Attitudes et pratiques des personnels hospitaliers face à la vaccination contre la grippe saisonnière
Pages 191 à 199
Citer cet article
- MAURETTE, Max,
- PINZELLI, Pierre,
- YORDANOV SANDEV, Aleksandar
- et NOCK, Francis,
- Maurette, Max.,
- et al.
- Maurette, M.,
- Pinzelli, P.,
- Yordanov Sandev, A.
- et Nock, F.
https://doi.org/10.3917/spub.172.0191
Citer cet article
- Maurette, M.,
- Pinzelli, P.,
- Yordanov Sandev, A.
- et Nock, F.
- Maurette, Max.,
- et al.
- MAURETTE, Max,
- PINZELLI, Pierre,
- YORDANOV SANDEV, Aleksandar
- et NOCK, Francis,
https://doi.org/10.3917/spub.172.0191
Notes
-
[1]
Dispensaire de prévention sanitaire de Castres – 34, rue du 9e Régiment d’Artillerie de Campagne – 81100 Castres – France.
-
[2]
CHIC de Castres-Mazamet et CH de Revel – 6, avenue de la Montagne Noire – Castres – France.
-
[3]
Atelier de l’évaluation en prévention et promotion de la santé – 6, rue de la Croix – 86600 St-Sauvan – France.
Introduction
1 Loin d’atteindre l’objectif de 75 % fixé par la loi de santé publique, la couverture vaccinale contre la grippe saisonnière a baissé au cours des dernières années, dans les groupes cibles, et notamment chez les soignants [1]. Une étude de l’INVS de 2009 [2] a montré que si la couverture vaccinale des soignants au regard des vaccins obligatoires était relativement satisfaisante, elle l’était beaucoup moins pour les vaccins recommandés. Plusieurs études françaises [2-8] ont montré que parmi les soignants, ce sont les professions paramédicales qui présentent la plus faible couverture vaccinale contre la grippe saisonnière. Le Programme national d’amélioration de la politique vaccinale prévoit le renforcement du respect des recommandations vaccinales en collectivité, dont les établissements de santé [6]. Les réticences des professionnels de santé font régulièrement l’objet d’enquêtes débouchant sur des recommandations pour améliorer la couverture vaccinale [4, 5, 7-9]. C’est dans ce contexte que le Centre Hospitalier Intercommunal de Castres Mazamet (CHIC) et le Centre Hospitalier de Revel se sont engagés dans une stratégie de promotion de la vaccination auprès de leurs agents, créant un comité de pilotage avec le Dispensaire de Castres, l’URPS médecins libéraux Midi Pyrénées, l’URPS pharmaciens Midi Pyrénées, et les « Partenariats Institutionnels GlaxoSmithKline », qui ont financé l’étude. Avant de définir une stratégie de promotion de la vaccination, le comité de pilotage a décidé de réaliser une enquête auprès des personnels, pour connaître leurs attitudes et pratiques en la matière.
Méthodes
2 Un questionnaire auto-administré anonyme a été joint au bulletin de paie des 2105 personnels du CHIC et du CH de Revel en mars 2014. Pour assurer l’anonymat, il a été choisi de ne pas demander la profession, ni le service, mais de définir quatre catégories professionnelles : personnels médicaux, personnels paramédicaux, personnels techniques et personnels administratifs. L’équipe du dispensaire a fait le tour des services pour en présenter les objectifs et optimiser le retour. L’appui à la conception du questionnaire, la saisie et l’analyse statistique ont été confiés à un prestataire externe, l’« Atelier de l’évaluation en prévention et promotion de la santé », société de conseil et d’évaluation en santé publique.
3 Inspiré de celui de S. Perron [9], le questionnaire (voir en annexe) était structuré en quatre parties :
- cinq questions sur les caractéristiques des répondants (sexe, âge, catégorie professionnelle, ancienneté, contact avec les personnes hospitalisées) ;
- sept questions sur la justification des vaccins obligatoires et les pratiques de vaccination pour les vaccins recommandés ;
- 11 questions sur la perception et l’opinion sur la vaccination et les vaccins.
- 17 questions sur les motivations et les intentions au regard de la vaccination ;
4 Parmi ces questions, 12 concernaient la grippe saisonnière.
5 Le questionnaire comprenant une question ouverte aux commentaires, l’analyse de l’enquête a été assortie d’une obligation de déclaration des événements indésirables rapportés, du fait de la législation sur la pharmaco- vigilance.
6 L’analyse des résultats a été réalisée à l’aide des logiciels Modalisa version7 et Excel® en s’appuyant sur des tests statistiques, notamment le test du Khi2 de Pearson. Une valeur de p < 0,05 a été retenue comme seuil de significativité.
7 Les données ont été redressées sur la catégorie professionnelle. En effet cette donnée est aisément disponible et les études préalables ont bien identifié l’importance de cette variable en matière de vaccination [2-5, 7, 8]. Les intervalles de confiance des pourcentages ont été calculés au risque de 5 %, en tenant compte de l’ensemble des personnels.
8 Nous avons récupéré 471 questionnaires, soit un taux de retour de 22,4 %. Les ¾ des répondants sont des personnels soignants, à 80 % des femmes, la moyenne d’âge se situe autour de 43 ans et pour l’ancienneté, la classe médiane est celle des 10 à 19 ans (tableau I).
Caractéristiques des personnes composant l’échantillon (n = 471)
Caractéristiques des personnes composant l’échantillon (n = 471)
9 Les personnels médicaux étaient largement surreprésentés et les personnels paramédicaux largement sous-représentés, ce qui nous a conduit, pour estimer le taux de couverture vaccinale, à redresser les données sur la catégorie professionnelle.
Résultats
Couverture vaccinale
10 Le taux global de couverture contre la grippe des personnels du CHIC de Castres-Mazamet et du CH de Revel est de 24,8 % (± 3,5 IC 95 %) (tableau II). Nous ne constatons pas de différence significative en fonction de la catégorie professionnelle. Si nous ne prenons en compte que les soignants, nous constatons une différence significative (p = 0,03) entre les personnels paramédicaux (22,4 % ± 4,8 %) et les personnels médicaux (33,6 % ± 4,5 %). L’analyse multivariée montre que le fait d’être vacciné contre la grippe est significativement associé à l’âge (tableau III) : les plus de 55 ans sont les plus vaccinés (p < 0,001).
Couverture contre la grippe selon les caractéristiques des personnels (effectifs bruts, pourcentages redressés)
Couverture contre la grippe selon les caractéristiques des personnels (effectifs bruts, pourcentages redressés)
Facteurs associés à la vaccination antigrippale
Facteurs associés à la vaccination antigrippale
Attitude face à la proposition de vaccination antigrippale
11 Au moment de l’enquête, les ¾ des personnels non vaccinés contre la grippe ne souhaitent pas se faire vacciner. Seuls 23,9 % (± 4,0 %, IC à 95 %) d’entre eux accepteraient (à proportion d’un tiers) ou accepteraient peut-être (à proportion des deux tiers) de se faire vacciner.
L’exemplarité pour la vaccination contre la grippe saisonnière
12 « Pensez-vous que les personnels hospitaliers doivent montrer l’exemple en se vaccinant contre la grippe ? » Près de 50 % des répondants pensent qu’il n’appartient pas aux personnels hospitaliers de montrer l’exemple en matière de vaccination contre la grippe saisonnière (tableau IV). Ce taux est plus élevé encore chez les paramédicaux (54 %), chez les jeunes (66,7 % des moins de 25 ans et 64,2 % entre 25 et 34 ans), et chez les personnels en contact des personnes hospitalisées (54,7 %). Les répondants qui pensent que les personnels hospitaliers doivent montrer l’exemple sont plus nombreux chez les professions médicales. Un quart des répondants est indécis (réponse « je ne sais pas »).
Exemplarité des personnels hospitaliers pour la vaccination antigrippale selon la catégorie professionnelle
Exemplarité des personnels hospitaliers pour la vaccination antigrippale selon la catégorie professionnelle
13 Quand la question devient plus personnelle : « Pensez-vous que vous devez montrer l’exemple en vous vaccinant contre la grippe ? », la proportion de réponses négatives augmente (55,5 %). 25 % des personnels seulement pensent qu’ils doivent à titre personnel montrer l’exemple en matière de vaccination antigrippale, alors qu’ils sont 55,5 % à affirmer le contraire. Près de 20 % ne savent pas ou ne se prononcent pas. L’analyse multivariée (tableau V) montre que l’exemplarité personnelle en matière de vaccination contre la grippe est liée à la catégorie professionnelle (personnels médicaux), au sexe (hommes), à l’âge (plus de 55 ans vs moins de 35 ans) et à la proximité avec les personnes hospitalisées (rarement en contact).
Facteurs associés à l’exemplarité personnelle (n = 390)
Facteurs associés à l’exemplarité personnelle (n = 390)
Motivation à la vaccination
14 Interrogés sur les arguments susceptibles de les motiver pour se faire vacciner contre la grippe saisonnière, les personnels évoquent les arguments suivants : protéger sa famille (68,6 % de oui ou plutôt oui), les patients (66,3 %) et les collègues (61,6 %). La crainte de la contamination par un patient arrive juste après, avec 60,3 %. L’argument médico-économique sur les arrêts maladie n’est susceptible de convaincre que 52,9 % des répondants. À peine plus de la moitié (51,5 %) pourrait être convaincue par les conseils d’un médecin. Ce score est cependant important chez les administratifs (74,6 %) et dans une moindre mesure chez les personnels techniques (59,3 %). La moitié des médecins (50,4 %) pourraient être convaincus par un autre médecin, et seulement 47,3 % des paramédicaux.
15 Les personnels non vaccinés contre la grippe qui envisagent la vaccination, mettent en avant deux éléments : le conseil de leur médecin traitant et la vaccination sur le lieu de travail (tableau VI). Pour ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner, seul le conseil du médecin traitant obtient un score proche de la moyenne.
Éléments favorisant la vaccination selon la couverture vaccinale contre la grippe
Éléments favorisant la vaccination selon la couverture vaccinale contre la grippe
Discussion
Les limites du questionnaire
16 La catégorie des personnels paramédicaux est trop large, car elle rassemble des professionnels de niveau de formation très différent ; l’identification par profession aurait permis une analyse plus fine. La question de la désirabilité sociale se pose : les personnes vaccinées sont plus enclines à répondre. D’un autre côté, l’anonymat a permis l’expression des doutes et des craintes face au vaccin, largement répandus depuis la gestion de l’épidémie de grippe A (H1N1) en 2009.
La couverture vaccinale
17 La proportion de personnels médicaux vaccinés contre la grippe saisonnière est nettement plus faible que celle documentée pour les médecins par les autres études françaises (tableau VII). L’étude Vaxisoins [2] montre un faible taux de couverture des sages-femmes, mais même si les 38 sages-femmes du CHIC avaient répondu, cela ne suffirait pas pour expliquer entièrement la différence constatée. Par ailleurs, pour les questions sur la perception des vaccins et les motivations à la vaccination, les réponses des professionnels médicaux sont proches de celles des autres enquêtes.
Comparaison de la couverture vaccinale contre la grippe dans plusieurs études françaises
Comparaison de la couverture vaccinale contre la grippe dans plusieurs études françaises
18 Pour les autres catégories professionnelles, les taux de couverture de la vaccination antigrippale sont comparables. Le taux de couverture constaté pour les paramédicaux est le même que celui des infirmières dans l’étude Vaxisoins de 2009. Notons également que les taux de couverture antigrippale des techniciens et des administratifs sont tout à fait comparables à ceux de l’étude menée en 2004 au CHU de Clermont-Ferrand [5].
L’attitude face à la proposition de vaccination
19 Les résistances à la vaccination contre la grippe sont importantes : moins d’un quart des personnes non vaccinées l’année précédente envisage une vaccination. Avec 13,7 %, l’étude de Clermont-Ferrand [5] montrait un taux encore inférieur.
L’exemplarité des personnels hospitaliers
20 Un quart seulement des répondants pense que les personnels hospitaliers doivent montrer l’exemple en matière de vaccination contre la grippe saisonnière. Notons qu’un quart des répondants est indécis (réponse « je ne sais pas »), ce qui engage à penser qu’une communication sur ce thème est souhaitable. Face à la vaccination, de nombreux soignants, notamment parmi les paramédicaux, semblent se comporter comme la population générale : le vaccin recommandé devient facultatif.
21 Quand la question est posée à un niveau personnel, le refus de l’exemplarité augmente chez les paramédicaux, en passant de 54,0 % à 62,8 % (p = 0,051). Toutes catégories professionnelles confondues, ce sont les moins de 25 ans qui sont les plus nombreux à penser qu’ils n’ont pas à montrer l’exemple (94,0 %). Les personnels paramédicaux et les jeunes constituent donc une cible particulièrement intéressante pour une campagne de promotion de la vaccination. La revendication d’exemplarité des personnels rarement en contact avec les personnes hospitalisées peut s’expliquer selon nous par la présence dans ce groupe des cadres hospitaliers, incités par la direction à relayer l’étude et la campagne de sensibilisation à la vaccination.
La motivation à la vaccination antigrippale
22 Pour les personnels du CHIC et du CH de Revel, contrairement aux autres enquêtes, où elle arrive en tête [8, 9], en deuxième [7] ou en troisième position [5], la protection personnelle, n’arrive qu’après la protection de leur famille, celle des patients et de leurs collègues. Le COPIL a élaboré une affiche mettant en avant la protection personnelle, avec pour corollaire la protection des patients et des proches.
23 L’analyse des commentaires des répondants montre une demande d’information scientifique, claire et précise, assortie d’échanges, de discussions, au plus près du service. Des rencontres avec le personnel du dispensaire ont été programmées au moment des changements de service.
Conclusion
24 Les résultats de l’enquête ont été utilisés par le comité de pilotage « vaccination » du CHIC pour préparer une campagne de promotion de la vaccination antigrippale 2014-2015 auprès de ses personnels. Les principaux résultats ont été publiés dans le journal interne de l’établissement, et une information spécifique a été adressée aux professionnels libéraux du territoire par l’URPS médecins et l’URPS pharmaciens.
25 Aucun conflit d’intérêt déclaré
Questionnaire utilisé
Références
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1Gehanno JF. Influenza Vaccination Coverage among Health Professionals before and after the A(H1N1) Influenza Pandemic in France. Infection Control and Hospital Epidemiology, Vol. 33, No. 7, pp. 757-758, juillet 2012.
-
2Guthmann JP, Abiteboul D, coordinateurs. Couverture vaccinale des soignants travaillant dans les établissements de soin de France. Résultats de l’enquête nationale Vaxisoin, 2009. INVS, BEH n° 35-36, 2011.
-
3Guthmann JP. Couverture vaccinale contre la grippe saisonnière dans les groupes cibles et mesure de l’efficacité vaccinale. In INVS, Enquête nationale de couverture vaccinale, France, janvier 2011.
-
4Girandola F. Freins à la vaccination des professionnels de santé, comment agir ? Communication lors de la Journée Régionale de Formation « Réussir à Communiquer les Messages Complexes » Tours, 17 juin 2014.
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5Kelly C, Dutheil F, Haniez P, Boudet G, Rouffiac K, Traore O, Chamouxa A. Analyse des motivations à la vaccination antigrippale du personnel du CHU de Clermont-Ferrand en 2004. Médecine et maladies infectieuses. 2008;38:574-85.
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6Ministère de la santé, Programme national d’amélioration de la politique vaccinale 2012-2017, axe stratégique n° 3, action n° 9.
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7Launay O. Vaccination antigrippale des personnels de santé au CH de Cochin : enquête de perception, Cochin, Paris, 2007.
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8Robert O. (2011). Vaccination des personnels de santé, aspects psycho-sociaux : pourquoi n’y arrive-t-on pas ? XIIe Congrès SF2H, Lyon, juin 2011.
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9Perron S, Sagot D, et al. Motivations et réticences des professionnels de la santé face aux vaccinations recommandés : grippe saisonnière et coqueluche. 20e Journée annuelle du GERES, Paris, 10 décembre 2010.
Mots-clés éditeurs : attitudes, grippe, personnels hospitaliers, vaccination
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Date de mise en ligne : 09/05/2017
https://doi.org/10.3917/spub.172.0191