El Ghali A., « Coupling grammar and knowledge base : Range Concatenation Grammars and Description Logics », in Lecture Notes in Artificial Intelligence 3206, Proceedings of TSD’04, Brno, 2004, p. 195-202.
  • Szlachetko D., Olszewski T., Flore du Cameroun, vol. 34, ministère de la Recherche scientifique et technique du Cameroun, Yaoundé, 2001.

Mots-clés éditeurs : acquisition de connaissances, botanique, ontologie, OWL, structure logique, traitement automatique du langage naturel