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La Chine : laboratoire de la ville

Pages 17 à 21

Citer cet article


  • Clément, P.
(2014). La Chine : laboratoire de la ville. PCM – Pour Construire un Monde durable, 861-862(1-2), 17-21. https://doi.org/10.3917/pcm.861.0017.

  • Clément, Pierre.
« La Chine : laboratoire de la ville ». PCM – Pour Construire un Monde durable, 2014/1-2 N° 861-862, 2014. p.17-21. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-pcm-pour-construire-un-monde-durable-2014-1-2-page-17?lang=fr.

  • CLÉMENT, Pierre,
2014. La Chine : laboratoire de la ville. PCM – Pour Construire un Monde durable, 2014/1-2 N° 861-862, p.17-21. DOI : 10.3917/pcm.861.0017. URL : https://stm.cairn.info/revue-pcm-pour-construire-un-monde-durable-2014-1-2-page-17?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pcm.861.0017


Notes

  • [1]
    Xi’an, an ancient city in a modern world, Evolution of the urban form 1949-2000 par Pierre Clément, Bruno Fayolle-Lussac, Harold Høyem.. Éditions Recherches, collection : Les Cahiers de l’Ipraus, Paris, 2007.
  • [2]
    Architecture et territoires, DSA Diplôme de spécialisation et d’approfondissement en Architecture, architecture et projet urbain, ENSA Paris-Belleville.
  • [3]
    On retiendra parmi les doctorats soutenus sur la Chine à l’IPRAUS, Institut parisien de recherche architecture urbanistique et sociétés, Ecole Nationale Supérieure d’architecture de Paris Belleville, ceux de : Wang Yu, La fabrication des quartiers à la lumière des préoccupations environnementales : étude comparée France-Chine, Université Paris -Est, janvier 2013.
    Shu Yang, Wuhan : aux interfaces ville/eau. Les formes urbaines en mutation, Université Paris- Est Février 2011.
    Stéphanie Boufflet, Le processus de renaturation de la capitale chinoise à l’aube des années 2000 : un “souffle vert” sur Pékin ? mai 2011, Université Paris-Est et Université d’Orléans.
    Huang Quan Le, Une urbanisation hybride. Métamorphose spatiale et sociale de Shipaï, « village urbain » de Canton en Chine, 1978/2008, janvier 2010, Université de Paris 8.
    Li Jun, La forme de l’espace urbain de Wuhan pendant la période historique 1861-1949, et pistes pour le développement contemporain. L’approche historique comme guide pour le renouvellement urbain- en cotutelle Université de Wuhan /Université Paris 8, Wuhan septembre 2005.
    YuYifan,Transformation de l’habitation à Shanghai de 1949 à 2000. Une méthode d’approche de la morphologie, EHESS-Université Tongji, décembre 2003.
    Zhang Liang, La naissance du concept de patrimoine en Chine, Éditions Recherches, Collection : Archithèses, Paris, 2003. Enfin Yang Liu, sur les villes nouvelles de Shanghai en cours (2014).
  • [4]
    Pierre Clément, arte-charpentier, Paris 2003, Editions du Regard. En français.
    Pierre Clément, arte charpentier and partnersArchitects, Dalian, 2005. En anglais et chinois.
  • [5]
    Zhou Wenyi et Pierre Chambron, De l’architecture à la ville, arte charpentier en Chine 2002-2012, Paris, IICI Interface, 2012, en français, anglais, chinois.
  • [6]
    Centre Scientifique et Technique du Bâtiment CSTB à Paris, Serge Salat, éditeur, et le Science and Technology Documentation and Promotion Centre STDPC à Pékin, publié simultanément, en 2006 en anglais en France CSTB, et en en chinois par les Presses de l’Université Qinghua à Pékin.
  • [7]
    Avec Antoine Grumbach dans l’équipe du Grand Paris Seine Métropole, Paris Rouen Le Havre.

L’agence Arte Charpentier Architectes a eu la chance d’observer l’évolution architecturale et urbaine de la Chine sur une période de trois décennies et, dans le même temps, celle aussi de pouvoir participer activement à la réalisation d’œuvres architecturales et urbanistiques significatives et emblématiques.

1 Au cours de cette longue expérience chinoise, nous avons surtout beaucoup appris sur les savoirs et les savoir-faire, anciens et modernes de la Chine ; sa soif d’apprendre et sa volonté de former, sa faculté d’adaptation et sa capacité à innover et expérimenter. Nous illustrerons ici les thématiques qui constituent, sur la longue durée, le socle de cette coopération pour « mieux vivre ensemble » : la question de l’habitat ; l’existant comme ressource, voire comme patrimoine ; l’espace public et les équipements culturels ; les villes nouvelles.

Une longue histoire

2 Rappelons que la réforme économique s’est mise en place en 1979, que les universités ont alors rouvert leurs portes et que les facultés d’architecture ont réapparu. En 2010 déjà, la Chine organisait l’Exposition universelle de Shanghai sur le thème « better city, better life » qui témoignait qu’en trente ans, la Chine se voulait dans ce domaine le laboratoire du monde. En 2012, le Prix Pritzker, « le Nobel de l’architecture », était attribué pour la première fois à un architecte chinois, Wang Shu.

3 Si, sur la longue histoire de l’humanité, plus de la moitié des villes du monde ont été construites en Chine, c’est encore dans ce pays, dans les trente ans à venir, qu’il va falloir construire l’équivalent de quelque 400 villes millionnaires pour accueillir les flux migratoires dus à l’exode rural. Si la Chine est aujourd’hui le « premier atelier du monde », elle est aussi, dans le champ de la construction, de l’urbanisme et du paysage, le « premier laboratoire de l’expérimentation » des technologies du futur et de création de nouvelles communautés destinées à vivre ensemble. Il nous faut être capable d’y participer et il nous apparait comme une évidence que le partenariat qui se joue aujourd’hui dans le renforcement de nos relations d’échanges : scientifiques, culturels, économiques et industriels, ne peut être que fécond et porteur d’avenir pour nos deux pays.

Au coeur de Shangai dans le district de Luwan, restructuration d’un quartier d’habitations et de commerce.

Description de l'image par IA : Quartier résidentiel et commercial à Shanghaï, avec des bâtiments modernes et des espaces verts.

Au coeur de Shangai dans le district de Luwan, restructuration d’un quartier d’habitations et de commerce.

ARTE CHARPENTIER ARCHITECTES

La question de l’habitat

4 A nos premiers contacts, la Chine des années 80 commençait à s’interroger sur sa production de logements, répétitive et standardisée.

5 Elle voulait améliorer la qualité de ses constructions et diversifier son architecture. C’est alors qu’Arte Charpentier a commencé à participer aux échanges de coopération culturels et techniques entre la France et la Chine concernant l’architecture, la ville et l’habitat, initiés par l’Institut Français d’Architecture, l’association Construire en Chine sous l’égide du ministère de l’Equipement.

6 Au cours de cette période, nous avons parallèlement tissé des liens solides et féconds avec de nombreux confrères chinois : professionnels, enseignants, chercheurs, étudiants et avec de nombreuses institutions municipales ou nationales, professionnelles, académiques et scientifiques, comme le Centre chinois du Développement Technique du Bâtiment de Pékin, auprès du ministère chinois de la Construction et la Société d’architecture de Chine, ou encore les municipalités de Pékin, Shanghai, Dalian, Chongqing, Nanning, Zhengzhou, Taiyuan, Xi’an [1], ou Wuhan… C’est ainsi que nous recevions dans l’enseignement ou dans l’agence à Paris, dès le milieu des années 80, les premiers stagiaires chinois étudiants des premières générations d’architectes. Ces échanges ont depuis lors pris des formes plus institutionnelles. C’est ainsi que depuis de nombreuses années un partenariat entre l’école d’architecture de Paris Belleville et l’université Tongji à Shanghai, permet de recevoir des étudiants de master dans un programme commun [2], qu’ils peuvent poursuivre en thèse de doctorat [3]. En 2002, Arte Charpentier a créé une filiale, société de droit chinois, à Shanghai : Charpentier Architecture Design Consulting.

L’existant comme ressource ou patrimoine

7 Dans les années 80, une première expérimentation de coopération franco-chinoise fut engagée avec la Commission de la Construction de la municipalité de Shanghai, sur le projet de réhabilitation du quartier Qianjiatang, sur Huaihai Lu. Cette démarche de réhabilitation d’un quartier constitué, en refusant la politique de destruction complète, la tabula rasa, mais en intégrant au tissu historique des constructions nouvelles, sera reprise vingt ans plus tard sur le quartier de Luwan, identifié comme l’un des secteurs historiques à préserver et aussi en 2011 dans la réhabilitation des anciennes usines textiles sur le Huangpu transformées en Centre de la mode.

8 Au cours de ces expériences, encore trop rares en Chine, s’est confortée une conscience patrimoniale qui peut faire de l’existant une ressource, qu’il s’agisse de simples bâtiments, de monuments, de lieux emblématiques, d’un centre ancien, de simples quartiers ou d’une rue historique, ou encore de rivières ou de paysages.

9 Dans les années 90, les projets se diversifient et apparaissent les premiers programmes d’équipement et de bâtiments publics. C’est le moment où s’exprime la demande d’une expertise étrangère. Nous sommes, en mai 1994, lauréats du concours international pour l’Opéra de Shanghai, qui sera notre première réalisation emblématique. Le chantier de l’opéra aura été un grand défi que nous avons relevé avec ECADI, Institut shanghaien. Il nous aura beaucoup appris sur les pratiques de la maîtrise d’ouvrage, les capacités et l’inventivité sans limites des entreprises et des instituts chinois. Nous poursuivrons la réalisation de grands équipements culturels avec la construction de l’opéra du Shaanxi à Taiyuan (2012), dans un quartier dont nous avons réalisé le plan d’ensemble ; avec le projet d’un complexe sportif et culturel comprenant un troisième opéra à Xinpu, autre ville de cette même province du Shaanxi. Les autres agences françaises s’illustreront aussi dans ce champ des grands équipements culturels, qu’il s’agisse d’ADPI, AREP ou Architecture Studio.

La question de l’espace public

10 C’est à la fin des années 9O qu’apparaît à Shanghai la nécessité de repenser les espaces publics à l’échelle métropolitaine. C’est là une démarche nouvelle pour l’urbanisme chinois où la place, comme espace public accessible à tous, était absente des villes anciennes. Nous avons eu la chance de participer très en amont à la réflexion pour l’élaboration d’une série de grands espaces publics majeurs de Pudong.

11 C’est d’abord la réalisation de Central plazza, la première place moderne de la ville chinoise, qui devait accueillir l’arrivée du métro souterrain et des commerces. Elle était entourée du siège de l’administration territoriale déjà en construction et du musée des Sciences en projet. Elle donnait accès au Parc Central et à l’amorce de l’Avenue du siècle. Vaste carré de 200 mètres par 200, elle est bordée par des terrasses qui en définissent les contours.

12 Au moment où se construit cette place se pose la question de la jonction entre ce quartier politique et culturel et celui de Lujiazui, centre d’affaires sur le Huangpu. C’est alors que nous remportons la consultation en proposant l’Avenue du siècle (1998-2001) d’un seul tenant, identique d’un bout à l’autre sur les 5 km de long et 100 mètres de large. Elle est organisée en boulevard urbain, au niveau du sol, avec des croisements de voies définissant des places, et non pas comme une voie rapide, avec des échan-geurs sur plusieurs niveaux. L’avenue a été conçue en tenant compte de son urbanité et du plaisir des piétons. Elle est agrémentée de vastes jardins, ouverts ou clos, sur toute sa longueur. Dans le même temps en 1999, la municipalité nous confie la transformation de la partie centrale de la rue de Nankin, celle des grands magasins, en rue piétonne. Ce sera le premier exemple qui servira largement de modèle ailleurs dans les autres villes chinoises. Shanghai en effet deviendra le modèle de référence que les autres métropoles veulent imiter : quartiers réhabilités, grands équipements culturels, espaces publics majeurs : places, grandes avenues, rues piétonnes, enfin villes nouvelles. Après quinze années d’investissement sur la métropole shanghaienne, nous suivons le mouvement vers les autres métropoles en transformation, notamment dans la politique de développement des villes de l’intérieur vers l’ouest.

L’opéra de Shanghai.

Description de l'image par IA : Bâtiment moderne avec toit incurvé, illuminé la nuit, devanture en verre, personnes et voitures devant.

L’opéra de Shanghai.

DIDIER BOY DE LA TOUR

Les premières villes nouvelles

13 Parallèlement aux projets menés dans la ville ancienne de Shanghai sur son tissu constitué, était apparue la nécessité de développer de nouvelles villes et de nouveaux quartiers expérimentaux annonçant le troisième millénaire. C’est ainsi que la municipalité de Shanghai lance une consultation internationale pour la réalisation du quartier de Wanli, en 1997-1998, à l’époque au nord-ouest à l’extérieur de la ville. Il devait abriter quelque 100 000 habitants sur 200 ha, et être un quartier expérimental sur le plan environnemental.

14 Nous remportons ce concours en structurant les secteurs autour d’une puissante trame verte de parcs, et en organisant les îlots d’habitation autour de cours-jardins centraux, réinterprétant l’espace de la maison à cour et son urbanité à l’échelle de l’îlot. Le projet a été honoré de la médaille d’or de l’urbanisme. Dans cette même logique de villes structurées autour des problématiques environnementales qu’incarnent les trames « verte » végétale et « bleue » hydraulique, nous développerons le projet de ville nouvelle de Nanhui, 1999-2000, toujours à Pudong, celle de Gaoqiao, puis un autre quartier à Luchaogang au débouché terrestre du nouveau port en eau profonde de Shanghai. Durant ces années, de très nombreux projets ont été lancés en Chine, ils n’ont pas tous abouti. Mais, dans la Chine des années 2000, les transformations sont rapides. Entre la décision de lancer Pudong, en 1992, et aujourd’hui, il ne s’est écoulé que vingt ans et le pari a été tenu, au-delà de toutes les prévisions les plus optimistes. Les projets urbains au cours de cette période ont suivi la courbe de développement de la population urbaine, comme celle du développement du PIB, et les dimensions des projets ont été considérablement amplifiées. C’est ainsi que nous avons participé à la consultation pour l’extension de la ville de Zhengzhou, au Henan, sur le Fleuve Jaune, qui devait accueillir quelque 2,5 millions d’habitants supplémentaires.

15 Nous avons eu la chance d’être durant trente ans les témoins de ces premières transformations : en 2003 et 2005 nous publions nos premières réalisations en Chine [4], en 2012 celles de la dernière décennie [5]. Après une première décennie shanghaienne, nous travaillons aujourd’hui sur un grand nombre de villes chinoises : Wuxi, Suzhou, Wuhan, Pékin, Chongqing, Dalian, Taiyuan ou encore Alaer au Xinjia, etc. A Chongqing, nous réalisons « sur la péninsule des pêcheurs », sur 7 km de long, un quartier expérimental respectueux de la topographie et de l’environnement où se combinent savoir-faire urbanistique chinois et français.

Défis environnementaux et dimension territoriale

16 En 2005, conscients de l’importance des enjeux environnementaux dans le bâtiment et la ville en Chine, nous participions à l’élaboration de l’ouvrage The Sustainable Design Handbook China, High Environmental Quality Cities and Buildings[6]. Les projets réalisés en Chine, relèvent de nos recherches menées en France ou en Chine pour affronter deux défis posés à l’architecture et à l’architecte aujourd’hui. Le premier est urbain, c’est celui de créer une ville agréable à vivre pour ses habitants, de développer l’urbanité et la convivialité par la capacité à vivre ensemble, en organisant la mixité sociale et fonctionnelle et l’harmonie dans des espaces publics partagés.

17 Le second défi est environnemental, c’est celui de l’économie des ressources : l’espace, l’énergie, les matériaux, les ressources naturelles : l’eau, la biodiversité, le végétal et le paysage aux différentes échelles, celle du bâtiment, comme nous l’avons fait à Wuhan pour la Maison du citoyen, du quartier, de la ville, ou encore du grand territoire, comme nous le faisons pour le Grand Paris [7] que nous avons eu l’occasion de comparer avec le « Grand Z », le delta du Yangzi de Nankin à Shanghai, Hangzhou et Ningbo, nouvelle échelle territoriale prise en compte dans les nouvelles politiques d’aménagement chinoises. Nous avons l’intime conviction que la Chine est aujourd’hui le terrain privilégié des expérimentations les plus innovantes et qu’elle a aussi tous les atouts pour mettre en place les conditions d’épanouissement de l’homme et de la société dans l’espace de la cité.

La rue de Nankin (Shanghai).

Description de l'image par IA : Rue animée de Nankin à Shanghai, pleine de monde et de panneaux colorés.

La rue de Nankin (Shanghai).

DIDIER BOY DE LA TOUR

Date de mise en ligne : 26/09/2025

https://doi.org/10.3917/pcm.861.0017