Article de revue

Promotion des recherches clinique et épidémiologique en santé mentale par les établissements de soins du Nord–Pas-de-Calais

Pages 295 à 298

Citer cet article


  • Danel, T.
(2012). Promotion des recherches clinique et épidémiologique en santé mentale par les établissements de soins du Nord–Pas-de-Calais. L'information psychiatrique, 88(4), 295-298. https://doi.org/10.1684/ipe.2012.0918.

  • Danel, Thierry.
« Promotion des recherches clinique et épidémiologique en santé mentale par les établissements de soins du Nord–Pas-de-Calais ». L'information psychiatrique, 2012/4 Volume 88, 2012. p.295-298. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2012-4-page-295?lang=fr.

  • DANEL, Thierry,
2012. Promotion des recherches clinique et épidémiologique en santé mentale par les établissements de soins du Nord–Pas-de-Calais. L'information psychiatrique, 2012/4 Volume 88, p.295-298. DOI : 10.1684/ipe.2012.0918. URL : https://stm.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2012-4-page-295?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/ipe.2012.0918


La Fédération de recherche en santé mentale du Nord–Pas-de-Calais

1Conscients de la nécessité de participer à l’amélioration des soins, au progrès des connaissances et de permettre à la santé mentale d’être une activité attrayante, la totalité des établissements publics (EPSM, CHG, CHRU), ESPIC et privés du Nord–Pas-de-Calais se sont fédérés dans un groupement d’intérêt public dont l’activité sont la recherche épidémiologique et la recherche clinique. L’engagement des établissements est celui de participer activement aux travaux de la fédération et de contribuer financièrement à son activité. La convention constitutive du groupement d’intérêt public a été approuvée en août 2007 par le préfet et les activités de la F2RSM ont débutés à l’automne de la même année.

2Quatre grands axes de travail ont été retenus. Le premier est celui d’un observatoire régional de la santé mentale. Le deuxième est celui de l’aide méthodologique et à la réalisation des travaux de recherche. Le troisième est un partage des pratiques en santé mentale. Le dernier est celui de la valorisation des initiatives et des travaux de recherche en santé mentale menés dans la région.

L’observatoire régional de la santé mentale du Nord–Pas-de-Calais

3Il repère, rassemble, analyse et synthétise les données sur la santé mentale de la population du Nord–Pas-de-Calais pour une aide à la décision dans le domaine sanitaire et social. Son ambition est de fournir des informations utiles à l’élaboration de la politique régionale en matière de santé mentale. La restitution des travaux est publique avec la mise en ligne sur le site Internet de la F2RSM. Un atlas de la santé mentale dans le Nord–Pas-de-Calais a été publié [15].

4Pour ce faire il peut s’agir d’autosaisie de la fédération mais aussi de réponses à des demandes publiques : ARS, caisses d’assurance maladie et collectivités territoriales. Cet observatoire a l’ambition de définir des indicateurs [19] permettant de suivre l’évolution de la santé mentale de la région du fait de leur accessibilité et leur reproductibilité. Il en est ainsi, en collaboration avec le centre 15, de la répartition territoriale des tentatives de suicide [1, 6, 13, 16, 24, 26], avec la CNAM, RSI et MSA de la consommation de psychotropes en population générale [21, 22] et des études ancillaires que sont la consommation chez la femme enceinte des psychotropes potentiellement tératogènes [3], de l’influence de la retraite [23] ou des antipsychotiques chez le sujet jeune comme indicateur d’entrée dans la schizophrénie. Cette dernière étude a été conduite et répliquée à l’identique pour trois années successives : 2009 [7], 2010 [8] et 2011 [27].

5Tous ces indicateurs peuvent être déclinés selon des territoires définis en fonction du champ d’intérêt, d’intervention ou de compétence des acteurs de santé ou des décideurs : région, secteur psychiatrique, regroupement de secteurs pour les établissements de santé, permettant de prévoir les besoins des territoires. D’autres indicateurs semblent prometteurs : l’espérance de vie des personnes présentant des troubles mentaux [2] ou la santé mentale des étudiants du Nord–Pas-de-Calais [14].

L’aide méthodologique et à la réalisation des travaux de recherche

6La réalisation d’un projet de recherche est semée d’embuches et de difficultés dans la formalisation et le recueil des autorisations réglementaires. En collaboration avec des partenaires institutionnels, notamment la Fédération de recherche clinique du CHRU de Lille, la F2RSM propose aux personnes souhaitant effectuer un travail de recherche en santé mentale dans le Nord–Pas-de-Calais, de les accompagner à différentes étapes : aide à la rédaction du protocole, qualification réglementaire, calcul de cohorte, demande d’autorisations, présentation au CPP, recherche de financements, mise en relation avec les partenaires, traitement statistique des données et valorisation des résultats [4, 9, 25].

Le partage des pratiques en santé mentale

7L’objectif de ce partage des pratiques est leur amélioration pour un meilleur service au patient et une rupture de l’isolement pour une pratique professionnelle plus satisfaisante tant pour les soignés que pour les soignants.

8Il se décline principalement en trois activités : l’audit intrarégional, l’espace de réflexion éthique en santé mentale et des séminaires de travail trimestriels.

L’audit intrarégional [5, 10-12, 17, 18]

9Il interroge des pratiques professionnelles qui sont problématiques pour les personnels soignants : l’isolement et la contention en milieu psychiatrique, la prise en compte de la santé du corps dans le dispositif de santé mentale et l’accueil des personnes présentant des troubles mentaux dans les services d’urgence des centres hospitaliers généraux.

10Un groupe de travail composé de cadres de santé élabore la grille de recueil de données. Il est proposé aux établissements adhérents de participer à l’audit. Un établissement participant se voit alors attribué par tirage au sort un autre établissement lui-même volontaire. Pour ce faire, chaque établissement met à disposition deux auditeurs, qui se déplacent dans l’établissement attribué par le sort et un référent d’accueil qui accueille deux auditeurs. Ce brassage permet des rencontres fructueuses entre les équipes en instaurant un dialogue à l’échelle régionale et permet aussi de dresser une photographie des pratiques en cours. Les différentes restitutions permettent de prolonger les discussions et des recommandations pour la pratique régionale peuvent alors être produites. C’est de ces recommandations que peuvent se saisir les établissements pour la modification éventuelle de leurs pratiques.

L’espace de réflexion éthique en santé mentale [20]

11Pour fédérer une réflexion éthique sur la région du Nord–Pas-de-Calais, la fédération prend appui sur les pratiques soignantes. Elle fait appel aux représentants concernés par les soins au sens large, c’est-à-dire les soignants ainsi que les représentants des usagers, des familles, des directeurs d’hôpitaux et de la société civile ; avocats, juristes et représentants des confessions. Enfin, elle s’organise grâce au concours de chercheurs en sciences humaines et en philosophie dans la mesure où une telle réflexion nécessite des détours et des médiations théoriques. C’est ainsi que depuis sa création ont été organisés plusieurs débats autour de conférences. Bernard Henri Dupont, médecin et philosophe, a brossé le cadre général de l’éthique en santé. Des médecins, infirmiers, directeurs, usagers et familles de patients ont exprimé et débattu de leurs attentes en matière d’éthique en santé mentale. Emmanuel Hirsh, directeur de l’espace éthique de l’AP-HP a introduit et animé, en présence de Daniel Lenoir, directeur de l’ARS, un débat autour de l’attention portée aux proches en santé mentale. Les obligations de soins en santé mentale ont été discutées par Claude-Olivier Doron, philosophe, Jean-Charles Pascal, psychiatre et Betty Brahmy, médecin psychiatre, auprès du Contrôleur général des lieux de privation de libertés. Enfin avec l’espace éthique hospitalo-universitaire de Lille, Fréderic Worms, philosophe, a discuté de la relation de soin en santé mentale. L’originalité de cet espace de réflexion éthique en santé mentale est « la tentative de formuler des questions et des enjeux éthiques concernant plus particulièrement la psychiatrie et la santé mentale. Cette réflexion ne doit pas isoler la psychiatrie des autres parties de la médecine. Elle ne doit pas non plus constituer un champ autonome de réflexion coupé des sciences humaines » [20].

Les demi-journées d’échanges de pratiques

12Enfin, chaque trimestre une demi-journée de rencontres et d’échanges est proposée par un établissement adhérent qui en choisit la thématique. Ces rencontres permettent aux équipes de santé mentale de faire connaissance (ce qui n’est pas nécessairement aisé dans une région étendue), d’échanger sur des pratiques qui peuvent être différentes du fait de l’histoire, de l’établissement de rattachement (établissement de santé mentale, centre hospitalier général, établissement privé) et de la population des secteurs et territoires.

Valorisation des initiatives et des travaux de recherche en santé mentale

13Cette valorisation passe principalement par la publication d’articles dans la presse professionnelle et dans la presse spécialisée, les communications dans les congrès régionaux et nationaux. Elle passe aussi par la diffusion exhaustive des travaux, réunions, rencontres, projets, calendrier, aides proposées de et par la fédération sur son site Internet (www.santementale5962.com).

Conclusion

14Quatre ans de fonctionnement d’une fédération d’établissements sanitaires gérant des services de santé mentale ont montré la grande appétence des acteurs à se rencontrer, à échanger, à réfléchir et à produire de la connaissance, notamment en termes de pratiques et d’épidémiologie psychiatrique. Cette fédération est aujourd’hui l’interlocuteur privilégié des instances de décision nationales et locorégionales en matière de santé mentale. Les références citées dans cet article sont toutes issues des travaux et réflexions menés durant quatre ans, de 2008 à 2011, par la Fédération régionale de recherche en santé mentale du Nord–Pas-de-Calais.

15Conflits d’intérêts : aucun.

Références

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Mots-clés éditeurs : épidémiologie, équipe pluridisciplinaire, établissement de santé, compétence, groupement d’intérêt public, santé mentale

Date de mise en ligne : 15/11/2012

https://doi.org/10.1684/ipe.2012.0918