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Influence de la personnalité et des dispositions émotionnelles sur les conduites sportives à risques : une revue de littérature

Pages 39 à 78

Citer cet article


  • Castanier, C.
  • et Le Scanff, C.
(2009). Influence de la personnalité et des dispositions émotionnelles sur les conduites sportives à risques : une revue de littérature. Movement & Sport Sciences, 67(2), 39-78. https://doi.org/10.3917/sm.067.0039.

  • Castanier, Carole.
  • et al.
« Influence de la personnalité et des dispositions émotionnelles sur les conduites sportives à risques : une revue de littérature ». Movement & Sport Sciences, 2009/2 n° 67, 2009. p.39-78. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-science-et-motricite-2009-2-page-39?lang=fr.

  • CASTANIER, Carole
  • et LE SCANFF, Christine,
2009. Influence de la personnalité et des dispositions émotionnelles sur les conduites sportives à risques : une revue de littérature. Movement & Sport Sciences, 2009/2 n° 67, p.39-78. DOI : 10.3917/sm.067.0039. URL : https://stm.cairn.info/revue-science-et-motricite-2009-2-page-39?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sm.067.0039


Introduction

1Le besoin de sécurité et de minimisation des risques est perçu par certains auteurs comme étant à la base des comportements humains (Maslow, 1943). On observe pourtant chez l’homme de nombreuses conduites à risques dont les comportements déviants (e.g., consommations de substances, conduites dangereuses en véhicules motorisés) sont les plus connus. Une étude réalisée par l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) en 2005 montre ainsi que près de 10 % des 12-75 ans déclarent avoir une consommation excessive d’alcool pouvant entraîner une dépendance et/ou des dommages sur la santé (i.e. au moins 5 verres d’alcool par jour). Les conduites à risques ne se limitent cependant pas aux comportements déviants. Elles s’étendent à des pratiques plus acceptées socialement comme les sports à risques (Turner, McClure, & Pirozzo, 2004), peu étudiées jusqu’à présent. On entend par « sports à risques » toute pratique sportive où la possibilité de blessures graves ou de mort a été acceptée comme partie inhérente à l’activité (Breivik, 1995). Véritables processus initiatiques et vecteurs de constructions identitaires (Michel, 2001), ces types de pratiques n’en restent pas moins des activités à risques potentiellement responsables à court terme (risque létal immédiat : risque sanction) ou parfois à long terme (risque létal différé), de l’occurrence d’accidents. Un nombre important d’accidents dans les activités liées à la montagne a ainsi été recensé par le SNOSM (Système National d’Observation de la Sécurité en Montagne) : 26 000 blessés au cours de l’hiver 2004-2005 (dont 54 morts) et 1602 au cours de l’été 2005 (dont 110 décès). La principale cause de décès traumatiques en montagne étant l’ensevelissement sous avalanches (106 accidents d’avalanche ayant provoqués 57 morts). D’autres activités, tels que le parapente, le deltaplane ou encore le kite-surf côté mer, sont également fortement accidentogènes (environ 500 accidents par an, dont 10 mortels). Dernier né des sports à risques, le base jump, activité extrême par excellence, inquiète aujourd’hui les professionnels qui craignent que la publicité grandissante pour cette pratique ne la fasse sortir de sa confidentialité.

2Dans les sociétés occidentales prônant le tout sécuritaire, les activités d’aventures et les sports dits à risques n’ont jamais été aussi populaires que ces vingt dernières années et leur impact auprès des individus et notamment des jeunes ne cesse d’augmenter (Celsi, Rose, & Leigh, 1993 ; Ewert & Hollenhorst, 1989 ; Gibson, 1996). Souvent en lien avec l’occurrence d’accidents et parfois avec la mort, l’engagement dans ce type de pratiques devient une préoccupation de santé publique. L’abord de la question du risque sportif rend nécessaire l’élargissement du champ d’interprétation des pratiques à risques. Les théories explicatives des conduites à risques, essentiellement développées dans le cadre des conduites déviantes, ne semblent pas pouvoir se limiter à un défaut de socialisation dans la mesure où l’engagement dans les sports à risques apparaît comme étant librement consenti et souvent le fait d’individus bien insérés socialement (Duret, 1996 ; Le Breton, 1995). Des questions se posent alors sur les raisons amenant des individus à pratiquer de telles activités et à y avoir parfois des comportements imprudents. Pour mieux comprendre ce phénomène, des recherches ont été menées afin d’identifier les facteurs de vulnérabilité aux conduites à risques. Le concept de vulnérabilité, souvent associé à la notion de prédisposition (Azorin, 1998), apparaît comme une sensibilité, une fragilité pouvant être perçue comme une incapacité à résister aux contraintes de l’environnement (De Ajuriaguerra & Marcelli, 1989). L’opérationnalisation du concept de vulnérabilité nécessite l’identification de facteurs de risques pouvant participer à l’installation de troubles psychologiques et/ou comportementaux chez l’individu. Dans le cadre de ce travail la notion de facteurs de vulnérabilité aux conduites à risques sera donc abordée en termes d’éléments de fragilisation et non de facteurs strictement prédictifs. Pour Dahlbäck (1991), les facteurs de vulnérabilité aux conduites à risques pourraient être d’origines extrinsèques (facteurs situationnels et environnementaux agissant sur l’individu), mais également intrinsèques (facteurs biologiques, capacités cognitives, variables de personnalité, variables émotionnelles). Selon certains auteurs ce serait essentiellement l’interaction entre ces différents facteurs qui s’avèrerait pathogène pour l’individu (Irwin, 1993 ; Udry, 1994).

3Néanmoins, la répétition des accidents survenus dans le cadre des pratiques à risques et les circonstances d’occurrence de certains d’entre eux ont permis de mettre en évidence le rôle des facteurs humains dans le déroulement des événements parfois dramatiques recensés (Hale & Glendon, 1987). Si les facteurs psychologiques de vulnérabilité aux conduites à risques ont été largement abordés dans le domaine des comportements de désinhibition (e.g., consommation de substances psycho-actives, conduites motorisées dangereuses) (e.g., Ulleberg, 2002 ; Valois, Oeltmann, Waller, & Hussey, 1999), à l’inverse, dans le champ du sport les articles empiriques sur ce thème sont beaucoup moins nombreux. De plus, les études réalisées dans ce domaine se sont quasiment exclusivement intéressées au trait de personnalité « recherche de sensations ». La prédominance de ce concept dans les travaux portant sur les facteurs de vulnérabilité aux conduites sportives à risques semble loin d’être un atout pour la compréhension de ce phénomène. Très descriptif, le concept de recherche de sensations apparaît n’être qu’un symptôme de l’implication dans les sports à risques, et ne permet pas de comprendre les raisons profondes de l’engagement des sujets. L’élargissement des recherches à des facteurs plus explicatifs telles que les dimensions de base de la personnalité et les variables émotionnelles apparaît donc nécessaire.

4La présente revue de littérature vise à établir un état des lieux précis des études réalisées dans le domaine de l’influence des facteurs de personnalité et des dispositions émotionnelles sur les conduites sportives à risques, afin de mettre en évidence des points de convergence ouvrant de nouvelles perspectives quant à la compréhension de ce phénomène. Le plan suivant sera donc adopté : concept central dans ce travail, la notion de « conduites à risques » sera tout d’abord présentée. Nous aborderons ensuite les facteurs psychologiques de vulnérabilité aux conduites sportives à risques (cf. figure 1). Plus précisément nous nous intéresserons à l’influence des traits de personnalité dont la recherche de sensations sur ce phénomène, puis au rôle des variables émotionnelles et notamment de l’affectivité et des troubles émotionnels.

Figure 1

Proposition de modélisation des facteurs psychologiques de vulnérabilité aux conduites sportives à risques

Description de l'image par IA : Modèle psychologique avec variables personnelles et émotionnelles influençant les comportements sportifs à risques.

Proposition de modélisation des facteurs psychologiques de vulnérabilité aux conduites sportives à risques

Les conduites à risques un concept polymorphe

Définitions

« Risque » et « prise de risques »

5Le concept de risque serait lié à l’éventualité d’une récompense positive, gratifiante, profitable pour l’individu (Ewert & Hollenhorst, 1989) et à la probabilité de l’occurrence de préjudices moraux, matériels, financiers et/ou corporels plus ou moins importants (Martin & Priest, 1986). Si la notion de risque semble comporter deux facettes opposées, l’une positive (récompenses), l’autre négative (pertes, dommages), la majorité des études s’intéressant aux thèmes du risque et de la prise de risques, notamment dans le domaine du sport, les ont envisagées en termes de conséquences négatives (Michel, 2001 ; Zuckerman, 1994).

6La prise de risques peut s’analyser comme une décision menant à un choix qui se caractérise par un certain degré d’incertitude par rapport aux probabilités d’échec ou de réussite (Michel, 2001). Selon Rescher (1983) trois éléments sont à distinguer dans la prise de risques : la probabilité que se réalise une issue, la négativité de cette issue, ainsi que l’aspect volontaire, le choix de l’action. En 1988, Wilde développe un modèle de la prise de risques (théorie homéostatique du risque) selon lequel le choix d’un comportement, serait rattaché à la confrontation de deux représentations du risque (Wilde, 1988) dépendantes de caractéristiques individuelles et environnementales (Delignières, 1993) : le risque préférentiel (réduction maximale du rapport coût prévisible / bénéfices escomptés) et le risque perçu (comparaison entre habileté perçue et difficulté perçue de la tâche). Au terme de cette évaluation l’individu ne prendra de risques que s’il perçoit dans l’issue de la situation plus de bénéfices que de coûts (Slovic, Fischhoff, & Lichtenstein, 1979 ; Wilde, 1988). La perception des bénéfices interviendrait donc positivement dans le processus d’engagement dans des activités à risques (Benthin, Slovic, & Severson, 1993 ; Pedersen, 1997).

« Conduites à risques »

7Si les termes de « risque » et « prise de risques » semblent clairement définis dans la littérature, il en va tout autrement pour le concept de « conduites à risques » dont ils font partie intégrante. L’un des principaux problèmes que posent les conduites à risques est leur diversité (consommation de substances, rapports sexuels non protégés, conduite dangereuse en véhicules motorisés, pratique de sports à risques) qui rend difficile la construction d’une définition univoque et consensuelle (Michel, Purper-Ouakil, & Mouren-Siméoni, 2006). Cependant, il semble que l’attrait pour le danger soit un point commun chez l’ensemble des individus impliqués dans ce type de pratiques. Ainsi, les conduites à risques peuvent être définies comme des « comportements non imposés par des conditions d’existence, mais recherchés activement pour l’éprouvé de sensations fortes, le jeu avec le danger et souvent avec la mort » (Adès, Lejoyeux, & Tassain, 1994, p. 4).

L’engagement dans les sports à risques : une conduite à risques spécifique

8Les pratiques sportives dites « à risques » (parachutisme, alpinisme, plongée sous marine,…) apparaissent comme un objet d’étude particulier dans le champ de la prise de risques. En effet, alors que certaines conduites à risques qualifiées par Turner et al. (2004) de « socialement inacceptables » semblent destructrices pour l’individu (consommation de substances, rapports sexuels non protégés,…), le sport traditionnellement considéré comme une activité bénéfique pour la santé physique et psychologique (Biddle, 1995), offrirait une voie constructive et socialisée de prises de risques (Turner et al., 2004), contribuant à la formation de l’identité de l’individu (Michel, 2001). Néanmoins, ce type de pratiques n’en reste pas moins des activités à risques potentiellement responsables de l’occurrence d’accidents. Pour Adès et Lejoyeux (2004), « l’éventualité d’un accident, dans les sports à risques est majeure et fait partie de l’enjeu. Le danger est connu, maîtrisé en apparence, mais demeure au centre d’une activité plus ou moins sous-tendue par la recherche d’émotions fortes » (p. 208). Par ailleurs, il semble important de préciser que si le seul fait de s’engager dans ce type d’activités est considéré comme une conduite à risques à part entière, il faut également distinguer, au sein de ces pratiques, les individus qui agissent de façon prudente (risque calculé, planifié, réfléchi) de ceux qui ont des conduites risquées (comportements imprudents). La compréhension des raisons qui amènent les individus à s’engager dans ces activités pouvant aboutir à des comportements imprudents et à des accidents présente donc un intérêt certain dans une optique préventive. Au-delà de l’indéniable prise de risques corporels, l’engagement dans les sports à risques serait empreint d’une valeur défensive associée à des troubles psychologiques (Michel, 2001 ; Selosse, 1998). Des variables psychologiques pourraient donc jouer un rôle prépondérant en tant que facteurs de vulnérabilité aux conduites sportives à risques.

Les « conduites sportives à risques » : quels déterminants psychologiques ?

9Selon certains auteurs, les troubles de la personnalité (Selosse, 1998) ainsi que les problèmes d’ordre émotionnel (Michel, 2001) prédisposeraient les individus aux conduites à risques. L’objet de cette revue de littérature est précisément de faire un état des lieux des connaissances sur ce thème. Une recension des recherches réalisées ces trente dernières années sur les facteurs psychologiques de vulnérabilité aux conduites à risques chez les sportifs, a été faite à partir des bases de données PsycInfo, PsycArticles, SportDiscus et ScienceDirect. Les mots clés (français et anglais) comme « sport », « risque », « personnalité », « émotion » ont été utilisés pour identifier notre corpus d’études. Cinquante huit articles ont ainsi été identifiés. Dans ceux-ci, les conduites sportives à risques ont été mis en relation avec la recherche de sensations (35 études, voir tableau 1), les dimensions fondamentales de la personnalité (15 études, voir tableau 2), et les variables émotionnelles (8 études, voir tableau 3). Chaque tableau synthétise les caractéristiques des échantillons, les variables analysées, les outils utilisés, et les principaux résultats de chacune des études. Dans un premier temps, seront passés en revue les travaux traitant des liens entre les conduites à risques et différentes variables de personnalité comme le trait de « recherche de sensations » ou d’autres dimensions fondamentales. Par la suite, les études portant sur l’influence des variables émotionnelles sur les conduites à risques seront abordées.

Personnalité et conduites à risques

10Cottraux (2006) définit la personnalité comme « l’intégration stable et individualisée d’un ensemble de comportements, d’émotions, et de cognitions. Elle correspond aux modes de réactions émotives, cognitives et comportementales à l’environnement qui caractérisent chaque individu » (p. 47). Pour analyser la structure de nos conduites, il est nécessaire de décliner cette personnalité en termes de traits. Les traits de personnalité sont ici considérés comme « des dimensions décrivant des différences individuelles dans les tendances à manifester des patterns consistants de pensées, d’émotions et d’actions » (McCrae & Costa, 1990, p. 23). En partie génétiquement déterminés selon certains auteurs (Bouchard & Loehlin, 2001 ; Plomin, DeFries, McClear, & McGuffin, 2001), les traits seraient donc les éléments de base de la personnalité, durables et stables quelle que soit la situation. Ne pouvant être observé directement les traits de personnalité sont inférés à partir des adaptations caractéristiques qui en découlent (cognitions, affects, actions). Ces adaptations caractéristiques dépendent à la fois des tendances tempéramentales de base de l’individu et des influences externes (e.g., normes culturelles, événements de vie) qui vont entraîner des réponses aux exigences de l’environnement (Allik & McCrae, 2002 ; McCrae & Costa, 1999).

Engagement dans les sports à risques : la prédominance du concept de recherche de sensations

11La recherche de sensations est considérée comme une tendance relativement stable de la personnalité des individus s’engageant dans des situations pour les stimulations qu’elles procurent. Il s’agit du facteur de vulnérabilité aux conduites à risques le plus étudié dans le domaine du sport. Auteur princeps des études sur la recherche de sensations, Zuckerman (Zuckerman, Kolin, Price, & Zoob, 1964) inscrit son approche dans une conception biologique de la personnalité. Dans la logique des théories de Berlyne (1960), sur la notion de niveau optimal d’activation, celui-ci lie la recherche de sensations à la production hormonale et enzymatique et à sa régulation (Zuckerman, Buschbaum, & Murphy, 1980). Ainsi, un individu sous stimulé s’ennuie et à tendance à rechercher de nouvelles sensations afin d’augmenter son niveau d’activation. Inversement, lorsque l’environnement est trop stimulant, le degré d’activation dépasse le niveau optimal, ce qui induit la diminution du niveau de stimulation recherché par l’individu. La recherche de sensations apparaît donc comme un trait de personnalité (Arnett, 1994 ; Zuckerman, 1994) lié à des caractéristiques biologiques (Zuckerman, 1990). La réaction physiologique attachée aux comportements de recherche de sensations se caractériserait par la libération de catécholamines (notamment de dopamine) stockées dans les neurones du système limbique, qui activerait ou sensibiliserait temporairement les centres de récompenses intrinsèques du cerveau (Cloninger, 1987 ; Zuckerman, 1994) et aurait des effets psychotropes puissants d’apaisement (libération de tensions intérieures) ou d’excitation (Michel, Purper-Ouakil, Leheuzey, & Mouren-Siméoni, 2003). Cette réaction physiologique s’actualiserait dans des patterns habituels de comportements. Selon Zuckerman (1994) la recherche de sensations correspond à un trait se caractérisant par « la recherche de sensations et d’expériences variées, nouvelles, complexes et intenses et la volonté de prendre des risques physiques, sociaux, juridiques et financiers pour vivre ces expériences » (p. 27). Ainsi, la recherche de sensations peut se manifester à travers divers comportements, attitudes ou activités. Dans le cadre de ce modèle théorique, Zuckerman a développé un instrument de mesure : la Sensation Seeking Scale (SSS version V ; Zuckerman, Eysenck, & Eysenck, 1978), composé de 40 items se répartissant en quatre dimensions correspondant à diverses façons de rechercher des sensations :

  • La recherche de danger et d’aventure (Thrill and Adventure Seeking - TAS) : recherche de sensations fortes et inhabituelles à travers des sports ou activités comportant un danger ou un risque pour l’intégrité physique (e.g., ski de pente raide, alpinisme, parachutisme).
  • La recherche d’expériences (Experience Seeking - ES) : recherche de sensations à travers des nouvelles expériences, un style de vie non conventionnel ; tendance à rechercher des stimulations mentales et sensorielles au moyen de l’art, de la musique, des voyages ; désir de connaître et de rencontrer des personnes inhabituelles, non conventionnelles.
  • La désinhibition (Disinhibition - Dis) : recherche de sensation à travers des attitudes hédonistes et extraverties (e.g., alcools, drogues, variétés sexuelles, jeux d’argent). On parle également de recherche de stimulations sociales.
  • La susceptibilité à l’ennui (Boredom Susceptibility - BS) : aversion pour toutes les activités répétitives et routinières (e.g., travail routinier, quotidien prévisible), et tendance à être irrité si ces situations sont inévitables ; fuite des gens ennuyeux et de la monotonie.
Cet outil permet de mettre en évidence la possibilité de rechercher des sensations de façon non risquée, dans l’art, la musique, les voyages (ES) ou risquée, dans le sport (TAS), la conduite automobile, l’alcool, la drogue, le sexe ou la criminalité (Dis).

12La SSS de Zuckerman et al. (1978) a été utilisée dans de nombreuses études mettant en avant de façon récurrente le fait que les pratiquants d’activités sportives à risques présentent des scores de recherche de sensations significativement plus élevés que des sujets ne pratiquant pas ce type d’activité (cf. tableau 1). Jack et Ronan (1998) montrent en effet une propension des pratiquants de sports à risques (deltaplane, alpinismes, parachutisme, course automobile) à rechercher des sensations diverses (scores global de la SSS) comparativement à des sportifs plus traditionnels (natation, marathon, aérobic, golf). De façon plus précise, ces auteurs comme d’autres (e.g., Breivik, 1999a ; Cronin, 1991, cf. tableau 1) mettent en évidence la pertinence des sous échelles Recherche de danger et d’aventure et Recherche d’expériences pour discriminer les pratiquants d’activités sportives à risques. Selon quelques chercheurs, l’engagement dans les sports à risques serait également associé à la Susceptibilité à l’ennui et à la Désinhibition (Blenner, 1993 ; Murray, 2003, cf. tableau 1).

13Si l’échelle de Zuckerman apparaît comme un instrument de mesure robuste pour évaluer la recherche de sensations, cet outil fait cependant l’objet de plusieurs critiques. Quatre limitations principales de conception et de forme pourraient réduire la validité interne et externe de ce questionnaire (Arnett, 1994). Certains items évoquent explicitement la pratique de sports à risques, la consommation de substances psycho-actives ou encore les rapports sexuels non protégés, conduites qui font l’objet de recherches utilisant précisément cet outil. Ceci implique immanquablement un problème de relations tautologiques (Roth & Herzberg, 2004). Par ailleurs, la SSS est basée sur un format de réponses à choix forcé (réponse A ou B) pouvant gêner les sujets qui estiment ne correspondre à aucun des items proposés ou au contraire aux deux. Slanger et Rudestam (1997) évoquent une limite de la sous-échelle TAS, lorsque l’on s’intéresse exclusivement à des pratiquants de sports à risques. Proposée à ce type de population la spécificité des items de la TAS (items particulièrement liés aux activités sportives), entraînerait l’apparition d’un effet plafond et engendrerait ainsi l’impossibilité de discriminer les pratiquants à risques de ces activités. Enfin, des auteurs (Rowland, Franken, & Harrison, 1986) mettent en évidence une validité psychométrique modérée au niveau du trait général de recherche de sensation et faible pour les sous échelles. Néanmoins, malgré ses faiblesses la SSS reste l’échelle la plus utilisée à l’heure actuelle pour mesurer la tendance à rechercher des sensations. Au regard des différentes critiques établies sur la SSS, Arnett (1994) a tenté de développer un nouvel outil (the Arnett Inventory of Sensation Seeking [AISS]) se basant sur une conceptualisation légèrement différente de la recherche de sensations. Alors que selon Zuckerman (1984) celle-ci est caractérisée par le besoin de « nouveauté et de complexité », Arnett (1994) parle de besoin de « nouveauté et d’intensité ». L’instrument de mesure construit dans le cadre de cette théorie se compose de 20 items divisés en deux sous échelles : nouveauté (Novelty - Nov) et intensité (Intensity - Int). Selon Arnett (1994) l’AISS serait plus fortement corrélé aux conduites à risques que la SSS. Cependant, la validité interne de cet outil est relativement faible. En effet, les alphas de Cronbach reportés par l’auteur sont de 0.70 pour le score total et de 0.64 et 0.50 respectivement pour les sous échelles d’intensité et de nouveauté. Cet outil a néanmoins été utilisé par Zarevski, Marusic, Zolotic, Bunjevac et Vukosav (1998) dans une étude mettant en évidence des scores de nouveauté et d’intensité significativement plus élevés chez des pratiquants de sports à risques (parachutisme, plongée, spéléologie, voltige) comparativement à des sportifs engagés dans des activités plus traditionnelles (athlétisme, bowling, tennis de table, aviron) (cf. tableau 1).

14Par ailleurs, des auteurs tel que Kerr (1990) ou encore Cogan et Brown (1999), ont utilisé l’échelle de dominance télique (Telic Dominance Scale : TDS ; Murgatroyd, Rushton, Apter, & Ray, 1978), basée sur la théorie du renversement de Apter (1997), pour évaluer la recherche de sensations. Cette échelle composée de 42 items s’appuie sur le concept de paire d’états métamotivationnels télique/paratélique. Ces états présentent des caractéristiques contrastées. En état paratélique, un individu serait amené à s’engager dans une activité pour le plaisir immédiat qu’elle procure, autrement dit pour l’éprouvé de sensations qu’elle peut engendrer. L’échelle de dominance télique permet de mesurer la dominance d’un état sur son opposé au cours du temps, pour une personne donnée (Apter, 1997). Ainsi, les personnes à dominance paratélique auront tendance à s’engager dans des activités leurs permettant d’atteindre de hauts (et non pas modérés) niveaux d’activation entraînant l’apparition de sensations plaisantes voire euphoriques (Cogan & Brown, 1999 ; Kerr & Svebak, 1989, cf. tableau 1).

15Quel que soit l’outil de mesure utilisé, la notion de recherche de sensations a été très étudiée ces dernières années dans le domaine des sports à risques, activités qui apparaissent comme un moyen privilégié d’obtenir des sensations (Adès & Lejoyeux, 2004 ; Slanger & Rudestam, 1997 ; Zuckerman, 1994). On observe en effet dans les travaux un consensus selon lequel les pratiquants de sports à risques auraient un niveau de recherche de sensations significativement plus élevé que les individus ne pratiquant pas ce type d’activité (cf. tableau 1).

16L’utilisation de la SSS de Zuckerman et al. (1978) et plus particulièrement des sous-échelles de cet outil a permis de mettre en évidence l’existence d’une variété de conduites risquées (e.g., pratique de sports à risque, consommation de substances) ou non risquées (e.g., art, musique, voyages), liés à la recherche de sensations. La constatation de cette diversité dans les conduites a entraîné l’apparition dans la littérature d’un questionnement quant à la co-occurrence des comportements de recherche de sensations. Selon Jack et Ronan (1998) ou encore Zarevski et al. (1998) cette co-occurrence serait une des caractéristiques des individus engagés dans les sports à risques. Ces personnes seraient à la recherche d’une récompense sensorielle qui pourrait leur être procurée par diverses activités (Adès & Lejoyeux, 2004 ; Slanger & Rudestam, 1997 ; Zuckerman, 1994). En effet, des conduites risquées différentes provoqueraient la même réaction physiologique et apporteraient le même plaisir (Gove & Wilmoth, 1990 ; Wood, Cochran, Pfefferbaum, & Arneklev, 1995). Ainsi, les diverses facettes de la recherche de sensations (ES, Dis, BS mais aussi TAS) auraient pour point commun la réaction physiologique qu’entraînent les comportements auxquels elle se rattache. Cependant, si Zuckerman et al. (1964) pensaient initialement que les individus recherchaient des sensations de manière générale dans différents domaines (e.g., physique, social, sensoriel), il s’est avéré par la suite que cette généralisation était à relativiser (Zuckerman, 1994). En effet, des études montrent que si les personnes s’engageant dans une activité sportive à risques sont intéressées par une large gamme de loisirs de plein air suscitant des réactions émotionnelles et sensorielles (Recherche de danger et d’aventure - TAS), elles ne sont en revanche pas nécessairement Susceptibles à l’ennui (BS) ou à la recherche de « sensations sociales » (Dis) (Breivik, 1996 ; Straub, 1982 ; Zuckerman, 1984). Ceci rejoint les conclusions de Carton, Lacour, Jouvent et Widlöcher (1990) qui ne trouvent pas de corrélation entre la Recherche de danger et d’aventure (TAS) et la Désinhibition (Dis).

Comportements imprudents : la recherche de sensations un concept majeur mais néanmoins controversé

17La recherche de sensations et plus particulièrement la recherche de danger et d’aventure semblent prédire l’engagement dans des sports à risques (Potgieter & Bisschoff, 1990). Au sein de ces activités, il faut cependant distinguer les individus qui pratiquent de façon prudente (risque calculé, planifié, réfléchi) de ceux qui ont des conduites risquées dans leur activité (comportements imprudents). Difficile à mesurer objectivement, l’adoption de comportements imprudents est souvent appréhendée par l’intermédiaire du nombre d’accidents subis par l’individu (e.g., Bouter, Knipschild, Feij, & Volovics, 1988 ; Cogan & Brown, 1999).

18Beaucoup moins nombreuses et congruentes que les études portant sur l’engagement dans des activités sportives à risques, quelques recherches ont cependant mis en évidence un lien entre la fréquence d’accidents et la recherche de sensations (cf. tableau 1). Dans une étude réalisée auprès de pratiquants de sports à risques (alpinismes, spéléologie, escalade, saut à ski), Rossi et Cereatti (1993) trouvent des corrélations positives entre le nombre d’accidents et la sous-échelle de Recherche de danger et d’aventure et le score total de la SSS. Ainsi selon Cogan et Brown (1999), le trait « recherche de sensations » ne serait pas uniquement lié au choix d’un type d’activité, mais encore à l’adoption dans cette pratique de comportements imprudents. Néanmoins d’autres études (Bouter et al., 1988 ; Cherpitel, Meyers, & Perrine, 1998) font état de relations négatives entre le nombre de blessures subies par des skieurs et les scores de recherche de sensations de la SSS. Autrement dit, plus ce trait était élevé, plus faible était le nombre de blessures. Ces résultats montrent que la tendance à être un « chercheur de sensations » ne signifie donc pas nécessairement être un « preneur de risques » (Zuckerman, 1994).

19L’absence de consensus dans ce domaine de recherche pourrait être due au faible nombre de travaux mais également à un problème méthodologique. En effet, issue extrême d’une situation à risques, l’occurrence d’accident est un événement relativement rare qui n’est probablement pas l’indice le plus fiable de la prise de risques. Pour tenter d’éviter ce biais quelques auteurs ont mis en place d’autres méthodes d’évaluation des comportements imprudents. Bonnet, Pedinielli, Romain et Rouan (2003) utilisent notamment des critères objectifs (e.g., grandes profondeurs, fortes saturations en azote successives, non respect des consignes de sécurité) pour catégoriser les plongeurs comme étant « à risques » ou non et démontrent que les premiers ont des scores de Recherche de danger et d’aventure significativement plus élevés. Lafollie et Le Scanff (2007) de leur côté ont construit un questionnaire d’auto-évaluation en 3 items (e.g., « Je pense être très prudent et très prévoyant lorsque je pratique des activités à sensations ou à risques ») pour mesurer le niveau d’imprudence de leurs sujets (alpinistes, snowboarders, vététistes). Cette étude met en évidence une relation positive entre l’imprudence déclarée et la recherche de sensations et plus particulièrement la désinhibition.

20La relation entre traits de personnalité et conduites sportives à risques a donc été largement abordée au travers du concept de recherche de sensations. Un consensus émerge en ce qui concerne les liens entre ce concept et l’engagement dans les sports à risques. À l’inverse, un nombre plus réduit de travaux s’est intéressé aux dimensions de base de la personnalité en tant que facteurs de vulnérabilité aux conduites sportives à risques. De plus, les résultats sont plus contradictoires.

Tableau 1

Synthèse des 35 études portant sur la relation entre recherche de sensations et conduites à risques dans le domaine du sport

Tableau comparatif d'études sur les risques liés aux sports à sensations.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Blenner, 1993 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (parachutisme, escalade, plongée, kayak, course de moto) 59 H F Sportifs à risques > groupe contrôle sur SSS-tot, TAS, ES, Dis, BS Groupe contrôle 59 Bonnet, Pedinielli, Romain, & Rouan, 2003 Recherche de sensations (SSS) Prise de risques (indices objectifs) Plongeurs A risques 38 36, 2 (8,6) H F Plongeurs à risques > non à risques sur TAS Non à risques 36 43,8 (10,9) Bouter, Knipschild, Feij, & Volovics, 1988 Recherche de sensations (SSS) Accidents (blessures) Normes - Skieurs > norme sur TAS - Blessés < non blessés sur TAS Skieurs Blessés 219 Non blessés 288 Breivik, 1996 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (alpinisme) 45 34, 1 (6,4) H Alpinistes > groupe contrôle sur SSS-tot, TAS, ES, BS Groupe contrôle (étudiants, militaires) 69 21,5 (2,0) Breivik, 1999b Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (alpinisme, parachutisme) 39 H Sportifs à risques > groupe contrôle sur SSS-tot, TAS, ES, Dis Groupe contrôle (étudiants, militaires) 66 Breivik, 1999a Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (alpinisme, kayak, parachutisme) 89 H Sportifs à risques > groupe contrôle sur TAS, ES
Tableau comparatif d'études sur les risques liés au sport et la recherche de sensations.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Breivik, Roth, & Jorgensen, 1998 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (parachutisme) 35 28,4 (6,4) H - Parachutistes > groupe contrôle sur SSS-tot, TAS, ES, Dis, BS - Experts > novices sur ES Groupe contrôle (étudiants, militaires) Calhoon, 1988 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (ski) 19 H F Skieurs > étudiants sur TAS Groupe contrôle (étudiants) 21 Campbell, Tyrrell, & Zingaro, 1993 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (kayak) 54 H F Kayakistes > norme sur TAS Normes Cazenave, Le Scanff, & Woodman, sous presse Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (alpinisme, base jump, parachutisme, ski, VTT) 53 26, 6 (8, 2) F Sportives à risques > non à risques sur SSS-tot, TAS, ES Sports non à risques (natation, athlétisme, danse, golf) 90 20,4 (2,1) Cherpitel, Meyers, & Perrine, 1998 Recherche de sensations (SSS) Accidents (blessures) Skieurs Blessés 389 Blessés < non blessés sur SSS-tot Non blessés 899 Chirivella & Martinez, 1994 Recherche de sensations (SSS) Dominance télique (TDS) Sport à risques (parachutisme) 21 Sports non à risques (karaté, tennis) 83 H F Sportifs à risques > non à risques sur SSS
Tableau comparatif d'études sur les risques liés aux activités sportives et non sportives.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Cogan & Brown, 1999 Dominance télique (TDS) Accidents (blessures) Sport à risques (snowboard) 36 22,2 (1,9) H - Sportifs à risques < non à risques en dominance télique - Sportifs à risques > non à risques sur le nombre de blessures Sport non à risques (badminton) 26 21,6 (3,9) Cronin, 1991 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (escalade) 20 21, 0 (8,8) H F Grimpeurs > étudiants sur SSS-tot, TAS, ES Groupe contrôle (étudiants) 21 20,0 (1,6) Diehm & Armatas, 2004 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (surf) 41 34, 7 (8,9) H F Surfeurs > Golfeurs sur TAS, ES, Dis Sport non à risques (golf) 44 46,7 (14,6) Fowler, Von Knorring & Oreland, 1980 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (alpinisme) 28 H F Alpinistes > étudiants sur SSS-tot, TAS Groupe contrôle (étudiants) 32 Franques et al., 2003 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (parapente) 34 29,9 (6,1) H F - Parapentistes > gpe contrôle sur SSS-tot, TAS, Dis, BS - Parapentistes > sur TAS et < sur Dis / drogués Antisociaux (drogués) 34 Groupe contrôle 34 Gomà-i- Freixanet, 1991 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (alpinisme, escalade, ski) 99 31,9 (8,2) H Sportifs à risques > groupe contrôle sur SSS-tot, TAS, ES Groupe contrôle 54 30,7 (10,8)
Tableau comparatif des études sur les risques liés aux sports à sensations.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Gomà-i- Freixanet, 1995 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (alpinisme, escalade, plongée, parachutisme) 332 30, 8 (9,2) H - Sportifs à risques > groupe contrôle sur SSS-tot, TAS - Sportifs à risques < anti-sociaux sur SSS-tot, Dis, BS Prosociaux (policiers, pompiers) 170 29,9 (7,9) Antisociaux (prisonniers) 77 22,9 (6,2) Groupe contrôle 54 30,7 (10,8) Gomà-i- Freixanet, 2001 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (alpinisme, escalade, plongée, parachutisme) 52 27, 8 (5,7) F Sportives à risques > groupe contrôle sur SSS-tot, TAS, ES, Dis Prosociaux (policiers, pompiers) 74 26,5 (4,2) Antisociaux (prisonniers) 43 29,0 (5,3) Groupe contrôle 58 29,7 (5,6) Heyman & Rose, 1980 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (plongée) 47 H F Plongeurs > étudiants sur SSS-tot Groupe contrôle (étudiants) 47 Jack & Ronan, 1998 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (deltaplane, alpinismes, parachutisme, course automobile) 93 31, 0 (9, 2) H F Sportifs à risques > non à risques sur SSS-tot, TAS, ES, Dis, BS Sports non à risques (natation, marathon, aérobic, golf) 73 27,1 (14,4) Kerr, 1990 Dominance télique (TDS) Sports à risques 63 H Sportifs à risques < non à risques sur la dominance télique Sports non à risques 39
Tableau comparatif d'études sur les risques liés aux sports à sensations.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Kerr & Svebak, 1989 Dominance télique (TDS) Sports à risques 181 H Sportifs à risques < non à risques sur la dominance télique Sports non à risques Levenson, 1990 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (escalade) 18 28, 0 (4, 2) H - Sportifs à risques > pro-sociaux sur SSS-tot, TAS, ES - Sportifs à risques < anti-sociaux sur Dis Prosociaux (policiers, pompiers) 21 37, 0 (8,3) Antisociaux (drogués) 24 34,0 (7,2) Michel, Carton, & Jouvent, 1997 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (benji) 80 24,1 (6,7) H F Benjistes > groupe contrôle sur TAS Groupe contrôle 95 23,6 (3,4) Murray, 2003 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (escalade, snowboard, plongée, course automobile, motocross, rafting) 309 Sportifs à risques > groupe contrôle sur SSS-tot, TAS, ES, Dis, BS Groupe contrôle 533 Robinson, 1985 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (escalade) 30 Grimpeurs scores élevés sur SSS-tot, TAS, ES Normes Rossi & Cereatti, 1993 Recherche de sensations (SSS) Accidents (risque objectif) Sports à risques (alpinisme, spéléologie, escalade, saut à ski) 67 27, 5 (4, 5) H - Sportifs à risques > non sportifs sur SSS-tot, TAS, ES, Dis - Corrélations positives entre le nombre d’accidents et SSS-tot, TAS Groupe contrôle 20 27, 8 (6,5)
Tableau de synthèse des études sur les risques dans le sport.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Rowland, Franken & Harrison, 1986 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques 201 22,5 (5,0) H F Corrélation positive entre la SSS-tot et l’engagement dans des sports à risques Sanchez & Heyes, 2005 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (escalade, parachutisme) 32 28,3 (3,6) H Sportifs à risques > non à risques sur SSS-tot, TAS Sports non à risques 9 26,5 (2,9) Slanger & Rudestam, 1997 Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (ski, escalade, kayak, voltige) 40 38,3 (11,8) H Sportifs à risques > non à risques sur TAS Sports non à risques (bowling, gym) 20 37,9 (8,9) Straub, 1982 Recherche de sensations (SSS) Deltaplane 33 30, 2 H Pratiquants bowling < : - pratiquants deltaplane sur SSS-tot, TAS, ES - coureurs automobile sur SSS-tot, ES, Dis, BS Course automobile 22 31,6 Bowling 25 19,2 Wagner & Houlihan, 1994 Recherche de sensations (SSS) Sport à risques (deltaplane) 170 H F Deltaplane > golfeurs sur SSS-tot, TAS, ES, Dis, BS Sport non à risques (golf) 90 Zarevski, Marusic, Zolotic, Bunjevac, & Vukosav, 1998 Recherche de sensations (SSS et AISS) Sports à risques (parachutisme, plongée, spéléologie, voltige) 94 29, 6 H - Sportifs à risques > non à risques sur SSS-tot, TAS, ES, Dis, Bs, Nov, Int - TAS et ES meilleurs prédicteurs du choix du type d’activité Sports non à risques (athlétisme, bowling, tennis de table, aviron) 94 SSS : Sensation Seeking Scale (Zuckerman, Eysenck, & Eysenck, 1978) ; TDS : Telic Dominance Scale (Murgatroyd, Rushton, Apter, & Ray, 1978) ; AISS : Arnett’s Inventory of Sensation Seeking (Arnett, 1994).

Synthèse des 35 études portant sur la relation entre recherche de sensations et conduites à risques dans le domaine du sport

Conduites sportives à risques et dimensions de base de la personnalité

21Selon Vollrath et Torgersen (2002), les dimensions de base de la personnalité apparaissent comme un des principaux facteurs de vulnérabilité aux conduites à risques. Les travaux sont cependant peu nombreux et les résultats contradictoires. Des relations ont néanmoins pu être mises en évidence entre les dimensions de base de personnalité et l’engagement dans des sports à risques (cf. tableau 2). Quatre facteurs de personnalité ont été principalement étudiés : i) L’impulsivité qui est définie comme une caractéristique des individus qui agissent sur le vif sans avoir conscience des risques encourus (Eysenck, Easting, & Pearson, 1984). Selon Tellegen (1985) l’impulsivité détermine la manière et l’intensité avec lesquelles l’individu répond aux stimuli émotionnels. ii) L’Extraversion (vs. l’introversion) qui est considéré comme un système de régulation de l’activation du comportement d’approche (Elliot & Trash, 2002 ; Watson, Wiese, Vaidya, & Tellegen, 1999) dans la mesure où elle permettrait de réguler la sensibilité à la récompense et de contrôler la production d’émotions et de cognitions positives ou agréables (Rolland, 2004). iii) Le Névrosisme (vs. la stabilité émotionnelle) qui est envisagé comme un système de régulation de l’activation des conduites d’évitement, de retrait et de fuite (Elliot & Trash, 2002 ; Watson et al., 1999). Selon Rolland (2004) cette dimension de personnalité gèrerait la perception de la menace, réelle ou symbolique, et la réactivité à cette menace par le biais du contrôle de la production d’émotions et de cognitions négatives ou désagréables. iv) Enfin, le trait d’anxiété qui apparaît comme une caractéristique de la personnalité correspondant à une façon habituelle et prévisible de percevoir le monde comme étant chargé de menaces ou de risques potentiels (Spielberger, 1966).

22Un lien entre impulsivité et engagement dans des activités à risques a été mis en évidence (cf. tableau 2). Néanmoins, des résultats divergents apparaissent dans la littérature. Dans une étude comparant des pratiquants de sports à risques (alpinisme, base jump, parachutisme, ski, VTT) à des individus engagés dans des activités sportives plus traditionnelles (athlétisme, natation, danse, golf), Cazenave, Le Scanff, et Woodman (sous presse) obtiennent des scores d’impulsivité significativement plus élevés chez les premiers. A l’inverse, Breivik (1999b) constate un faible niveau d’impulsivité chez des alpinistes. D’autres chercheurs ne détectent pas plus d’impulsivité chez des sportifs pratiquant des activités à risques (e.g., alpinisme, deltaplane, chute libre) que dans leurs groupes contrôles (Gomà-i-Freixanet, 1991 ; Jack & Ronan, 1998 ; Kerr & Svebak, 1989). Par ailleurs, si Gomà-i-Freixanet (1991) trouve un niveau d’extraversion significativement plus élevé chez des pratiquants de sports à risques (alpinisme, escalade, ski) comparativement à un groupe contrôle composé de personnes étrangères à ce type d’activités, à l’opposé, des études trouvent des alpinistes introvertis (Breivik, 1999b ; Sanchez & Heyes, 2005, cf. tableau 2). Une relation positive a également été mise en évidence à plusieurs reprises entre les activités à risques et la stabilité émotionnelle ou l’absence d’anxiété (Robinson, 1985 ; Sleasman, 2004, cf. tableau 2).

23Selon Breivik (1999b), les contradictions constatées entre les différents travaux pourraient provenir de la diversité des outils de mesure de la personnalité utilisés dans les recherches, ainsi que de la variété importante des populations sportives étudiées (cf. tableau 2). D’après Gomà-i-Freixanet (1991) le profil de personnalité des pratiquants de sports à risques serait le même quel que soit le type d’activité (alpinistes, grimpeurs, skieurs, plongeurs, navigateurs, parachutistes,…). Breivik (1999a) mais aussi Sanchez et Heyes (2005) avancent l’idée inverse et démontrent l’existence de différences au niveau des facteurs de personnalité entre des parachutistes et des alpinistes. Les parachutistes apparaissent plus extravertis (Breivik, 1999a ; Sanchez & Heyes, 2005) et émotionnellement plus stables (Breivik, 1999a) que les alpinistes. Breivik (1999a) explique que le profil de personnalité des sportifs serait liée aux spécificités de chacune des activités et expose la nécessité d’étudier séparément les sportifs impliqués dans des pratiques à risques différentes (Breivik, 1999b). L’absence de véritable consensus dans ce domaine de recherche pourrait également être due au faible nombre d’études réalisées.

24Si les recherches portant sur le rôle des dimensions de base de la personnalité dans l’engagement dans les sports à risques sont peu nombreuses et contradictoires, les travaux s’intéressant à l’influence de ces variables sur les comportements imprudents adoptés dans le cadre de ces pratiques sont inexistants. Les résultats peu consistants observés dans les études sur le lien entre recherche de sensations et accident, amènent pourtant à penser que d’autres variables interviennent dans l’occurrence de ce phénomène. Dans cette logique, les dimensions de base de la personnalité (névrosisme et extraversion notamment) pourraient s’avérer importantes pour la compréhension et la prévention des comportements imprudents. Au regard des différences interindividuelles dans la résistance au stress, Dornic (1986) explique que les extravertis émotionnellement stables seraient plus enclins à chercher une stimulation extérieure, à traiter des tâches complexes et à supporter des charges mentales élevées. Au contraire, dans des tâches entraînant une forte charge mentale (situations complexes, stressantes), les introvertis névrotiques auraient du mal à faire face, ils obtiendraient des niveaux de performance plus faibles et seraient donc plus susceptibles de commettre des erreurs et des imprudences.

25La compréhension du phénomène de conduites sportives à risques semble nécessiter la prise en compte de facteurs de vulnérabilité allant au-delà de la recherche de sensations mais aussi des dimensions de base de la personnalité qui considérées isolément ne peuvent expliquer à elles seules l’ensemble des conduites à risques des sportifs (Levenson, 1990 ; Michel, Carton, Jouvent, 1997 ; Taylor & Hamilton, 1997). L’étude des variables émotionnelles semble notamment primordiale pour la compréhension de ce phénomène.

Tableau 2

Synthèse des 15 études portant sur la relation entre traits de personnalité et conduites à risques dans le domaine du sport

Tableau comparatif des études sur les traits de personnalité et les activités à risques dans le sport.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Breivik, 1999b Impulsivité (IVE) Extraversion, névrosisme (EPQ) Sports à risques (alpinisme, parachutisme) 39 H - Alpinistes plus bas scores d’extraversion et d’impulsivité - Parachutistes plus hauts scores d’extraversion et de stabilité émotionnelle Groupe contrôle (étudiants, militaires) 66 Breivik, 1999a Extraversion, Névrosisme, Anxiété (Cattell 16PF) Sports à risques (alpinisme, kayak, parachutisme) 89 H Parachutistes plus hauts en extraversion et plus bas en névrosisme et anxiété / alpinistes Groupe contrôle (étudiants, militaires) 69 Breivik, Roth, & Jorgensen, 1998 Extraversion, névrosisme (EPQ) Anxiété (STAI) Sport à risques (parachutisme) 35 28, 4 (6, 4) H - Parachutistes > groupe contrôle sur extraversion et stabilité émotionnelle - Pas de différence au niveau de l’anxiété Groupe contrôle (étudiants, militaires) Cazenave, Le Scanff, & Woodman, sous presse Impulsivité (BIS) Sports à risques (alpinisme, base jump, parachutisme, ski, VTT) 53 26, 6 (8,2) F Sportives à risques > non à risques en impulsivité Sports non à risques (natation, athlétisme, danse, golf) 90 20,4 (2,1) Fowler, Von Knorring, & Oreland, 1980 Impulsivité Sport à risques (alpinisme) 28 H F Alpinistes > étudiants sur impulsivité Groupe contrôle (étudiants) 32
Tableau comparatif des études sur les traits de personnalité et les comportements à risques dans le sport.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Gomà-i- Freixanet, 1991 Impulsivité (IVE) Extraversion, névrosisme (EPQ) Sports à risques (alpinisme, escalade, ski) 99 31,9 (8,2) H - Sportifs à risques > groupe contrôle sur extraversion et stabilité émotionnelle - Pas de différence au niveau de l’impulsivité Groupe contrôle 54 30,7 (10,8) Gomà-i- Freixanet, 1995 Impulsivité (IVE) Extraversion, névrosisme (EPQ) Sports à risques (alpinisme, escalade, plongée, parachutisme) 332 30,8 (9,2) H - Sportifs à risques > groupe contrôle sur extraversion - Sportifs à risques < antisociaux sur névrosisme, impulsivité Prosociaux (policiers, pompiers) 170 29,9 (7,9) Antisociaux (prisonniers) 77 22,9 (6,2) Groupe contrôle 54 30,7 (10,8) Gomà-i- Freixanet, 2001 Impulsivité (IVE) Extraversion, névrosisme (EPQ) Sports à risques (alpinisme, escalade, plongée, parachutisme) 52 27, 8 (5,7) F Sportives à risques < antisociaux sur névrosisme, impulsivité Prosociaux (policiers, pompiers) 74 26,5 (4,2) Antisociaux (prisonniers) 43 29,0 (5,3) Groupe contrôle 58 29,7 (5,6) Jack & Ronan, 1998 Impulsivité (IVE) Recherche de sensations (SSS) Sports à risques (deltaplane, alpinismes, parachutisme, course automobile) 93 31, 0 (9, 2) H F - Pas de différence au niveau de l’impulsivité - Impulsivité corrélée positivement à chacune des sous échelles de la SSS Sports non à risques (natation, marathon, aérobic, golf) 73 27,1 (14,4)
Tableau comparatif d'études sur les traits de personnalité et les comportements à risques dans le sport.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Kajtna, Tusak, Baric, & Burnik, 2004 Extraversion, névrosisme (BFO-S) Sports à risques (parapente, alpinismes, parachutisme, plongée, kayak, ski) 38 24, 8 (4,5) H Sportifs à risques > non sportifs sur extraversion et stabilité émotionnelle Sports non à risques (natation, athlétisme, aviron, badminton…) 38 23,6 (4,0) Groupe contrôle 76 24,8 (4,3) Kerr & Svebak, 1989 Impulsivité (BIS) Sports à risques 181 H Pas de différence au niveau de l’impulsivité Sports non à risques Robinson, 1985 Anxiété Sport à risques (escalade) 30 Grimpeurs bas niveau d’anxiété Normes Sanchez & Heyes, 2005 Extraversion (EPQ) Sports à risques (escalade, parachutisme) 32 28,3 (3,6) H Parachutistes > grimpeurs sur l’extraversion Sports non à risques 9 26,5 (2,9) Sleasman, 2004 Névrosisme (NEOPI-R) Anxiété (STAI) Sport à risques (alpinismes) 66 H F Alpinistes bas niveau d’anxiété et de névrosisme Wagner & Houlihan, 1994 Anxiété (STAI) Sport à risques (deltaplane) 170 H F Pas de différence au niveau de l’anxiété Sport non à risques (golf) 90 IVE : Impulsiveness-Venturesomeness-Empathy Questionnaire (Eysenck & Eysenck, 1978) ; SSS : Sensation Seeking Scale (Zuckerman et al., 1978) ; EPQ : Eysenck Personality Questionnaire (Eysenck & Eysenck, 1975) ; Cattell 16PF : Cattell’s 16 Personality Factors (Cattell & Cattell, 1995) ; STAI : State-Trait Anxiety Inventory (Spielberger, Gorsuch, & Lushene, 1970) ; BFO-S : Big Five Observer Scale (Caprara, Barbaranelli, Borgogni, Bucik, & Boben, 1997) ; BIS : Barratt Impulsiveness Scale (Patton, Stanford, & Barratt, 1995) ; NEO-PI-R : NEO Personality Inventory Revised (Costa & McCrae, 1992).

Synthèse des 15 études portant sur la relation entre traits de personnalité et conduites à risques dans le domaine du sport

Le rôle des variables émotionnelles

26La notion d’émotion recouvre plusieurs définitions et fonctions. En lien avec la cognition, les émotions déterminent en partie les comportements des individus. Selon Izard (1977) les émotions sont des organisateurs et des motivateurs du comportement humain, impulsant et dirigeant les processus perceptif et cognitif. Lorsque l’on s’intéresse aux ressentis latents et généralisés des individus, on parle d’humeur mais également de disposition ou style émotionnel et parfois même de tempérament. Si l’humeur se rattache à l’émotion, elle est basée sur une temporalité plus élevée, elle est également plus large et moins différenciée. Considéré comme une combinaison d’émotions basiques, le style émotionnel est généralement assimilé aux affects à long terme, affects positifs et affects négatifs, qui apparaissent comme des expériences affectives mixtes. Ces dispositions, évaluées par des outils tels que le PANAS (Positive and Negative Affect Scale, Watson, Clark, & Tellegen, 1988) ou encore le SWB (Subjective Well-Being, Diener, Smith, & Fujita, 1995), conditionnent l’expérimentation d’états émotionnels ponctuels qui concordent avec le tempérament. Ainsi, un individu obtenant un score élevé sur le trait de la « tendance à la peur », sera plus enclin à expérimenter fréquemment et intensément des émotions de peur. Parler de dispositions ou de traits émotionnels signifie reconnaître l’existence de différences individuelles stables dans l’expérience émotionnelle. La notion de tempérament implique que les différences inter-individuelles soient au moins en partie héritables et qu’elles soient déjà présentes à la naissance (Tellegen et al., 1988). Le tempérament se rapproche ainsi des styles de personnalité, qui comprennent eux aussi des caractéristiques héréditaires. L’Affectivité négative (NA) est d’ailleurs liée au trait de personnalité appelé Névrosisme (McCrae & Costa, 1987 ; Watson & Clark, 1992). Les individus ayant des scores élevés de Névrosisme ont tendance à expérimenter différentes variations d’états émotionnels négatifs incluant de fréquents épisodes d’anxiété, de dépression ou d’hostilité. L’Affectivité positive (PA) quant à elle est une composante de l’extraversion. Les extravertis ont donc tendance à expérimenter de très forts niveaux d’émotions positives.

27La notion de tempérament permet une meilleure compréhension des conduites à risques dans la mesure où la spécificité de celui-ci apparaît comme une des conditions du développement de ces comportements. Damasio (1995) évoque une étroite relation entre les sensations et les émotions, les sensations corporelles étant à la base des émotions mentalisées par la suite en sentiments. Ainsi, des problèmes d’ordre émotionnel, comme une affectivité négative élevée ou encore une difficulté d’interprétation de ses émotions, pourraient être liés à la recherche de sensations fortes par l’intermédiaire de conduites à risques dans un but de régulation émotionnelle.

Affectivité et conduites sportives à risque

28Si les auteurs s’accordent à dire que les émotions seraient impliquées dans la prise de risques comportementale (Levenson, 1990 ; Michel et al., 1997 ; Taylor & Hamilton, 1997), quelques résultats contradictoires apparaissent cependant dans ce domaine de recherche. Yuen et Lee (2003) mettent en avant le fait que l’affectivité positive augmenterait la tendance à prendre des risques (cf. tableau 3), alors qu’une majorité des chercheurs trouvent à l’inverse que l’émotionnalité négative serait reliée à des conduites à risques (Bonnet et al., 2003 ; Taylor & Hamilton, 1997, cf. tableau 3). Dans une étude réalisée dans le cadre de la plongée sous marine, Bonnet et al. (2003) montrent en effet que les plongeurs à risques (e.g., grandes profondeurs, fortes saturations en azote successives, non respect des consignes de sécurité) ont des scores plus élevés en émotions négatives que les plongeurs non à risque.

29Des théories divergentes apparaissent pour expliquer ces résultats. Selon Yuen et Lee (2003), l’humeur positive amènerait les sujets à percevoir l’environnement comme sûr et à voir une issue favorable aux situations même critiques. Dans cette logique, ils auraient également tendance à considérer leurs choix comme moins risqués. Cette vision positive du monde engendrerait alors une propension importante à prendre des risques. En revanche, la présence d’affects négatifs entraînerait des comportements plus conservateurs et donc un bas niveau de prise de risques, qui proviendrait essentiellement d’une vision pessimiste des choses (Jorgensen, 1998). A l’opposé de cette théorie Leith et Baumeister (1996) expliquent que les affects négatifs conduiraient le sujet à faire des choix inadaptés, qui mèneraient à des actions non optimales. Les affects négatifs biaiseraient le calcul rationnel du coût subjectif de l’acte engagé et favoriseraient ainsi la prise de risques et donc l’occurrence d’accidents. D’autres auteurs avancent l’idée que les individus ayant une affectivité négative élevée s’engageraient dans des conduites à risques dans le but de réguler leurs émotions (Bonnet et al., 2003 ; Michel et al., 1997 ; Taylor & Hamilton, 1997). Les comportements de prise de risques constitueraient un moyen de régulation émotionnelle contre le vécu d’affects négatifs, dans la mesure où l’expérience immédiate de sensations corporelles permettrait de mettre à distance de façon temporaire ces ressentis (Bonnet et al., 2003 ; Michel, 2001).

30En s’appuyant sur la théorie de l’autorégulation de Carver et Scheier (1981), Taylor et Hamilton (1997) postulent en effet que la recherche de sensations permettrait de réguler ses émotions. L’autorégulation apparaît comme l’ensemble des processus mis en place volontairement par l’individu, afin d’atteindre ses buts personnels de vie (Carver & Scheier, 1999), notamment avoir une bonne image de soi et maintenir une balance affective positive (Taylor & Hamilton, 1997). Dans cette optique, deux stratégies peuvent être utilisées (Taylor & Hamilton, 1997) : le « détournement » ou la « fuite » de la conscience de soi pour ne plus penser à ses problèmes et la « compensation » qui consiste à porter son attention sur une autre source de valorisation de soi. Selon Taylor et Hamilton (1997), la recherche de sensations pourrait servir ces deux types de stratégies.

31Ces auteurs ont développé un instrument de mesure (REI : Risk and Excitement Inventory, Taylor & Hamilton, 1997) qui différencie deux styles opposés de « chercheurs de sensations » ou « preneurs de risques ». Le premier groupe de sujets bien équilibrés, recherchent dans les activités à sensations fortes une valorisation sociale et psychologique qu’ils ne trouvent pas forcément ailleurs (e.g., domaine professionnel, familial). Leur logique de « compensation » est caractérisée par une prise de risques constructive et contrôlée. Ces « compensateurs » s’engageraient principalement dans des activités à risques socialement acceptées et notamment dans les sports à risques. A l’inverse, le deuxième groupe rassemble des individus ayant un fonctionnement psychologique témoignant d’une mauvaise adaptation, se caractérisant par des variables tels que l’instabilité émotionnelle (névrosisme), la dépression, l’anxiété, le pessimisme et une faible estime de soi. Ces personnes s’adonneraient à des activités à risques afin de détourner leur attention de leur mal être et de leurs difficultés grâce aux sensations apportées dans le but de limiter le ressenti d’affects négatifs et les conséquences négatives pour le Soi (Taylor & Hamilton, 1997). Cette logique de fuite est caractérisée par une prise de risques peu contrôlée et destructrice pour l’individu. Les « fuyards » évacueraient leurs difficultés émotionnelles en cherchant des sensations principalement dans les activités désinhibitrices (e.g., consommation de substances, sexualité débridée).

32La pratique des sports à risques pourrait elle aussi jouer un rôle de « fuite de la conscience de soi » et de régulation émotionnelle (Cazenave et al., sous presse ; Lafollie & Le Scanff, 2007, cf. tableau 3). Selon Michel (2001), les sports à risques seraient source de satisfaction immédiate, d’éprouvés envahissant le sujet et lui faisant oublier ses soucis. Ce type d’activités, apparaît alors pour l’individu comme une déconnection de la réalité et de la vie quotidienne (Michel, 2001). Le profil de preneur de risques de type « fuite » ne serait donc pas réservé aux individus ayant des comportements de désinhibition, mais se retrouverait également chez des sujets pratiquant des activités plus acceptées socialement. Dans une étude spécifique aux femmes, Cazenave et al. (sous presse) trouvent notamment des preneur de risques de type « fuite » chez les sportives à risques (alpinistes, base jumpeuses, parachutistes, skieuses, vététistes). Lafollie et Le Scanff (2007) obtiennent une forte proportion de « fuyards » dans leur population de snowboarder (43 %). Dans cette même étude, la « fuite de la conscience de soi » apparaît comme une variable fortement discriminante des comportements imprudents (mesurés à l’aide d’un questionnaire d’auto-évaluation en 3 items, e.g., « Je pense être très prudent et très prévoyant lorsque je pratique des activités à sensations ou à risques »). La recherche de sensations dans les sports à risques comme dans la consommation de produits, apparaît donc comme un moyen thérapeutique d’autorégulation émotionnelle (Cazenave et al., sous presse ; Lafollie & Le Scanff, 2007 ; Taylor & Hamilton, 1997).

33La mise en évidence de preneur de risques de type fuite chez certains pratiquants de sports à risques (Cazenave et al., sous presse ; Lafollie & Le Scanff, 2007), qui selon Taylor et Hamilton (1997) se caractériseraient par une instabilité émotionnelle (névrosisme), de la dépression, de l’anxiété, du pessimisme et une faible estime de soi, laisse supposer la présence de troubles émotionnels chez ces individus (Cazenave et al., sous presse ; Lafollie & Le Scanff, 2007 ; Taylor & Hamilton, 1997). A ce propos, deux types de troubles psychopathologiques ont été étudiés en lien avec la prise de risques : l’anhédonie et l’alexithymie.

Troubles émotionnels et conduites sportives à risques : l’anhédonie et l’alexithymie

34L’anhédonie apparaît comme le déni d’affect douloureux mais aussi de tout affect de plaisir (Luminet, 1985). Ce concept, évalué au travers d’outils tels que le R-PAS (Revised Physical Anhedonia Scale, Chapman, Chapman, & Raulin, 1976) ou encore le SHAPS (Snaith Hamilton Pleasure Scale, Snaith et al., 1995), est ainsi le plus souvent défini comme la perte de la capacité à éprouver du plaisir. L’anhédonie qui entraînerait une diminution voire une disparition de l’émotivité, se révèlerait comme un mécanisme adaptatif de défense contre les stimulations négatives, mais également comme un moyen de blocage de tous types d’activation. L’anhédonie constituerait alors un véritable évitement émotionnel, permettant ainsi de contrer une trop grande sensibilité aux situations négatives (Bouvard, Michel, & Payet, 1999).

35L’alexithymie mesurée à l’aide de la TAS (Toronto Alexithymia Scale, Bagby, Parker, & Taylor, 1994) se définit selon quatre dimensions : i) la difficulté à identifier et distinguer ses divers états émotionnels, ii) la difficulté à verbaliser ses états émotionnels, iii) une restriction des processus imaginaires et iv) un style cognitif externe (mode de pensée tourné vers les aspects concrets, triviaux de l’existence). Les sujets alexithymiques ne se caractériseraient pas par une incapacité à ressentir des émotions, mais plutôt par une difficulté à les différencier et à les verbaliser. Le faible niveau de conscience émotionnelle des sujets alexithymiques entraînerait un ressenti indifférencié, associé à une focalisation sur les sensations corporelles (Lane & Schwartz, 1987). Les alexithymiques se distingueraient également par une émotionnalité négative élevée (Saärijärvi, Salminen, & Toikka, 2002) ainsi que par une faible capacité à réguler ces affects (Luminet, Bagby, Wagner, Taylor, & Parker, 1999). L’alexithymie correspondrait donc à un mode de fonctionnement psychique, amenant à retrouver un état régressif d’hyperstimulation sensorielle permettant un verrouillage des affects négatifs en cas de situations difficiles (Corcos, Guilbaud, & Speranza, 2003).

36L’hédonie (capacité à prendre du plaisir) apparaît comme le reflet de la réactivité interne du sujet. Par conséquent, il semblerait logique d’observer une relation négative entre l’anhédonie et la recherche de sensations. Néanmoins, peu de travaux ont été réalisés dans ce domaine où des contradictions importantes apparaissent rendant difficile l’établissement d’un consensus sur ce thème (cf. tableau 3). En effet, si Michel et al. (1997) met en évidence chez des benjistes (saut à l’élastique) masculins que plus ils sont anhédoniques (R-PAS : Revised Physical Anhedonia Scale de Chapman, Chapman & Raulin, 1976) plus leur score de recherche de sensations (SSS de Zuckerman et al., 1978) et plus particulièrement de recherche de danger et d’aventure (TAS) est faible, ils trouvent, à l’inverse, chez leurs sujets féminins, une corrélation positive entre l’anhédonie et le nombre de sauts. Ainsi, certains auteurs considèrent que l’anhédonie entraîneraient le besoin de ressentir des sensations fortes, positives ou négatives, non éprouvées dans la vie quotidienne, et inciterait donc à prendre des risques sociaux (Carton, Morand, Bungener, & Jouvent, 1995) ou sportifs (Franken, Zijlstra, & Muris, 2006 ; Michel et al., 1997).

37Par ailleurs, dans une étude réalisée auprès de snowboarders, Lafollie et Le Scanff (2007) mettent en évidence la présence de scores élevés d’alexithymie chez ces sujets (cf. tableau 3). Le snowboard apporterait des sensations kinesthésiques immédiates (e.g., vitesse, virage, saut). N’ayant pas accès à leurs ressentis émotionnels, les sujets alexithymiques seraient fortement à l’écoute de leurs sensations physiques (Cohen, Auld, & Brooker, 1994). Ils apprécieraient donc probablement plus ces sensations directement accessibles que des sensations cognitives demandant une mentalisation qu’ils ne sont pas capables d’effectuer. Pour les alexithymiques, la recherche de sensations apparaît comme une source extérieure de régulation, indispensable alors que leurs émotions ne sont pas accessibles et donc régulées mentalement (Cazenave et al., sous presse ; Speranza & Atger, 2003). Néanmoins, l’anxiété et la peur, souvent en jeu dans les activités à risques, sont des émotions de base que les sujets alexithymiques ressentent physiologiquement mais n’arrivent pas à interpréter à un niveau cognitif. L’absence du garde fou que représentent ces émotions dans la plupart des situations critiques, et qui se manifeste par l’inconscience de la dangerosité de la situation, pourrait donc être à l’origine de l’occurrence de prises de risques inconsidérées. La difficulté à identifier ses sentiments (dimension de l’alexithymie) apparaît en effet, dans l’étude de Lafollie et Le Scanff (2007), comme un des plus forts prédicteurs de l’imprudence (questionnaire d’auto-évalution en 3 items).

38L’anhédonie et l’alexithymie semblent donc liées à un ensemble de comportements de prise de risques porteurs de sensations immédiatement accessibles, comme c’est le cas dans la toxicomanie, l’alcoolisme ou le tabagisme (Bréjard, Bonnet, & Pedinielli, sous presse ; Carton et al., 1995), mais également dans les sports à risques (Franken et al., 2006 ; Lafollie & Le Scanff, 2007, cf. tableau 3).

39Au regard de la littérature, il apparaît que l’engagement dans les pratiques à risques, ainsi que les comportements imprudents adoptés dans le cadre de ces activités, pourraient être liés au fonctionnement émotionnel. Les preneurs de risques sportifs semblent se caractériser par une émotionalité négative élevée, ainsi que par un profil de preneur de risques de type « fuite de la conscience de soi » potentiellement révélateur de troubles émotionnels tels que l’anhédonie et/ou l’alexithymie (cf. tableau 3). Cependant, la compréhension des relations existant entre les émotions et les conduites sportives à risques reste à approfondir. En effet, le faible nombre de travaux (affectivité : 4 études, anhédonie : 3 études, alexithymie : 2 études) et les contradictions qui en émergent, ne permettent pas de proposer de conclusion satisfaisante quant à ce champ d’étude.

Tableau 3

Synthèse des 8 études portant sur la relation entre variables émotionnelles et conduites à risques dans le domaine du sport

Tableau comparatif des études sur les émotions et les comportements à risques dans le sport.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Bonnet, Pedinielli, Romain, & Rouan, 2003 Affectivité (SWB) Emotions différentielles (DES) Anhédonie (SHAPS) Prise de risques (indices objectifs) Accidents Plongeurs A risques 38 36, 2 (8, 6) H F - Plongeurs à risques > non à risques en affectivité négative - Plongeurs accidentés > en émotions positives et < en émotions négatives après la plongée / non accidentés - Pas de différence pour l’anhédonie Non à risques 36 43,8 (10,9) Accidentés 36 Non accidentés 38 Cazenave, Le Scanff, & Woodman, sous presse Fuite / compensation (REI) Alexithymie (TAS) Sports à risques (alpinisme, base jump, parachutisme, ski, VTT) 53 26, 6 (8,2) F - Sportives à risques < non à risques en « compensation » - Sportives à risques > non à risques en « fuite » et Alexithymie Sports non à risques (natation, athlétisme, danse, golf) 90 20, 4 (2, 1) Franken et al., 2006 Anhédonie (SHAPS et R-PAS) Sport à risques (parachutisme) 37 27, 8 (8,3) H F Parachutistes > groupe contrôle en anhédonie Sport non à risques (aviron) 34 27,0 (6,1) Lafollie & Le Scanff, 2007 Fuite / compensation (REI) Alexithymie (TAS) Imprudence Sports à risques Alpinisme 39 28,1 (3,7) H La « difficulté à décrire ses sentiments » et la « fuite » sont les meilleurs prédicteurs de l’imprudence VTT 9 16,9 (0,4) Gymnastique 40 24,0 (3,8) Levenson, 1990 Dépression, affectivité négative (EDE) Sport à risques (escalade) 18 28, 0 (4, 2) H Sportifs à risques < antisociaux sur la dépression et l’affectivité négative Prosociaux (policiers, pompiers) 21 37,0 (8,3) Antisociaux (drogués) 24 34,0 (7,2)
Tableau comparatif d'études sur les émotions et comportements à risque dans le sport.
Auteurs (année) Variables étudiées (outils) Caractéristiques des échantillons Principaux résultats Activités pratiquées N MAge (ET) Sexe Michel, Carton, & Jouvent, 1997 Recherche de sensations (SSS) Anhédonie (R-PAS) Nombre de sauts Sport à risques (benji) 80 24,1 (6,7) H F - Pas de différence pour l’anhédonie - Chez les hommes corrélation négative entre TAS et anhédonie - Chez les femmes corrélation positive entre anhédonie et nombre de sauts Normes Taylor & Hamilton, 1997 plusieurs études Affectivité (PANAS) Fuite / compensation (REI) Recherche de sensations (SSS) Étudiants 266 à 409 18, 0 H F - Fuite corrélée positivement avec la dépression et l’affectivité négative - Corrélation positive entre SSS-tot et REI-tot - Corrélation positive entre fuite et Dis - Corrélation positive entre compensation et TAS Yuen & Lee, 2003 Affectivité Induction d’humeurs (film) Tâche de prise de décision Etudiants 54 19, 0 H F - Prise de risques plus faible en condition d’humeur négative - Plus niveau humeur positive élevé plus prise de risques importante R-PAS : Revised Physical Anhedonia Scale (Chapman, Chapman & Raulin, 1976) ; SHAPS : Snaith Hamilton Pleasure Scale (Snaith, Hamilton, Morley, Humayan, Hargreaves & Trigwell, 1995) ; EDE : Eysenck’s Dimension of Emotionality (Eysenck & Eysenck, 1978) ; PANAS : Positive and Negative Affect Scale (Watson, Clark & Tellegen, 1988) ; REI : Risk and Excitement Inventory (Taylor & Hamilton, 1997) ; DES : Differential Emotions Scale (Izard, 1977) ; SWB : Subjective Well-Being (Diener, Smith, & Fujita, 1995) ; TAS : Toronto Alexithymia Scale (Bagby, Parker & Taylor, 1994) ; SSS : Sensation Seeking Scale (Zuckerman, Eysenck & Eysenck, 1978)

Synthèse des 8 études portant sur la relation entre variables émotionnelles et conduites à risques dans le domaine du sport

Conclusion et perspectives

40La présente revue de littérature se proposait de réaliser une synthèse des études portant sur les facteurs psychologiques de vulnérabilité aux conduites sportives à risques et plus précisément sur l’influence des variables de personnalité et des variables émotionnelles sur ce phénomène. Globalement, ce domaine de recherche est fortement marqué par les contradictions constatées dans les études, entrainant une absence de consensus qui handicape la conception et la mise en place de moyens de prévention efficaces contre l’occurrence de conduites à risques et potentiellement d’accidents dans les pratiques sportives.

41Certaines lignes de force donnant de nouvelles pistes de recherche et d’action ont cependant pu êtres mises en évidence. Des traits de personnalité dominants semblent en effet caractériser les individus s’engageant dans les sports à risques. Ils se distinguent essentiellement par une recherche de sensations élevée (particulièrement au niveau de la « Recherche de danger et d’aventure ») (cf. tableau 1), s’accompagnant d’une extraversion accrue (pour certains), d’une bonne stabilité émotionnelle, d’un faible niveau d’anxiété et parfois d’une impulsivité importante (cf. tableau 2). Ces traits de personnalité témoignant d’un équilibre psychologique satisfaisant s’accompagnent néanmoins d’un profil émotionnel plus problématique. En effet, les pratiquants de sports à risques manifestent de façon majoritaire une émotionnalité négative élevée et un profil de preneur de risques de type « fuite de la conscience de soi ». De plus des troubles émotionnels tels qu’une incapacité à mentaliser ses émotions (alexithymie) ou à éprouver du plaisir (anhédonie) sont parfois mis en évidence chez ces personnes (cf. tableau 3). Ces difficultés émotionnelles pourraient inciter à la prise de risques afin de mettre à distance, grâce aux ressentis corporels, leurs difficultés et leur mal être (Bonnet et al., 2003 ; Michel, 2001). La recherche de sensations par la prise de risques sportive s’apparente dès lors à un moyen thérapeutique d’autorégulation émotionnelle (Bonnet et al., 2003 ; Lafollie & Le Scanff, 2007 ; Michel et al., 1997). Cette dimension émotionnelle apparaît sans doute comme une des pistes les plus prometteuses en termes de prévention.

42A l’heure actuelle, toutes les campagnes de prévention s’appuient sur la mise en évidence des conséquences et effets négatifs liés aux conduites à risques (e.g., images chocs, slogans évocateurs, statistiques impressionnantes, messages culpabilisants). Ce type de méthodes semble pourtant si peu efficace (notamment auprès des jeunes) que dans le domaine de la sécurité routière, par exemple, la prévention semble avoir laissé place à la répression. Les campagnes de prévention actuelles ne seraient pas adaptées dans la mesure où l’utilisation de messages s’appuyant sur la présentation des risques encourus pourraient détenir un pouvoir attractif notamment pour les amateurs de sensations fortes qui considèrent la dangerosité de l’activité comme une source d’excitation, de stimulation (Michel et al., 2006). Chez les jeunes, la confrontation au risque est, par ailleurs, souvent un moyen d’affirmation sociale. De plus, selon Tiemann et Tiemann (1983), l’intensité du risque amplifierait l’anticipation des bénéfices. Plus les risques présentés seront élevés, plus l’activité en question sera perçue comme ayant des bénéfices importants. Compte tenu de ces éléments, il semblerait plus pertinent de permettre aux individus de mieux comprendre les motivations de leurs comportements, et d’être davantage à l’écoute de leurs émotions et de l’expression de celles-ci. Cette première étape de prise de conscience pourrait favoriser la mise en place de programmes d’intervention de type gestion du stress et des émotions. Des techniques de jeux de rôle ou de mise en situation pourraient également êtres utilisées pour permettre aux sujets jeunes, notamment, d’apprendre à ne pas céder à la pression sociale pouvant les amener à prendre des risques pour ne pas être stigmatisés par le groupe. Des expériences de la sorte ont été réalisées avec succès dans le domaine du dopage (Laure, Lecerf, Friser, & Binsinger, 2004).

43Ce travail de synthèse a par ailleurs permis de constater la prédominance du concept de « recherche de sensations » comme variable explicative de l’engagement dans les sports à risques. Si, à l’instar d’Adès et al. (1994) les conduites à risques correspondent à des « comportements non imposés par des conditions d’existence, mais recherchés activement pour l’éprouvé de sensations fortes, le jeu avec le danger et souvent avec la mort » (p. 4), il n’est pas étonnant que les personnes qui s’y livrent se caractérisent par un trait élevé de « recherche de sensations ». Ce raisonnement tautologique constitue un frein à l’étude des conduites sportives à risques. Il apparaît alors indispensable d’approfondir et d’élargir les investigations en s’intéressant à d’autres variables comme les troubles de personnalité ou les troubles émotionnels. Cependant, les résultats qui émergent du faible nombre d’études s’intéressant à d’autres variables de la personnalité ou variables émotionnelles sont plus contradictoires (Breivik, 1999b ; Gomà-i-Freixanet, 1991 ; Michel et al., 1997).

44D’autre part, il semble important de conduire des recherches sur les causes des « comportements imprudents » que certains pratiquants des sports à risques, peuvent adopter. Les quelques rares travaux sur ce thème ont souligné le rôle du trait de « recherche de sensations », mais les résultats sont assez inconsistants. En effet, alors que certains auteurs mettent en évidence une relation positive entre la fréquence d’accidents et la recherche de sensations (Cogan & Brown, 1999 ; Rossi & Cereatti, 1993), d’autres trouvent le résultat inverse (Bouter et al., 1988 ; Cherpitel et al., 1998). La diversité des méthodologies utilisées est peut-être responsable de ce manque de cohérence des résultats. Il est également possible, comme l’avance certains auteurs (e.g., Breivik, 1999b) que l’activité pratiquée soit un modulateur du phénomène. Autrement dit, l’impact de la personnalité des sportifs pourrait être différent en fonction des spécificités de chacune des activités à risques, d’où la nécessité d’étudier séparément les individus impliqués dans des pratiques à risques différentes. Une réflexion approfondie sur les outils de mesure utilisés devra également être réalisée. En effet, la littérature sur le thème est rendue compliquée par la diversité des instruments utilisés. Une plus grande homogénéité dans les instruments permettrait une meilleure lisibilité des résultats, une comparaison plus aisée entre les travaux et une quantification plus précise du poids de chacune des variables de personnalité (i.e., l’amplitude des effets) dans l’explication des phénomènes.

45Par ailleurs, la compréhension de l’adoption de comportements imprudents par certains pratiquants de sports à risques nécessite l’élaboration de questionnaires évaluant ce phénomène de façon plus directe que par l’intermédiaire du nombre d’accidents subis (e.g., questionnaire d’imprudence déclarée proposé par Lafollie & Le Scanff, 2007). La mise en place de protocoles expérimentaux pourrait également être utile dans ce domaine. Ce type de méthodologie permettrait de mesurer objectivement le niveau de prise de risques des individus dans diverses situations. Comme cela a été réalisé dans le champ de l’addiction aux jeux (Lauriola & Levin, 2001), des tâches de prise de décisions évoquant des situations potentiellement risquées précises et en rapport avec l’activité pratiquée, pourrait être proposé aux sujets. Il serait également possible de travailler sur des mises en situation plus longues en imaginant des scénarios évoluant en fonction des choix des individus.

46Les études sur les conduites sportives à risques se sont centrées sur des variables psychologiques relativement stables (traits de personnalité, dispositions émotionnelles). La prise en compte de facteurs plus dynamiques comme les états émotionnels (Bonnet et al., 2003) mesurés avant, après mais également pendant la pratique pourrait s’avérer enrichissante pour mieux comprendre la fonction des conduites sportives à risques. Des méthodologies comme la méthode d’échantillonnage des expériences (Conner Christensen, Barrett, Bliss-Moreau, Lebo, & Kaschub, 2003 ; Csikszentmihalyi & Hunter, 2003) déjà utilisées dans le champ des addictions pourraient dans ce domaine s’avéraient appropriées.

47En parallèle, la question de la co-occurrence des comportements de recherche de sensations et/ou de prise de risques devrait être approfondie (Breivik et al., 1998 ; Jack & Ronan, 1998 ; Murray, 2003). En dehors de leur activité, les pratiquants de sports à risques s’engagent-ils dans d’autres conduites à risques tels que la consommation de substances psycho-actives, la conduite motorisée dangereuse ou les rapports sexuels non protégés ? Si tel est le cas, ces diverses conduites jouent-elles un rôle identique pour l’individu (en termes de régulation émotionnelle notamment) ? Existe-il alors des facteurs de vulnérabilité communs aux différents types de conduites à risques ? Autant d’interrogations qui restent sans réponse claire à l’heure actuelle, et dont la résolution semble pourtant avoir un intérêt majeur en termes de prévention.

48Enfin, si certains traits de personnalité (Selosse, 1998) et troubles émotionnels (Michel, 2001) semblent prédisposer les individus aux conduites à risques, il serait réducteur d’affirmer que ce type de comportements serait exclusivement déterminé par des variables psychologiques. En effet, selon certains auteurs ce serait la conjonction de ces prédispositions individuelles avec des facteurs environnementaux particuliers (e.g., contexte familial, contexte social, influence des pairs) qui s’avèrerait réellement pathogène pour l’individu (Irwin, 1993 ; Udry, 1994) et ceci dans un système de transaction réciproque (Michel et al., 2006). Dans le cadre de cette conception, les variables personnologiques rendraient compte des interactions individu–environnement. Un profil de personnalité pourrait ainsi favoriser certains comportements, le sujet cherchant dans un souci homéostatique l’environnement le plus adapté à son tempérament. En fonction de la spécificité de l’environnement un même trait de personnalité (e.g., recherche de sensations) pourrait alors engendrer des comportements différents (e.g., conduites sportives à risques, consommations de substances). Quelle que soit la réalité des contraintes tempéramentales, elles s’inscriraient donc nécessairement dans une rencontre avec l’environnement (Michel et al., 2006).

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Mots-clés éditeurs : conduites sportives à risques, recherche de sensations, régulation émotionnelle, traits de personnalité

Date de mise en ligne : 22/10/2009

https://doi.org/10.3917/sm.067.0039