Article de magazine

Neurobiologie

Une potion anti-timidité

Pages 6 à 7

Citer cet article


  • Bohler, S.
(2016). Une potion anti-timidité. Cerveau & Psycho, 74(2), 6-7. https://doi.org/10.3917/cerpsy.074.0006.

  • Bohler, Sébastien.
« Une potion anti-timidité ». Cerveau & Psycho, 2016/2 N° 74, 2016. p.6-7. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/magazine-cerveau-et-psycho-2016-2-page-6?lang=fr.

  • BOHLER, Sébastien,
2016. Une potion anti-timidité. Cerveau & Psycho, 2016/2 N° 74, p.6-7. DOI : 10.3917/cerpsy.074.0006. URL : https://stm.cairn.info/magazine-cerveau-et-psycho-2016-2-page-6?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cerpsy.074.0006


Une solution pour devenir moins timide : aider les neurones à mieux « respirer » avec des dérivés de vitamine B3…

Description de l'image par IA : Tomate rouge avec des yeux et une bouche dessinés, sur fond blanc.

1Les timides se reconnaissent à trois détails : ils parlent peu, regardent moins dans les yeux et se font discrets en cas de conflit. Ils diffèrent en cela des dominants, qui s’imposent dans les conversations, prennent de la place, ont un regard direct et décident souvent pour les autres.

2Il est facile de les distinguer. Observez-les lorsqu’ils se rencontrent dans un couloir étroit, par exemple au bureau. Au moment de se croiser, le timide s’effacera en se tournant de côté et en rasant le mur, pour laisser passer le dominant. Tout cela se fait automatiquement, sans agressivité, et aide finalement les gens à vivre en bonne entente dans des lieux confinés, sans bloquer les couloirs pendant des heures.

3Mais évidemment, les timides ne vivent pas toujours très bien leur condition. Pour demander une augmentation, faire valoir son point de vue ou se sentir désiré et apprécié, il serait bien utile de forcer parfois le passage dans le couloir… Heureusement, une petite pilule pourrait un jour leur venir en aide.

Le test du tunnel

4La base de cette thérapie repose sur une découverte récente : les neurones des timides ne respirent pas assez. L’expression est à prendre au sens propre : ils n’utilisent pas assez bien l’oxygène du sang pour produire leur énergie.

5Ces neurones qui ont besoin d’air sont localisés tout au fond de l’encéphale, dans un centre nerveux appelé noyau accumbens. Une structure bien singulière, puisqu’elle participe à de nombreux processus émotionnels, s’allumant lorsque nous avons du plaisir ou nous sentons pleins d’énergie. Il y a quelques années, des expériences d’imagerie cérébrale ont montré que son activité est liée au niveau de dominance d’un individu. Et c’est en fouillant plus en détail ce qui s’y passe, que des neurobiologistes ont découvert que les centrales énergétiques des neurones peuplant cette zone, de toutes petites structures cellulaires appelées mitochondries, fonctionnaient… timidement. Les échanges d’oxygène y sont un peu plus lents que chez les dominants.

6Évidemment, compte tenu des techniques utilisées pour disséquer les neurones, ces investigations ont été menées chez des souris. Il a donc fallu repérer des souris timides et des souris dominantes. Pour cela, rien de tel que l’expérience du couloir : cette fois, deux souris sont placées face à face dans un petit tunnel trop étroit pour deux. L’une doit donc faire demi-tour pour laisser passer l’autre, et c’est naturellement la timide qui se dévoue.

7Mais ce rongeur timoré, une fois mis de côté et traité avec des substances accélérant la respiration dans les mitochondries, se mue bien vite en rongeur dominant. Donnez-lui par exemple un dérivé de vitamine B3: injecté dans le noyau accumbens, il accélère la respiration des mitochondries. Aussitôt, notre souris timide se présente de front dans le tunnel et s’avance, sûre d’elle-même, si bien que c’est l’autre qui tourne les talons. Le tout sans le moindre heurt, la confiance opérant dans le calme.

8La vitamine B3, du même coup, est pressentie comme traitement de fond de la timidité. Il va de soi que ces résultats restent à confirmer chez des volontaires humains. Nous n’en sommes encore qu’au début des recherches sur la chimie de la timidité. Toutefois, réfléchissons-y à deux fois avant de généraliser ces pratiques. Nous pourrions bien nous retrouver avec des couloirs engorgés, personne ne voulant s’effacer devant son collègue. On découvrirait alors bien vite les avantages sociaux de la timidité.

  • F. Hollis et al., Mitochondrial function in the brain links anxiety with social subordination, PNAS, vol.112, pp.15486-15491, 2015.

Date de mise en ligne : 01/12/2021

https://doi.org/10.3917/cerpsy.074.0006