Nourrir les abeilles : demain, l’api-foresterie ?
- Par Yves Darricau
Pages 50 à 51
Citer cet article
- DARRICAU, Yves,
- Darricau, Yves.
- Darricau, Y.
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- Darricau, Y.
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- DARRICAU, Yves,
L’un des problèmes que rencontrent les abeilles mellifères, aujourd’hui en France, est celui des disettes estivales. Pourrait-on importer des arbres d’Extrême-Orient, à floraison plus tardive, pour nourrir nos butineuses ? Un appel aux chercheurs de l’Inra !
1 Pourquoi ai-je écrit, en 2018, le livre « Planter pour les abeilles. L’api-foresterie de demain » ? Pour sensibiliser le public au problème de l’alimentation des abeilles qui sont soumises à rude épreuve en cette période de réchauffement climatique et d’agriculture plutôt agressive en de nombreux terroirs. J’y propose de planter cinquante plantes stratégiques, de nouvelles venues, botaniques ou horticoles, ou des usuelles oubliées, pour aider ces hyménoptères…
2 CHAUD DEVANT ! Résumons… En raccourcissant les cycles floraux, le réchauffement climatique peut allonger les périodes de disette, s’étalant entre la fin de floraison des tilleuls et châtaigniers, et le début de celle du lierre (qui, lui, fleurira encore à date quasi fixe, sa floraison étant dépendante du photopériodisme). De plus, les hivers doux provoquent des sorties prématurées des abeilles qui doivent consommer du miel alors que leurs balades restent vaines, faute de fleurs… Enfin, le nettoyage des délaissés agricoles et autres espaces autrefois conservés à l’état « sauvage » diminue la diversité alimentaire globale. Désormais, trop souvent, la flore agricole (colza, maïs) domine la diète alimentaire. Et qui dit faible diversité dit basse qualité nutritionnelle alors que ces insectes ont besoin d’une offre diversifiée en nectar et surtout en pollen frais, idéalement toute l’année.
3 Alors, bien sûr, disette et malbouffe n’expliquent pas tout mais, on le comprend, des abeilles mal nourries en fin d’été sont facilement infestées de parasites et surtout fragilisées pour affronter les pollutions agrochimiques.
4 La flore française et sa diversité offrent une réponse incomplète face au réchauffement qui va plutôt vite : nombre d’apiculteurs considèrent qu’il faut, dès maintenant, compléter notre flore par des arbres et arbustes à floraison tardive, estivale, automnale, voire hivernale. Ils seraient intéressants pour les pollinisateurs en général et d’autres insectes comme les papillons.
5 LUNE DE MIEL AVEC LA CHINE ? Nous pensons en priorité à certains arbres chinois, confinés dans nos parcs et arboretums, dont la grande diversité et les qualités apicoles ne sont pas suffisamment connues. Il faudra ensuite que l’offre des pépinières soit en mesure de fournir des cultivars de ces arbres, à floraisons étagées. Au moins quatre de ces espèces paraissent stratégiques pour nos abeilles :
- le Koelreuteria ou Savonnier (K. paniculata, estival, et le très tardif K. bipinnata). Ces deux arbres ont des floraisons qui iraient de fin juin à octobre ;
- le Sophora japonica, déjà bien présent dans nos villes, dont les fleurs sont très appréciées des abeilles de juillet à août. Il pourrait devenir l’acacia du XXIe siècle !
- l’arbre à miel, le Tetradium, un champion mellifère, tardif, dont les populations s’étendent en Chine, du nord-est au centre-ouest. Cette diversité des floraisons et des tailles d’inflorescence, déjà bien visible dans certaines de nos rues, peut assurer une gamme de cultivars à caractéristiques et phénologies très diverses ;
- enfin le Castanea seguinii, remarquable châtaignier arbustif qui présente la caractéristique de fleurir quasi continûment, de juin jusqu’au froid, et de délivrer ainsi du pollen avec constance.
6 HAPPY FORESTERIE. La taille des territoires chinois (et coréens) sur lesquels ces arbres vivent et se sont diversifiés est telle que de nombreux cultivars y existent : les connaître, les répertorier et les récupérer serait déjà un apport précieux. Par ailleurs, la recherche chinoise a fait des efforts remarquables de synthèse des connaissances sur les variétés d’arbres mellifères et la qualité des pollens, puis sur la sélection de cultivars. L’effet des pollutions diverses et du réchauffement sur les arbres est également un sujet de préoccupation en Asie.
7 Sous nos latitudes, ces quatre espèces d’arbres sont arrivées chez nous au XIXe siècle par de petits lots de graines, ce qui ne nous donne qu’une petite idée de la diversité disponible.
8 Les sélections existantes sont essentiellement américaines, liées à l’emploi de ces arbres en ville (comme les Sophorae et les Koelreuteriae). Aux États-Unis, les fruits de Castanea seguinii sont utilisés pour nourrir la grouse (une sorte de tétras). Développons des sélections sur les apports en nectar et pollen, les dates de floraison, comme les Hongrois l’ont fait pour le robinier faux acacia. Autant d’évolutions appréciables pour la biodiversité et la faune.
9 LE NECTAR DE LA SCIENCE. Au-delà de la récolte de graines dans divers contextes chinois pour élargir les calendriers de floraison et les caractéristiques esthétiques de ces arbres, un travail est à mener avec les scientifiques locaux pour étudier la croissance, les caractéristiques comme la production de nectar et de pollen de ces arbres et pour sélectionner ceux qui correspondent à nos besoins. On a bien sélectionné les fruitiers sur les fruits, et aussi des tilleuls sur leurs fleurs (comme à Benivay, dans la Drôme). L’apiculture à venir mériterait bien une sélection des arbres sur le nectar et le pollen et la création de « cépages » mellifères et nectarifères !
10 Recueil en Chine, multiplication en arboretums et pépinières… On pourrait rapidement ouvrir des plantations utiles dans le contexte du réchauffement climatique et promouvoir une api-foresterie. Imaginez des bosquets aménagés pour les abeilles, comme des îlots de mellifères tardifs qui, dans les terres délaissées, assureraient une alimentation plus diversifiée, pour une période plus longue, un travail paysager renforçant la biodiversité utile et esthétique, car ces arbres chinois sont de beaux arbres, et ils ne se sont pas montrés invasifs depuis leur acclimatation (les Sophorae et Koelreuteriae sont arrivés ici et sont observés depuis 1750, ce qui assure un certain recul).
11 Les espèces possiblement invasives, du fait de leurs caractéristiques de reproduction, le Buddleia davidii ou l’ailanthe (Ailanthus altissima) par exemple, sont bien sûr à écarter.
12 Pour les arbres d’intérêt, il existe bien des offres rares et ponctuelles en pépinières horticoles, mais la qualité n’est pas là, excepté le très intéressant Castanea seguinii, commercialisé seulement aux États-Unis… et pourtant demandé par des pépiniéristes et des apiculteurs ici. Créons les variétés adaptées à nos besoins à partir des souches chinoises !
13 Voilà au moins des hypothèses de travail pour de potentiels acteurs. Il ne s’agit pas, avec ces arbres venus d’Asie, de modifier notre flore, mais de la compléter. Nous voulions dire en somme : « Innovons ». Ce qui donnerait, en forme de proverbe chinois : « Pour que tes abeilles soient heureuses et dansent toute l’année, plante des arbres à fleurs d’été et adopte un lierre ! »
14 要想你的蜜蜂幸福欢舞,
15 种上夏季开花的树和常春藤
Date de mise en ligne : 01/09/2022