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Dysautonomie des sujets porteurs d'une trisomie 21 : apports de la variabilité de la fréquence cardiaque et du bilan hormonal

Pages 71 à 79

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  • Letil, T.,
  • Guinot, M.,
  • Favre-Juvin, A.
  • et Bricout, V.-A.
(2014). Dysautonomie des sujets porteurs d'une trisomie 21 : apports de la variabilité de la fréquence cardiaque et du bilan hormonal. Movement & Sport Sciences - Science & Motricité, 84(2), 71-79. https://doi.org/10.3917/sm.084.0071.

  • Letil, Thomas.,
  • et al.
« Dysautonomie des sujets porteurs d'une trisomie 21 : apports de la variabilité de la fréquence cardiaque et du bilan hormonal ». Movement & Sport Sciences - Science & Motricité, 2014/2 n° 84, 2014. p.71-79. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-movement-and-sport-sciences-2014-2-page-71?lang=fr.

  • LETIL, Thomas,
  • GUINOT, Michel,
  • FAVRE-JUVIN, Anne
  • et BRICOUT, Véronique-Aurélie,
2014. Dysautonomie des sujets porteurs d'une trisomie 21 : apports de la variabilité de la fréquence cardiaque et du bilan hormonal. Movement & Sport Sciences - Science & Motricité, 2014/2 n° 84, p.71-79. DOI : 10.3917/sm.084.0071. URL : https://stm.cairn.info/revue-movement-and-sport-sciences-2014-2-page-71?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sm.084.0071


1 – Introduction

1La trisomie 21 est la plus commune des aberrations chromosomiques autosomiques. Elle est associée à un morphotype spécifique et des dysfonctions physiologiques, pouvant contribuer à la faible capacité d’exercice observée chez les sujets avec trisomie 21 (Fernhall, et al., 1996). Motivation, compréhension des tâches et style de vie sédentaire pourraient également contribuer à cette faible capacité physique (Fernhall, et al., 1996). Ainsi, la fréquence cardiaque (FC) émoussée en réponse à un exercice physique, décrite comme une incompétence chronotrope, serait une composante majeure de cette moindre capacité d’exercice chez les sujets avec trisomie 21 (Fernhall &Pitetti, 2001 ; Guerra, Llorens, &Fernhall, 2003). Décrite comme l’impossibilité d’augmenter et de maintenir une fréquence cardiaque élevée et appropriée à l’effort, l’incompétence chronotrope entraîne une intolérance à l’effort associée à une dyspnée, et une fatigue rapide. Elle serait liée à un dysfonctionnement du système nerveux autonome (SNA) (Guerra, Llorens, &Fernhall, 2003 ; Lauer, Okin, Larson, Evans, &Levy, 1996) et s’accompagnerait par ailleurs, d’une faible activation du tonus sympathique et d’une levée du frein vagal incomplète, contribuant à cette réponse de FC diminuée lors de l’exercice (Lauer, Okin, Larson, Evans, &Levy, 1996 ; Matsuyama, et al., 1992 ; Nagaoka, Kubota, Iizuka, Imai, &Nagai, 1996 ; Seals, Taylor, Ng, &Esler, 1994). Pour des populations présentant un handicap mental, ce dysfonctionnement pourrait conduire les sujets à pratiquer peu d’activités sportives, or si celles-ci sont adaptées, bien contrôlées au niveau des intensités, et des volumes de pratique, elles contribuent à l’amélioration significative des indicateurs de santé (Fernhall, 1993 ; Rimmer, Heller, Wang, &Valerio, 2004).

2La mesure de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), méthode non invasive, fiable et facile à mettre en place, permet d’apprécier l’activité des systèmes nerveux parasympathique et sympathique (TaskForce, 1996). Elle peut être évaluée dans les domaines temporel et fréquentiel afin d’obtenir des informations qualitatives et quantitatives de l’activité du système nerveux autonome. Son utilisation fréquente et maintenant bien décrite dans les domaines cliniques, à partir de tests de stimulation de la branche sympathique (contraction musculaire isométrique sur handgrip, test « cold pressor » et test d’orthostatisme), a permis de mieux comprendre les adaptations de la FC et de la pression artérielle (PA) dans des cadres pathologiques variés (Iellamo, et al., 2005 ; Khurana & Nicholas, 1996 ; Khurana & Setty, 1996 ; Lafleche, Pannier, Laloux, & Safar, 1998 ; Seals, Chase, & Taylor, 1988 ; Victor, Seals, & Mark, 1987). Dans le domaine de la trisomie 21, ces tests de stimulation sympathique ont aussi été proposés, et différents auteurs ont rapporté des réponses de FC et de PA significativement altérées chez les sujets avec trisomie 21 par rapport à des sujets contrôles (Agiovlasitis, et al., 2010 ; Fernhall & Otterstetter, 2003 ; Figueroa, et al., 2005 ; Iellamo, et al., 2005).

3L’analyse de la VFC sur un test d’orthostatisme a permis de mettre en avant une moindre augmentation de la bande spectrale LF et du rapport LF/HF ainsi qu’une moindre diminution de la bande spectrale HF chez les sujets avec trisomie 21. Ces observations seraient le témoin d’une activation sympathique et d’une levée du frein vagal insuffisantes. Parallèlement, au sein de cette population, la sensibilité baroréflexe serait altérée, notamment du fait d’un réajustement de la sensibilité des barorécepteurs vers de plus faibles pressions, ne permettant pas une réponse autonomique adaptée (Agiovlasitis, et al., 2010 ; Iellamo, et al., 2005). De plus, Agiovlasitis, et al. (2010) ont rapporté que la bande spectrale LF de la variabilité de tension artérielle (VTA), reflet de l’activité sympathique sur les vaisseaux sanguins, présentait une moindre augmentation lors de ce même test chez les sujets avec trisomie 21. Cette observation semble confirmer une altération de l’activation sympathique chez les sujets avec trisomie 21.

4Ces altérations du SNA seraient aussi associées à des réponses hormonales inadaptées au cours l’exercice physique, en particulier l’élévation du cortisol et des catécholamines ne se ferait pas selon la cinétique classique, qui permet normalement les ajustements nécessaires à la poursuite de l’effort (Bricout, et al., 2008 ; Fernhall, et al., 2009). Chez les sujets avec trisomie 21, il y aurait ainsiune moindre élévation des catécholamines, et cette réponse endocrine émoussée à l’effort pourrait en partie expliquer l’incompétence chronotrope, le plus faible VO2pic et la limitation à l’effort de ces sujets (Fernhall, et al., 2009).

5Toutefois, si de nombreuses études se sont intéressées aux adaptations hormonales durant des efforts physiques chez les sujets avec une trisomie 21 (T21), jamais dans la littérature les adaptations hormonales sur des tests de stimulation du SNA n’ont été explorées.

6L’objectif de cette étude est donc de comparer les adaptations autonomiques et hormonales de 5 sujets témoins (CONT) à 5 sujets porteurs d’une trisomie 21 (Tq21) sur trois tests d’activation du SNA.

2 – Matériel et méthodes

7Cinq sujets témoins (23 ± 2 ans) et cinq sujets porteurs d’une trisomie 21 (24 ± 4 ans) se sont portés volontaires pour participer à l’étude. Tous les sujets contrôles avaient eu connaissance de la note d’information et signé le formulaire de consentement. Les patients avec trisomie 21 ont reçu en compagnie de leur représentant légal, les mêmes informations et le formulaire de consentement est signé par les deux parties (CPP No. 09-CHUG-16, 2009-A00376-51). Les critères de non-inclusion suivants ont été retenus : présence d’une insuffisance cardiaque, de maladies cardio-vasculaires, de maladies évolutives déclarées ou non contrôlées, asthme ou affections respiratoires, pathologies ostéoarticulaires. Il a été demandé aux sujets de ne prendre ni alcool, ni tabac, ni substance excitante dans les deux heures précédant chaque session expérimentale.

8Les sujets ont eu une visite médicale d’inclusion au protocole afin de s’assurer qu’ils ne présentaient aucune contre-indication à la participation à l’étude. Durant cette visite médicale, une biométrie complète est réalisée (permettant les mesures de poids, taille, masse grasse) avec un examen tensionnel et électro-cardiographique de repos.

2.1 – Protocole

9Chacun des sujets a réalisé des tests de stimulation spécifiques permettant l’étude du SNA, par l’évaluation de la fonction sympathique en tant que mécanisme effecteur d’une réponse adaptative à un stress, grâce à des tests spécifiques, standardisés et validés par ailleurs dans cette population de personnes avec handicap mental (Agiovlasitis, et al., 2010 ; Fernhall, et al., 2005 ; Fernhall & Otterstetter, 2003 ; Iellamo, et al., 2005). Nous avons retenu un test de « métaboréflexe », un test de « cold pressor » et un test d’orthostatisme. Ces trois tests ont été réalisés lors d’une même matinée, toujours dans ce même ordre, 20 minutes les séparent obligatoirement, car elles permettent un retour du SNA aux valeurs basales de repos. À l’extrémité d’un doigt de la main non active, une sonde photopléthysmographique (Nexfin HD computer ; BMEYE B.V, Amsterdam, Netherlands) a été posée pour suivre l’évolution de la tension artérielle en continue. Ce module Nexfin permet aussi l’enregistrement électrocardiographique par la pose de quatre électrodes collées sur le thorax des sujets et, assurant un contrôle visuel direct de la FC. FC et PA ont été surveillées durant toute la durée des tests et durant les phases de récupération post-tests.

10Test de « métaboréflexe » : Ce test a été réalisé en référence aux travaux de Fisher, Young, and Fadel (2008), comme complément pertinent à l’évaluation du SNA. En premier lieu, la force maximale volontaire (FMV) a été évaluée par une contraction manuelle sur un dynamomètre. Trois essais ont été réalisés, chacun séparé de 1 minute de récupération. Le meilleur des trois essais a été retenu. Après quinze minutes de récupération, le sujet a réalisé 2 minutes de contraction isométrique sur le dynamomètre à 40 % de la FMV, suivie d’une période d’ischémie post-exercice (IPE) de 3 minutes réalisée par la pose d’un brassard tensionnel gonflé sur le bras tendu à une valeur d’environ 220 mmHg. L’IPE permet d’isoler l’activation du métaboréflexe musculaire.

11« Cold pressor test » : C’est un test d’exploration statique de la composante sympathique du SNA. Le sujet est placé dans une pièce calme, en position semi-assise, les bras reposant sur des accoudoirs. Le test consiste à plonger la main pendant 5 minutes dans une eau refroidie à 4 °C. Durant cette immersion, il est demandé au sujet de ne réaliser aucune contraction ou mouvement des doigts, ni de se mettre en apnée ou d’effectuer des manœuvres respiratoires profondes. En situation physiologique, il y a mise en jeu du système nerveux sympathique et réponse vasopressive. L’absence d’augmentation de la PA systolique et de la FC, après une minute d’immersion est considérée comme anormale.

12Test d’orthostatisme : Le sujet, après 10 minutes en position allongée, est relevé jusqu’à 70° à l’aide d’une table basculante motorisée pour une période de 10 minutes. Ce test nous permet d’évaluer le tonus sympathique et parasympathique impliqué dans le contrôle baroréflexe de la pression artérielle (Lindqvist, Torffvit, Rittner, Agardh, & Pahlm, 1997).

2.2 – Analyses de la VFC et de la VTA

13Les enregistrements de FC et de PA recueillis sur le Nexfin sont transformés en suites numériques. Tous les éventuels artéfacts sont corrigés et/ou supprimés selon les recommandations du TaskForce (1996). Une suppression maximale de 2 % de l’enregistrement initial est tolérée (TaskForce, 1996). Ces données épurées constituent un tachogramme, qui est ensuite exporté dans le logiciel Kubios Heart Rate Variability et, qui permet d’obtenir des indices temporels et fréquentiels (Biosignal Analysis and Medical Imaging Group at the Department of Applied Physics, University of Kuopio, Kuopio, Finland).

14Les indices temporels retenus sont : la FC moyenne, la durée moyenne des intervalles R-R, le SDNN (déviation standard des intervalles R-R), le RMSSD (racine carrée des différences au carré des intervalles R-R successifs), et le pNN50 (pourcentage des intervalles RR qui varient de plus de 50 ms par rapport au précédent).

15Par l’analyse spectrale obtenue par l’application d’une Transformée de Fourier, on retient : les hautes fréquences (HF ; 0,15–0,40 Hz) qui reflètent l’activité parasympathique, les basses fréquences (LF ; 0,04–0,15 Hz) qui représentent pour certains auteurs un amalgame d’activités sympathique et parasympathique (Pomeranz, et al., 1985) alors que pour d’autres, elles représentent uniquement l’activité sympathique (Pagani, et al., 1986). Le rapport LF/HF constitue une évaluation de la balance sympatho-vagale (Malliani, 1999 ; TaskForce, 1996). Les HF et LF peuvent être exprimées en unités normalisées (HF n.u. et LF n.u.), représentant ainsi la valeur relative de chaque composante en proportion de la puissance totale moins les VLF.

16Alors que ces mesures de VFC fournissent des informations principalement sur le système vagal, les LF du spectre de VTA (0,07–0,15 Hz) fournissent des informations sur la modulation sympathique vasculaire Malliani, Pagani, Lombardi, & Cerutti, 1991). Des renseignements additionnels sur la régulation cardio-vasculaire peuvent encore être apportés en examinant la sensibilité des barorécepteurs grâce au calcul de l’indice de sensibilité baroréflexe alpha (?LF) (Klabunde, 2005). Le ?LF est obtenu par le calcul suivant : Description de l'image par IA : alpha indice L majuscule en normal F majuscule en normal position de base égale début racine carrée parenthèse gauche L majuscule en normal F majuscule en normal indice R majuscule en normal moins R majuscule en normal position de base divisé par L majuscule en normal F majuscule en normal indice P majuscule en normal A majuscule en normal S majuscule en normal position de base parenthèse droite fin racine carrée

(Barbieri, et al., 2001).

2.3 – Méthodes d’analyses des variables hormonales

17Les variables hormonales ont été analysées sur des prélèvements veineux, réalisés au pli du coude, en position semi-assise, après la pose d’un cathéter en début de matinée. Entre la pose du cathéter et le 1er prélèvement, 30 minutes de repos sont respectées. Lors des trois tests de stimulation du SNA, les concentrations plasmatiques d’ACTH, de cortisol, d’adrénaline et de noradrénaline sont dosées à différents temps : avant chaque test puis immédiatement à la fin de chaque test. Les prélèvements sont immédiatement centrifugés pour éviter toute dégradation prématurée des hormones (4 °C, 10 minutes, 3000 g). L’ACTH plasmatique est analysée par dosage radio-immunologique (trousse Brahms ACTH RIA avec une sensibilité de 0,5 pmol/L). Le cortisol plasmatique est évalué par méthode immuno-enzymatique avec une sensibilité < 5,5 nmol/L. L’adrénaline et la noradrénaline plasmatiques sont dosées par chromatographie liquide haute performance avec détection électrochimique et une sensibilité de 55 pmol/L pour l’adrénaline et de 59 pmol/L pour la noradrénaline. Les catécholamines sont extraites du plasma par passage sur une colonne SPE échangeuse d’ions (fournisseur : Chromsystems).

2.4 – Analyses statistiques

18Les résultats sont présentés sous forme de moyenne ± écart type. La normalité des données a été vérifiée par un test de Kolmogorov-Smirnov. Les données ne répondant pas à une distribution normale, un test non paramétrique de Mann-Whitney a été appliqué pour comparer les moyennes des deux groupes (Statistica Software 8.0). Un seuil de p < 0,05 est retenu comme significatif.

3 – Résultats

19Les sujets du groupe Tq21 étaient en moyenne significativement plus petits que les sujets du groupe CONT, sans différence de poids (Tab. 1). Les indices de masse corporelle ne diffèrent pas significativement entre les deux groupes, tout comme les pourcentages de masse adipeuse (Tab. 1). Les fréquences cardiaques au repos ainsi que les PAS et les PAD ne diffèrent pas significativement entre les deux groupes (Tab. 1).

Tableau 1

Caractéristiques des deux groupes**

Description de l'image par IA : Tableau comparant les caractéristiques de deux groupes, incluant âge, taille, poids, IMC, masse grasse, FC repos, PAS et PAD.
Contrôles Trisomiques 21 Age (années) 23±2 24±4 Taille (cm) 175,3 ± 9,1 160,5 ± 5,4** Poids (kg) 65,7 ± 5,6 61,8 ± 9,0 IMC (kg.m-2) 21,5 ± 2,0 24,0 ± 3,5 Masse grasse (%) 15,9 4,6 19,9 3,7 FCrepos (bpm) 60±7 61 ± 10 PAS(mmHg) 123 ± 13 113 ± 16 PAD (mm Hg) 82 ± 4 78±9

Caractéristiques des deux groupes**

IMC : indice de masse corporelle ; FCrepos : fréquence cardiaque de repos en battements par minutes ; PAS : pression artérielle systolique ; PAD : pression artérielle diastolique.
** Différence significative à p < 0,01 avec les sujets contrôles.

20Au cours du test de métaboréflexe, les sujets du groupe Tq21 montrent une FMV moyenne significativement inférieure comparés aux sujets du groupe contrôle (224 ± 78 N vs. 462 ± 82 N ; p < 0,01). Lors de la contraction musculaire isométrique à 40 % de FMV, il n’existe aucune différence significative entre les deux groupes sur la FC, la VFC et les adaptations hormonales. Toutefois, la PAS est significativement plus faible chez les sujets du groupe Tq21 par rapport aux sujets du groupe CONT (135 ± 15 vs. 162 ± 18 mm Hg ; p < 0,05).

21Au cours du test de « cold pressor », il n’existe pas de différence significative sur les variables de VFC ni sur l’évolution des concentrations de catécholamines. Lors de l’immersion, l’indice de sensibilité baroréflexe ?LF est en moyenne significativement plus faible chez les sujets du groupe Tq21 comparés aux sujets du groupe CONT (p < 0,05, Fig. 1).

Fig. 1

Sensibilité baroréflexe ?LF lors du test de « cold pressor »*

Description de l'image par IA : Graphique comparant la sensibilité baroréflexe αLF entre contrôles et Tq21 lors d'immersion et de récupération.

Sensibilité baroréflexe ?LF lors du test de « cold pressor »*

* Différence significative à p < 0,05 avec les sujets contrôles

22Suite à l’immersion, la concentration moyenne d’ACTH est significativement plus élevée chez les sujets du groupe Tq21 comparés aux sujets du groupe CONT (p < 0,05, Fig. 2). Lors de la récupération, les concentrations moyennes d’ACTH et de cortisol sont significativement plus élevées chez les sujets du groupe trisomie comparés aux sujets du groupe contrôle (p < 0,05, Fig. 2).

Fig. 2

Concentrations plasmatiques d’ACTH et de cortisol lors du test de « cold pressor »*

Description de l'image par IA : Graphiques montrant les concentrations plasmatiques d’ACTH et de cortisol.

Concentrations plasmatiques d’ACTH et de cortisol lors du test de « cold pressor »*

* Différence significative à p < 0,05 avec les sujets contrôles

23Lors du test d’orthostatisme, sous l’effet du redressement, il n’existe pas de différence significative sur la fréquence cardiaque, la pression artérielle, le coefficient ?LF, et sur les concentrations de catécholamines entre les groupes trisomie 21 et contrôle. Les deux groupes montrent des réponses adaptatives identiques lorsqu’ils sont mis en position debout, puisque le redressement à 70 ° provoque une élévation significative de la FC similaire dans les deux groupes (Fig. 3, p < 0,05).

Fig. 3

Évolution de la fréquence cardiaque entre les positions couchée et debout lors du test orthostatique

Description de l'image par IA : Graphique montrant FC (bpm) en positions couchée et debout pour Contrôles et Tq21.

Évolution de la fréquence cardiaque entre les positions couchée et debout lors du test orthostatique

$ Différence significative à p < 0,05 entre position couchée et debout

24Les analyses spectrales de la VFC révèlent des spectres LF (u.n.), HF (u.n.) et un rapport LF/HF significativement différents entre les deux groupes, avec :

  • en position couchée : des LF (u.n.) significativement plus élevées et des HF (u.n.) significativement plus basses dans le groupe trisomie (Fig. 4, p < 0,05) ;
  • en position debout, des LF (u.n.) significativement plus basses et des HF (u.n.) significativement plus élevées chez les sujets du groupe Tq21 par rapport aux sujets du groupe CONT (Fig. 4, p < 0,05).

25Par conséquent, le rapport LF/HF s’élève significativement moins entre les deux positions chez les sujets du groupe Tq21 par rapport aux sujets du groupe CONT (Fig. 4, p < 0,05).

Fig. 4

Analyses spectrales sur le test d’orthostatisme*,$

Description de l'image par IA : Graphiques à barres comparant LF, HF et LF/HF entre groupes Contrôles et Tq21.

Analyses spectrales sur le test d’orthostatisme*,$

* Différence significative à p < 0,05 avec les sujets contrôles.
$ Différence significative à p < 0,05 entre couché et debout.
LF : bandes spectrales de basse fréquence en unités normalisées (u.n.) ; HF : bandes spectrales de haute fréquence en unités normalisées (u.n.) ; LF/HF : équilibre sympatho-vagal (ms2).

26Tout au long du test d’orthostatisme, les sujets du groupe Tq21 montrent des concentrations moyennes d’ACTH et de cortisol significativement plus élevées comparés aux sujets du groupe contrôle (Fig. 5, p < 0,05).

Fig. 5

Concentrations plasmatiques d’ACTH et de cortisol lors du test d’orthostatisme*

Description de l'image par IA : Graphiques montrant les concentrations plasmatiques d’ACTH et de cortisol.

Concentrations plasmatiques d’ACTH et de cortisol lors du test d’orthostatisme*

* Différence significative à p < 0,05.

4 – Discussion

27Le but de cette étude était d’évaluer les modulations autonomiques et hormonales au cours de trois tests spécifiques d’activation sympathique chez les sujets avec trisomie 21. À notre connaissance, aucune étude n’a à ce jour rapporté des résultats combinés d’enregistrements de VFC, de VTA et de cinétiques hormonales chez des sujets avec une trisomie 21, dans le cadre d’explorations du SNA.

4.1 – Test de métaboréflexe

28Ce test de contraction statique isométrique/ischémie périphérique est une épreuve de stimulation du SNA permettant de suivre les adaptations de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque qui doivent normalement s’élever (Fisher, et al., 2008).

29Nos résultats mettent en évidence chez les sujets avec trisomie 21, une pression artérielle systolique augmentée par la contraction musculaire et l’ischémie, mais en comparaison des adaptations mises en place par les sujets contrôles, la réponse tensionnelle dans le groupe Tq21 est moins marquée. Pour plusieurs auteurs, cette moindre réponse tensionnelle serait due à une levée du frein vagal insuffisante et à une activation sympathique diminuée correspondant à une altération du tonus végétatif (Fernhall & Otterstetter, 2003 ; Figueroa, et al., 2005). Celle-ci serait le reflet d’une sensibilité baroréflexe altérée, témoignant effectivement d’une modulation autonomique inadéquate, puisque chez les sujets contrôles l’indice de sensibilité baroréflexe est multiplié par un facteur 4,2 alors que chez les sujets avec trisomie 21, il n’est multiplié que par 1,5. L’altération de la pression artérielle serait également en lien avec un tonus vasculaire et des résistances périphériques faibles qui pourraient être induites par des facteurs structurels tels que l’hypotonie, commune chez les sujets avec trisomie 21 (American Academy of Pediatrics, 2001). Cette plus faible pression artérielle pourrait alors conduire à une stimulation majorée des barorécepteurs, d’où une augmentation de la FC qui atteint alors des valeurs similaires à celles des sujets contrôles (Agiovlasitis, et al., 2010).

30La cinétique de FC au cours de notre protocole, montre qu’il n’existe pas de différence significative entre les sujets contrôles et sujets avec trisomie. Ces résultats sont en accord avec ceux d’Udeschini, Casati, Bassani, Picotti, and Culotta (1985), mais conflictuels avec ceux de Fernhall and Otterstetter (2003) qui rapportent une FC plus basse au cours du test sur handgrip. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ces différences : le nombre de sujets constituant les échantillons dans les protocoles, ou la méthodologie employée par chaque équipe.

31Dans notre étude, les jeunes adultes avec trisomie 21 ont des valeurs de force maximale, plus faibles que celles des sujets contrôles, ce qui est en accord avec les résultats obtenus antérieurement par d’autre équipes (Fernhall & Otterstetter, 2003 ; Horvat, Pitetti, & Croce, 1997). Cette moindre force maximale serait probablement liée à l’hypotonie déjà évoquée précédemment. Elle pourrait expliquer les difficultés des sujets porteurs d’une T21 à maintenir une contraction isométrique statique durant 2 minutes (Horvat, et al., 1997). Une contraction inadéquate pourrait alors engendrer une stimulation insuffisante du SNA pour que des réponses cardio-vasculaires significatives se mettent en place. Toutefois, l’ischémie périphérique réalisée ensuite par le gonflement du brassard tensionnel induit quant à elle, des réponses tensionnelles plus marquées.

32En conclusion à ce test, le handgrip est une épreuve difficile pour les sujets avec trisomie 21, mais permet néanmoins de mettre en évidence des signes de dysautonomie en particulier, une pression artérielle et une sensibilité baroréflexe altérées.

4.2 – Test de « cold pressor »

33L’immersion de la main dans une eau refroidie à 4 °C, est un test utilisé pour activer les fibres nerveuses afférentes thermoalgiques et les fibres efférentes sympathiques vasoconstrictives qui empruntent le faisceau spinothalamique (Hilz & Dutsch, 2006). Sous l’effet de l’immersion, cette activation doit induire une élévation de la fréquence cardiaque mais surtout une élévation de la pression artérielle systolique (Cevese, Gulli, Polati, Gottin, & Grasso, 2001). L’absence d’augmentation de la PA systolique est considérée comme anormale après une minute d’immersion de la main dans l’eau froide.

34Dans notre étude, les valeurs de FC des sujets contrôles et des sujets avec trisomie 21 sont majorées par l’immersion mais l’indice de sensibilité baroréflexe ?LF reste significativement inférieur chez les sujets avec trisomie 21 comparés aux contrôles. À notre connaissance, il n’existe pas d’étude ayant évalué la sensibilité baroréflexe lors de ce test chez des sujets porteurs de trisomie 21. Une étude proposée par Roth, Sun, Greensite, Lott, and Dietrich (1996) a rapporté des valeurs moindres d’indice alpha en mettant en lien ce résultat avec le phénomène de vieillissement prématuré souvent décrit dans cette population. Cette hypothèse a été reprise ultérieurement par Monahan, et al. (2001) qui ont montré que la sensibilité baroréflexe était significativement altérée avec l’âge.

35De plus, lors de la phase de récupération, chez les sujets contrôles, la sensibilité baroréflexe se normalise après l’immersion, alors que la cinétique inverse est observée chez les sujets avec trisomie 21, avec un indice alpha qui s’élève. Cette récupération inadaptée de la sensibilité baroréflexe semble ici témoigner de la dysautonomie existant chez les sujets avec trisomie. Mise en lien avec l’évolution du cortisol, qui est aussi inverse chez les sujets porteurs d’une T21 comparés aux contrôles durant la phase de récupération, cette sensibilité baroréflexe non réajustée en post-immersion, pourrait traduire une dysfonction autonomique.

36Sous l’effet de ce test, il est de plus évident que les sujets avec trisomie 21 et les sujets contrôles ne répondent pas du tout identiquement puisque les concentrations d’ACTH et de cortisol sont significativement plus élevées chez les sujets avec trisomie durant toute la durée du test. L’activation de l’axe corticotrope est effective dans ce groupe, sans que l’on ne puisse clairement en identifier l’origine.

37Le test de « cold pressor » permet de provoquer une activation sympathique réelle chez les sujets avec trisomie mais celle-ci est associée à une sensibilité baroréflexe altérée chez le sujet porteur d’une T21.

4.3 – Test d’orthostatisme

38Nos résultats montrent qu’il existe pour les deux groupes, sous l’effet du redressement des adaptations majeures et significatives qui permettent à chaque sujet de s’adapter au stress orthostatique. Lors du redressement, l’organisme répond par une élévation de la FC, une redistribution du sang du haut du corps vers les membres inférieurs avec une diminution du retour veineux et donc une diminution du diamètre du ventricule gauche. Les barorécepteurs, zones vasculaires sino-carotidiennes et aortiques sensibles, sont de ce fait stimulées (Rowell, 1984). Ces zones sont constituées de récepteurs sensibles aux variations de pression, et leur stimulation active le centre vasomoteur, entraînant une sécrétion de catécholamines. Par conséquent, la force de contraction du myocarde augmente, et une accélération de la fréquence cardiaque est aussi observée (Benditt, et al., 1996). Ce système permet une adaptation rapide à une baisse de la pression sanguine (Rickards & Newman, 2003).

39Au niveau spectral, la diminution significative des HF, et la diminution significative du RMSSD qui reflètent la modulation du tonus parasympathique confirment une levée du frein vagal en position debout. La conjugaison de l’ensemble de ces facteurs permet d’expliquer l’augmentation significative de la fréquence cardiaque.

40Lors du test orthostatique, tous les sujets, contrôles ou porteurs de T21, montrent des ajustements cardiocirculatoires appropriés, mais avec des amplitudes différentes (Fig. 4).

41Les moindres amplitudes observées chez les sujets avec T21 avaient déjà été rapportées (Baynard, Pitetti, Guerra, & Fernhall, 2004 ; Fernhall, et al., 2005 ; Fernhall & Otterstetter, 2003 ; Iellamo, et al., 2005). Les résultats de ces auteurs confirment un contrôle autonomique de la fonction cardiovasculaire altérée chez les sujets avec T21, en particulier lors du redressement, et rapportent une activation sympathique très émoussée associée à un frein vagal insuffisant.

42Ce résultat est conforté par la valeur du rapport LF/HF ; dont l’amplitude de variation est moindre en position debout chez les jeunes adultes porteurs d’une T21, et pourrait donc être en faveur d’une dysautonomie.

43Iellamo, et al. (2005) ont évoqué une possible anomalie de croissance et de maturation du SNA à l’origine de ces réponses inappropriées, avec en particulier, des pertes neuronales, des lésions dendritiques et des troubles de la transmission synaptique. Agiovlasitis, et al. (2010) ont aussi rapporté des résultats similaires. Ces auteurs pensent qu’il s’agirait d’un réajustement de la sensibilité baroréflexe vers de plus basses pressions ou une diminution de l’activité afférente des chémorécepteurs qui entraîneraient des dysrégulations autonomiques.

44Par ailleurs, les sujets avec une trisomie 21 présentent lors test orthostatique, des concentrations d’ACTH et de cortisol significativement supérieures à celles des sujets contrôles. Ces sécrétions élevées d’ACTH et de cortisol, alors même qu’adrénaline et noradrénaline ne sont pas différentes des adaptations observées chez les témoins, témoignent de l’existence d’un stress qui serait probablement d’origine psychologique puisque ces élévations s’expriment dès la position couchée, c’est-à-dire dès que l’on sangle le sujet sur la table basculante motorisée. Dans la littérature, ces adaptations de l’axe corticotrope n’ont jamais été rapportées chez des sujets porteurs d’une T21 après un test orthostatique. Nous ne pouvons donc qu’émettre cette hypothèse pour expliquer ces modifications hormonales.

45Par ailleurs, les résultats présentés dans ce protocole doivent rester d’interprétation prudente, car le faible effectif exploré représente une limite certaine. Il conviendra donc dans le futur, d’élargir nos investigations sur un échantillon de sujets plus conséquent.

5 – Conclusion

46Selon les critères d’Ewing, Campbell, and Clarke (1980) le diagnostic de dysautonomie n’est retenu que si deux tests de stimulation du SNA au moins sont perturbés. Au regard des réponses inappropriées obtenues par les sujets avec trisomie 21, sur les trois tests de stimulation du SNA, l’existence d’une possible dysautonomie peut être évoquée. Les sujets avec trisomie 21, présentent certes des adaptations qui suivent une cinétique classique, mais celles-ci restent toujours moins amples, et sont par ailleurs associées à des sécrétions d’ACTH et de cortisol élevées, supposant l’existence d’un stress psychologique caractéristique de cette population.

47Les résultats de cette étude permettent de mieux comprendre pourquoi les sujets avec trisomie 21 se fatiguent plus précocement lorsqu’ils sont engagés dans des activités physiques, probablement par le fait d’une possible dysautonomie. Cette caractéristique doit être prise en compte dans la prescription de l’exercice.

48Remerciements. Les auteurs remercient la Fondation Jérôme Lejeune et l’Association Française de Recherche sur la Trisomie (AFRT) pour leur soutien financier à ce projet de recherches.

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Mots-clés éditeurs : dysautonomie, fatigue, trisomie 21, variabilité de fréquence cardiaque

Date de mise en ligne : 20/08/2014

https://doi.org/10.3917/sm.084.0071