La constitution paradoxale d’un groupe professionnel
- Par Géraldine Bloy
Pages 21 à 40
Citer ce chapitre
- BLOY, Géraldine,
- BLOY, Géraldine
- et SCHWEYER, François-Xavier,
- Bloy, Géraldine.
- Bloy, G.
- G. Bloy
- et F. Schweyer
https://doi.org/10.3917/ehesp.bloy.2010.01.0021
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- Bloy, G.
- G. Bloy
- et F. Schweyer
- Bloy, Géraldine.
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- BLOY, Géraldine
- et SCHWEYER, François-Xavier,
https://doi.org/10.3917/ehesp.bloy.2010.01.0021
Notes
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[1]
Certains auteurs ont avancé la thèse d’une forme de filiation illégitime entre officiers de santé et médecins généralistes (Jaisson, 2002 ; Tabuteau, 2009). L’homologie fonctionne au prix d’une sorte de court-circuit historique car elle revient à ne faire aucun cas du mouvement d’uniformisation du corps médical intervenu à la fin du XIX e siècle, aux effets politiques pourtant considérables pour la profession : unité et omnivalence du titre, du lieu de formation (la faculté), avec le concours de l’État qui a consacré en 1892 le monopole d’exercice de la médecine et reconnu à tous les médecins le droit de s’installer sur tout le territoire. La mémoire de l’officier de santé tient plus à la prégnance dans nos représentations de quelques figures littéraires marquantes, héritées de Balzac ou Flaubert, qu’à une filiation institutionnelle objective ou à une transmission sérieuse de cette histoire dans la formation des médecins actuels. Les auteurs ont d’ailleurs recours à l’image du « spectre » ou du « fantôme », mais aucune exploration des formes de la connaissance historique que peuvent avoir les médecins généralistes d’aujourd’hui des officiers de santé du XIX e siècle ne vient appuyer ce qui est présenté comme le « traumatisme » du souvenir de Charles Bovary.
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[2]
Le lecteur peut se référer au chapitre 22 pour un aperçu des unités sanitaires de base ou centres de santé imaginés à la fin des années soixante-dix (et encore défendus par une frange de la profession). L’avenir dira si le regroupement des professionnels en maisons médicales est promis à plus de succès : l’idée est assurément en vogue mais les réalisations restent délicates (IGAS, 2004 ; ONDPS, 2008). Observons que la loi du 8 février 2008 posant les bases d’une filière universitaire de médecine générale a suivi les préconisations de l’IGAENR-IGAS (2007) qui n’avait identifié aucune alternative satisfaisante pour l’exercice de l’activité de soins des chefs de clinique ou des futurs professeurs et maîtres de conférences titulaires de médecine générale. Elle a pris acte de cet état de fait en créant des statuts originaux pour permettre que la part soins de ces nouveaux fonctionnaires s’effectue en cabinet libéral.
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[3]
F.-X. Schweyer examine le rapport des dernières générations diplômées à l’installation dans la dernière partie de l’ouvrage (cf. chap. 21).
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[4]
Le secret professionnel remonte pour la France au code pénal de 1810, mais ses origines font l’objet d’un véritable mythe selon lequel il s’agirait d’un principe protecteur des personnes, anhistorique et à vocation universelle, conçu par les médecins eux-mêmes il y a plus de deux millénaires (Thouvenin, 2004 ; Nye, 2006).
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[5]
F. Steudler a développé une critique vigoureuse de la confusion ainsi opérée entre des principes éthiques fondamentaux relatifs à la relation médecin/malade et une prise de position politique sur le mode d’exercice et de rémunération des médecins (Steudler, 1977).
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[6]
Il est à cet égard remarquable que le modèle de la relation à une clientèle privée bien connue du praticien (« mon patient ») reste celui que mobilisent des praticiens hospitalo-universitaires réputés lorsqu’ils évoquent à l’intention du grand public la relation à leurs patients. La forte division du travail, les protocoles qui régissent les prises en charge, les plateaux techniques sur lesquels s’appuie le fonctionnement des services hospitaliers s’effacent pour une mise en scène d’une rencontre singulière de personne à personne. La qualité du soin se voit ainsi référée aux propriétés personnelles de personnages charismatiques plus qu’à une performance organisationnelle.
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[7]
Ce point n’est pas propre à la profession médicale, la sociologie des professions a montré la contribution essentielle de l’État à l’organisation, la légitimation et la hiérarchisation des groupes professionnels, notamment en France (Dubar et Tripier, 1998).
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[8]
C’est ce que montre l’analyse de P.-L. Bras (2006) sur la conversion des syndicats opposants à la réforme du médecin référent à celle du médecin traitant. Retraçant en détail les prises de position et les argumentaires mobilisés pour les justifier, l’auteur déconstruit les usages opportunistes de la référence à la liberté de choix du patient… Où l’on voit comment l’idéologie sait le céder au pragmatisme en fonction des alliances tactiques, des intérêts économiques en jeu et des circonstances.
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[9]
Voir sur tous ces points l’analyse précise de P. Hassenteufel au chapitre 22.
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[10]
Des cours complémentaires d’enseignement spécialisé ont toutefois été mis en place à partir des années 1860. G. Weisz et P. Pinell relatent l’ambivalence de l’élite médicale à leur égard. Les milieux académiques « tout en continuant à ériger en idéal l’approche généraliste », et en moquant même les spécialistes, semblent se résoudre à envisager « la spécialisation comme un fait d’évolution inévitable, une conséquence inéluctable de la loi du progrès » (Pinell, 2005, p. 19).
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[11]
« Dans un premier temps les professeurs titulaires de chaires de spécialité continuent d’adhérer (au moins dans leur discours) à un système de valeur (sic) où les spécialistes constituent encore une catégorie dépréciée de médecins » (Pinell, 2005, p. 35). Lors des éloges funèbres des titulaires de ces chaires, il était alors de bon ton de vanter la permanence du généraliste chez le médecin disparu, et le mépris des spécialistes qu’il avait affiché tout au long de sa carrière.
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[12]
Dans les groupes de travail constitués dans les ministères en vue de la réforme des études médicales, un consensus se dégage à cette date autour de la norme d’un médecin spécialiste pour deux médecins généralistes (Déplaude, 2007).
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[13]
Les considérations sur le peu de choses que sauraient les spécialistes sont presque une figure obligée dans les assemblées de généralistes…
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[14]
Comme dans de nombreux secteurs de la vie sociale en France, la génération qui occupe aujourd’hui la plupart des positions en vue du monde de la médecine générale a vécu sa socialisation politique dans ce creuset des années soixante-dix.
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[15]
F.-X. Schweyer en propose une première lecture dans le chapitre 21.
Les premiers sociologues qui ont appréhendé en France les médecins généralistes, I. Baszanger, M. Bungener ou M. Arliaud, ont formulé la thèse centrale selon laquelle ces praticiens constituent un groupe par défaut, un « peuple vague » doté d’une identité collective « en creux ». Leurs analyses ont pointé un défaut de construction historique, une socialisation professionnelle insuffisante pour ceux qui s’engageaient dans cette voie, un déficit de reconnaissance matérielle et symbolique par rapport aux spécialistes. Marginalisés par l’institution, assignés en quelque sorte à vivre « l’expérience de l’illégitimité » (Arliaud, 1987), les généralistes paraissaient ainsi condamnés à développer d’eux-mêmes une « représentation professionnelle par défaut » (Bungener et Baszanger, 2002).
Cet « excès de défaut » n’est pas toute l’histoire des médecins généralistes. L’invention ou la découverte d’une identité professionnelle de généraliste peut s’opérer pour partie en marge des institutions officielles (Bloy, 2008), ces médecins ayant une part active dans la construction de l’objet de leur travail (Baszanger, 1983). Au fil de l’ouvrage, plusieurs chapitres nuancent donc utilement cette vision, soit en enquêtant de manière rapprochée sur la façon dont les généralistes stabilisent un mode d’exercice et une pratique quotidienne, soit en examinant les transformations institutionnelles indéniables qu’a connues ces derniers temps la médecine générale. Les développements récents les plus marquants de ce point de vue (l’émergence d’un syndicalisme spécifique, l’entrée des généralistes à l’université, la transformation des modalités d’orientation des étudiants vers la médecine générale) font l’objet d’analyses spécifiques dans la dernière partie du livre et ne seront donc que mentionnés ici…
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