Chapitre 1. De la « femme-brindille » à « l’homme-montagne »
- Par Pierre Peuteuil
Pages 15 à 24
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Notes
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[1]
Mannequin vedette des années 1970, Lesley Hornby était surnommée Twiggy, la « brindille », surnom ô combien évocateur de son état de maigreur.
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[2]
« L’homme-montagne » est le surnom donné à Gulliver par les Lilliputiens, dans le roman de Jonathan Swift.
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[3]
À cette époque, les traitements psychotropes n’en étaient qu’à leurs balbutiements.
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[4]
Victor Hugo parlait de la mélancolie – au sens commun – comme du « bonheur d’être triste ». S’agissant de clinique psychiatrique, et pour bien mettre en évidence la violence de la symptomatologie, la mélancolie a été définie parfois comme « la passion d’être triste ».
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[5]
Alicament : néologisme dont une des définitions est « ingrédient santé ». Le terme a été repris par l’industrie agroalimentaire pour promouvoir de nouvelle catégorie de produits censés conjuguer qualités nutritionnelles et vertus thérapeutiques (Bifidus ou Actimel par exemple).
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[6]
Voir sur le sujet l’article « Manger trop sain n’est pas sain » de Gérard Apeldorfer (et le débat animé qui lui succède) sur http://www.psychologies.com
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[7]
Je m’autorise à parler de spectacle puisque le propos de ce livre qui emprunte – très humblement – à la phénoménologie de M. Merleau-Ponty, tourne autour du corps comme « véhicule de l’être-au-monde », donc également comme manière d’apparaître au monde.
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[8]
Étienne de La Boétie (1549), De la servitude volontaire ou le contr’un, Flammarion, 1993.
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[9]
Jean Giraudoux. La guerre de Troyes n’aura pas lieu, 1935.
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[10]
Twiggy, « victime » de son succès (à 60 ans, elle posait encore pour une marque de cosmétique), contre lequel elle faisait mine de se rebeller : « On ne peut servir de cintre toute sa vie. » Twiggy serait-elle en désaccord avec Karl Lagerfeld, dont nous avons vu plus haut qu’il se félicitait justement d’être devenu un « cintre parfait » ? Jusqu’où la perfection va-t-elle se nicher ?
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[11]
Les premiers mannequins étaient appelés « sosies », signifiant bien par là que toutes les femmes en général devaient pouvoir se reconnaître en elles.
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[12]
Jean Baudrillard, Les stratégies fatales, Grasset, 1983.
Le jeune externe que j’étais autour des années 1960 découvrait avec fascination, pour ne plus jamais le quitter, l’univers de la psychiatrie. Dans ce monde à l’écart du monde, deux catégories de patients monopolisaient plus spécifiquement mon attention : les anorexiques mentales et les déprimés mélancoliques. Dans les deux cas, de la souffrance à l’état brut, mais manifestée, par l’entremise du corps, bien différemment. Chez le mélancolique, la souffrance dépressive semblait déborder le psychisme pour infiltrer le corps, le ralentir, le figer parfois dans un immobilisme pseudo-cadavérique. Le corps, devenu comme ligneux, semblait préfigurer le cercueil avant la mort. De ces statues douloureusement contracturées pouvaient cependant surgir des accès inattendus de violence comportementale, auto et hétéro-agressives, comme si un tel retournement de brutalité était l’ultime recours, l’ultime tentative d’extirper, de libérer vers l’extérieur une douleur morale par trop intolérable.
Tableau bien différent chez les jeunes anorexiques, isolées dans des chambres individuelles pudiquement étiquetées « cellules d’isolement », primitivement conçues pour accueillir les patients agités ou violents. Et ce n’était pas un moindre anachronisme que de voir se succéder dans ces étroits cagibis, après des forcenés menaçants de l’ordre public, « dangereux pour autrui » au sens de la loi d’internement, ces frêles créatures diaphanes, silencieuses, comme en retrait du monde, dont la seule faute était de mettre leur vie – et non plus celle d’autrui – en danger par leur refus de la nourriture et leur déni de leur réalité corporelle…
Date de mise en ligne : 02/05/2022
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