Neurosciences
Pourquoi les femmes sont généreuses
- Par Sébastien Bohler
Pages 6 à 7
Citer cet article
- BOHLER, Sébastien,
- Bohler, Sébastien.
- Bohler, S.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.094.0006
Citer cet article
- Bohler, S.
- Bohler, Sébastien.
- BOHLER, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.094.0006
C’est au niveau de leur cerveau que tout se joue. Le don et l’altruisme activeraient chez elles les zones du plaisir…
1On dit souvent les femmes altruistes, généreuses et attentionnées, tandis que les hommes seraient davantage préoccupés de leur propre intérêt. Pur cliché ou soupçon de vérité ? Des expériences réalisées aux universités de Zürich, Bonn et Düsseldorf, ont récemment montré que le cerveau des femmes est plus sensible au partage. Pour elles, l’acte de donner activerait les circuits cérébraux du plaisir, tout comme le fait de déguster un bon repas ou d’écouter un beau morceau de musique. Chez les hommes, ce même circuit cérébral de la récompense entrerait en action quand ils font quelque chose pour eux-mêmes. Cela vous rappelle quelque chose ?
2Avant d’entrer dans le détail de ces expériences, livrons-en la clé : ces différences ne sont pas innées. Selon les neuroscientifiques, elles résulteraient d’un conditionnement précoce des jeunes filles, chez qui les comportements prosociaux sont largement valorisés dès le plus jeune âge. Le circuit du plaisir se configurerait alors de manière à entrer en activité dès que la femme fait ce qui est attendu d’elle, à savoir se montrer coopérante et généreuse. Et celui des hommes ferait de même lorsque la mission prescrite par la société serait atteinte, à savoir se montrer compétitif.
Des différences marquées
3Dans leurs expériences, les scientifiques suisses et allemands ont confié à 29 hommes et 27 femmes une somme d’argent avoisinant 10 euros, qu’ils pouvaient soit garder pour eux, soit partager avec une autre personne. Tout en observant les choix égoïstes ou altruistes des participants, les chercheurs ont mesuré la réaction de leur cerveau dans une IRM.
4Premier constat, les femmes partagent plus que les hommes : 52 % de choix altruistes en moyenne, contre 39 % pour les hommes. Deuxième constat : dans leur cerveau, une zone clé du circuit du plaisir, le striatum, s’active davantage pour les choix altruistes alors que cette même structure cérébrale s’active plus souvent pour les choix égoïstes chez les hommes. Donner ou garder se résumerait donc au plaisir qu’on en retire, un plaisir davantage associé à la générosité chez les femmes et à l’individualisme chez les hommes.
5Attardons-nous un moment sur cette notion selon laquelle l’altruisme serait en fait gratifiant. Si tel était le cas, des femmes dont on aurait artificiellement éteint le circuit cérébral du plaisir perdraient leur attrait pour ce comportement et deviendraient moins généreuses. Et des hommes privés de leur circuit du plaisir se montreraient moins égoïstes.
6C’est exactement le test qu’ont réalisé les chercheurs, en administrant à des hommes et à des femmes une substance, l’amisulpride, qui bloque l’activité du circuit du plaisir. Les femmes ont alors réduit leur comportement d’altruisme, et les hommes l’ont augmenté. La même proportion de 44 % de choix généreux a été mesurée pour les deux sexes. Finalement, chacun cherche sa propre gratification. Les femmes, simplement, le font par le partage.
7Le circuit du plaisir est extrêmement malléable dans les premières années de la vie. Sans doute les petites filles ont-elles pris l’habitude d’activer ces neurones à chaque fois qu’elles se montraient généreuses et que ce comportement était valorisé. La société les conditionnerait ainsi à aimer donner, alors que les garçons seraient préparés à travailler « pour eux ». Les inégalités de salaire, l’âpreté en négociation ou la répartition des tâches familiales en portent peut-être la trace. La bonne nouvelle, c’est que si la générosité et le partage s’inculquent, ils peuvent être inculqués à tout le monde.
- A. Soutschek et al., The dopaminergic reward system underpins gender differences in social preferences, Nature Human Behaviour, 9 octobre 2017.