Neurosciences
Le manque de sommeil rétrécit le cerveau des ados
Pages 6 à 7
Citer cet article
- SALTHUN-LASSALLE, Bénédicte,
- Salthun-Lassalle, Bénédicte.
- Salthun-Lassalle, B.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.088.0006
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- Salthun-Lassalle, B.
- Salthun-Lassalle, Bénédicte.
- SALTHUN-LASSALLE, Bénédicte,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.088.0006
Des chercheurs ont montré que les collégiens qui se couchent trop tard en semaine ou se lèvent trop tard le week-end présentent des anomalies cérébrales liées à leurs difficultés scolaires.
1Les adolescents d’aujourd’hui dorment environ une heure de moins et somnolent plus durant la journée que ceux de la génération précédente. En cause: leur rythme de vie, toujours plus intense – comme celui des adultes – entre école, sorties, écrans, réseaux sociaux… Les ados manquent souvent de sommeil pendant la semaine, se couchent et se lèvent tard le week-end. D’où des troubles de la concentration et de l’attention qui nuisent à leur apprentissage scolaire, à leur santé, voire à leur sécurité. Mais ce manque de sommeil a-t-il des conséquences pour leur cerveau ? Pour la première fois, une équipe dirigée par Jean-Luc Martinot, de l’unité Inserm 1 000 à Paris, a montré que moins de sommeil en semaine et des réveils tardifs le week-end sont non seulement liés à des résultats scolaires plus faibles, mais aussi à une diminution du volume de certaines régions du cortex.
2L’adolescence est une période d’intense maturation cérébrale. Des connexions entre neurones apparaissant par endroits, d’autres disparaissant ailleurs. Les aires régulant l’horloge interne et les rythmes de veille et de sommeil n’échappent pas à la règle. Durant cette période, les ados ont un besoin de sommeil particulièrement élevé. Mais comme leurs heures de réveil dépendent des horaires des cours, ils accumulent durant la semaine une « dette » de sommeil, qui les amène à se lever plus tard le week-end. C’est une conséquence « naturelle » de la maturation cérébrale. Toutefois, certains jeunes manquent vraiment trop de sommeil et font des grasses matinées très longues le week-end dans l’espoir de récupérer.
3Jean-Luc Martinot et ses collègues ont étudié 177 jeunes âgés de 14 ans recrutés dans les collèges parisiens. En moyenne, ils se couchent à 22 h 30 et se lèvent à 7 h 06 durant la semaine, et à 23 h 30 et 9 h 45 le week-end. Mais de grandes disparités existent. Certains ne tombent dans les bras de Morphée qu’après 1 heure du matin en semaine ou à plus de 3 heures le week-end, et se réveillent alors l’aprèsmidi… Puis les chercheurs ont évalué le volume de substance grise (correspondant aux corps cellulaires des neurones) dans différentes régions cérébrales par imagerie par résonance magnétique et grâce à une technique d’analyse par « voxels ».
4Les résultats ont confirmé leurs doutes : plus les adolescents se lèvent tard le week-end, moins ils possèdent de matière grise dans le cortex préfrontal médian, qui sous-tend les capacités de flexibilité mentale, de contrôle des impulsions et de mémoire de travail, et le cortex cingulaire antérieur, essentiel à la prise de conscience des émotions ; plus ils se couchent tard le week-end, moins ils en ont dans une région nommée précuneus, impliqué dans la conscience de soi, la mémoire autobiographique et la visualisation dans l’espace, ainsi que dans certaines régions du cortex frontal et le cortex cingulaire antérieur ; et enfin, moins ils dorment en semaine, plus le volume de substance grise est faible dans le cortex frontal latéral supérieur et moyen. Or ces régions sont notamment impliquées dans l’attention et la concentration.
Des notes faibles au collège
5L’autre conclusion de cette étude ne surprend donc pas : les jeunes dont le volume de matière grise est plus faible dans ces aires cérébrales sont aussi ceux qui ont les moyennes scolaires les plus basses. En outre, une analyse statistique montre que les heures de coucher le week-end expliquent 43,8 % du lien entre le volume de matière grise dans le cortex frontal médian et le cingulaire antérieur, et les performances au collège. Veiller à ce que les adolescents aient des rythmes de sommeil pas trop décalés le week-end apparaît ainsi essentiel à leur réussite et au bon développement de leur cerveau. C’est aussi pourquoi on discute de plus en plus de l’heure de début des cours au collège…
- A. Urrila et al., Scientific Reports, en ligne le 8 mars 2017.