La Protection de la nature en Bretagne. La SEPNB (1953-2003), Maurice Le Démézet, Bruno Maresca, Presses universitaires de Rennes/Bretagne, vivante-SEPNB, 2003, 240 p.
Pages 335f à 349f
Citer cet article
- METTOUX, Anne-Paule,
- Mettoux, Anne-Paule.
- Mettoux, A.-P.
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- Mettoux, A.-P.
- Mettoux, Anne-Paule.
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1 En publiant le parcours d’une association régionale de protection de la nature, Maurice Le Démézet et Bruno Maresca se placent dans l’histoire du mouvement écologiste. En effet, au cours de son évolution, la Société d’études pour la nature en Bretagne (SEPNB) se trouve confrontée à la montée en puissance des préoccupations environnementales et à la remise en question de ses objectifs naturalistes. Dans l’affrontement au sein de sa structure interne, différents courants s’opposent sur fond d’institutionnalisation et de professionnalisation.
2 L’ouvrage monographique est découpé en quatre parties correspondant aux périodes de structuration de la SEPNB. Des illustrations variées (articles de journaux, témoignages, photographies... ) enrichissent le texte.
3 Dans la « période de fondation » (1953-1966), se met en place le projet social de l’association, basé sur la création de réserves naturelles et l’action éducative (connaissance et découverte de la nature). Agencée sur le modèle des sociétés savantes, la SEPNB édite une revue, Penn ar Bed, référence dans son domaine, et développe ses compétences scientifiques, pédagogiques et gestionnaires, ce qui se traduit par la création d’un bureau d’études proposant une activité d’expertise. Ses ressources et moyens reposent pour l’essentiel sur le recrutement, donc l’augmentation des adhérents. Sa croissance, dans les années 1960, est rapide. Cependant, l’irrégularité des cotisations provoque une première crise. Cette période s’achève avec la mort de son fondateur historique, Michel-Hervé Julien.
4 La seconde période, « La dynamique des associations pionnières » (1967-1982), intègre le mouvement d’écologie politique des années 1970. La SEPNB évolue dans un contexte de lutte écologique où les mobilisations se multiplient. Face au développement économique de la région, la SEPNB privilégie une politique de conciliation. Par ailleurs, légitimée par la reconnaissance de son utilité publique, sa participation aux instances publiques s’amplifie. Sans pour autant s’intéresser à la demande sociale émergeant de sa base, elle recherche constamment de nouveaux adhérents et s’éloigne de ses militants politiques qui s’éparpillent au sein de nouvelles associations telles que l’APPSB (devenue en 1983 Eau et Rivières de Bretagne [ERB]). Pour pallier cette crise, la revue Oxygène, de nature plus militante, est créée. Cette période est également marquée par les premières actions contentieuses. Celles-ci restent marginales, notamment à cause des mesures de rétorsion (coupure des subventions). Malgré la démonstration de son efficacité et ses compétences dans l’expertise et la gestion de crise lors de la catastrophe de l’Amoco Cadiz, elle se retrouve toujours confrontée aux difficultés de financement. En effet, deux facteurs entraînent une surcharge financière, liée à l’accroissement du nombre de salariés : d’une part, ses activités au sein du bureau d’études se diversifient ; d’autre part, le nombre de réserves, qui fondent son identité, augmente. Elle devient un prestataire au service des pouvoirs publics, tant dans le domaine de l’expertise que dans celui de l’animation. Progressivement, son leadership régional est remis en question. Seules son expérience et sa scientificité contribuent à son maintien sur la scène régionale.
5 La troisième période couvre les années 1982 à 1992, « de la crise des adhésions à l’expansion de l’activité ». Confrontée à l’institutionnalisation et à la professionnalisation de ses activités, l’association entre dans une crise aiguë, crise au niveau financier et dans son orientation politique, signe d’une mutation en profondeur. Les salariés du bureau d’études sont licenciés, la revue Oxygène est arrêtée et le nombre d’adhérents continue sa chute. Les ambitions de la première génération, celle des fondateurs, disparaissent au profit d’une vision plus gestionnaire axée sur la capacité d’offres de services et d’expertise. Le rôle de gestionnaire, notamment grâce aux réserves, est complété par l’animation qui s’oriente vers l’éducation à l’environnement. De grands projets sont mis en place. Le nombre de salariés ne cesse de croître. Les conséquences se ressentent dans le fonctionnement : dépendance vis-à-vis des pouvoirs publics et désengagement progressif des bénévoles.
6 Dans la dernière période identifiée (1990-2002), « Après la crise organisationnelle, quel est l’avenir des associations ? », la SEPNB marque son renouvellement générationnel et sa volonté de se perpétuer. Une crise interne entre dirigeants et militants aboutit à la démission du secrétaire général, trop omniscient, et à l’embauche d’un directeur chargé de s’occuper des tâches de gestion et de coordination. En 1999, la SEPNB devient Bretagne vivante. Association gestionnaire, multipliant les partenariats, elle conserve deux objectifs principaux : la connaissance naturaliste et scientifique des habitats naturels et des espèces, et l’éducation à l’environnement. Son avenir reste incertain malgré ses compétences et son expérience.
7 Évoquées dans la dernière partie de l’ouvrage, deux associations au parcours différent de la SEPNB élargissent la réflexion. Néanmoins, la problématique inhérente aux associations demeure latente. L’analyse n’effleure que de manière superficielle les questions de fond qui se posent à toutes les associations pérennes, telles que les relations dirigeants-salariés-bénévoles-militants ou l’ambivalence du rôle des associations auprès des pouvoirs publics... Par ailleurs, une comparaison plus poussée entre la SEPNB et Eau et Rivières de Bretagne (cf. Anne-Paule Mettoux, 2002. Les Associations et le changement social. Cas d’Eau et Rivières de Bretagne (1969-1997). Thèse de doctorat, Paris 10, Nanterre) compléterait cette étude, notamment en replaçant la réflexion dans un contexte régional où les conflits environnementaux structurent le mouvement associatif.
8 Anne-Paule Mettoux
9 (Sociologue, UMR Ladyss, France)
Date de mise en ligne : 01/08/2012