Article de revue

Violences entre partenaires intimes : repérer et prendre en charge

Pages 409 à 414

Citer cet article


  • Scali, C.,
  • Huez-Robert, M.-F.,
  • Dumoulin, M.,
  • Bergua, G.,
  • Steyer, É.
  • et Le Noc, Y.
(2020). Violences entre partenaires intimes : repérer et prendre en charge. Médecine, . 16(9), 409-414. https://doi.org/10.1684/med.2020.597.

  • Scali, Claude.,
  • et al.
« Violences entre partenaires intimes : repérer et prendre en charge ». Médecine, 2020/9 Vol. 16, 2020. p.409-414. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-medecine-2020-9-page-409?lang=fr.

  • SCALI, Claude,
  • HUEZ-ROBERT, Marie Françoise,
  • DUMOULIN, Marc,
  • BERGUA, Gérard,
  • STEYER, Élisabeth
  • et LE NOC, Yves,
2020. Violences entre partenaires intimes : repérer et prendre en charge. Médecine, 2020/9 Vol. 16, p.409-414. DOI : 10.1684/med.2020.597. URL : https://stm.cairn.info/revue-medecine-2020-9-page-409?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/med.2020.597


Notes

  • [1]
    Les questions auxquelles répond ce texte peuvent être retrouvées dans Bibliomed n̊ 934 du 4 novembre 2019, 956 du 17 février 2020, 978 du 5 octobre 2020.

1

Ce document est issu de textes publiés chaque semaine dans Bibliomed®. Actualisés si nécessaire en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent pas d’une revue systématique de la littérature, mais d’une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction1.

Quelques repères

2 Le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur ancien ou actuel « partenaire intime » au cours d’une année en France est estimé à 220 000 [1]. En 2019, 173 personnes ont été tuées dans ces conditions (20 % de tous les meurtres recensés), dont 146 étaient des femmes et 27 des hommes. En moyenne un décès est enregistré tous les deux jours. On dénombre en plus 25 décès d’enfants, victimes collatérales de ces drames [2]. Les rapports alarmistes se succèdent depuis maintenant plus de 15 ans sans que le taux de ces agressions diminue. La prévention de ces faits dramatiques et la prise en charge initiale sont les deux domaines où les soins primaires devraient avoir toute leur place. Identifier les situations à risque par une meilleure connaissance de l’épidémiologie pour éviter l’enlisement et le passage à l’acte est un rôle que peut jouer le médecin de famille.

De quoi parle-t-on ?

3 Les premières à dénoncer, dans les années 70, les violences faites aux femmes au sein du couple sont historiquement les associations féministes américaines. L’OMS s’empare du problème en 1990 et alerte les États qui se trouvent devant un réel problème de santé publique. De la notion de violence faite aux femmes, le sujet s’élargit à la cellule familiale (les hommes et les enfants sont concernés) et on parle maintenant plus largement de violence entre partenaires intimes. Les rapports se succèdent depuis maintenant 15 ans, plus inquiétants les uns que les autres [3].

Quelle est la situation en Europe et en France, quelles violences ?

4 Ces rapports sont d’analyse difficile selon qu’il s’agit des rapports de police (partiels et insuffisants, plaintes non abouties), de ceux des associations, des services sociaux et des enquêtes menées par les instituts de recherche en sociologie. La méthodologie employée est aussi très hétérogène en fonction des études [3]. On peut toutefois retenir qu’en moyenne une femme européenne sur cinq est victime de violences physiques et/ou sexuelles au cours de sa vie et presque une femme sur deux de violences psychologiques. En Europe, la prévalence est la plus forte au Danemark, en Lettonie et en Finlande. Ces rapports sont sans doute biaisés car on y parle plus facilement de ces sujets, les signalements sont plus importants, la consommation d’alcool plus élevée. Pour la France, 9,5 % des femmes interrogées par l’Agence européenne des droits fondamentaux ont déclaré avoir subi des violences conjugales, physiques ou sexuelles, au cours de l’année 2010. Dans tous les cas les conséquences ont pu être évaluées : des lésions traumatiques chez 33 % des victimes (dont 5 % sont définitives et 1,4 % invalidantes), des troubles psychologiques, gynécologiques, obstétricaux et des pathologies chroniques (aggravation de pathologies chroniques préexistantes). Plus généralement, l’OMS estime que ces femmes auraient globalement 60 % de problèmes de santé en plus que le reste de la population prise dans son ensemble [4].

Cas particulier des morts violentes

5 Le rapport du ministère de l’Intérieur sur les morts violentes au sein du couple pour l’année 2019 en France [2] présente un éclairage objectif et exhaustif de ces situations où tout est décortiqué par la police et la justice. Cette étude nous apprend que le passage à l’acte fait suite dans 59 % des cas à une violente dispute, avec traces de violence antérieure au sein du couple dans 45,6 % des cas. Ce chiffre monte à 48,5 % quand la victime est l’homme, mais les violences réciproques au sein du couple sont fréquentes.

6 Les enfants en sont souvent les victimes collatérales : 25 enfants décédés en 2019, au cours ou au décours du meurtre du parent violenté. Les femmes utilisent dans la grande majorité des cas (80,6 %) une arme (arme blanche, arme à feu ou arme par destination) alors que 66,1 % des hommes utilisent dans 43,9 % des cas leur force physique : coups et strangulation.

7 Les raisons retrouvées de ces violences meurtrières sont majoritairement les disputes et les séparations non acceptées (51 % des cas). Les autres facteurs favorisant sont la maladie, la vieillesse, les troubles psychiatriques, la dépression et la jalousie. Les mobiles ne sont pas toujours clairement établis. Dans 43 % des cas l’agresseur finit par se suicider.

8 Les deux tranches d’âge les plus concernées sont celles entre 30 et 49 ans et celle des plus de 70 ans. Les âges des auteurs et des victimes ont tendance à se superposer.

9 Les auteurs sont dans 71,8 % des cas sans activité (chômage, retraite) contre 63,1 % chez les victimes et, dans 54,4 % des cas, les deux partenaires étaient sans emploi ou en inactivité. Parmi les personnes en activité, les auteurs comme les victimes sont majoritairement des employés ou des ouvriers, alors qu’en matière de violences sexuelles [5], tous les milieux sociaux sont concernés.

10 Une substance susceptible d’altérer le jugement des meurtriers est retrouvée chez 54 % d’entre eux : alcool au moment des faits dans 18 % des affaires à la fois chez l’auteur et la victime et dans 12,1 % d’entre elles on retrouve l’usage habituel de stupéfiants, essentiellement chez les hommes. Dans 20,1 % des cas l’auteur faisait l’objet d’un suivi en psychiatrie et certains des auteurs des faits avaient déjà été internés. Dans l’immense majorité (83 %), les violences et l’homicide se déroulent au domicile du couple ou de la victime. Toutes les régions sont concernées mais les départements les plus touchés sont le Pas de Calais, les Bouches du Rhône, le Nord et la Seine-Saint-Denis. Les régions où la population est la plus dense dépassent le ratio de 0,2169 morts pour 100 000 habitants (Polynésie, Guyane, Martinique).

Pour la pratique

Les violences entre partenaires intimes (VPI) toutes causes confondues concernent globalement en France 20 % de la population féminine et une femme sur deux est vraisemblablement l’objet de violences psychologiques, ce qui constitue un phénomène de santé publique actuellement bien identifié. Elles concernent aussi, mais dans une moindre mesure, les hommes. Les enfants en sont souvent les victimes collatérales. L’étude des morts violentes au sein de la cellule familiale ou intime met en évidence un certain nombre de constantes qui doivent permettre au médecin de famille d’identifier les situations à risque.Les dangers d’un passage à l’acte sont d’autant plus importants que la violence est récurrente dans le couple et qu’on a connaissance de l’usage d’alcool ou de stupéfiants. Le chômage et l’inactivité sont des facteurs favorisants. Les autres formes de violence, sexuelles ou psychologiques sont d’approche plus difficile.

Dépister pour prévenir l’irrémédiable

11 La notion de violence conjugale (VC) dépasse la sphère des personnes vivant en couple et il est plus courant de parler de violences entre partenaires intimes [6]. Les violences au sein du couple et de la cellule familiale sont caractérisées par leur grande variabilité allant du « bashing » quotidien à l’extrême violence et jusqu’à l’homicide. Elles évoluent aussi dans le temps. Avant d’en arriver au suicide ou au meurtre de l’un ou l’autre des partenaires, des deux, voire des enfants, il se passe un temps variable en fonction des situations que le médecin de famille se doit de mettre à profit pour tenter de repérer le plus tôt possible les situations à risque.

Pourquoi tant de temps entre le début des hostilités et le signalement ?

12 Entre le moment où les violences commencent et le moment où une plainte est déposée, il s’écoule souvent plusieurs mois, voire des années et, en matière de tentative d’homicide, il est parfois trop tard. Une étude qualitative parue dans Médecine en 2014 a permis d’identifier trois catégories de freins pouvant expliquer des prises en charge maintes fois repoussées [7] :

Les freins liés au médecin

13 Un sentiment d’impuissance et de frustration, le manque de formation et de connaissances, un malaise ressenti devant ce type de situation, un manque d’habileté, l’isolement et le fait qu’il s’agit d’un sujet tabou.

Les freins liés au cadre professionnel du médecin

14 Contraintes liées au temps de la consultation et à la disponibilité du professionnel, difficultés liées à la position même du médecin de famille et la peur des retombées médico-légales.

Les freins liés au patient

15 Ils diffèrent selon qu’on interroge les médecins et les victimes. Selon les médecins : ambivalence des victimes, dissimulation des violences et crainte des représailles. Selon les victimes : peur, honte, déni, méconnaissance du rôle du médecin, incapacité de s’identifier en tant que victime !

Sur quels indices évoquer un risque particulier ?

16 Les VC concernent les deux sexes ; elles peuvent être physiques, verbales, psychologiques ou sexuelles et concernent tous les milieux socio-culturels. Une attention particulière est de mise quand on a affaire à des familles où la consommation d’alcool et de drogues est connue [6].

17 La HAS a publié en septembre 2019 des recommandations de bonne pratique très complètes sur le repérage des VC [8]. Elles font émerger certains invariants permettant d’envisager une prise en charge qui a des chances d’aboutir :

Les cycles de la violence, intervenir au bon moment

18 Au sein d’un couple, les violences évoluent selon un cycle bien identifié selon Leonor Walker en 1977. Elles débutent la plupart du temps par une première phase dite de tension au cours de laquelle s’établit un climat d’insécurité pour la victime. Puis vient la seconde phase, celle des violences à proprement parler, verbales, physiques et/ou sexuelles. Suit une troisième phase dite de « justification » au cours de laquelle l’agresseur fait tout ce qui est en son pouvoir pour banaliser ses actes et faire porter le chapeau à la victime qui développe alors un sentiment de culpabilité. La quatrième phase est plus calme : l’auteur promet que tout va changer et qu’il ne recommencera plus ; c’est la phase dite de la « lune de miel », permettant ainsi à la famille de se retrouver et de perdurer en l’état. En l’absence d’intervention, le cycle se répète par lui-même avec une escalade dans la sévérité et la fréquence de la violence. Les victimes peuvent passer d’une phase à l’autre sans nécessairement transiter par une phase intermédiaire.

19 Le praticien ne pourra agir que pendant les trois premières phases, si tant est que la victime vienne consulter et qu’elle ait l’oreille attentive du soignant.

Oser en parler et écouter

20 Parmi les femmes victimes de VC, plus des deux tiers habitent toujours avec leur conjoint et 23 % ont consulté un médecin, 19 % un psychiatre ou un psychologue (Enquête CSV) et sur 140 femmes victimes de violences sexuelles interrogées, 83 % ont trouvé normal d’être interrogées, mais une minorité d’entre elles ne l’auraient pas fait spontanément [8].

21 En dehors de la présence du conjoint et dans le respect de la confidentialité, les questions appropriées sont la plupart du temps bien accueillies. Le médecin de famille reste un interlocuteur de premier recours dans ces situations. Il doit être à l’affût du déni ou de la patient(e) et ne pas hésiter à poser les bonnes questions en restant dans un cadre empathique. Peur, honte, désespoir, sentiment de culpabilité, font que la/le patient(e) ne parlera sans doute pas spontanément.

Face à quels signes et symptômes y penser ?

22 Les motifs de consultation et les symptômes peuvent être de trois ordres : physiques, psychologiques et sexuels, en gardant à l’esprit que les symptômes évoqués ne sont évidemment pas tous le fait d’une violence quelle qu’elle soit [8]. Toute lésion traumatique survenant de façon répétée avec explications vagues ou incohérentes doit attirer l’attention, de même que les plaintes cognitives, les céphalées, la perte de l’audition, les douleurs chroniques et les troubles gastro-intestinaux récurrents et inexpliqués, ou encore des consultations répétées où le diagnostic est peu précis.

23 Anxiété, dépression chronique, troubles du sommeil doivent attirer l’attention, de même que les tentatives de suicide récurrentes, les idées suicidaires et les automutilations. Les troubles de la sphère sexuelle sont nombreux et variés dans ce contexte : douleurs pelviennes, dysfonctions sexuelles, symptômes gynéco-urinaires inexpliqués (infections urinaires répétées), saignements gynécologiques, IST, mais aussi grossesses non désirées, avortements à répétition, fausses-couches, suivis tardifs ou aléatoires d’une grossesse…

Vers un dépistage systématique ?

24 Devant la gravité de certaines situations, la difficulté à évoquer ces violences en consultation ou à obtenir une plainte spontanée des patient(e)s, se pose la question d’un dépistage systématique. De très nombreuses études ont été initiées depuis plus de 20 ans dans ce domaine, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis.

25 Une étude randomisée a été menée en double aveugle sur 6 742 femmes réparties en deux groupes, l’un auquel un questionnaire était distribué avant la consultation, le groupe témoins devant remplir le questionnaire après la consultation [9]. Dans le groupe intervention avant consultation, 44 % des femmes ont parlé de leur problème au médecin, vs. 8 % dans le groupe témoin. Mais il n’y a pas eu de différence significative entre les deux groupes dans la diminution des épisodes de violence.

Pour la pratique

Une revue Cochrane publiée en 2015 [10] (n = 10 074) conclut, malgré une bonne acceptabilité de la part des patientes, à une absence de preuves suffisantes pour recommander un dépistage systématique des VC. Les auteurs recommandent un dépistage ciblé sur les personnes à risque (femmes enceintes, périnatalité et consommation connue d’alcool et de drogues).

Quelle prise en charge ?

26 Les violences entre partenaires intimes (VPI) sont en recrudescence depuis le début de la crise de la COVID-19 au cours de laquelle la fréquentation des plateformes d’appel a plus que doublé [11]. Former les médecins à prendre en charge ce type de patient(e)s, aider les soignants à identifier ces violences, protéger dans l’urgence celles ou ceux qui en sont victimes et les orienter est un enjeu important pour espérer faire reculer ces violences aux conséquences souvent dramatiques [6, 12]. Nombre d’outils ont été mis en place pour sensibiliser les victimes et les aider à parler. De très nombreuses associations et les pouvoirs publics sont mobilisés pour leur venir en aide. Une nouvelle loi a été votée qui peut participer à une meilleure prise en charge de ces violences

Sensibiliser les victimes…

27 Des outils sont proposés par les associations féministes et d’aide aux victimes, mais aussi par les pouvoirs publics, les sociétés savantes et l’OMS : affiches, dépliants, guides, outils pédagogiques, textes de loi téléchargeables sur le site web Arretonslesviolences.gouv.fr qui a le mérite de colliger largement et intelligemment tout ce qui est utile pour informer et montrer aux patient(e)s où, quand et comment elles ou ils peuvent trouver aide et écoute. Les affichettes et affiches ont été spécialement conçues pour être imprimées et placées en salle d’attente ou, à défaut, dans un lieu plus discret (il est recommandé d’en mettre dans les toilettes). Elles sont destinées à sensibiliser tous les publics et à les informer de leurs droits. Y figurent aussi les numéros d’appels d’urgence, ceux des cellules d’écoute, de la police ou de la gendarmerie et ceux des associations.

…et les soignants

28 Ils peuvent distribuer et commenter affiches et dépliants au cours de la consultation, tout en rappelant la loi. Les outils à disposition sur ce site gouvernemental [13] permettent aux soignants et services sociaux à la fois une meilleure compréhension des enjeux, mais aussi de se former aux bonnes pratiques de repérage et de prise en charge [8]. Des formations spécifiques sont aussi proposées dans toute la France sous la forme de DPC.

29 L’impact que peuvent avoir ces documents et les campagnes de prévention n’a pas été évalué. Une enquête de l’INPES publiée en 2011 montre qu’ils sont pourtant une aide reconnue par sept médecins sur dix et efficaces pour aborder ces sujets [14].

Saisir l’occasion quand elle se présente, protéger et orienter

30 Même si la victime de coups refuse de porter plainte, il importe de ne pas manquer à son devoir d’information et d’être capable de dire qu’il existe des solutions, que la porte du médecin, de la police, des associations et des services sociaux est ouverte [12]. Évoquer systématiquement la question de la mise en danger des victimes collatérales et notamment des enfants fait partie des bonnes pratiques recommandées. Même s’ils ne sont pas des victimes directes de cette violence, ces derniers traverseraient quatre phases, psychologiquement toutes douloureuses, qui peuvent avoir à terme de graves conséquences : vivre avec le secret, vivre dans la peur et la terreur, vivre avec un modèle violent, vivre des conflits de loyauté [15].

Des fiches « Réflexe »

31 Comme pour toutes les situations à risque (Incendie, catastrophe naturelle, risque nucléaire…) les pouvoirs publics ont mis à disposition des institutions, des hôpitaux et des professionnels de santé des fiches dites « réflexe ». Elles sont téléchargeables en ligne sur le site de l’Observatoire régional des violences et précisent la conduite à tenir sous la forme d’arbres décisionnels [16].

La loi du 30 juillet 2020 [17]

32 Elle complète les lois génériques concernant les victimes de coups et blessures en général et les violences conjugales en particulier et comporte, entre autres, les dispositions suivantes :

  • le harcèlement moral est pris en compte ; il est une circonstance aggravante et puni d’une peine de prison de 10 ans et d’une amende de 150 000 € en cas de suicide de la victime ;
  • la jouissance du logement conjugal est attribuée de principe à la victime des violences ;
  • la levée du secret médical devient possible lorsque les violences mettent la vie de la victime majeure en danger immédiat et que celle-ci se trouve sous l’emprise de son auteur. Le professionnel de santé doit s’efforcer d’obtenir son accord. En cas d’impossibilité pour l’obtenir, il doit l’informer du signalement fait au procureur de la République [17, 18].

Une fois le contact établi

34 Inciter à porter plainte en respectant le parcours de chaque patient(e) dans le cadre d’une entrevue bienveillante et empathique dont on peut voir des exemples dans les vidéos de formation [8, 12].

35 Rédiger un certificat médical selon des règles bien précises (modèle téléchargeable), à remettre en mains propres à la victime. Il sera à conserver chez une personne de confiance si la victime le souhaite et/ou ne souhaite pas engager une procédure immédiate. Un double est à conserver dans le dossier médical [18].

36 Diriger vers une Unité de Police Judiciaire (UPJ) est sans doute la meilleure des solutions en sachant que plus l’UPJ est proche du cabinet ou du domicile de la victime, plus la démarche a des chances d’aboutir [8].

37 Se faire aider par un service spécialisé ou une association que la victime peut aussi aller consulter spontanément et qui permettra d’établir une prise en charge globale de la famille, de trouver un endroit pour se réfugier et de centraliser toutes les démarches tout en faisant protéger les enfants s’ils se trouvent en danger. Cette option permet aussi de prendre contact avec un avocat spécialisé. Une coopération entre tous les acteurs est indispensable [8].

38 Dans un second temps, si possible aider ou faire aider l’auteur des violences. On peut faire appel à des associations spécialisées comme la FNACAV (Fédération Nationale des Associations et des Centres de prise en Charge des Auteurs de Violence conjugales et familiales) [19].

Pour la pratique

La prise en charge des VPI en général et des violences conjugales en particulier peut être longue et difficile. La meilleure connaissance de ce phénomène qui n’est pas nouveau permet de mieux dépister, mieux prendre en charge et mieux protéger les victimes. La loi aussi a changé : en libérant le médecin du secret médical, elle met désormais les professionnels de santé face à leur responsabilité. Malgré tout, le nombre de victimes n’a pas encore vraiment diminué en France et a même augmenté lors de la période de confinement liée à la COVID-19.Ne pas oublier que les hommes sont aussi des victimes potentielles et qu’ils ont droit aux mêmes aides et mêmes prises en charge.Prévenir la violence en général c’est aussi prévenir les VPI.

Violences entre partenaires intimes : repérer et prendre en charge

Les violences entre partenaires intimes (VPI) toutes causes confondues concernent globalement en France 20 % de la population féminine et une femme sur deux est vraisemblablement l’objet de violences psychologiques qui ont plus que doublé dans le cadre du confinement.Même si la victime de coups refuse de porter plainte il importe de ne pas manquer à son devoir d’information et être capable de dire qu’il existe des solutions.En l’absence de preuves suffisantes pour recommander un dépistage systématique il est recommandé un dépistage ciblé sur les personnes à risque (femmes enceintes, périnatalité et consommation connue d’alcool et de drogues).La levée du secret médical devient possible lorsque les violences mettent la vie de la victime majeure en danger immédiat et que celle-ci se trouve sous l’emprise de son auteurNe pas oublier que les hommes sont aussi des victimes potentielles et qu’ils ont droit aux mêmes aides et mêmes prises en charge.

Liens d’intérêts

39 les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec l’article.

Références

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    • 13. Ministère du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. Secrétariat d’état chargé de la solidarité. « Lutter contre les violences au sein du couple : le rôle des professionnels » Octobre 2008.
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    • 17. Loi n̊ 2020-936 du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042176652/.
    • 18. HAS. Certificat médical initial concernant une personne victime de violences. Recommandations de bonne pratique. 2011.
    • 19. Fédération Nationale. des Associations et des Centres de prise en Charge d’Auteurs de Violences conjugales & Familiales (www.fnacav.fr)

Mots-clés éditeurs : prise en charge, repérage précoce, violences intimes

Date de mise en ligne : 16/09/2024

https://doi.org/10.1684/med.2020.597