Mutations alimentaires au Laos. Salade de papaye ou pizza ?, Florence Strigler, Karthala, Paris, 2019, 230 pages
Pages 279b à 281b
Citer cet article
- DESCHAMPS, Jean-Pierre,
- Deschamps, Jean-Pierre.
- Deschamps, J.-P.
https://doi.org/10.3917/spub.202.0279b
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- Deschamps, J.-P.
- Deschamps, Jean-Pierre.
- DESCHAMPS, Jean-Pierre,
https://doi.org/10.3917/spub.202.0279b
1 En 2011, Florence Strigler avait publié un ouvrage remarquable, « L’alimentation des Laotiens, cuisine, recettes et traditions au Laos et en France ». Le livre qu’elle nous propose aujourd’hui est différent, et complémentaire, du précédent. « Mutations alimentaires au Laos », mutations d’une société confrontée à des changements économiques et sociaux considérables, avec des inégalités persistantes entre les villes et les campagnes. Elle situe son travail dans le contexte d’une transition nutritionnelle avec des changements apparus dans les années 1990. Le pays en connaît simultanément tous les stades, depuis les chasseurs-cueilleurs des villages de montagnes isolés, jusqu’aux populations sédentaires des grandes villes avec leurs régimes riches en graisses, en sucres et pauvres en fibres, et leur taux d’obésité de 15 %. Les mutations alimentaires sont évidemment liées à l’évolution des modes de production, de distribution et de consommation.
2 Le sous-titre de l’ouvrage est en lui-même particulièrement illustratif et pourtant chargé d’humour : « Salade de papaye ou pizza ? », sans parler de la photo de couverture, géniale ! Et l’ensemble de l’ouvrage est illustré, en couleurs, d’images explicites. C’est en fait toute l’histoire du Laos contemporain (et, au-delà, de beaucoup de pays alors nommés « tiers-monde ») que Florence Strigler déroule à travers les changements alimentaires : l’aspiration à la modernité, la libéralisation de l’économie, l’avènement d’une société de consommation dopée par une publicité envahissante, l’émergence d’une classe moyenne, l’évolution de la structure familiale, celle aussi des moines bouddhistes (encore très nombreux), de moins en moins nourris par l’aumône des fidèles, mais recourant à des pratiques autonomes et plus modernes. Le commerce et l’alimentation de rue restent importants, comme dans toute l’Asie, mais le recours aux plats cuisinés se développe, de même que les supérettes et supermarchés, ces derniers de plus en plus « pharaoniques » dans un contexte local qui n’est pourtant pas encore préparé à leur venue, plus récemment enfin, le commerce en ligne, pour l’instant utilisé surtout par des expatriés occidentaux. On est bien là entre « papaye et pizza », entre tradition et modernité…
3 Florence Strigler a une capacité étonnante à associer, à haut niveau, les sciences auxquelles elle recourt (alimentation-nutrition, mais aussi anthropologie, histoire, sociologie, économie, santé publique…) et une narration qui permet une lecture agréable et vivante. La qualité de l’édition vient encore amplifier le plaisir que nous donne cet ouvrage fondamental pour comprendre l’évolution des pays asiatiques, en particulier du Laos, mais d’autres ailleurs qu’en Asie, concernant les mutations alimentaires et nutritionnelles, autant dire leur développement, leur accès à une meilleure qualité de vie et une meilleure santé, en même temps, hélas, que des politiques commerciales et des comportements sociaux excessifs qui risquent de faire le lit des mêmes problèmes nutritionnels que ceux que connaissent aujourd’hui les pays plus avancés.
4 Jean-Pierre Deschamps
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Date de mise en ligne : 25/09/2020
https://doi.org/10.3917/spub.202.0279b