Neurosciences affectives
Pères et filles : une relation magique !
- Par Sébastien Bohler
Page 8
Citer cet article
- BOHLER, Sébastien,
- Bohler, Sébastien.
- Bohler, S.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.090.0008
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- Bohler, S.
- Bohler, Sébastien.
- BOHLER, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.090.0008
1Pour se convaincre du lien qui peut unir un père et sa fille, il suffit de lire certains des vers qu’écrivit Victor Hugo dans les Contemplations, dans les années qui suivirent la disparition de sa fille Léopoldine, morte par noyade dans la Seine au cours d’un accident de canotage. Le poète y exprime mieux que personne, par des accents poignants, la lumière dont cet enfant magnifiait sa vie, se faisant ainsi l’écho de ce que ressentent probablement beaucoup de pères comme lui.
2Une autre possibilité d’explorer ce lien, certes moins poétique, est d’examiner ce qui se passe dans le cerveau d’un père qui contemple le portrait de sa petite fille. C’est ce qu’ont fait des chercheurs en neurosciences de l’université Emory, à Atlanta. Dans leur étude, ils ont observé le comportement de pères vis-à-vis de leurs garçons et de leurs filles dans leurs activités quotidiennes, avant de mesurer leur activité cérébrale pendant qu’on leur présentait des photos de leurs enfants. Les chercheurs ont d’abord constaté que les papas étaient plus attentionnés vis-à-vis de leurs filles que de leurs fils dans leurs interactions quotidiennes, qu’ils chantaient plus facilement avec elles, parlaient davantage de ce qu’elles ressentaient, de leurs émotions et de leur corps, et usaient plus volontiers d’un langage « analytique », qui cherche notamment à expliciter les concepts. En comparaison, leur relation avec leurs fils était surtout basée sur le jeu physique, la rudesse et les bousculades, et leur discours plus volontiers axé vers la performance. Puis, les neuroscientifiques ont examiné l’activité du cerveau des pères quand on leur montrait des photos de leur fille en train de sourire, et ont constaté que certaines aires cérébrales impliquées dans le plaisir et la régulation émotionnelle s’activaient davantage qu’à la vue de leurs fils. Ce qui ne veut pas dire qu’ils seraient incapables de développer les mêmes échanges avec leurs petits garçons, mais encore faudrait-il qu’ils acceptent de leur transmettre plus de douceur et de raffinement, et de s’éloigner un peu des stéréotypes de genre.
- J. Mascaro et al., Child gender influences partenal behavior […], Behavioral Neuroscience, vol. 131, pp. 262-273.