Compte rendu

L’Animal dans nos sociétés, Florence Burgat (Ed.), La Documentation française, Problèmes politiques et sociaux, no 896, 2004, 124 p.

Pages 335c à 349c

Citer cet article


  • Digard, J.-P.
(2005). L’Animal dans nos sociétés, Florence Burgat (Ed.), La Documentation française, Problèmes politiques et sociaux, no 896, 2004, 124 p. Natures Sciences Sociétés, . 13(3), 335c-349c. https://stm.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2005-3-page-335c?lang=fr.

  • Digard, Jean-Pierre.
« L’Animal dans nos sociétés, Florence Burgat (Ed.), La Documentation française, Problèmes politiques et sociaux, no 896, 2004, 124 p. ». Natures Sciences Sociétés, 2005/3 Vol. 13, 2005. p.335c-349c. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2005-3-page-335c?lang=fr.

  • DIGARD, Jean-Pierre,
2005. L’Animal dans nos sociétés, Florence Burgat (Ed.), La Documentation française, Problèmes politiques et sociaux, no 896, 2004, 124 p. Natures Sciences Sociétés, 2005/3 Vol. 13, p.335c-349c. URL : https://stm.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2005-3-page-335c?lang=fr.

1 Contrairement à ce que peuvent donner à croire les titres de cet opuscule et de la collection dans laquelle il est publié, il ne s’agit nullement d’un bilan sociopolitique de la place des animaux dans la société occidentale, mais d’une anthologie de textes dont, par ailleurs, le choix dénote davantage une intention militante qu’un souci documentaire.

2 L’avant-propos de la responsable de l’ouvrage donne le ton : le propre de l’homme serait introuvable, et la différence humanité-animalité ne serait rien d’autre qu’une construction humaine destinée à légitimer le « spécisme » et sa conséquence pratique, l’exploitation des animaux.

3 Tout le reste est à l’avenant. La première partie ne se consacre à la question des frontières entre l’animalité et l’humanité que pour en contester l’existence. Ce concert ne laisse entendre aucune note discordante, l’un des auteurs cités (le philosophe Pierre Guenancia) allant même jusqu’à affirmer qu’aucune observation ne permet de distinguer l’homme de l’animal et que, par conséquent, l’anthropologie n’est qu’une annexe de la zoologie !

4 La deuxième partie se penche ensuite sur le statut moral et juridique des animaux. Là aussi, partisans de la compassion envers les animaux, de leur protection par des « droits » en propre, et même de leur « libération » occupent tout le terrain. La seule voix dissonante admise est celle de Luc Ferry, avec un extrait pour le moins minimaliste, au regard de ses positions connues sur la question !

5 Si la troisième partie s’ouvre enfin aux « usages » réels des animaux, c’est pour en faire la critique systématique : boucherie, zootechnie productiviste, expérimentation, chasse, fourrure, animaux de compagnie, zoos, cirques, corridas, rien ni personne (éleveurs, dresseurs, marchands... ) n’échappe à la vindicte soi-disant vertueuse d’auteurs « antispécistes » mal informés ou de mauvaise foi, si l’on en juge au procédé utilisé, toujours le même, qui consiste à caricaturer l’adversaire de manière à pouvoir, ensuite, le critiquer et le diaboliser plus aisément. Là encore, la seule voix discordante – celle de Jean Lacouture se faisant l’avocat de la tauromachie – ne suffit pas à donner à l’ensemble ne serait-ce qu’une illusion de diversité.

6 Ni les annexes – principalement des textes législatifs relatifs à la protection des animaux –, ni le glossaire – réduit à huit entrées : animalité, CITES (« Convention de Washington »), différence anthropozoologique, droits des animaux, libération des animaux, pitié, protection des animaux, spécisme et utilitarisme (au sens du philosophe anglais Jeremy Bentham) –, ni la bibliographie de 84 titres, presque tous conformes au politiquement correct « animalitaire » (selon le mot d’Ernest Hemingway), ne viennent atténuer l’impression de malaise et d’agacement que provoque l’ensemble. Car, enfin, que des animaux ne soient pas traités comme il conviendrait, nul ne le conteste. Est-il pour autant acceptable de donner à penser que tous les éleveurs, utilisateurs d’animaux et autres acteurs et professionnels des filières animales sont, par définition, d’irresponsables et sanguinaires bourreaux d’animaux ? Les philosophes, qui forment l’écrasante majorité des auteurs de ce petit livre, ne se montrent pas, ici, sous leur meilleur jour. On les savait indifférents aux faits – et il faut l’être, pour ne pas voir le « propre de l’homme » ! ; on les découvre aussi, en définitive, peu intéressés par lui. Du moins ont-ils raison sur un point : les animaux ne manquent pas de mérites, notamment pas de celui d’avoir fait éclater au grand jour la misère d’une certaine philosophie.

7 Jean-Pierre Digard

8 (CNRS, France)

9 digard@ivry.cnrs.fr


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Date de mise en ligne : 01/08/2012