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Entre sport et médecine : de la formation à la pratique médicale

Pages 73 à 98

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  • Fleuriel, S.
  • et Sallé, L.
(2009). Entre sport et médecine : de la formation à la pratique médicale. Sciences sociales et santé, . 27(1), 73-98. https://doi.org/10.1684/sss.2009.0105.

  • Fleuriel, Sébastien.
  • et al.
« Entre sport et médecine : de la formation à la pratique médicale ». Sciences sociales et santé, 2009/1 Vol. 27, 2009. p.73-98. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-sante-2009-1-page-73?lang=fr.

  • FLEURIEL, Sébastien
  • et SALLÉ, Loïc,
2009. Entre sport et médecine : de la formation à la pratique médicale. Sciences sociales et santé, 2009/1 Vol. 27, p.73-98. DOI : 10.1684/sss.2009.0105. URL : https://stm.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-sante-2009-1-page-73?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/sss.2009.0105


Notes

  • [*]
    Sébastien Fleuriel, sociologue, CERAPS-UMR CNRS 8026, Université de Lille 2, FSSEP, 9, rue de l’Université, 59790 Ronchin, France ; sebastien.fleuriel@univ-lille2.fr
  • [**]
    Loïc Sallé, sociologue, ER3S-EA 2374, Université de Lille 2, FSSEP, 9, rue de l’Université, 59790 Ronchin, France ; loic.salle@univ-lille2.fr
  • [1]
    Voir, par exemple, l’historique de la Société française de médecine du sport sur leur site Internet : http://www.sfms.asso.fr/index.php
  • [2]
    Complétant les formations de « compétence en médecine appliquée aux sports » et de « capacité en médecine et biologie du sport », un diplôme d’enseignement spécialisé complémentaire (DESC) de « médecine et de biologie du sport » a, depuis 2004, été mis en place dans une vingtaine de structures hospitalo-universitaires.
  • [3]
    Un indicateur de cette faiblesse tient, par exemple, au fait que la médecine du sport ne constitue pas une spécialité d’internat à part entière ou que des médecins généralistes puissent intervenir dans le domaine sportif en délivrant des certificats de non contre-indication à la pratique (principe rappelé par les lois de 1999 et 2006 consacrées à la protection de la santé du sportif et à la lutte contre le dopage).
  • [4]
    C’est en ce sens que la revue Cinésiologie (revue des médecins du sport) consacrait son n° 235 d’octobre 2007 à la dégradation progressive de la médecine du sport en titrant ce numéro spécial « Chronique d’une médecine escamotée ».
  • [5]
    Le Monde du 25 décembre 2003.
  • [6]
    On songe, par exemple, aux travaux de recherche de Laplanche (2003), ainsi qu’à ceux de Viaud (2005) dont les titres sont évocateurs.
  • [7]
    Le contrôle médical préalable à la compétition est une obligation prévue dès la Loi sur le sport de 1975 dans son article 13. Elle est reprise par la suite dans l’article 35 de la loi de 1984 modifiée.
  • [8]
    On note également que près des trois-quarts d’entre eux (74,8 %) sont titulaires d’un autre diplôme attestant de compétences médicales complémentaires (DU ou CES homéopathie, cardiologie, aéronautique, hyperbare, gérontologie…).
  • [9]
    La description du décalage existant entre les enseignements dispensés lors de la formation et la réalité de la pratique « médico-sportive » auprès de sportifs de haut niveau est l’objet de la troisième partie de l’article.
  • [10]
    Ce décalage n’est ni nouveau, ni spécifique à la formation médicale, il a déjà été observé par Tanguy (1986).
  • [11]
    La question était littéralement formulée comme suit : « Si vous êtes installé, indiquez la part que les sportifs représentent dans votre clientèle : plus de 75 %, entre 50 et 75 %, entre 25 et 50 %, moins de 25 %, aucune part ». Sur l’ensemble des médecins installés, 79,2 % déclarent moins de 25 % de sportifs parmi leur clientèle. S’agissant d’une simple estimation, la question prend tout son intérêt en se cumulant avec d’autres indicateurs du degré d’engagement des médecins dans le milieu sportif.
  • [12]
    Pour ce faire, rappelons que nous complétons les résultats obtenus avec l’enquête par questionnaires par l’exploitation et l’analyse qualitative d’une série de dix entretiens semi-directifs réalisés entre 2002 et 2007.
  • [13]
    Les exemples, passés et actuels, ne manquent pas pour illustrer ces situations confuses. Ainsi, médecin de l’équipe olympique américaine d’haltérophilie dans les années 1950, le docteur J. Ziegler fut un des premiers praticiens à introduire la testostérone dans le sport de haut niveau. Aujourd’hui, on constate encore régulièrement ce genre d’implications : la Fédération allemande de cyclisme (BDR) a récemment suspendu l’un de ses médecins, G. Huber, car il organisait les pratiques dopantes de plusieurs coureurs qu’il suivait à la fois dans leurs équipes respectives et au sein de l’équipe nationale.

1S’agissant de médecine du sport, on s’attendrait a priori à rencontrer un corps professionnel assez bien constitué et unifié autour d’une pratique elle-même relativement homogène, et désignée sous les vocables univoques de « médecine de sport ». Mais il s’agit bien là d’un a priori qui, en dépit de l’histoire et la genèse de la pratique (Defrance et El Boujjoufi, 2005), de ses institutions consacrées, en société savante notamment [1], de sa formation initiale ou continue [2], résiste mal à l’analyse des déterminants sociologiques présidant à l’exercice réel de la pratique médicale. La « médecine du sport » s’inscrit dans deux univers de pratique, celui du sport et celui du champ médical. D’une part, on constate l’apparition précoce des médecins dans le champ sportif et leur influence croissante dans son institutionnalisation qui font, au bout du compte, de ces derniers des acteurs importants de l’histoire et de l’évolution des pratiques physiques (gymnastique, éducation physique et sports) (Defrance, 1990). D’autre part, l’intervention médicale sur la question sportive peut également être interprétée plus généralement dans un processus de médicalisation du fonctionnement social à l’intérieur duquel se développe un domaine spécifique d’activité trouvant ses compétences et ses connaissances dans la médecine (Adam et Herzlich, 1995 ; Freidson, 1984).

2Dès lors, pour aussi prosaïque qu’elle puisse paraître en première lecture, cette interrogation est à prendre au sérieux dans la mesure où l’identification du terrain sur lequel s’opèrent les luttes pour la reconnaissance légitime de la pratique médicale, se situe justement à l’intersection de deux champs dont les normes et les usages sont fortement dissociés. A fortiori, la médecine du sport peut aussi bien se comprendre avec les acquis et les connaissances propres à la sociologie du champ médical, qu’avec celles relatives à l’espace des sports. Et ce qui pourrait produire des effets de renforcement liés à une double inscription, sportive et médicale, semble, dans les faits, conduire à un positionnement très ambigu de la pratique médico-sportive, consécutive à une double négation : ni pleinement ancrée dans l’univers sportif, ni pleinement reconnue dans le champ médical [3]. En effet, rappelons que, en France, la médecine du sport n’est pas une spécialité médicale institutionnellement reconnue, ni par l’ordre des médecins, ni par le monde universitaire et que, avec la suppression de la mission médicale du ministère de la Jeunesse et des sports en 2001, c’est même la légitimité de cette compétence auprès de l’administration centrale qui est interrogée [4]. L’absence d’un cadre précis fixant les modalités d’exercice de la médecine dans ce milieu particulier a donc pour principale conséquence de donner à voir une médecine du sport plurielle, variant selon les lieux, les structures, les pratiques et les appréciations de chacun. Composite, elle rassemble et concerne, potentiellement, une multitude d’entités médicales : les médecins du sport, les médecins d’équipe, les médecins fédéraux, mais aussi les médecins généralistes, les médecins du travail, les médecins de santé publique, etc. Un article du Monde pouvait alors titrer de manière très significative : « L’attitude ambivalente des médecins du sport face au dopage » [5]. Ambivalence qui se donne à comprendre ici comme la contradiction entre deux univers, c’est-à-dire entre des attentes strictement orientées vers la compétition qui en appellent à une médecine de performance, et des attentes curatives ou préventives tournées vers la promotion de la santé [6]. Ni la formation ni la genèse des pratiques sportives, pas plus que la formation et la constitution des spécialités médicales ne semblent donc en elles-mêmes suffisantes pour saisir et appréhender une pratique inexorablement hétérogène au plan professionnel. Répondre à la question du champ de référence depuis lequel se pense et s’exerce la médecine du sport suppose alors de dresser un panorama aussi large que possible des praticiens, de leur contexte de travail et de leur registre d’exercice réels afin de mieux les situer dans leurs relations objectives, aussi bien à l’espace des sports qu’au champ médical.

3Par ailleurs, la littérature consacrée à cette pratique focalise essentiellement les analyses sur les médecins jouant et ayant joué un rôle « d’entrepreneur politique » (au sens de Padioleau, 1982), soit dans leur domaine propre, le champ médical, soit dans celui du sport, voire dans les deux (Defrance, 1998 ; El Boujjoufi, 1998 ; Fauché, 1996 ; Sallé et al., 2006). Dans tous les cas, ces travaux contribuent à produire une sociologie de la médecine du sport selon laquelle 100 % des médecins déterminés à faire de la médecine du sport occupent des positions déterminantes dans le domaine sans que l’on puisse savoir ce qui les démarque de leurs confrères, homologues n’occupant pas de positions distinctives et dont on sait peu de choses quant à leur profil sociologique, leurs aspirations, leurs pratiques… Autrement dit, s’il apparaît primordial de produire une sociologie des positions déterminantes qui ont permis la genèse de cette discipline, depuis les formations dispensées, la constitution de sociétés savantes, jusqu’à la définition des prérogatives d’exercice (Brissonneau et Le Noë, 2006 ; Defrance et El Boujjoufi, 2005), il devient désormais utile de produire des connaissances sur les médecins qui choisissent de se former à cette compétence ainsi que sur son usage effectif dans leur pratique médicale.

4Pour compléter le travail existant sur les médecins parvenus aux positions faisant autorité, une sociologie des entrants paraît susceptible d’éclairer en quoi la trajectoire des premiers relève d’une spécificité comparée à l’ensemble des titulaires de la compétence. C’est cet impératif qui a guidé le travail d’enquête par questionnaires effectué auprès des médecins diplômés de la « compétence médico-sportive » à la faculté de médecine de l’Université de Lille 2 depuis la création du Certificat d’études spéciales (CES) en 1972 jusqu’à nos jours (2002) avec la délivrance de la capacité. Cet ancrage localisé se justifie par le fait que Lille est historiquement un des premiers centres hospitaliers à dispenser la formation et que, par ailleurs, le Conseil de l’ordre du Nord Pas-de-Calais a pu fournir la liste exhaustive des médecins titulaires de la compétence et de leur lieu d’exercice. C’est donc sous le prisme du choix de la formation puis de son usage pratique à plus long terme que le questionnement sur le devenir de ces diplômés s’est réalisé. Par effet d’évaporation, les médecins initialement formés à la compétence sportive sont en définitive peu nombreux à rester en contact durable et effectif avec le milieu sportif. Considérant que ces quelques « survivants » demeurent les seuls pleinement investis dans l’univers sportif, nous avons choisi en dernière analyse de revenir sur les contraintes propres à cet univers qui viennent peser sur leur pratique médicale. Pour cela, une campagne de dix entretiens semi-directifs réalisés entre 2002 et 2007 avec des médecins exerçant (ou ayant exercé) auprès d’athlètes de haut niveau ou ayant occupé des fonctions de représentation dans le domaine (ministère de la Jeunesse et des sports, syndicat ou sociétés savantes) vient spécifier et valider de manière plus qualitative leur engagement auprès des sportifs.

Portrait des prétendants à la compétence médico-sportive

5Renverser la focale et s’intéresser à l’ensemble des « médecins sortants » de la formation en médecine du sport révèle deux aspects nous permettant de mieux appréhender la réalité de cette pratique professionnelle. Il apparaît, d’une part, que le choix effectué et l’engagement dans ce type de formation sont essentiellement justifiés par un rapport de proximité avec le sport et des expériences personnelles en tant que pratiquant. D’autre part, et malgré les affinités clairement affichées lors des spécialisations secondaires, l’étude montre que cette compétence médico-sportive n’est que rarement exploitée par les praticiens composant notre population.

Un effet d’opportunité en relation avec la législation sur le sport

6La démographie des diplômés à la compétence sportive sortis de l’université de Lille 2 (Figure 1) montre d’abord une phase de croissance continue entre 1975 et 1984, année à partir de laquelle le nombre de lauréats décroît brutalement pour se stabiliser à moins d’une vingtaine par promotion depuis les années 1990 après la mise en place de la capacité. Afin d’éviter une enquête exhaustive sur toutes les promotions, le protocole d’enquête a tenu compte de ces différentes phases pour rationaliser le questionnement en interrogeant tous les lauréats entre 1972 et 1975, tous ceux des promotions 1980 et 1984 pendant la phase de croissance, ainsi que tous ceux après 1987, soit une base de 291 médecins diplômés questionnés. Au total, 202 questionnaires ont pu être exploités pour un taux de retour d’un peu plus de 69 %. La méthode de traitement s’est attachée à proposer un ensemble de questions ouvertes recodées a posteriori par registres thématiques à l’aide du logiciel de traitement d’enquête (de Singly, 1992). Ce choix méthodologique a permis d’extraire du matériel recueilli, toute la richesse, notamment par la sélection de citations significatives, tout en autorisant son traitement statistique.

Figure 1

Évolution des diplômés à la compétence médico-sportive de l’Université de Lille 2 depuis sa création

Description de l'image par IA : Graphique montrant l'évolution des diplômés en compétence médico-sportive de l'Université de Lille 2 de 1972 à 2002.

Évolution des diplômés à la compétence médico-sportive de l’Université de Lille 2 depuis sa création

7La dynamique démographique coïncide étroitement avec les dispositions légales relatives aux prérogatives de la médecine en matière de sport avec les lois de 1975 (dite « Mazeaud ») et 1984 (dite « Avice ») qui obligent tout compétiteur à souscrire une licence assujettie à un contrôle médical préalable obligatoire [7]. Jusqu’au milieu des années 1980, la démarche semble donc surtout se préoccuper d’accompagner la population sportive vers l’accueil en club. Néanmoins, cette disposition entretient, jusqu’en 1987, une relative ambiguïté quant à la nécessité que le médecin prescripteur détienne une formation médico-sportive spécifique pour délivrer le certificat médical. Le doute est cependant définitivement levé par le décret d’application du 1er juillet 1987 qui organise plus clairement la division du travail médical en matière de sport. D’une part, le décret prévoit la délivrance du simple certificat médical d’aptitude à la pratique (article 3) qui peut être établi par tout médecin (sous-entendu qu’il soit titulaire ou non d’une spécialité en médecine du sport). D’autre part, il organise la surveillance médicale des sportifs de haut niveau (article 5) qui ne peut être, quant à elle, effectuée que par un médecin titulaire d’un CES ou d’une capacité en biologie et médecine du sport. C’est précisément à partir de cette période (1987) que les effectifs se stabilisent à moins d’une vingtaine de lauréats par an contre encore une centaine en 1984.

8Le choix de suivre la formation semble donc relever, jusqu’à cette période, d’une opportunité liée au fait de détenir une compétence spécifique permettant de réaliser des actes potentiellement réglementés et inaccessibles au simple médecin généraliste. Ce n’est donc pas un hasard si près des trois-quarts des candidats au diplôme s’inscrivent en formation, soit pendant leur dernière année d’étude, soit juste à la suite de celle-ci (Tableau I) comme s’il s’agissait d’ajouter une corde à son arc avant l’entrée définitive dans la profession comme le précise ce médecin diplômé du CES en 1975 : « J’ai fait conjointement biologie et médecine du sport et médecine du travail dans le simple objectif d’une diversification, c’est tout. Le sport m’intéresse en tant que tel, mais je n’avais pas vraiment de projet professionnel. Il s’est avéré que j’ai eu une occasion de remplacement en médecine du travail et j’ai ensuite poursuivi l’activité “santé travail”. Je ne travaille pas à temps complet, je suis à deux-tiers de temps pour pouvoir aussi me consacrer à ma famille parce que j’ai quatre enfants » (Entretien du 10 mai 2007).

Tableau I

Moment de la formation en médecine du sport(*)

Description de l'image par IA : Tableau avec pourcentages de différents moments de formation en médecine du sport pour les diplômés de l'Université de Lille 2 (1972-2002).
Effectifs* % En dernière année d’études de médecine 61 30,2 Juste après la dernière année 85 42,1 Longtemps après 51 25,2 Autres situations 5 2,5

Moment de la formation en médecine du sport(*)

(*) Diplômés de médecine du sport, Université de Lille 2 1972-2002 (n = 202)

9Il semble bien que, à partir du moment où l’orientation entre spécialité d’internat et médecine générale est jouée, des stratégies de spécialisation secondaire visant à compléter l’exercice de médecine générale viennent à se développer [8].

10L’exposé des motivations confirme, par ailleurs, l’idée d’un choix effectué bien plus par affinités personnelles avec l’objet que par construction d’une vocation professionnelle affirmée. Près de 65 % d’entre eux rappellent, en effet, parmi les raisons invoquées pour suivre la formation, leur propre pratique sportive (Tableau II), comme si ce rapport de proximité était suffisant en soi pour légitimer un choix d’orientation professionnelle.

Tableau II

Cinq exemples de motivations exposées pour s’engager dans la formation(*)

Description de l'image par IA : Tableau avec des motivations sportives et des détails personnels.
Motivations initiales Situation actuelle Sexe Âge Sports pratiqués Pratique sportive personnelle Médecin généraliste, installé. Moins de 25 % de clientèle sportive Masculin 38 ans Rugby Grand intérêt pour le sport, admiration des sportifs Médecin généraliste, installé. Moins de 25 % de clientèle sportive Masculin 32 ans Football, golfe, course à pied Sportif moi-même. Suivi de l’équipe à laquelle j’appartenais Médecin généraliste, installé. Moins de 25 % de clientèle sportive Masculin 45 ans Football, jogging, plongée Passion du sport et des sportifs Médecin généraliste, installé. Moins de 25 % de clientèle sportive Masculin 47 ans Volley, tennis, voile Passion Médecin généraliste, salarié. Moins de 25 % de clientèle sportive Masculin 42 ans Athlétisme, football

Cinq exemples de motivations exposées pour s’engager dans la formation(*)

(*) Réponse à la question ouverte : « Pour quelles raisons avez-vous choisi de suivre cette formation ? ». Près de 65 % invoquent une proximité avec le sport
Diplômés de médecine du sport, Université de Lille 2 1972-2002 (n = 202)
Sources : S. Fleuriel, L. Sallé, 2004

11Alors que d’autres choix d’orientations ou de spécialités médicales ne peuvent guère toujours s’expliquer par une implication personnelle explicite et supposent du même coup l’expression d’une véritable vocation professionnelle, le choix de la compétence médico-sportive permet d’éluder toutes les formes d’expression de stratégies de carrière et ne semble se justifier que dans une filiation affective à son objet. Comme cela a pu être montré pour d’autres corps professionnels impliqués dans l’univers sportif (Fleuriel, 2006), la passion pour le sport semble s’imposer comme une justification autosuffisante de toutes les formes d’engagement y compris médical. Ainsi, les médecins ne s’engagent-ils pas dans la formation pour se constituer une clientèle spécifique, se démarquer des confrères, mener une carrière hospitalo-universitaire, ou même prendre position dans l’espace des sports, ou plus trivialement encore par intérêt professionnel mais principalement par passion (Tableau II). Pratiquant ou ayant pratiqué eux-mêmes un sport (94,6 % de l’ensemble), pour moitié dans un cadre fédéral (48 % dont les trois-quarts à un niveau de compétition régional ou moins), pour l’autre en dehors de tout cadre institutionnel (47 %), les conceptions du sport sont conformes aux représentations en usage et en accord avec leur propre vécu sportif. En la circonstance, le sport est le plus souvent appréhendé dans sa vocation de pratique de loisir, de santé et d’éducation (71,3 %) par opposition aux pratiques de compétition (27,2 %) et reprend fréquemment les représentations communes autour de la locution latine « mens sana en corpore sano » ou de ses supposées fonctions sociales (Tableau III).

Tableau III

Six représentations typiques du sport(*)

Description de l'image par IA : Tableau avec descriptions de conceptions du sport, situations actuelles, sexe, âge, et sports pratiqués.
Conception du sport Situation actuelle Sexe Age Sports pratiqués Épanouissement, détente, anti-stress, bien-être, lutte contre les maladies cardiovasculaires, obésité, école de la vie pour les enfants Médecin généraliste, installé. Moins de 25 % de clientèle sportive M 39 ans Football Le sport est un excellent moyen de se connaître tant sur le plan physique que psychique. Il favorise les relations sociales, il est porteur de valeurs saines (quand bien enseigné), il contribue à prévenir nombre de problèmes de santé Médecin généraliste, salarié. Aucune part de clientèle sportive M 32 ans Rugby, tennis, football Mens sana en corpore sano Médecin généraliste, installé. Moins de 25 % de clientèle sportive M 49 ans Tennis, planche à voile, trial Sport : école de vie et de santé si côté compétition reste modéré et très encadré et si la sédentarité des Français peut aussi battue en brèche Médecin généraliste, installé, 25 % à 50 % de clientèle sportive M 39 ans Tennis Santé, détente, éducation à démarquer du sport spectacle (argent, dopage, blessures) Radiologue, salarié en clinique, 25 % à 50 % de clientèle sportive M 47 ans Rugby Le sport est une hygiène de vie, il semble plus important d’avoir l’ensemble des Français faisant un peu de sport plutôt que de se considérer comme une nation sportive parce qu’on a quelques médailles !! (et beaucoup de drogues) Anesthésiste réanimateur, salarié d’hôpital. F 50 ans Plongée, varappe, trecking, natation

Six représentations typiques du sport(*)

(*) Réponse à la question ouverte : « Plus généralement, que représente le sport pour vous ? Quel rôle doit y jouer la médecine du sport selon vous ? »
Plus de 71 % soulignent les fonctions éducatives et sociales du sport par opposition à l’exacerbation des valeurs purement compétitives
Diplômés de médecine du sport, Université de Lille 2 1972-2002 (n = 202)
Sources : S. Fleuriel, L. Sallé, 2004

12Par contraste, le spectre d’un sport fondamentalement sain mais contaminé par les enjeux excessifs de la compétition, c’est-à-dire par l’argent et le dopage, transparaît également régulièrement dans l’affirmation des conceptions. D’une manière générale, les médecins interrogés sont, de fait, animés d’une vision très angélique du sport (d’ailleurs assez proche de celle affirmée en préambule de la loi), qui lui prête toutes les vertus et pour lequel les difficultés proviennent bien de dérives et non d’éventuelles contradictions inhérentes à la compétition et à l’élitisme. Ce disant, il apparaît que ces praticiens ne sont pas spécifiquement préparés à appréhender les particularités du sport de haut niveau et les tensions problématiques et paradoxales que celui-ci entretient notamment avec la préparation physique et la santé [9].

13Le hiatus entre les aspirations initiales des médecins inscrits dans la formation par opportunité et la réalité des débouchés professionnels explique sans doute le degré relativement élevé (39,6 %) d’insatisfaction des candidats à l’égard des contenus pédagogiques proposés. Ceux-ci sont effet régulièrement perçus comme « trop théoriques », c’est-à-dire trop éloignés des préoccupations pratiques des médecins. « Insuffisante pour exercer sur le terrain », « pas assez de formation pratique, très théorique », « formation complète sur le plan théorique, peut-être faudrait-il plus de pratique », autant de points de vue qui résument les reproches les plus régulièrement formulés à l’encontre des contenus de formation.

Compétents, mais pour quelle pratique médicale ?

14Les données démographiques relatives à l’échantillon des titulaires de la compétence médico-sportive (Tableau IV) indiquent qu’une majorité d’entre eux est aujourd’hui généraliste, installée en milieu urbain, quand la minorité déclarée spécialiste exerce plus souvent en milieu hospitalier (et en clinique) ou dans les différentes structures de santé publique (Protection maternelle et infantile, Caisse d’allocations familiales, etc.). Dans tous les cas, il apparaît que la plupart de ces médecins font un usage relativement restreint de leur compétence médico-sportive puisque 70,3 % des généralistes et 64,2 % des spécialistes déclarent à moins de 25 % la part de leur clientèle spécifiquement sportive. Ces données sont corroborées par celles fournies par l’ordre des médecins du Nord (Encadré 1) qui indiquent que les médecins titulaires de la compétence médico-sportive se sont, soit orientés vers d’autres spécialités, soit installés comme généraliste et que, en définitive, seulement quelques-uns d’entre eux (autour d’une vingtaine sur 202) exercent durablement auprès d’une population effectivement sportive.

Tableau IV

Portrait des titulaires de la formation en médecine du sport

Description de l'image par IA : Tableau comparant les modes, situations et milieux d'exercice des médecins du sport, avec pourcentages et effectifs.
Effectifs % Mode d’exercice Généraliste 121 59,9 Spécialiste 81 40,1 Situation Installé à son compte 119 58,9 Salarié d’une structure 83 41,1 Milieu d’exercice Urbain 134 66,3 Périphérie urbaine 29 14,4 Rurale 34 16,8 Autres, non réponse 5 2,5

Portrait des titulaires de la formation en médecine du sport

Diplômés de médecine du sport, Université de Lille 2 1972-2002 (n = 202)
Sources : S. Fleuriel, L. Sallé, 2004

Encadré 1. Les médecins en exercice dans le Nord ayant une compétence médico-sportive

Médecins ayant la compétence en médecine appliquée aux sports
Deux cent trente-et-un sur 9 256 médecins inscrits dont :
  • 19 médecins retraités,
  • 19 médecins spécialistes installés : 1 pneumologue, 1 ophtalmologue, 1 anapath, 1 radiologue, 2 endocrinologues, 5 cardiologues, 1 dermatologue, 1 anesthésiste, 1 chirurgien orthopédique, 4 rééducateurs, 1 rhumatologue,
  • 2 médecins angéiologues,
  • 120 médecins généralistes installés (dont 3 ont un contrat avec un club sportif),
  • 71 autres : 24 médecins du travail, 15 hospitaliers, 6 médecins-conseil, 6 rééducateurs salariés, 16 divers salariés, 5 médecins n’exerçant pas.
Médecins ayant la capacité en médecine et biologie du sport
Trente-sept sur 9 256 médecins inscrits dont :
  • 1 médecin retraité,
  • 3 médecins spécialistes installés (1 rhumatologue, 1 cardiologue, 1 chirurgien urologique),
  • 26 médecins généralistes dont 1 a un contrat avec un centre médico-sportif,
  • 2 médecins remplaçants en médecine générale dont 1 exerce au Creps,
  • 1 médecin hospitalier,
  • 1 médecin du travail,
  • 1 médecin salarié,
  • 1 médecin inspecteur de Santé publique à la Direction départementale de la jeunesse et des sports,
  • 1 médecin n’exerçant pas,
(Sources : Conseil départemental de l’Ordre des médecins, 2002)

15Par ailleurs, l’enquête par questionnaires révèle, d’une part, que les médecins interrogés n’ont pour la plupart du temps (80,2 %) effectué aucun stage en relation avec le milieu sportif, d’autre part, que l’essentiel des actes à destination de la clientèle sportive se limite trois fois sur quatre (74,8 %) à établir des certificats médicaux de non contre-indication à la pratique, et près d’une fois sur deux (51,5 %) aux soins de traumatologie bénigne du sportif (tendinite, entorse, etc.). Enfin, les interventions auprès des clubs, des comités départementaux et régionaux, et des fédérations pour couvrir des compétitions ou systématiser une visite médicale de début de saison, demeurent assez rares (47,5 %) et sont réalisées plus de 7 fois sur 10 (73,8 %) dans un cadre purement bénévole à l’image de ce médecin pour qui « (la formation) permet d’effectuer à titre amical et gratuit les licences des footballeurs de mon village et dispenser quelques licences pour les travailleurs » (Médecin du travail, masculin, 38 ans, natation, footing).

16Faible part de clientèle sportive, absence de stage en milieu spécifique, cadre d’intervention peu formalisé autour d’une pratique professionnelle de référence, représentations hautement idéalisées du sport et de ses supposées fonctions sociales, choix de formation opportunément effectué sur la base d’un vécu sensible et personnel, composent de fait les principales caractéristiques des médecins titulaires de la compétence médico-sportive interrogés dans l’enquête. En se combinant les uns aux autres, ces traits permettent d’esquisser un paysage de praticiens excessivement varié où peuvent se rencontrer tout à la fois le médecin installé en milieu rural intervenant bénévolement dans le club de football local, le médecin attitré sous contrat d’un club professionnel, le médecin référent d’une ligue et payé à la vacation, le médecin inspecteur d’une direction régionale de la jeunesse et sport, le praticien de ville s’étant acquis une large clientèle de sportifs, etc. Ce panorama, hétérogène à l’envi, traduit au fond le faible degré de professionnalisation de la spécialité qui réunit sous un même vocable des situations en réalité très différentes. La loi sur le sport prévoyait, dans son décret d’application de 1987 mentionné plus haut, une division du travail médical propre à distinguer le contrôle médical préalable s’adressant à tous les compétiteurs, du suivi et de l’accompagnement de l’activité des sportifs de haut niveau. Paradoxalement, il semble que la formation, qui autorise en principe la participation au second registre d’activité (celui du suivi des athlètes de haut niveau), n’ait formé, dans une large part, que des médecins qui n’avaient guère besoin de la compétence pour ne délivrer en définitive que des certificats médicaux de non contre-indication sans chercher à investir le secteur de la haute performance comme le suggérait l’un d’entre-eux dans le questionnaire par cette remarque explicite : « Ne pas trop s’impliquer dans le suivi du sport de haut niveau, on s’y brûle ».

17Au-delà du paradoxe constaté, il reste que cette population de praticiens détient suffisamment de légitimité pour définir et promouvoir sa propre vision du sport relativement aseptisé de tous les enjeux qui le constituent pourtant. Alors qu’il y aurait tout lieu de prendre en compte la réalité des pratiques et des attentes sportives de compétition, ces praticiens continuent, tels des évangélistes, à célébrer un sport conçu à leur image, amateur, désintéressé et sans risque pour l’intégrité du pratiquant. Il n’est pas certain que cette situation invite les sportifs au discernement et au dialogue réflexif quant à leur propre pratique.

L’émergence de « véritables » praticiens de la médecine du sport

18« Cette formation ne débouche sur rien de concret à moins d’être ancien sportif de haut niveau ou d’avoir des relations dans les instances sportives » (Médecin généraliste, aucune part de clientèle sportive, masculin, 55 ans, tennis et course à pied). Cette réflexion traduit bien le réel décalage entre la formation et l’exercice effectif de la compétence [10] pour lequel le diplôme s’avère en soi insuffisant. De fait, sur l’ensemble de l’échantillon interrogé, seulement 24 médecins installés, estimant leur part de clientèle spécifiquement sportive supérieure à 25 % [11], déclarent aussi intervenir de manière contractualisée auprès des instances sportives (fédérales, régionales ou départementales). Parmi ceux-ci, 8 (33,4 %) affirment avoir pratiqué au niveau interrégional ou national (contre 18,4 % pour l’ensemble). Tout se passe donc comme si le capital sportif initial composait une ressource déterminante dans les possibilités d’exercer par la suite auprès d’une clientèle dont on connaît les attentes par effet d’homogamie. C’est notamment par le stage que les effets de réseaux et d’interconnaissance semblent durablement se concrétiser dans la mesure où 10 d’entre eux (41,7 % du groupe) disent avoir accompli un stage en relation avec le milieu sportif contre seulement 19,3 % pour l’ensemble de la population interrogée. Enfin, c’est parmi cette fraction de praticiens que se retrouvent le plus de médecins (12 soit 50 %) affirmant s’intéresser au sport de compétition plutôt qu’aux pratiques de loisir, proportion qui n’atteint guère que 27,2 % pour l’ensemble de la population observée.

19En somme, les médecins titulaires du diplôme et appelés à pratiquer effectivement leur compétence dans le domaine sportif se repèrent par la combinaison d’un ensemble de caractéristiques qui associe le capital sportif initial à une pratique de stage délibérément orientée, ainsi qu’à un intérêt explicitement porté vers la compétition. C’est au fond par une bonne connaissance et une grande maîtrise pratiques du fait sportif compétitif, de ses tensions et de ses spécificités que semblent se décanter les médecins disposés à s’engager plus intensivement dans le domaine. L’impératif de l’expérience pratique, qui n’est ni enseignée pendant la formation ni exigée comme prérequis pour y entrer, fonctionne comme un filtre invisible qui tend à refouler par contraste une définition de la médecine du sport trop distante du terrain et des préoccupations des sportifs. Comme le suggèrent les affirmations du médecin ci-dessous, la pratique médico-sportive se définit autant par opposition à ce qu’elle ne doit surtout pas être que par ce qu’elle doit être, c’est-à-dire une pratique de terrain par opposition au laboratoire, de professionnel par opposition au dilettante ou au bénévole, etc. : « La médecine du sport, ça s’apprend sur le terrain. Je ne fais pas de médecine de laboratoire, je suis… Enfin moi, j’essaie de vivre de ma profession. Je suis médecin du sport, je n’ai pas de tabou sur l’argent. Je m’entends très bien avec les sportifs, l’entraîneur, etc., mais je ne vais pas aller en rampant pour masser (une sportive de haut niveau), ou pour voir tel footeux. Ce que font beaucoup de médecins. Moi, ce n’est pas un hobby, c’est une profession (…) Tant qu’on n’aura pas compris ça, on sera des porteurs de glaçons. C’est tout. Donc, voilà, je suis à la fois au club de (discipline sportive), au cabinet, je travaille à la ligue de (discipline sportive) et à la fédé en honoraires. Pour le (autre discipline sportive), il n’y avait pas les conditions nécessaires pour travailler. C’est une salle en reconstruction, on était dans un taudis grosso modo, donc j’ai dit gardez vos deux milles ou trois milles euros, je ne suis pas médecin pour faire des ordonnances sur le capot. Il y en a d’autres qui ont accepté, tant mieux, je ne connais même pas le médecin, il est inconnu au bataillon. Tu sais un père de gamin, un kiné qui sort de l’école qui a envie de se faire les crocs, un peu d’ostéo pour s’exercer. Je ne peux pas cautionner ça. Si je reviens, je dégage tout le monde, je prends mon équipe, et on prend des professionnels » (Médecin du sport, sous contrat avec plusieurs institutions sportives, plus de 50 % de clientèle sportive, masculin, pratiquant sportif de niveau national ; entretien du 7 mai 2007).

20Si le capital sportif apparaît comme un élément déterminant de l’engagement réel vers un exercice médical dans le domaine sportif, filtrant les médecins qui disposent des ressources pratiques pour valoriser leur compétence sur le terrain, il n’en demeure pas moins, toute chose étant égale par ailleurs, que ces choix d’orientation se réalisent depuis le champ médical pour lequel la médecine du sport n’était pas reconnue comme une spécialité d’internat. En d’autres termes, on ne peut négliger le poids de la hiérarchie des formations médicales qui fait de la médecine générale une orientation par défaut et de la myriade de diplômes complémentaires une sorte de pis aller au regard des spécialités d’internat. Nécessité faisant vertu, se spécialiser dans le sport se pose fréquemment comme une orientation de second choix au cours de laquelle le capital sportif vient peser :

21« - Et pourquoi vous avez voulu faire (médecine du sport) ?

22- Qui moi ? Parce que c’est absolument logique. En terme d’image, j’ai toujours été très sportif, j’ai joué au rugby à un bon niveau, je n’ai pas été à leur niveau [d’aujourd’hui], moi, j’étais à un bon niveau en national mais c’est la suite logique. Moi, je suis médecin du sport, j’ai fait tout ça pour ça.

23- Et par rapport au projet de faire une médecine de spécialité ?

24- Alors… en fait, moi j’ai été étudiant en médecine. Enfin, les structures médicales sont faites de telle manière qu’il y a deux concours. Un concours d’entrée qui était très sélectif et qui va le devenir moins je crois parce qu’il ne va plus y avoir de médecins… Donc nous, quand on l’a passé, il était ultra sélectif puisque, dans ma fac, on était 700 à l’entrée et ils en prenaient 100. Un sur sept (…) Donc, on va tous selon notre volonté. Donc moi personnellement, je voulais faire plutôt de la chirurgie orthopédique parce que j’étais plus branché par ça, et puis j’ai travaillé pour passer le concours et puis je n’ai pas eu ça, donc il a fallu que je trouve autre chose.

25- Mais vous aviez déjà le projet de vous orienter vers…

26- Tout à fait. Après, je suis urgentiste à la base, j’ai fait les urgences médicales, moi je suis issu de ça. C’était mon truc, l’action, machin, d’ailleurs j’en fais toujours à l’Assistance publique. Et puis après le choix s’est présenté, quand on fait deux ans comme interne, et puis j’ai encore fait deux ans en médecin de ville mais en urgences, et après je me suis dit… il y a une prise de conscience, c’est de savoir qu’est-ce que t’aimes, moi je voulais du rugby à l’époque et tout, et plein pot là-dedans » (Médecin du sport employé par un club professionnel, ancien pratiquant de niveau national ; entretien du 11 février 2004).

27Cet effet de sélection effectué, d’abord par défaut, puis accessoirement surdéterminé par la détention d’un capital sportif, peut expliquer sans doute le faible degré de formalisation du corps médical autour de références professionnelles communes. Par ailleurs, suivant une formation générale qui ne décrit ni ne prépare les praticiens à la réalité du sport de haut niveau, ces derniers découvrent un environnement particulier spécifiquement orienté vers la production de performances. Relativement affaiblis dans le champ médical, les médecins doivent alors se soumettre, dans le même temps, aux multiples contraintes de l’ordre sportif.

L’exercice médical contraint par l’ordre sportif

28La formation en médecine du sport ne débouchant pas systématiquement sur une pratique médicale effective dans le domaine sportif, on a choisi désormais de centrer notre analyse sur les praticiens exerçant exclusivement dans le milieu sportif afin de dégager les contraintes spécifiques venant peser sur la profession.

29Trois caractéristiques générales organisent l’exercice de la médecine (Brunswic et Pierson, 1999). Selon la première, l’ensemble des connaissances et des compétences médicales du médecin est placé au service exclusif de la santé du patient. La deuxième repose sur le fait que rien, en principe, ne peut aller à l’encontre de l’intérêt de celui-ci. Et, enfin, la troisième impose le respect absolu du secret médical et du rapport de confiance établi avec lui. Or, différents travaux anglo-saxons (Bottomley, 1990 ; Roy et Irvin, 1983 ; Waddington, 2000) ou quelques exemples tirés de l’actualité sportive montrent que ces principes déontologiques ne sont pas toujours appliqués tels quels (ni dans la forme, ni dans le degré) en médecine du sport. En effet, l’intérêt d’une structure sportive employant un médecin semble a priori se situer plus souvent dans la gestion des maladies et des blessures des athlètes que dans la préservation de leur capital santé. Dans ce cadre, pour appréhender le positionnement des praticiens exerçant dans le haut niveau, il s’agit de resserrer la focale sur les conditions particulières d’exercice de leur activité dans le milieu sportif et d’en identifier les principaux traits [12]. Plus précisément, ces derniers sont généralement confrontés à deux types de contraintes lorsqu’ils exercent auprès de l’élite sportive : certaines liées aux conditions et à la réalité de la pratique « médico-sportive » sur le terrain et d’autres, plus institutionnelles, engendrées par l’absence de définition claire de la discipline.

Quelle réalité de la pratique médico-sportive ?

30Si de nombreuses contraintes pèsent sur les médecins exerçant auprès des athlètes de haut niveau, deux situations spécifiques semblent poser particulièrement problème.

31La première, la plus courante, repose sur la confusion existant, d’une part, entre les différentes missions confiées au médecin du sport et, d’autre part, entre les structures dans lesquelles il intervient. Ce dernier est d’abord souvent, à la fois, médecin personnel, médecin de prévention, médecin prescripteur, médecin de soin, médecin de suivi, médecin généraliste, médecin spécialiste et parfois pharmacien (Escande, 2003 ; Laure et Kiebitzch-Lejeune, 2000 ; Laure et al., 2003). Cette confusion des fonctions, occasionnée par une proximité entretenue avec l’athlète, peut, dans certains cas, complexifier l’exercice médical. En effet, une contiguïté prolongée avec un sportif de haut niveau biaise le rapport objectif médecin-patient et risque, parfois, de se transformer en collusions pour organiser des pratiques frauduleuses comme la prise de produits dopants. Comme l’explique ce médecin, « cette promiscuité est problématique (et certains médecins) se prennent au jeu (du dopage) parce qu’ils adorent le sport, parce qu’ils étaient eux-mêmes pratiquants ou par l’ambiance qui peut régner dans la famille sportive » (Médecin du sport ; entretien du 12 juin 2002). Dans le prolongement de cette idée, une autre difficulté repose sur la confusion des structures. Le monde du sport est organisé de telle façon qu’un même médecin peut intervenir régulièrement à différents niveaux (club, comité, ligue, fédération). Ainsi, par exemple, l’ancien médecin de l’équipe de France de football (le Dr Ferret) était également médecin du club de l’Olympique lyonnais, ou celui de la Fédération française de cyclisme (le Dr Nédélec) intervenait, parallèlement, auprès d’une équipe cycliste professionnelle. Dès lors, le fait qu’un médecin occupe des fonctions diverses au sein d’un même organigramme peut compromettre son intégrité professionnelle et, à terme, encourager les infractions des sportifs les moins scrupuleux [13].

32Par ailleurs, le second (mais principal) problème évoqué est celui de l’autonomie du médecin qui évolue au sein d’un milieu structuré autour de la production de performances. Plus précisément, c’est son indépendance, vis-à-vis des entraîneurs et des dirigeants, dans les décisions médicales et leur application qui est en jeu (Waddington et al., 1999). De plus en plus concurrencés par des physiologistes de l’effort ou des préparateurs physiques et se trouvant, pour la plupart, en situation précaire (souvent bénévoles, au mieux contractuels ou parfois sans contrat), les praticiens ont, en effet, parfois du mal à résister à la pression exercée par l’encadrement technique et administratif des structures sportives. Pour celui-ci, l’enjeu est d’obtenir les meilleurs résultats possibles le plus longtemps possible. Dans ces conditions, il n’est pas rare de constater que certains responsables imposent des objectifs à l’équipe médicale ou ne tiennent pas compte des conseils qu’elle promulgue. « On décrit les problèmes, les pathologies, après c’est l’entraîneur qui décide de le faire jouer ou pas », nous précise cet ancien médecin d’une équipe professionnelle de football. « On lui dit s’il existe un risque, on lui conseille de le réintégrer à l’équipe ou pas (…) Mais quelquefois l’entraîneur passait outre ce qu’on disait » (Médecin d’une équipe de football professionnelle pendant 28 ans ; entretien réalisé le 28 juin 2007). Les pressions s’exerçant sur le praticien sont alors nombreuses. Elles proviennent de l’encadrement, dont les membres réclament un effectif opérationnel et compétitif tout au long de l’année — « Je me souviens d’une époque où ce sont les entraîneurs qui décidaient de la fin des plâtres » nous confie cet autre médecin en guise d’illustration (Médecin, ancien président de la Société française de médecine du sport (SFMS), entretien du 24 mai 2002) — et souvent des athlètes eux-mêmes, conscients de devoir être performants tout au long de la saison. Plus généralement, les enjeux financiers associés aux compétitions sportives sont présentés comme autant de circonstances compliquant la tâche du médecin dans ses décisions. Les carrières d’athlètes de haut niveau sont si courtes et les retombées économiques si importantes, « qu’il n’est pas facile pour le médecin de décider l’arrêt momentané de la pratique et de demander au sportif de ne plus participer aux compétitions » (Entretien réalisé le 5 juin 2002 avec un membre de l’Agence française de lutte contre le dopage – AFLD). Dans tous les cas, si toutes les situations sont envisageables et si les rapports entretenus entre les équipes technique et médicale varient entre une autonomie confortable pour le médecin (et le respect de ses décisions) et une absence totale d’indépendance lorsque l’entraîneur est mêlé au management des blessures, leur mission première est toujours de rétablir le plus rapidement possible, et au mieux de leurs possibilités, les sportifs blessés ou malades.

33Au bout du compte, pour les praticiens du sport, le problème est donc double. D’une part, ils doivent gérer des intérêts contradictoires entre la préservation de la santé de leurs patients sportifs et ceux de leur environnement proche (entraîneurs, managers, dirigeants, agents, etc.). D’autre part, ils doivent tenter d’appliquer leurs principes professionnels dans le milieu sportif, en particulier le respect de la confidentialité des informations sur l’état de santé de leurs patients. Dans tous les cas, ajoute l’un d’entre eux, « c’est pas facile de travailler avec des gens comme ça ! (…) C’est une pression permanente » (Entretien du 28 juin 2007).

La médecine du sport : une activité non définie

34Lorsqu’on interroge les médecins confrontés régulièrement à la réalité sportive, une revendication commune apparaît rapidement : l’éclaircissement du rôle qui leur est conféré. En effet, l’exercice médico-sportif n’est pas, en France, une spécialité médicale institutionnellement reconnue, ni par l’Ordre des médecins, ni par le système universitaire. Le champ d’action des praticiens, leurs responsabilités et leurs devoirs envers les sportifs ne sont pas plus précisés par les pouvoirs publics que par les instances ordinales et les autorités sportives. Ce que dénonce d’ailleurs avec virulence un représentant du Syndicat national des médecins du sport lorsqu’il annonce que « dans les règlements sportifs, rien n’oblige un dirigeant à employer un médecin avec un contrat » (Entretien du 11 juillet 2002). Nous faisant partager sa connaissance du terrain, il précise qu’il n’a « même jamais vu un texte qui oblige un dirigeant à embaucher un médecin disposant d’une formation spécialisée en médecine du sport ». En l’absence d’un cadre précis fixant les modalités d’exercice de la médecine dans ce milieu particulier, on peut donc dire que la médecine du sport est plurielle, variant selon les lieux, les structures et les pratiques de chacun. Dans la mesure où les modalités d’exercice médical dans ce milieu particulier ne sont pas précisément fixées, les conceptions de la profession divergent ainsi selon les expériences, les conditions rencontrées sur le terrain ou encore la liberté d’application des principes déontologiques (Lehenaff, 2001). Certains praticiens relèvent ainsi une certaine ambivalence en distinguant des médecins « privilégiant l’amélioration ou l’assistance à la performance » et d’autres qu’ils appellent « les vrais médecins du sport (qui privilégient) la protection de la santé des sportifs » (Médecin du sport, ancien directeur du bureau médical du ministère de la Jeunesse et des sports ; entretien du 12 juin 2002).

35Dans cette situation peu ou mal cadrée, on retrouve alors deux tendances autour desquelles s’articule et s’organise la pratique médicale dans le sport de haut niveau. Dans le premier cas, le médecin intervient auprès de l’athlète dans une perspective de soins : il soigne ponctuellement les blessures et rétablit le sportif dans les délais les plus brefs possibles. Selon la seconde option, il n’intervient pas directement sur la santé de son patient mais répond à sa demande en l’accompagnant dans sa démarche de performance. L’idée est alors d’aider le sportif à la décision en lui fournissant les informations et les compétences suffisantes pour qu’il se responsabilise et fasse ses propres choix. Si, dans la pratique, les deux formes d’intervention se croisent et s’entremêlent, la tendance se dégageant des débats actuels entre professionnels semble être la seconde (le rôle du médecin est « de préserver la santé du sportif », rappelle E. Jousselin, chef du département médical de l’INSEP, propos repris par Lehenaff, 2001). Se pose alors la question de l’importance et de la limite de ses fonctions thérapeutiques. Autrement dit, si la première mission des médecins repose sur la gestion et la promotion de la « bonne santé » des sportifs, ainsi que la prévention de ce qui y contrevient, jusqu’où peuvent-ils aller dans la prescription de soins en cas de blessures ? Question dont la réponse révèle, de fait, de grandes disparités au sein de la corporation et peut déboucher, parfois, sur des pratiques médicales douteuses.

36Dans la mesure où « le rôle de médecin du sport est (…) relativement flou » et que ne sont pas encore définies « les références imposables à tous les médecins fixant la conduite à tenir devant telle ou telle situation médico-sportive », ces derniers sont souvent leurs propres juges et les seuls à apprécier jusqu’où leur rôle est « d’aider à supporter la douleur ou le traumatisme pour que l’individu puisse continuer son activité » résume encore le médecin de l’INSEP. Dès lors, le degré et les conditions de leur participation à la performance des sportifs sont variables. Si les plus nombreux d’entre eux ne sont pas des médecins de la performance mais des médecins d’accompagnement, chargés d’aider les athlètes à gérer leur santé et d’intervenir auprès de l’entraîneur pour modifier ou cesser l’entraînement, pour d’autres, il semble exister une « exception médico-sportive ». Pour ceux-ci, en suivant un sportif de haut niveau dans la production de performances, le médecin participe à une activité spécifique dont il doit nécessairement tenir compte dans les choix qu’il fait et les décisions qu’il prend. Ce qui pourrait apparaître comme une compromission sur le plan de l’éthique médicale est alors toléré dans le champ du sport : « lorsqu’ils évoluent dans le milieu sportif, (certains praticiens) perdent leurs réflexes de médecin et oublient ce qu’ils ont appris à la faculté de médecine » (Médecin du sport, responsable d’une antenne régionale de lutte contre le dopage et membre de l’Union nationale des médecins fédéraux – UNMF ; entretien du 3 décembre 2002). À ce sujet, il est fréquent de constater que des médecins cautionnent certaines pratiques médico-sportives (comme faire des perfusions de réhydratation ou de récupération, procéder à des infiltrations avant une compétition importante…) alors qu’ils les interdisent dans d’autres domaines sociaux ou professionnels. Dès lors, la question que posent de nombreux praticiens est la suivante : jusqu’où l’insertion professionnelle d’un médecin influe sur son jugement et peut modifier son comportement ? Dans tous les cas, les exigences de la pratique sportive de haut niveau, combinées à la singularité de l’environnement qui l’organise confrontent ces derniers à des situations et des prises de décisions délicates. « Parfois on prend des risques, nous avoue l’un d’eux, et j’ai eu (au cours de ma carrière) de sérieux cas de conscience » (Ancien médecin d’un club professionnel de football ; entretien du 28 juin 2007).

37Dans cette perspective, toute réflexion portant sur la question du sport pratiqué à haut niveau doit, selon les acteurs médicaux interrogés, engendrer une réflexion plus globale sur le rôle du médecin intervenant dans le monde sportif. La reconnaissance de son statut, associée à la définition des missions qui lui sont conférées, permettrait aux professionnels de la santé d’intervenir plus efficacement dans la régulation des excès liés au sport d’élite. La plupart d’entre eux avance alors que des réponses aux problèmes sanitaires liés à la pratique intensive (blessures, dopage, etc.) pourront être apportées quand le statut du médecin du sport sera défini. Aussi, relevant que désormais « deux français sur trois sont des pratiquants, donc des clients potentiels de la médecine du sport et (qu’ils ne sont) reconnus ni sur le plan universitaire, ni sur le plan des grandes structures de santé » (propos de CY Guezennec repris par Lehenaff, 2001 : 31), ils annoncent clairement que la reconnaissance institutionnelle de leur profession constitue un enjeu majeur.

Conclusion

38Depuis l’entrée en formation de médecine du sport jusqu’à son exercice effectif en qualité de praticien, les filtres sont nombreux pour désigner et définir les cadres de sa mise en œuvre. Aussi bien mus par vocation professionnelle que par orientation par défaut, mobilisant indirectement l’expérience et le capital sportifs, prescripteurs de l’ordre sportif autant que contraints par celui-ci, ceux qu’on désigne ordinairement comme « médecins du sport » montrent un profil plus que complexe. Cette complexité doit, pour une large part, au très faible degré de formalisation des filtres qui interviennent pour définir la profession. D’une part, la formation ne tient pas pleinement son rôle en se coupant des problématiques propres à la performance. Ce constat interroge alors la pertinence d’une formation dont l’usage n’entre pas pleinement en adéquation avec la pratique professionnelle. Proposée en dernière instance comme une touche de spécialité à la suite d’une formation générale, elle ne permet pas d’appréhender les particularités des pratiques sportives intensives. D’autre part, le cadre référentiel de la pratique demeure minimal en admettant régulièrement les injonctions de l’ordre sportif sans pouvoir y opposer rien d’autre que l’éthique personnelle du praticien. Un tel paysage, dans lequel les aspirations du monde sportif sont en définitive plus structurantes que les déterminations du champ médical, ouvre de fait à toutes les pratiques comme à toutes les définitions : en matière d’exercice médico-sportif, tout est possible, le meilleur comme le pire. Confirmant la faiblesse de sa position dans les champs sportif et médical, la réalité de la médecine du sport se caractérise donc, pêle-mêle, par des effectifs réduits, par l’absence de reconnaissance institutionnelle et professionnelle de cette spécialité, par un cadre légal ne faisant plus appel exclusivement aux praticiens diplômés pour s’occuper des sportifs, par l’inadéquation des contenus de formation au regard des connaissances requises sur le terrain ou, encore, par des conditions de travail souvent précaires, difficiles et, surtout, mettant parfois à mal les principes fondateurs de la médecine. Tous ces traits cumulés expliquent, au bout du compte, la très faible part de médecins titulaires de la compétence appelés à exercer effectivement dans le milieu sportif et montrent même, plus généralement, que « l’entité corporative des médecins du sport meurt » (Barrault, 2007 : 105). Dans cette perspective, comme l’indique le titre d’une publication récente, un des enjeux à venir de cette corporation n’est-il pas de passer de la médecine du sport à une « médecine de l’homme en mouvement » (Périé et al., 2006), destinée à l’ensemble des pratiquants et non plus seulement aux sportifs de compétition ?

39Par ailleurs, au-delà des éléments de distinction qui font de cette activité professionnelle une pratique particulièrement éclatée, l’enquête permet également d’appréhender les ressorts sociologiques qui structurent les choix et fondent l’engouement pour les formations médico-sportives. Une caractéristique commune semble alors traverser les motivations et les justifications de tous les membres qui l’exercent ou s’y sont formés : le rapport affectif, voire la passion, qu’ils vouent au sport. En effet, une grande majorité des médecins s’est tournée vers ce type de formation principalement motivée par un penchant personnel pour le sport et le fait d’être soi-même un pratiquant assidu. Il semble aussi que cette proximité émotionnelle compense les nombreux désagréments liés aux particularités de l’exercice médical dans le monde sportif. Un investissement coûteux en temps et en énergie alors que faiblement rémunéré, une concurrence « déloyale » des physiologistes de l’effort, l’absence de dispositions fédérales pour garantir les conditions de travail minimales ou, encore, les enjeux financiers associés aux compétitions sportives sont ainsi présentés par les médecins comme autant de circonstances compliquant la tâche du praticien dans ses décisions… et pouvant expliquer, parfois, certaines pratiques médicales délictueuses. Or, au-delà des caractéristiques avérées de ce milieu singulier et au regard des premiers résultats de notre enquête, ne pourrait-on pas également interroger le rôle de cette dimension affective dans l’organisation du dopage dans le sport de haut niveau ?

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Mots-clés éditeurs : formation, médecine, sport

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Date de mise en ligne : 15/11/2012

https://doi.org/10.1684/sss.2009.0105