J’ai fait un modèle…
- Par Philippe Gascuel
Pages 265 à 277
Citer ce chapitre
- GASCUEL, Philippe,
- SÈVE, Lucien
- et GUESPIN-MICHEL, Janine,
- Gascuel, Philippe.
- Gascuel, P.
- L. Sève
- et J. Guespin-Michel
https://doi.org/10.3917/oj.seve.2005.01.0265
Citer ce chapitre
- Gascuel, P.
- L. Sève
- et J. Guespin-Michel
- Gascuel, Philippe.
- GASCUEL, Philippe,
- SÈVE, Lucien
- et GUESPIN-MICHEL, Janine,
https://doi.org/10.3917/oj.seve.2005.01.0265
Notes
-
[1]
Des lois résultent du fonctionnement : elles se manifestent plus tard que les lois initiales. Elles « s’établissent » progressivement, et passent ainsi du statut d’output au statut d’output-input : une boucle de rétroaction se met en place, et fonctionne comme telle, bien qu’elle n’ait pas été directement programmée comme telle.
Les « qualités » des structures, par définition, augmentent ou diminuent l’effet de la loi résultante (la boucle de rétroaction est plus ou moins « efficace »). Chaque structure est caractérisée par des « qualités » qui modulent l’efficacité des entrées de matière et d’énergie. Outre les deux « qualités acquises par le fonctionnement » que sont « grande » et « durable », et qui ont un effet positif dans la boucle de rétroaction, on peut distinguer trois autres qualités qui ont des effets positifs ou négatifs sur cette même boucle ; « plate-horizontale » ou non, « alternée horizontalement » ou non, « haute » ou « basse ». Ces qualités sont liées à la direction du flux d’énergie (de haut en bas). Les « qualités » de ce deuxième type apparaissent de façon non programmée, non prévisible (quoique déterministe), par suite de « hasards complexes ».
Il y a des actions en retour de la structure sur les entrées de matière et d’énergie, modulées par l’ensemble des cinq qualités de chaque structure. Ces actions peuvent faire que les bilans entre entrées et sortie de matière et/ou d’énergie soient positifs ou négatifs (les bilans avant le fonctionnement des boucles de rétroaction peuvent être très près de zéro). Ces actions en retour sont ainsi globalement positives ou négatives.
Matière, énergie, qualités n’interviennent ici que comme favorisant/défavorisant la croissance des structures, toutes leurs autres caractéristiques sont ignorées. Les qualités ne sont ici que des coefficients d’efficacité pour les actions en retour.
L’idée qu’un même circuit de rétroaction puisse osciller entre positif et négatif est de René Thomas, de l’Université libre de Bruxelles. -
[2]
Examinons le fonctionnement du système, deux « lois émergentes » (non programmées, statistiques) se font remarquer :
- Si une structure prend plus de colle ou de matière (grands ronds), elle est privilégiée pour en prendre encore plus : voilà une boucle essentielle de rétroaction positive.
- Si une structure prend plus de colle ou de matière (grands ronds), il y en a moins pour les autres. Une certaine « compétition pour l’accès aux ressources » est donc à l’œuvre.
-
[3]
Peut-on en rester au non-choix « hasard fondamental oui/non » ? Si parfaite que soit cette position du point de vue philosophique – et cette position intéresse et continuera à intéresser tout le monde, y compris les scientifiques –, les scientifiques ont le droit et l’obligation professionnelle de ne pas en rester là. Même s’ils ne se souviennent pas des nombres fantastiques qui mesurent la certitude du « déterminisme naïf » calculés par Gell-Mann, ils ne peuvent ignorer cette certitude, ce fait qui est constituant de la nature.
-
[4]
Voir Vers une science qualitative, interview de Brian Goodwin, dans R. Benkirane, La Complexité, vertiges et promesses, op. cit. Dans cette hypothèse, l’auto-organisation avec auto-adaptation pourrait être un stade primitif de la sélection naturelle du néo-darwinisme, avant l’apparition de l’hérédité.
-
[5]
Voir S. Wolfram, A New Kind of Science, Champaign, Wolfram Media, 2002.
-
[6]
Voir B. Goodwin dans l’interview déjà citée ci-dessus.
-
[7]
Ces apparitions et disparitions de boucles dans mon modèle sont liées à la « pluie de gouttes de colle volatile » (= instructions de corrélations différées et transitoires).
-
[8]
Mon modèle ne peut pas s’appliquer tel quel à l’interprétation des êtres humains, individus ou sociétés. Au niveau naturel, il faut ajouter un niveau culturel. Une version améliorée du modèle (avec « intelligence » et « solidarité ») existe, elle montre l’efficacité impressionnante du culturel.
Le titre et le sous-titre de ce livre sont très pertinents pour situer mon propos. Je parlerai de la dynamique et de la dialectique des systèmes non linéaires dans les deux directions inverses, à propos d’un cas singulier : en quoi la philosophie dialectique m’a aidé à concevoir et comprendre la dynamique d’un petit modèle que j’ai créé, et en quoi la dynamique de ce petit modèle pourrait aider à enrichir l’élaboration philosophique du côté de la dialectique.
Je m’appuierai sur l’expérience et les idées que j’ai acquises en faisant fonctionner et en observant un petit système dynamique non linéaire que j’ai mis au point en février 1996, en vue justement d’approfondir ce type de problèmes. Il s’agit d’un modèle discret (par opposition aux systèmes continus définis par des équations différentielles), et plus précisément d’un système dit « multi-agents ». En résultat de son fonctionnement, on observe non-linéarité et auto-organisation avec auto-adaptation.
Le modèle comprend deux catégories d’objets, représentés par des grands et des petits ronds, qui se déplacent sur l’écran d’un ordinateur, et les règles qui gèrent leurs déplacements et leurs interactions. On voit sur l’écran des grands ronds qui, comme les molécules d’un gaz, se déplacent et rebondissent quand ils se rencontrent ou rencontrent les parois du récipient dans lequel ils sont enfermés. Les petits ronds tombent constamment par pluies successives et régulières du haut de l’écran. Ce sont des « gouttes de colle »…
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