Phytothérapie en stomatologie : glossite, stomatite herpétique, perlèche, lichen plan
- Par Paul Goetz
Pages 97 à 100
Citer cet article
- GOETZ, Paul,
- Goetz, Paul.
- Goetz, P.
https://doi.org/10.3166/phyto-2019-0123
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- GOETZ, Paul,
https://doi.org/10.3166/phyto-2019-0123
Notes
-
[1]
Voir la matière médicale dans ce numéro.
1 Parmi les domaines intéressants d'application de la phytoaromathérapie, on trouve des pathologies fréquemment rencontrées en médecine générale pour lesquelles la médecine conventionnelle n'a pas beaucoup de solutions. Nous allons étudier ce qu'il est possible de faire lors de glossite, de stomatite herpétique, de perlèche et de lichen plan.
Glossite
2 La glossite est une inflammation de la langue. À l'histologie, on retrouve un signe d'inflammation de la langue.
Symptômes
3 On trouve une modification de la couleur et de l'aspect de la langue, ainsi que celle de la couche épithéliale. La langue a un aspect dépapillé, avec des plaques rouges dépapillées entourées d'une bordure blanche (glossite exfoliée migratrice). À l'examen, on peut aussi remarquer une augmentation du volume de la langue plus ou moins importante. Le patient peut se plaindre de sensations anormales de la langue de type brûlure, sensation de métal, etc. Elle est associée au lichen et aux aphtes.
Causes
4 Les causes de la glossite sont nombreuses et en premier l'alcoolisme et le tabagisme. En cas de véganisme, on peut l'observer en raison d'une insuffisance vitaminique de type maladie de Biermer (avec insuffisance de vitamine B12). Elle peut aussi être présente lors de lichen plan, d'aphtes ou d'hamartome (maladie de Cowden, génodermatose rare), par intoxication exogène (métronidazole) et allergie alimentaire : tomates, noix, gruyère.
5 Elle est pathognomonique de pathologies digestives : pathologie infectieuse avec candidose buccale, infection à Tropheryma whipplei (maladie de Whipple), acidité buccale, reflux gastro-œsophagien (RGO) ; inflammation du tube digestif (entérite et gastroentérite aiguë [GEA]) ; maladie cœliaque (intolérance au gluten) ; maladie de Crohn, troubles biliaires (remontée acide matinale, sensation de bile…). Localement, cela peut être dû à un piercing de la langue, un dentifrice, une allergie, une xérostomie, voire un cancer (examen+++) ou le sida.
Choix des plantes thérapeutiques
6 Le choix thérapeutique des plantes dépend bien sûr de l'étiologie de la glossite et se portera le plus souvent sur des plantes :
- à activité digestive : Fumaria officinalis (fumeterre), Glycyrrhiza glabra (réglisse), Agrimonia eupatoria (aigremoine), Chamomilla recutita (camomille), Sanicula europaea [1] (sanicle d'Europe) ;
- aux effets anti-infectieux : Syzygium aromaticum, selon les germes en cause.
7 Par voie générale, on facilitera la salivation en prescrivant : un extrait sec ou fluide de Fumaria officinalis et/ou un extrait ou une infusion de petite centaurée (Erythraea centaurium) et un extrait sec d'aubier du tilleul et/ou un extrait sec ou l'infusion de Chrysanthellum americanum, etc.
8 Une amélioration serait possible avec des applications locales de bicarbonate de soude, une base qui va diminuer l'acidité de la cavité buccale qui favorise les lésions.
9 Il est généralement recommandé d'éviter les aliments irritants et/ou acides (tomates, noix, gruyère, etc.)
Conduite du traitement
Traitement de l'inflammation viscérale
10 On associe :
- fleur de souci ;
- fleur de camomille ;
- herbe d'aigremoine ;
- une cuillerée à café (c.c.) par tasse, trois fois par jour.
Troubles digestifs
11 Dans le cadre d'un RGO, associer l'extrait de rhizome d'acore vrai (Acorus calamus) et celui de fumeterre (Fumaria officinalis) auxquels on peut associer sur trois semaines l'EPS de réglisse dans une infusion de camomille–aigremoine–fumeterre à chaque repas (une c.c. par tasse, infuser cinq minutes, à prendre avant chacun des trois repas). Un traitement de base sur un mois est à faire avec une teinture de matricaire ou deux tasses de matricaire avant le petit déjeuner et avant le coucher.
Troubles biliaires (remontée acide matinale à goût soufré)
12 Dans les troubles biliaires avec remontée acidobiliaire matinale, associer : poudre de fumeterre (Fumaria officinalis), aubier du tilleul (ou Vibtil®) et poudre de sanicle dans une limonade à base de gingembre.
Dans les infections
13 Prescrire un traitement à base de clou de girofle.
14 Infections ORL :
- huile essentielle (HE) de Melaleuca alternifolia ;
- HE de Syzygium aromaticum (Eugenia caryophyllata) ;
- HE de Thymus vulgaris CT linalol aa 1,5 g ;
- labrafil de maïs qsp, 125 ml : trois à quatre fois 40 à 50 gouttes pendant au moins huit jours et en fonction des symptômes linguaux ;
- prendre de la propolis (Oropolis®) de façon régulière.
Stomatite herpétique
15 Dans la stomatite herpétique, du point de vue symptomatique, on peut trouver une dysesthésie buccale, allant jusqu'à une dysphagie (importante dans le cas de l'herpès), une bouche sèche et une mauvaise haleine. Chez le jeune, c'est souvent une stomatite herpétique par primo-infection. Il faut essayer d'éviter la contagion surtout quand il s'agit d'une affection virale.
Sélection des plantes médicinales
16 On fera appel à des plantes anti-inflammatoires (alchémille, aigremoine, plantain, achillée, matricaire) et à des plantes antivirales. Chez l'adulte et en cas de virose, préconiser l'HE de cyprès et l'HE de sarriette chez l'adulte.
17 Chez l'adulte, en gargarisme et en bain de bouche avec une infusion : herbe d'aigremoine, herbe de plantain, feuille d'alchémille et fleur de camomille allemande aa 10 g, à raison d'une c.c. par tasse, infusion de dix minutes, plusieurs fois par jour et en fonction de la dysesthésie pharyngée.
18 Chez l'enfant (souvent une stomatite herpétique initiale), faire boire à longueur de journée de l'infusion de matricaire avec du miel pour gargarisme (si possible) et à avaler.
19 Le traitement antiviral sera le suivant :
- HE de Cupressus sempervirens ;
- HE de Satureja montana ;
- HE de Pinus sylvestris aa 15 g ;
- huile de pépin de raisin, 125 ml ;
- 40 gouttes dans un verre d'eau chaude, trois fois par jour.
20 On y ajoutera un mélange d'EPS cyprès–échinacée : deux comprimés par jour.
21 S'il y a des récidives d'herpès, prévoir un traitement sur un an avec l'extrait de mélisse : EPS mélisse : une c.c. dans un peu d'eau, tous les matins à jeun. Ce dernier traitement doit s'accompagner d'échinacée et d'un traitement par l'éleuthérocoque : TM d'Echinacea (Echinacea angustifolia, Echinacea purpurea ou Echinacea pallida), à raison d'une c.c. par jour. L'éleuthérocoque se prend à raison de 300 mg d'extrait sec par jour.
22 Le cuivre, l'or et l'argent en oligoéléments seront conseillés pour leur effet anti-inflammatoire et stimulant général de l'organisme. S'il existe une stomatite herpétique ou des lésions de la maladie de Behçet, on proposera des gargarismes avec un mélange en TM de Myrrha, Echinacea, Mentha, Melissa, à raison de cinq à dix gouttes de chaque dans un demi-verre d'eau, plusieurs fois par jour. Dans les atteintes de la bouche par la maladie de Behçet : applications locales d'HE de girofle et d'encens.
Perlèche
23 Il s'agit d'infections plus ou moins chroniques des muqueuses buccales et des gencives. L'une des plus fréquentes est la stomatite à Candida albicans du sujet âgé.
Symptomatologie
24 Le symptôme principal est la chéilite angulaire : lésion cutanée inflammatoire parfois douloureuse, localisée au pli de la commissure des lèvres.
Sélection de plantes médicinales
25 On fera appel à des plantes anti-inflammatoires : surtout la matricaire et le souci, puis l'alchémille, l'aigremoine, le plantain, l'achillée et à des plantes anticandidosiques : Syzygium aromaticum, Melaleuca alternifolia ou cajeput (Melaleuca cajuputi), solidage verge d'or, de thé.
Conduite du traitement
Traitement externe
26 Le plus souvent, on a besoin de soins désinfectants de contact (crème sur les commissures labiales et gargarismes).
Traitement interne
27 L'ancienne recette à base de TM reste valable : mélange d'Œnothera TM (onagre), de Calendula TM (souci), d'Euphrasia TM (euphraise) et de Plantago TM (plantain) aa qsp, 90 ml : 75 gouttes dans un verre d'eau pour gargarisme ou bain de bouche (sans avaler).
28 On donne de façon continue : propolis sous forme naturelle 3 g/j ou une infusion de sauge, plusieurs fois par jour ou une teinture de Cetraria islandica dans un verre d'eau à garder en bouche puis avaler.
Traitement antimicrobien
29 HE de tea tree (Melaleuca alternifolia) 2 g HE, Thymus vulgaris CT à thymol 1 g, HE Origanum vulgare 1 g, Pinus sylvestris labrafil de maïs + huile de pépin de raisin qsp, 90 ml.
Lichen plan buccal
Définition
30 Les cas de lichen plan buccal (Fig. 1) représentent 50 % des cas de lichen plan.
Lichen plan buccal (Crédit photo : https://www.maison-et-sante.com/le-lichen-plan/lichen-plan/)
Lichen plan buccal (Crédit photo : https://www.maison-et-sante.com/le-lichen-plan/lichen-plan/)
31 On décrit :
- des papules rouges rosées à rouge foncé, au sommet aplati, des croûtes, des écailles ou des ampoules. Il existe peu de cicatrices sauf en cas d'écorchures par grattage intense. Les papules peuvent être couvertes de lignes blanches fines ;
- la face interne des avant-bras, aux poignets ou aux chevilles. La région lombaire du dos, le cou et les jambes ;
- les lésions sont réparties en lignes le long des plis de la peau, en groupes ou le long d'une égratignure ou autre blessure ;
- un prurit surtout au niveau des muqueuses : bouche, vulve, vagin, gland.
Traitement
32 Le traitement conventionnel idéal jusqu'à présent était la cortisone, tacrolimus (Protopic®) en pommade ou le pimécrolimus (Elidel®) en crème. Le traitement est très long quelle que soit la méthode utilisée.
Plantes médicinales
En interne
33 Le Curcuma longa possède des effets divers sur de nombreux objectifs cliniques. La curcumine (associée ou non à la pipérine) permet de traiter le lichen plan (en particulier de l'appareil digestif) à la dose de 2 g par jour sur 36 mois [1].
34 Pour le côté immunologique, on peut employer au long terme l'échinacée et le ganoderme :
- Echinacea angustifolia au long terme (au moins six mois, sans interruption), 2 g/j ;
- Ganoderma lucidum :
- forme à 20 % de teinture : 10 ml trois fois par jour ;
- comprimés à 1 g de poudre : trois fois par jour ;
- décocté de Ganoderma lucidum : 120–200 g trois fois par jour.
35 L'hydrate de quercétine : 250 mg/j est équivalent à un traitement par bain de bouche à la bétaméthasone + nystatine. Le traitement n'entraîne pas d'effet secondaire.
36 Huile de baie d'argousier (vitamines A, C, E) : 200 mg/j, quelques gouttes oralement et localement d'huile de graine d'argousier.
37 Vitamines : vitamines A, K3, C, D, B6–9–12 en oral.
Externe
38 Application locale de shikonine [2,3] ou de naphtoquinone [4] (Lithospermum erythrorhizon Siebold et Zucc, Boraginacées), proche du grémil.
Médecine chinoise traditionnelle
39 Application de Yu Ping Feng Pian en bain de bouche, contenant Rhizoma Atractylodis macrocephalae, 960 mg ; racine de silène (Saposhnikovia divaricata (Turcz.) Schischk.), 960 mg ; racine d’Astragalus membrenaceus, 480 mg. Le remède augmente le taux d’epidermal growth factor salivaire (SEGF).
40 Saposhnikovia divaricata est connu pour son effet anti-inflammatoire sur les synoviocytes.
41 Atractylodis macrocephalae a une activité anti-inflammatoire comparable à la pivoine en agissant sur le mitogen-activated protein kinases (MAPK) et le necrotizing factor [5]. Ensemble, ils auraient dans le Yu Ping Feng Pian un effet de stimulation du Wei Qi, protégeant l'organisme contre les atteintes microbiennes.
42 Crème de racine de Polianthes tuberosa (jacinthe des Indes ou tubéreuse, Aspaeagacées), qui agit aussi sur le SEGF.
43 Pâte ou crème à l'HE de Santalum album 1 %.
44 Camomille : crème à base de 3 à 5 % d'extrait de Matricaria chamomilla, Echinacea purpurea, Calendula officinalis.
45 HE de Pelargonium roseum, 2 ml.
46 HE de Cymbopogon martinii, 2 ml.
47 HV de Calophylle inophylle, 20 ml localement tous les soirs.
48 Gel avec Echinacea TM, eau d'hamamélis et camomille, et dans une pommade grasse s'il y a prurit.
49 Vitamine A.
50 Aloe vera en gel localement.
Liens d'intérêts :
l'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts.Références
- 1. White CM, Chamberlin K, Eisenberg E (2019) Curcumin, a turmeric extract, for oral lichen planus: a systematic review. Oral Dis 25:720–5
- 2. Zagorodnyaya EB, Oskol'skii GI, Basharov AY (2013) Biopolymeric film containing bioactive naphthoquinone (shikonin) in combined therapy of inflammatory destructive lesions in the buccal mucosa. Bull Exp Biol Med 156:232–5
- 3. Baczy B, Lityńska-Zając M (2005) Application of Lithospermum officinale L. in early Bronze Age medicine. Veg Hist Archaeobot 14:77–80
- 4. Ci B, Wang W, Ni Y (2018) Inhibitory effect of Saposhnikovia divaricata polysaccharides on fibroblast-like synoviocytes from rheumatoid arthritis rat in vitro. Pak J Pharm 316:2791–8
- 5. Zhou Y, Tao H, Wang A, et al (2019) Chinese herb pair Radix paeoniae Alba and Atractylodis macrocephalae Rhizoma suppresses LPS-induced inflammatory response through inhibiting MAPK and NF-κB pathway. Chin Med 14:2