Compte rendu

Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences. Tec & Doc, RST no 13, 2002, 166 p.. De la transgenèse animale à la biothérapie chez l’homme, Académie des sciences. Tec & Doc, RST no 14, 2003, 200 p.

Pages 450a à 465a

Citer cet article


  • Mounolou, J.-C.
  • et Fridlansky, F.
(2004). Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences. Tec & Doc, RST no 13, 2002, 166 p.. De la transgenèse animale à la biothérapie chez l’homme, Académie des sciences. Tec & Doc, RST no 14, 2003, 200 p. Natures Sciences Sociétés, . 12(4), 450a-465a. https://stm.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2004-4-page-450a?lang=fr.

  • Mounolou, Jean-Claude.
  • et al.
« Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences. Tec & Doc, RST no 13, 2002, 166 p.. De la transgenèse animale à la biothérapie chez l’homme, Académie des sciences. Tec & Doc, RST no 14, 2003, 200 p. ». Natures Sciences Sociétés, 2004/4 Vol. 12, 2004. p.450a-465a. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2004-4-page-450a?lang=fr.

  • MOUNOLOU, Jean-Claude
  • et FRIDLANSKY, Françoise,
2004. Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences. Tec & Doc, RST no 13, 2002, 166 p.. De la transgenèse animale à la biothérapie chez l’homme, Académie des sciences. Tec & Doc, RST no 14, 2003, 200 p. Natures Sciences Sociétés, 2004/4 Vol. 12, p.450a-465a. URL : https://stm.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2004-4-page-450a?lang=fr.

1 Pour répondre aux problèmes nouveaux, émergeant de l’application dans la vie quotidienne des connaissances de génétique et des technologies qui en dérivent, l’Académie des sciences a décidé, en 2002, de procéder à une évaluation de ces connaissances, des bénéfices et des risques qui leur sont associés. Ce travail d’analyse collective prit une telle ampleur que l’Académie décida de le publier en deux volumes. Le premier a pour titre : Les Plantes génétiquement modifiées, le second : De la transgenèse animale à la biothérapie chez l’homme. La césure fut sans doute décidée tardivement. Cela expliquerait que le premier volume manque de conclusions, et que le second contienne des commentaires s’adressant aux textes publiés dans le précédent... Enfin, nulle part, ni dans le rapport no 13, ni dans le 14, n’est abordée la question des espèces bactériennes génétiquement modifiées et de leurs usages industriels ou alimentaires (les bactéries lactiques, par exemple).

Le rapport n? 13 : Les Plantes génétiquement modifiées

2 L’introduction est claire et courageuse ; elle annonce un plaidoyer « scientifique » en faveur de la construction et des usages de plantes transgéniques (organismes génétiquement modifiés). L’objectif est de présenter des connaissances et un bilan pour optimiser les pratiques agricoles, produire des protéines d’intérêt industriel ou thérapeutique, et contribuer à mieux connaître la physiologie et le développement des plantes. Les impacts environnementaux ne sont pas envisagés séparément, mais pris en considération pour chaque sujet évoqué. En pratique, la lecture de ce rapport indique que les auteurs ont eu beaucoup de difficultés pour se plier à la discipline qui leur fut proposée. Le sujet ne se découpe pas si aisément, et les sensibilités des uns ne sont pas celles des autres ! Cela entraîne beaucoup de redondances qui peuvent irriter le lecteur déjà averti, mais cela présente l’avantage de constater des nuances ou des sensibilités différentes qui contrastent agréablement avec les expressions parfois péremptoires ou définitives de l’introduction.

3 La connaissance et les usages présents des plantes transgéniques sont envisagés dans le cadre de la controverse dont elles sont l’objet dans la société française. Les deux premiers chapitres constituent des présentations des informations et des techniques qui fondent les opérations de transgenèse végétale. Ils sont fort utiles pour mettre en place le vocabulaire spécialisé des biologistes et illustrer leurs démarches pratiques. Le lecteur de NSS regrettera pourtant un certain manque de recul : il aurait apprécié, dans le premier, une ouverture sur les perspectives de la génomique végétale et, dans le second, une réflexion interdisciplinaire qui s’élève plus au-dessus de candeurs traditionnelles comme les attentes irrationnelles des citoyens, l’incompatibilité entre démarche scientifique et idéologie, la malfaisance des puissances de l’argent...

4 Les chapitres III et IV, « La transgenèse végétale en agriculture » et « Les plantes transgéniques, les risques et la réglementation », font le corps solide et intéressant du rapport. Ils abordent de façon critique et argumentée les questions posées en introduction et montrent bien toutes les complexités impliquées. Ils expliquent quels types d’avancées peuvent être escomptés de l’usage de plantes transgéniques en agriculture. Il faut pour cela que les propositions des généticiens et des agronomes ne s’énoncent pas dans l’abstraction théorique, mais se placent de façon réfléchie dans le triangle : objectifs socioéconomiques/sécurité alimentaire/risques environnementaux. Différents usages possibles, actuels et futurs, sont passés en revue. Aux interrogations du public et des détracteurs, les réponses disponibles sont présentées, non pas sous forme de rebuffades ou d’insultes, mais comme des arguments expérimentalement mis à l’épreuve et assortis de leur propre incertitude. Ces deux chapitres apportent aussi une note d’espoir : en s’interrogeant sur le sens à donner aux opérations de transgenèse, la société pousse ses chercheurs toujours plus loin dans la connaissance et l’expression d’objectifs cohérents avec ses représentations de la vie et de la reproduction. Cette leçon mériterait d’être entendue par les pédagogues qui réfléchissent aux enseignements qui formeront les futurs citoyens.

5 Le chapitre V, « Les plantes transgéniques : les pays en développement », se place bien dans la ligne des deux précédents. Très logiquement, l’auteur explique que, pour des pays en développement, les enjeux sont ceux de la lutte quotidienne contre la faim, de la sécurité alimentaire à moyen terme, de la liberté et de la maîtrise des choix. Face aux OGM végétaux et aux coûts actuels, même si de grands pays en développement, comme la Chine ou l’Inde, ont une politique délibérée de culture de plantes transgéniques, se sont développées des positions de méfiance devant des évolutions incertaines et de crainte de faits accomplis aux conséquences néfastes. Le débat n’est pas clos, il se poursuit dans les institutions internationales (FAO,OMC… ). Pour beaucoup de pays, cependant, on pourrait envisager de nouveaux OGM végétaux, susceptibles de répondre à des exigences de culture et de société bien plus complexes que la résistance à un pathogène ou un herbicide. Ils ne sont pas encore prêts et ne résoudront pas à eux seuls tous les problèmes : le chemin à parcourir, biologique, économique, social et international, est encore très long !

6 Le dernier chapitre (VI) ne porte pas sur les plantes. L’auteur explique clairement que le potentiel des levures transgéniques est considérable. Cependant, le besoin de levures nouvelles n’est pas encore financièrement suffisamment pressant pour mettre en question les productions actuelles, et la controverse, qui a émergé dans la société française à propos des plantes transgéniques, a rendu les industriels prudents dans l’usage d’organismes transgéniques pour les filières alimentaires ou énergétiques. Le message en la matière est donc : recherche, patience et discrétion.

Le rapport n° 14 : De la transgenèse animale à la biothérapie chez l’homme

7 Sous ce titre élaboré, l’Académie propose au lecteur une information et une évaluation sur une question qui le touche de très près : « Où en est-on dans l’élaboration d’OGM animaux et humains ? » Cette interrogation provoque simultanément, dans le public, trois réactions fortes. La première est une opposition immédiate, formelle et délibérée, presque unanimement partagée, aux OGM humains et au clonage reproductif. Ensuite, vient l’espoir de soulager des maux et des souffrances par des thérapies nouvelles, espoir tempéré par l’incertitude sur la frontière entre techniques thérapeutiques et manipulations de la reproduction. Enfin, une attention inquiète est attachée à la légitimité des OGM animaux, surtout pour ceux qui nous sont proches (singes, chiens… ). À en juger par les recommandations énoncées à la fin du livre, il n’est pas certain que l’Académie ait conduit sa réflexion en relation avec ces trois réactions du grand public… C’est sans doute la conséquence du choix fait en 2002 (année de la rédaction des rapports) de traiter d’OGM sans référence à la définition qu’en donne la loi n 92.654 du 13 juillet 1992 : « OGM : un organisme dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle. » Au contraire, les auteurs se sont accordés pour utiliser le vocabulaire des biologistes (chapitre I) : un organisme génétiquement modifié (ou transgénique) est créé par « l’introduction de manière stable dans [ses] chromosomes d’une information génétique nouvelle sous forme d’ADN– le transgène ». En fait, ce rapport est une véritable contribution scientifique spécialisée. La multiplicité des définitions et des références continue donc à obscurcir le débat de société et à fortifier les dogmatismes.

8 Ce rapport débute par une succession de textes introductifs, clairs mais défensifs, qui annoncent les objectifs : évaluer l’état des connaissances et présenter des perspectives sur les apports potentiels des technologies de l’ADN en médecine, apports à considérer dans le triangle souffrances/bénéfices thérapeutiques/risques. Les deux guides proposés pour cette évaluation sont le principe de précaution et celui d’assistance à personne en danger. La science biologique a pour rôle de nourrir les processus de réflexion et de décision individuels et collectifs. Si le lecteur accepte ces règles, il trouvera dans ce livre une masse considérable d’informations sur les connaissances nouvelles en génétique et les acquis technologiques et thérapeutiques, comme sur les zones d’ombre, les faits inexpliqués, les limites et les questions en suspens. Le problème des OGM animaux et des biothérapies est abordée sous différents angles : des molécules aux tissus et aux organes, des fonctions cellulaires à la physiologie normale et pathologique, de l’alimentation aux activités cérébrales, des comportements en société aux actions sur l’environnement. Le lecteur, qui s’était habitué à une distinction formelle et gestionnaire (entretenue par le monde médical comme par celui de l’assurance) entre la médecine préventive et la médecine palliative, est conduit à envisager, grâce à l’ADN et en complément de la chirurgie, une médecine de la restauration et de la reconstruction de l’individu.

9 Le texte est organisé en sept chapitres. Les deux premiers apportent les connaissances fondamentales telles qu’elles étaient il y a trois ans (transgenèse et clonage chez la souris, essentiellement). Les deux suivants traitent des développements envisageables en médecine de restauration et de reconstruction (utilisation de cellules souches et de tissus adultes humains, utilisation d’organes et de tissus animaux). Suit un chapitre sur les biothérapies, où l’auteur montre qu’une recherche clinique doit mettre au point le projet issu de travaux fondamentaux. Cette recherche tire sa nécessité, sa légitimité et ses règles du fait que ces thérapies proposées s’adressent à des personnes qui souffrent. Le chapitre VI envisage les OGM et les produits dérivés dans la perspective d’une médecine palliative. Il est particulièrement riche de réflexions sur la pratique de la production et les usages de médicaments tant pour les investissements nécessaires que pour les régulations, les contrôles et l’encadrement légal du marché de la santé. La comparaison des dispositifs institutionnels mis en place dans divers pays est présentée dans le dernier chapitre. Il est dommage que l’auteur ait limité son analyse aux cellules souches, sans l’élargir aux implications des OGM en général et sans faire une mise en perspective des apports des recherches menées en sciences humaines et sociales.

10 À la suite de ce corps informatif, viennent deux brefs commentaires : l’un présenté par le Bureau des ressources génétiques, l’autre par la société Transgene S.A. Le premier resitue la question des OGM dans le cadre plus large d’une politique future des ressources biologiques renouvelables. Le second porte sur les biothérapies, il tempère les enthousiasmes intellectuels généreux en rappelant les risques encourus et les coûteuses réalités de telles entreprises. L’un comme l’autre, ils attirent l’attention sur le rôle des recherches en sciences économiques et sociales dans ces champs nouveaux de la biologie.

11 Le rapport s’achève par un texte de synthèse et cinq recommandations que l’Académie adresse au lecteur et aux pouvoirs publics. L’ensemble constitue un plaidoyer pour soutenir l’effort national en faveur de la recherche biologique et médicale, et un appel touchant pour un dialogue entre le public et les chercheurs (sans en préciser les voies, cependant).

12 Les questions abordées dans ces deux rapports sont difficiles, sensibles et évolutives. L’Académie des sciences a demandé à des experts biologistes d’en traiter avec toute la rigueur scientifique possible. Ils l’ont fait. En bref, il nous paraît que ces rapports s’adressent surtout à ceux des médecins et des biologistes qui ont émigré de leur sphère professionnelle originelle vers le monde de la politique et de la communication. Le citoyen ordinaire, qui n’a pas toujours une culture biologique aussi avancée, trouvera sans doute ardue la lecture de ces textes. Mais il y trouvera aussi la démystification de grandes peurs irrationnelles, l’invitation à prendre des responsabilités individuelles et collectives face aux risques, et enfin des perspectives encourageantes pour soulager des souffrances et ouvrir de nouveaux espaces de liberté.

13 Jean-Claude Mounolou

14 Françoise Fridlansky

15 (CGM, CNRS, Gif-sur-Yvette, France)

16 mounoloujcm@wanadoo.fr


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Date de mise en ligne : 27/08/2012