Introduction
Pages 335j à 349j
Citer cet article
- DEFFONTAINES, Jean-Pierre,
- Deffontaines, Jean-Pierre.
- Deffontaines, J.-P.
Citer cet article
- Deffontaines, J.-P.
- Deffontaines, Jean-Pierre.
- DEFFONTAINES, Jean-Pierre,
1 Les Figures du projet territorial, Bernard Debarbieux, Sylvie Lardon (Eds), L’Aube/Datar, 2003, 269 p.
2 Deux termes sont au centre de l’ouvrage collectif dirigé par B. Debarbieux et S. Lardon, le projet territorial et l’iconographie. Le projet territorial est la démarche, relancée dans les nouvelles lois françaises sur l’aménagement du territoire et sur l’intercommunalité, qui vise, dans un territoire, avec une configuration d’acteurs, à engager une prospective et une construction de projet. Les auteurs considèrent que la production de représentations graphiques est « un moment essentiel de l’élaboration de la réflexion de projet et de son énonciation ».
3 Quelle est la nature de l’iconographie mobilisée ? Comment est-elle produite ? Quels sont les enjeux cognitifs, sociaux, institutionnels de la représentation territoriale par l’image ? Telles sont les interrogations posées qui intéressent les chercheurs concernés par la perception du territoire et tous ceux qui, dans la perspective des politiques publiques, sont interpellés par les représentations spatiales et par l’apprentissage du raisonnement spatial.
4 Les questions scientifiques abordées par la mise en images du territoire ont trait aux implications sur les divers acteurs concernés, à l’influence sur la conduite du projet, au rôle des experts et des décideurs ; elles relèvent des problématiques des sciences cognitives et de l’approche sociale des connaissances. L’ouvrage s’appuie sur deux postulats : le premier est que le processus de production d’une iconographie de projet renvoie à la diversité des représentations sociales mobilisées ; le second considère que la représentation iconographique de phénomènes territoriaux est utile pour la discussion entre acteurs du territoire.
5 L’article introductif de B. Debarbieux cadre le contenu de l’ouvrage en présentant neuf enjeux majeurs du recours à l’image dans le projet de territoire et de l’adéquation entre le projet et l’image :
6 1. Tenter de maîtriser le flot : l’image comme ressource, l’image comme problème. Une attitude réflexive est suggérée face à un recours à l’image qui tend à devenir une norme. L’iconographie apparaît dans une position ambiguë, fortement présente dans la conception alors que son utilisation demeure relativement empirique. Il convient de mettre en regard l’imagerie et les objectifs visés.
7 2. Différencier les besoins d’iconographie. L’iconographie répond à des besoins divers cognitifs, institutionnels et sociaux. Les besoins élémentaires consistent à : proposer une vision d’ensemble, généralement inaccessible aux sens ; communiquer, échanger de l’information et de la signification ; illustrer et projeter.
8 3. Souligner le caractère politique de l’iconographie de projet et de prospective. Différentes façons de penser la conception et la communication dans les dispositifs de production de projet sont distinguées : une communication institutionnelle avec et sans consultation et une conception participative. À chacune de ces catégories sont mises en correspondance des formes iconographiques privilégiées, mais un même processus de projet peut mobiliser, dans le temps, différentes façons d’utiliser l’image.
9 4. Gérer, dans ses implications sociales, la distance entre la réalité territoriale et sa représentation graphique. Cela suppose de connaître le rapport entre les formes graphiques disponibles et les expériences visuelles des partenaires. Les formes iconographiques diffèrent les unes des autres dans leur façon de représenter. Une technique de représentation adopte un point de vue surplombant (cartes, photos aériennes... ) ou terrestre (dessins). Elle reproduit avec une plus ou moins grande fidélité le territoire de référence (ainsi pour la carte et le croquis). La facilité de lecture de l’iconographie dépend de la nature de l’image, mais également de la maîtrise du système symbolique correspondant et de la distribution sociale des compétences graphiques et visuelles.
10 5. Que faire des spécialistes et des experts ? Le choix d’une représentation graphique désigne des « spécialistes» aux statuts particuliers dans la démarche de projet. Il leur revient de préciser leur rôle et de faire connaître les conditions de production des représentations.
11 6. Agencer l’image sur le fond et sur la forme selon les besoins. Toute représentation graphique présente un cadre fixé ou incertain, c’est le périmètre. Elle privilégie une métrique qui hiérarchise les enjeux territoriaux. Elle est constituée d’une collection d’objets dont la désignation est un enjeu majeur du message. Le choix des objets peut servir ou desservir l’intelligence collective du territoire.
12 7. Et l’esthétique dans tout cela ? La qualité esthétique d’un document représente-t-elle une ressource ou un handicap ? Elle est parfois un atout, mais risque d’être mise au service d’une adhésion au détriment d’une réflexion. Il est suggéré de retenir des modes frustes de représentation pour les démarches participatives. Cette dernière réflexion est discutable, car elle semble réserver la qualité esthétique à certains partenaires du projet de territoire.
13 8. Les futurs de la représentation. Les modes de représentation n’ont pas les mêmes capacités à suggérer l’avenir. La carte apparaît moins adaptée dans un dispositif participatif de prospective territoriale que les photographies ou les symboles.
14 9. Le singulier et le générique. La question soulevée dans la mise en image d’un territoire est celle du caractère singulier ou générique de sa représentation : d’un côté, la connaissance des habitants ; de l’autre, celle des experts. Trois pratiques actuelles paraissent adoptées : certaines recherchent une forte analogie entre l’image et le référent (photographie) ; d’autres relèvent d’un bricolage qui s’appuie surtout sur les symboles mobilisés spontanément par les acteurs ; d’autres, enfin, se fondent sur un va-et-vient entre logiques normative et singulière. Le choix de tel ou tel dispositif dépend des objectifs retenus.
15 Deux ensembles de contributions structurent l’ouvrage. La première partie regroupe des réflexions générales : M. Lussault sur l’image et le projet ; S. Roche sur l’influence du recours aux technologies de l’information géographique sur la conduite du projet ; M. Chiappero sur les différentes formes de représentations ; enfin, S. Lardon sur le rôle des figures graphiques dans l’élaboration du projet de territoire. La seconde partie présente des dispositifs de production iconographiques dans différents contextes territoriaux. Un premier groupe d’expériences réunit des dispositifs d’aide à la décision : W. Van der Knaap sur les transformations paysagères ; D. Laousse sur les projets de transports collectifs urbains ; S. Chardonnel, G. Feyt et J.-C. Loubier sur les représentations 3D; P. Thinon sur une cartographie d’unités d’égale apparence. Un second groupe concerne les perceptions des territoires par les acteurs : L. Lelli utilise la photographie ;G.Warrot propose une représentation chorématique ; F. Letissier fait dessiner des habitants ; A. Nembrini et F. Joerin réalisent un diagnostic de quartier en mobilisant différents points de vue des habitants. Enfin, le troisième groupe d’expériences présente des démarches de construction d’un projet par étapes : P. d’Aquino propose des jeux d’acteurs et des simulations informatiques ; F. Clément suscite la construction de cartes à partir de dessins ; V. Angeon et S. Lardon s’appuient sur un diagnostic pour dégager une vision partagée du territoire ; une dernière expérience, présentée par M.-C. Fourny et A. Sgard, étudie le rôle de l’iconographie dans un projet de ville nouvelle.
16 La grande diversité des formes de l’iconographie territoriale qui ressort des contributions incite, comme le suggère B. Debarbieux, à une réflexion sur « l’adéquation d’une image à l’objectif recherché » et sur « les implications sociales et politiques de son utilisation ».
17 Jean-Pierre Deffontaines
18 (Inra-SAD, France)
Date de mise en ligne : 01/08/2012