Article de revue

Invitation à la Lecture

Pages 57 à 58

Citer cet article


(2004). Invitation à la Lecture. Laennec, Tome 52(2), 57-58. https://doi.org/10.3917/lae.042.0057.

« Invitation à la Lecture ». Laennec, 2004/2 Tome 52, 2004. p.57-58. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-laennec-2004-2-page-57?lang=fr.

2004. Invitation à la Lecture. Laennec, 2004/2 Tome 52, p.57-58. DOI : 10.3917/lae.042.0057. URL : https://stm.cairn.info/revue-laennec-2004-2-page-57?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lae.042.0057


Notes

  • [1]
    Buchet Chastel, 2003.

Penser le corps, Maria Michela Marzano Parisoli Paris, Presses Universitaires de France, 2002, 181 p., 15 €

1Michela Marzano, philosophe italienne travaillant au CERSES (Centre de Recherche « Sens Éthique Société », CNRS), fournit dans ce livre une belle réflexion sur le corps comme lieu d’interpellation et de décision éthiques.

2S’appuyant sur la philosophie de Peter Strawson, l’auteur place en position primitive la personne, dont la relation à son corps forme un élément constitutif et révélateur. « La relation corps-personne peut être qualifiée comme un rapport de possession ontologique : une relation interne et particulière qui signifie que, parmi les conditions qui font que je suis la personne que je suis, il se trouve que je suis constitué de ce corps et non pas d’un autre. » (p. 4) La relation au corps est manifestation, à travers les émotions, les désirs, les intentions, de la personne et conduit à envisager le corps comme « lieu de moralité » et source de questionnement éthique.

3L’ouvrage, divisé en quatre chapitres, analyse successivement le rapport au corps dans les normes sociales du corps idéal, dans l’expérience de la maladie, dans la sexualité et dans la disposition de son corps (dons et greffes d’organes, amputations).

4Le culte de la perfection du corps dans notre culture contemporaine tourne à la tyrannie : un corps masculin « compact et musclé », un corps féminin « compact et mince », des images couplées à un idéal de maîtrise et de contrôle du corps. Faut-il alors utiliser tous les moyens (régimes alimentaires, chirurgie, médicaments, sport intensif) pour correspondre à ces modèles ? Au nom de quelles justifications ? Le corps fait entrer de plain-pied dans la réflexion éthique, d’autant que bien des souffrances, que ce soit dans la boulimie ou l’anorexie, sont engendrées par la pression des images idéales du corps.

5L’expérience de la maladie éclaire tout spécialement le rapport que le patient entretient avec son corps, dans un moment où il le découvre différent et autre. Cette expérience peut ouvrir sur une découverte de soi et un rapport plus juste à son corps, et parfois aussi submerger, détruire. Or bien des questions éthiques sont posées par nos conceptions de la guérison et de la santé, selon qu’elles tirent davantage du côté du corps-machine ou du corps-sujet : vision de la guérison, lien entre bonheur et santé, regard sur le handicap, avortement sélectif.

6Le désir sexuel comme désir du corps de l’autre engage aussi un rapport au corps oscillant entre le corps-personne et le corps-instrument, selon que le corps renvoie à une personne particulière ou à un moyen de jouissance. À travers des exemples tirés de la littérature et de Kant, l’auteur analyse la différence entre sexualité normale et sexualité perverse. Pour un développement plus approfondi sur ce point, on peut renvoyer à l’ouvrage plus récent de Michela Marzano, « La pornographie ou l’épuisement du désir » [1].

7Le dernier chapitre, plus juridique dans sa problématique, examine le droit d’une personne à disposer de son corps. Comment catégoriser le corps humain ? Comme une personne ou une chose ? L’auteur propose de considérer le corps « comme une chose sui generis que la personne peut administrer et gérer sans jamais la traiter comme une propriété et comme n’importe quel autre objet » (p. 141). Une personne exerce seulement un dominium (terme du droit romain caractérisant le rapport d’une personne à des choses inaliénables comme la volonté) sur son corps. À partir de là, il est possible de réfléchir à l’asymétrie entre don et vente d’organes, dès lors que le corps n’est plus considéré comme une propriété par la personne.

8Cet ouvrage, très accessible et au style vivant, illustré par de nombreux exemples, est à recommander à toute personne voulant réfléchir à la place du corps dans la réflexion éthique.

9Eric Charmetant


Date de mise en ligne : 01/01/2012

https://doi.org/10.3917/lae.042.0057