Article de revue

La lycanthropie : du mythe à la pathologie psychiatrique

Pages 675 à 679

Citer cet article


  • Baratta, A.
  • et Weiner, L.
(2009). La lycanthropie : du mythe à la pathologie psychiatrique. L'information psychiatrique, 85(7), 675-679. https://doi.org/10.1684/ipe.2009.0524.

  • Baratta, Alexandre.
  • et al.
« La lycanthropie : du mythe à la pathologie psychiatrique ». L'information psychiatrique, 2009/7 Volume 85, 2009. p.675-679. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2009-7-page-675?lang=fr.

  • BARATTA, Alexandre
  • et WEINER, Luisa,
2009. La lycanthropie : du mythe à la pathologie psychiatrique. L'information psychiatrique, 2009/7 Volume 85, p.675-679. DOI : 10.1684/ipe.2009.0524. URL : https://stm.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2009-7-page-675?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/ipe.2009.0524


Introduction

1Le terme de lycanthropie dérive du grec lukanthrôpos qui signifie homme loup. Plus connue du grand public sous le nom de loup-garou, la lycanthropie désigne la croyance selon laquelle la métamorphose d’un homme en loup serait possible. De telles croyances sont anciennes puisque remontant à la période antique. Elles ont également conduit à d’innombrables procès en Europe à la fin du XVIe siècle. Cette période voit en effet une véritable épidémie de lycanthropie, combattue avec force par certains juges zélés de l’Inquisition.

2Mais la lycanthropie désigne également un trouble mental durant lequel l’individu a la conviction délirante d’être changé en loup. Très tôt ce trouble a été associé à la mélancolie, pour être ensuite rattaché à la manie ou folie agitée. Au début du XXe siècle la lycanthropie est considérée comme un symptôme clinique pouvant être observé dans de nombreux troubles mentaux et organiques. Aujourd’hui encore la littérature internationale rapporte l’observation de plusieurs cas cliniques intéressants.

Lycanthropie et mythologie

3La possibilité d’une métamorphose d’un être humain en animal est une croyance ancienne, puisqu’une première mention est relevée dans L’Ancien Testament. Il s’agit du mythe du roi Nabuchodonosor, qui fut transformé en bœuf pendant 7 ans [7]. Il est intéressant de noter que cette métamorphose survient dans les suites immédiates d’un état dépressif, soulignant par là même la relation très précocement établie entre zoomorphisme et maladie mentale.

4Les premiers écrits évoquant les croyances selon lesquelles des hommes pouvaient physiquement se transformer en loups sont retrouvés dès le Ve siècle avant J.-C. Hérodote parle ainsi d’une race d’hommes vivant aux abords de la mer Noire, capables de se métamorphoser en loup au moyen de pratiques magiques [13]. Cette croyance va perdurer dans le temps et s’étendre géographiquement. Les écrits d’Ovide nous permettent d’affirmer que les Arcadiens croyaient en la lycanthropie. Cet auteur rapporte l’histoire de Lycaon, roi d’Arcadie et de ses 50 fils. Zeus leur rendit visite sous l’aspect d’un pauvre hère. Lycaon, par cruauté, fait tuer un jeune enfant et le fait servir à Zeus en menu du banquet. Ce dernier, indigné, devine la supercherie. Il repousse le festin servi, foudroie tous les fils de Lycaon et transforme ce dernier en loup : « Ses vêtements se changent en poils, ses bras en jambes, devenu loup il conserve encore des vestiges de son ancienne forme. Il a toujours le même poil gris, le même air farouche, les mêmes yeux ardents ; il est toujours l’image de la férocité [19]. » L’un de ses contemporains romains, le poète Virgile, écrit un poème mettant en œuvre un lycanthrope : « Moerius m’a fait connaître les végétaux puissants, ses poisons ramassés près de la mer Noire, et j’ai souvent vu par leurs vertus Moerius se changer en loup et s’enfoncer dans les bois [27]. »

5Au Ier siècle après J.-C., Arétée de Cappadoce décrit des hommes se sentant transformés en loups. Leurs appétits féroces les obligeraient à se jeter sur les troupeaux et les paysans pour les dévorer. Ces lycanthropes sortiraient de préférence la nuit, hurlant à la mort, hantant les lieux de sépulture [26].

6Cette croyance se perpétue dans le temps ; l’église catholique s’empare de la problématique de la lycanthropie. Le monde médiéval est alors marqué par un immobilisme culturel. Seuls les lettrés permettent la diffusion des connaissances ; or ceux-ci sont majoritairement liés à l’Église et se contentent de répéter les informations transmises par les sources antiques. La plupart des histoires d’hommes se transformant en loup sont issues des auteurs classiques grecs et latins [8]. La possibilité qu’un homme se transforme en loup est alors interprétée comme une diabolisation et considérée comme un acte hérétique. Saint Augustin évoque dans son ouvrage La Cité de Dieu la lycanthropie et y voit l’œuvre de Satan [15]. La première mention du terme « leu-garou » est retrouvée au XIIe siècle dans les écrits de Guillaume de Palerme. Cet auteur écrit un roman en 1194 mettant en scène comme personnage principal un lycanthrope [8].

7Dans la France du XVIe siècle une véritable épidémie de lycanthropie va éclore. Les procès menés par l’Inquisition pour sorcellerie n’y sont pas étrangers. Cette dernière mène une véritable politique de chasse aux sorcières et aux loups-garous. Afin d’instruire au mieux les procès, deux inquisiteurs dominicains rédigent un manuel destiné à reconnaître les stigmates du diable : le Malleus maleficarum ou « Marteau des sorcières ». Cependant, les deux auteurs mettent en doute la réalité de la métamorphose en loup. La lycanthropie ne serait que la manifestation de la folie : le loup-garou ne se transforme pas réellement en loup mais croit le faire. Néanmoins, cette folie reste secondaire à l’intervention du diable [10]. Les procès de lycanthropie se multiplient partout en France. Le plus célèbre juge spécialisé dans les affaires de loups-garous est Henri Boguet, magistrat du Jura. Ce dernier se vante d’avoir condamné au bûcher pas moins de 600 lycanthropes entre 1598 et 1616 [8].

8Le procès du plus célèbre loup-garou français est celui de Gilles Garnier. Originaire de Lyon, il se serait livré à des rapts d’enfants dans la région de Dôle de 1570 à 1573. Plusieurs témoins affirment avoir vu un loup-garou attaquer les victimes. Au cours d’une battue organisée par le parlement local pour retrouver le lycanthrope en question, Gilles Garnier est surpris en train de dévorer le cadavre d’un enfant. Le parlement de Dôle condamnera au feu Gilles Garnier, le 18 janvier 1573, pour s’être laissé changer en loup-garou : « En la cause de Messire Henri Camus, docteur en droit, conseiller du Roi, notre Sire (…) demandeur en matière d’homicide commis sur la personne de plusieurs enfants dévorés par un loup-garou, et autres crimes et délits ; d’une part. Et Gilles Garnier, natif de Lyon, détenu prisonnier en la conciergerie de ce lieu, défendeur ; d’autre part. Pour le défendeur, aussitôt après le jour de fête Saint-Michel dernier, lui étant en forme de loup-garou, avoir pris une jeune personne de l’âge d’environ de dix ans, dans une vigne près le bois de la Serre (…) et l’avoir tuée et occise tant avec ses mains semblants pattes, qu’avec ses dents (…) et l’avoir mangée… [4]. »

9Finalement, le dernier grand procès de loup-garou est celui de Jean Grenier en 1603 [8]. Ce dernier parcourait les campagnes, déguisé en loup et effrayant les filles de son âge. Lors du procès, il proclame être loup-garou et avoir dévoré plusieurs enfants. Initialement condamné au bûcher, la cour reconnaît le caractère pathologique de Grenier. Ce dernier est condamné à être emprisonné dans un monastère. Ce procès marque donc la fin des procès pour lycanthropie. Le tribunal rapproche la lycanthropie d’une maladie mentale, secondaire à l’œuvre du diable certes, nécessitant par là même un traitement avec une rééducation religieuse.

Lycanthropie et maladie mentale

10Les premières remises en question d’une possible transformation d’hommes en loup ont été émises très tôt, dès l’Antiquité romaine. Pline l’Ancien, auteur de la célèbre encyclopédie scientifique Histoires naturelles évoque la lycanthropie en la tournant en ridicule : « Qu’il y ait des hommes qui se transforment en loups et qui retournent ensuite à leur première forme, on peut en toute confiance assurer que rien n’est plus faux, à moins qu’on ne soit déterminé à croire tout ce qui s’est débité de mensonges depuis une infinité de siècles [21]. »

11Dès le deuxième siècle après J.-C., la lycanthropie est identifiée comme une variété de maladie mentale. Le médecin et auteur grec Marcellus de Side, contemporain de l’empereur romain Hadrien, rédige un poème médical en 42 livres. Deux fragments seulement sont conservés à ce jour, dont un est consacré à la lycanthropie. Celle-ci est classée comme une forme clinique de mélancolie [17]. Au Xe siècle, le médecin arabe Avicenne s’attache à son tour à fournir une explication cohérente et scientifique au concept de lycanthropie. Il évoque le trouble mental, se contentant de décrire les signes cliniques le plus souvent associés à la croyance d’être transformé en loup : isolement social, activité nocturne, agressivité [1].

12Les signes cliniques laissés par Marcellus de Side et Avicenne seront repris par la plupart des médecins du XVIe siècle.

13Johannes Wyer est un médecin vivant aux Pays-Bas. Il considère la lycanthropie comme un phénomène imaginaire et maladif. S’agissant d’une maladie mentale, qu’il nomme insania lupa ou « folie louvière », la lycanthropie doit être soignée comme telle. Dans son ouvrage De Praestigiis daemonum, publié en 1563, il considère la lycanthropie comme une manifestation clinique de mélancolie [28]. Son homologue français, Jean de Nynauld, s’intéresse également à ce problème. Il rédige en 1615 un ouvrage intitulé Traité de la lycanthropie, dans lequel il distingue la lycanthropie naturelle qu’il rapproche d’une forme clinique de mélancolie, de la lycanthropie diabolique… [10]. Un autre français, Jean Fernel, médecin du roi Henri II, s’attache à classifier les maladies mentales. Il distingue 3 types de mélancolies, qui seraient toutes secondaires à un endommagement de la substance cérébrale. Il individualise ainsi la mélancolie triste, la mélancolie avec excitation et la mélancolie avec lycanthropie [11].

14Robert Burton, en publiant son célèbre traité Anatomie de la mélancolie, en 1621, va permettre d’établir une synthèse médicale sur la lycanthropie. Son traité comprend trois parties. La première aborde la problématique de la folie louvière : « Dans la lycanthropie, qu’Avicenne appelle cucubuth et d’autres lupinam insaniam ou folie du loup, les malades sillonnent de nuit les cimetières et les champs [en hurlant], persuadés d’être des loups ou d’autres bêtes de ce type. Selon Aetius et Paul d’Égine, il s’agit d’une forme de mélancolie, mais je préfère en parler comme relevant de la manie, à l’exemple de la plupart des auteurs. Certains doutent qu’une telle maladie existe vraiment. Donato-Antonio Altomari dit avoir vu deux cas de ce type à son époque ; Wier mentionne un cas semblable à Padoue en 1541, où le malade refusait de croire qu’il n’était pas un loup, et donne l’exemple d’un Espagnol qui se prenait pour un ours ; Foreest confirme le fait à l’aide de nombreux exemples, ayant d’ailleurs lui-même été témoin d’un de ceux-ci : à Alkmaar, en Hollande, un pauvre agriculteur, au teint pâle, au regard sombre, méchant et effrayant, hantait en permanence les tombes et les cimetières. Le cas des filles du roi Proetus, qui se prenaient pour des vaches, était peu différent, mais leur sort était peut-être légèrement meilleur. Et, selon certains commentateurs, c’était cette forme de folie qui avait atteint Nabuchodonosor [5]. » Burton réinterprète donc la plupart des légendes antiques lycanthropies comme des manifestations d’une pathologie mentale. Néanmoins, Burton réfute l’appartenance de la lycanthropie au spectre de la mélancolie. Il préfère l’intégrer à la notion de folie, puisque la classant dans le spectre de la manie.

15Cette classification de la lycanthropie dans la manie est reprise par le Dr Franck bien plus tard, en 1838. La folie louvière est alors considérée comme une forme clinique de manie hypocondriaque. Franck en donne la définition selon ces termes : « La manie hypocondriaque se fait remarquer par des perceptions erronées et graves relativement à l’état de son propre corps ; les malades pensent qu’ils ont un corps de beurre (…) ou qu’ils sont changés en animaux dont ils imitent alors les mœurs (…), par exemple en loups. Dans ce dernier cas, nous donnons à la manie le nom de lycanthropie. [12] »

16Puis le concept de la lycanthropie dérive pour se rapprocher du spectre de la psychose. Ainsi, deux publications datant du début des années 1850 décrivent chacune un cas clinique de lycanthropie. Dans les deux cas, le tableau évoque fortement celui d’une schizophrénie. La pathologie délirante est au premier plan, avec tendance au repli autistique et désocialisation importante. Le premier cas est publié dans les Annales médico-psychologiques en 1850 [2]. Le second cas est décrit par Morel lui-même en 1852 [25]. Cette nouvelle orientation diagnostique est confirmée par Henri Ey en 1973, lorsqu’il considère que la lycanthropie telle qu’elle était décrite au Moyen Âge était en fait un délire hallucinatoire de possession zoopathique [9]. Une tentative de classification de la lycanthropie dans la pathologie hystérique est réalisée en 1981 par Jean-Claude Maleval. Ce dernier réhabilite en effet le concept de folie hystérique, en développant les névroses démoniaques assimilées aux cas de lycanthropies [16].

17Actuellement, la lycanthropie ne tend plus à être inscrite dans un cadre nosologique rigide. Elle n’est plus perçue comme une entité diagnostique particulière, mais comme un symptôme non spécifique d’une pathologie mentale. L’approche phénoménologique est donc privilégiée par les auteurs contemporains. Les publications récentes de cas cliniques tendent à démontrer cette nouvelle approche. En 1975, Surawicz et Banta décrivent deux observations de lycanthropie [24]. Le premier cas est celui d’un jeune homme de 20 ans, polytoxicomane. Suite à une consommation de LSD il présente une bouffée délirante de courte durée (48 heures) pendant laquelle il a l’intime conviction de se transformer en loup-garou. Des troubles du comportement ont émaillé son évolution avec épisodes de chasse de lapins pour les dévorer vivants. Le second cas est celui d’un homme de 37 ans, hospitalisé à trois reprises en psychiatrie avec un diagnostic de schizophrénie. Le délire était de thématique zoopsique avec sensation de transformation en loup. Un autre cas est décrit par Rosenstock et Vincent en 1977 [23]. Il s’agit d’une femme de 49 ans, hospitalisée en psychiatrie pour un état délirant aigu. Le diagnostic retenu est celui de schizophrénie. La pathologie mentale est à l’origine de passages à l’acte sexuels avec épisodes masturbatoires répétitifs et conduites zoophiliques. La patiente a l’intime conviction de se transformer en loup la nuit. Bénézech et coll. ont également publié un cas clinique de lycanthropie en 1988 [3]. Il s’agissait d’un homme de 28 ans, présentant une déficience mentale légère (QI total à 81) et une intoxication éthylique chronique. Le sujet a été expertisé suite à un homicide : il a battu à mort l’un de ses invités au cours d’un dîner. Il a alors déclaré être un loup-garou. Le comportement lycanthropique a été confirmé par son épouse, qui décrivait les déambulations nocturnes du sujet avec hurlements, ainsi que des tendances sadomasochistes. Le diagnostic retenu était celui de personnalité antisociale. Plus récemment, un cas de lycanthropie associée à une lésion cérébrale a été publiée dans la littérature [18].

18Parallèlement aux cas de lycanthropie, plusieurs cas cliniques de cynanthropie (transformation en chien) sont rapportés dans la littérature. Cette symptomatologie, au cours de laquelle le sujet imite le comportement canin a tendance à être considérée comme une lycanthropie par les psychiatres. Une telle symptomatologie au Moyen Âge aurait en effet eu les mêmes conséquences néfastes pour le sujet atteint d’un tel trouble.

19L’un des premiers cas publiés date de 1978 [14]. Il s’agit d’une femme de 56 ans, présentant une personnalité schizoïde. Elle a été hospitalisée à deux reprises pour une symptomatologie de bouffée délirante dans les suites immédiates d’un rapport sexuel avec son conjoint. La patiente avait l’illusion d’être transformée en chien dans les deux cas. Un autre cas de cynanthropie associée à une mélancolie délirante a été décrit en 1985 [6]. La patiente, âgée de 66 ans, n’avait aucun antécédent psychiatrique connu. La symptomatologie, consistant initialement en des déambulations à 4 pattes et tentatives de morsures des soignants, a régressé avec une association antidépresseurs et sismothérapie. Plus récemment, deux autres cas de cynanthropie associées à une pathologie dépressive sévère ont été publiés [22].

Lycanthropie et anomalies somatiques

20Des associations entre pathologie somatique et symptomatologie lycanthropique ont également été réalisées. Ozanam, médecin militaire, décrit de possibles manifestations lycanthropiques au cours du pellagre [20]. Cette pathologie est secondaire à une carence sévère en vitamine B3, elle se manifeste par trois types de symptômes : dermatologiques (dermatites), digestives (diarrhées sévères) et neuropsychiatriques (démence, troubles du comportements). Dans ce cas, la lycanthropie est considérée comme l’un des symptômes neuropsychiques de la pellagre, sans aucune spécificité.

21De façon plus pertinente, le Dr Illis, à l’occasion d’une conférence en 1963, a été le premier médecin à interpréter les cas de lycanthropie antiques et moyenâgeux comme de possibles sujets souffrant de porphyrie [10]. Les porphyries sont un groupe hétérogène de maladies génétiques rares, dont le point commun est un déficit dans la dégradation enzymatique de l’hémoglobine. Il en résulte une accumulation pathologique de porphyrines, molécules toxiques pour l’organisme lorsqu’elles sont présentes à trop forte concentration. Les premiers symptômes n’apparaissent le plus souvent qu’au début de l’âge adulte, et sont exacerbés par la consommation d’alcool. Des douleurs abdominales sont fréquentes, ainsi que des paralysies de type périphérique. L’atteinte du nerf ulnaire peut notamment provoquer un blocage de la main dans une forme typique, avec les doigts « en corne ». Toute personne superstitieuse pourrait y voir l’œuvre du diable. L’accumulation des porphyrines au niveau cutané provoque une photosensibilisation, pouvant entraîner des brûlures et des mutilations séquellaires. La peau subit une hyperpigmentation caractéristique ainsi qu’une possible hypertrichose réactionnelle. Ce qui implique que les sujets souffrant de porphyrie préfèrent sortir la nuit et évitent les expositions solaires. Les dents sont colorées en rouge. Un cortège de signes neuropsychiques complète le tableau avec syndrome confuso-onirique, et possibles hallucinations visuelles et auditives. Lors de la période antique, ou plus récemment au Moyen Âge en Europe, les personnes souffrant de porphyrie ont pu alimenter les croyances en l’existence d’hommes-loups. Les manifestations psychiques, avec possibles agitation psychomotrice secondaires aux hallucinations ont aggravé la présentation physique effrayante de ces sujets.

Conclusion

22La lycanthropie est un concept ancien, datant de la période antique. Elle n’en continue pas moins d’interpeller le grand public et les cliniciens qui n’hésitent pas à publier leurs observations. Initialement considérée comme une abomination et pourchassée comme telle par l’église catholique, la conception médicale de la lycanthropie a pris le pas dès le XVIIe siècle. Pourtant c’est très tôt que la lycanthropie est identifiée comme maladie mentale. Dès le IIesiècle après J.-C., le médecin Marcellus la qualifie de forme clinique de mélancolie. Actuellement, une approche phénoménologique de la lycanthropie est privilégiée, puisque cette dernière peut s’observer au cours de multiples pathologies mentales (schizophrénie, syndrome dépressif sévère, troubles mentaux organiques). Aujourd’hui encore, le mythe du loup-garou continue de fasciner. De nouvelles pistes médicales sont formulées pour tenter d’expliquer certaines descriptions anciennes d’hommes-loups errant la nuit. C’est ainsi qu’une nouvelle théorie a vu le jour, celle de la porphyrie. Cette pathologie génétique, vu le phénotype particulier, a pu être responsable de nombres de procès en sorcellerie sous l’Inquisition. Malgré l’appropriation de la lycanthropie par le domaine médical et psychiatrique, la peur du loup-garou persiste dans l’imaginaire collectif, pour preuve les nombreuses œuvres cinématographiques récentes qui continuent à attirer les foules.

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Mots-clés éditeurs : loup-garou, lycanthropie, mythologie, trouble mental

Date de mise en ligne : 15/11/2012

https://doi.org/10.1684/ipe.2009.0524