Langage
Ce que l’on dit en dormant
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Citer cet article
- SALTHUN-LASSALLE, Bénédicte,
- Salthun-Lassalle, Bénédicte.
- Salthun-Lassalle, B.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.094.0008
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- Salthun-Lassalle, B.
- Salthun-Lassalle, Bénédicte.
- SALTHUN-LASSALLE, Bénédicte,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.094.0008
1Avez-vous déjà été réveillé en pleine nuit par la personne qui dort à côté de vous parce qu’elle vous parle ? Balbutiait-elle ce genre de phrases : « Non, t’as vu », « Aaaaah putain ! », « Ah mince, y a rien, merde ! », « Oui bon ça va oh ! » ? En tout cas, ce sont là des exemples des mots et phrases qu’Isabelle Arnulf, de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, et ses collègues linguistes et orthophonistes ont enregistré et analysé durant une à deux nuits chez 232 sujets recrutés parce qu’ils parlaient beaucoup en dormant (à cause notamment de certains troubles du sommeil, comme le somnambulisme).
2Plus de 880 discours ont été enregistrés, 59 % d’entre eux n’ayant aucun sens ou étant incompréhensibles à l’oreille : c’étaient des cris, des murmures, des rires, des marmottements. Probablement parce que le sommeil s’accompagne souvent d’une inhibition partielle des muscles moteurs, notamment de ceux nécessaires à l’articulation.
3Mais les volontaires ont aussi prononcé 3 349 mots compréhensibles (361 phrases). Le terme le plus fréquent était « non ». D’ailleurs, les phrases négatives représentaient 20 % des discours, les interrogatives 26 %. Et près de 10 % des mots étaient des injures ou des obscénités, le mot « putain » étant prononcé 800 fois plus la nuit que le jour par l’ensemble des participants. Et si aucun juron n’était utilisé, la phrase n’était pas agréable pour autant dans 22 % des cas… C’était par exemple : « Mais c’est pas possible ça ! » ou, plus agréable : « Faire un bébé à Stéphanie de Monaco. »
4Les chercheurs ont aussi montré que les phrases n’étaient pas si différentes de celles prononcées la journée, car elles étaient en général grammaticalement correctes. Ce qui signifie que les mêmes régions cérébrales, celles du langage, sont actives aussi bien le jour que la nuit. Toutefois, les formules de politesse, avec « bonjour », « s’il vous plaît », étaient bien moins fréquentes (12 % des phrases) en dormant qu’en étant éveillé.
5Alors comment interpréter cette agressivité verbale nocturne ? C’est probablement lié au fait que les régions inhibant l’ensemble de l’activité cérébrale sont éteintes pendant le sommeil et au contenu des rêves, qui, dans l’ensemble, sont souvent conflictuels ou effrayants, car insensés. Mais cela ne signifie rien, parce que le cerveau endormi est alors dans un état de cacophonie, sans réel contrôle de son activité d’ensemble.
- I. Arnulf et al., Sleep, le 5 octobre 2017.